J'irai marcher par-delà les nuages

dimanche 25 juin 2017

- 70 - Ecrire... (encore)...

Écrire est une épreuve. Toujours.
Cela dit un mystère.
Autre chose que ce qui est dit.
Une vérité toujours cachée, qui se dérobe.
Plus on se croit près. Plus on s’éloigne.
Il y a deux centres, deux foyers comme dans une ellipse.
Choisir l’un des foyers, c’est renoncer à l’autre. S’approcher de l’un, c’est s’éloigner de l’autre.
La poésie dit une vérité autre, quelque chose qui ne serait pas la vérité du poète.
Écrire comprime les temps, les déforme, les rend poreux, et l’âme se faufile dans cette porosité.
Le poète s’y perd. C’est de cette perte inscrite à l’avance que l’écriture nait.
C’est de cet échec.
Alors, on recommence.
Même joyeuse, l’écriture est douloureuse. La main qui porte le mot sait déjà l’inachevable. Il y a une joie obscure qui git, là, pesante, en nous.
Contradiction. Dans le même temps où l’écriture se déploie, apparait une rétraction qui traverse les chairs.
Il y a quelque chose en nous qui sait, mais qui ne dit pas, quelque chose qui dit, mais qui ne sait pas. Dans écrire, il y a comme l’aveu d’un secret que l’on ne sait pas. C’est pour cela qu’écrire a à voir avec le silence. La pénombre. Le murmure. Quand le murmure devient inaudible, alors le chant commence.
Chant sans paroles. Cela résonne, sans raison.
Le chant traverse, transfigure. C’est l’eau de l’âme.
Un surcroit des mots. Le chant vit hors des mots de l’écriture. Le chant n’est que du temps métamorphosé.
C’est la nuit au cœur d’écrire. Invisible, indicible, pourtant…
Écrire appelle l’impossible de l’Autre. La solitude immémoriale, le vide qui me sépare du monde, mais qui dans le même temps permet le monde en nous.
Nous venons d’une déchirure. Écrire dit la déchirure. Uniquement cet instant éternel de la séparation. Vivre, c’est tenter de l’oublier. Écrire, c’est tenter d’y revenir sans cesse.
Alors, on recommence.
On cherche cette joie douloureuse.
La répétition me rapproche de l’immobile, et l’immobile de l’éternel.
Les sillons s’ajoutent. Ce n’est jamais le même sillon, on croit que c’est le même geste, mais les sillons s’ajoutent. Le champ des semailles est à ce prix.
On creuse toujours la même terre, pour autre chose qu’un sillon. Pour une moisson à venir.
Même joyeuse, l’écriture reste douloureuse.

Franck

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samedi 24 juin 2017

- 69 - Ecrire...

Écrire, c’est ouvrir les veines de l’amour,
C’est une saignée dans la chair du désastre,
C’est le temps rouge de l’attente sans fin.
Écrire, c’est le feu du silence, c’est user une pierre par de lentes caresses.
C’est user sa mémoire, c’est déplier ses rêves.
Écrire, c’est l’abondance de la solitude, c’est la redouter puis l’étreindre dans le même temps
C’est une eau vive de douleurs, c’est la joie de s’y désaltérer, d’en avoir toujours soif
Écrire, c’est revenir sans cesse au seuil d’un murmure
C’est  polir un cristal pour éclairer sa nuit.
Écrire, c’est l’oubli de l’oubli, c’est l’effacement des siècles, des folies, des peurs.
Écrire, c’est ne plus espérer puisqu’il n’y a plus rien à espérer, puisque tout est là dans cette blessure somptueuse et sauvage.
Écrire, c’est descendre vers l’obscure de nos légendes, c’est sacrer le mystère, c’est frissonner sans trembler, c’est errer sans jamais être perdu.
Écrire, c’est n’être défait de rien ou de tout, c’est sans cesse refaire le même geste, toujours plus lentement, c’est un songe sans illusions, mais tout en gravité.
Peser assez sur la blancheur des mots pour en extraire la stridence.
Écrire, c’est accueillir l’effondrement comme une aube rédemptrice, dilapider les trésors cachés de nos vies décomposées.
Écrire, c’est refuser toutes les richesses, puisque chaque mot appelle une pauvreté toujours plus grande, toujours plus nue.
Écrire, c’est charger un navire, prendre le large sur la peau tendre de l’horizon.
C’est prier dans des cathédrales de silence, loin de toute clameur, dans l’absence absolue, un et innombrable, bouleversé d’urgence.
Écrire, ce sont toutes les saisons rassemblées, et la symphonie des neiges éternelles.
Écrire, c’est être sans toit, sans feu, c’est habiter un chant, c’est bruler infiniment, en pure perte, en pur don.
Écrire, c’est être sans dieu, et pourtant croire à la résurrection de la chair.
Écrire, c’est s’ouvrir les veines de l’amour, en laisser couler le sang jusqu’à l’abolition des temps.

Franck.

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vendredi 23 juin 2017

- 68 - Colère...

Nous naissons d’une colère, d’une vieille colère, d’une colère archaïque sans forme, sans fond, une sorte de stridence qui s’accroche à nos entrailles. Lorsque nous lâchons tout, elle résiste, elle ne nous quitte jamais. C’est elle qui nous tient rassemblés, unis, entiers. L’écriture nous vient d’une colère d’enfance. De l’envahissement, du saisissement de nos chairs par un afflux de sang. Elle est inapaisable, c’est ce qui nous sauve. Notre part divine nous vient de cette colère. Nous aimons pour l’oublier.

Franck.

« J’avais peu de chaleur. Peu de chair sur les os. Cette chair ne suffisait que pour la colère, l’ultime sentiment humain. Ce n’est pas l’indifférence, mais la colère qui demeure en dernier, elle est le sentiment le plus proche des os. » (Récits de la Kolyma, Varlam Chalamov Verdier)

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mercredi 21 juin 2017

- 67 - Changer d'octave...

Écrire, c’est entrer dans un ordre de signification différent.

Franck.

 

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Ecrire... Toujours... Encore...

Ecrire... Toujours... Encore...

 

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dimanche 18 juin 2017

- 66 - Les deux pays de l'écriture...

Il y a quelque temps, j’écrivais la frontière. Ce lieu où l’écriture s’inscrit. Cet espace tranchant sans épaisseur. Limite ou passage. Lieu des métamorphoses, d’espace, de temps, d’abandon et d’espoir.
Il faut revenir sur les noms des deux pays séparés par cette frontière de l’écriture. L’un s’appelle la bonté, l’autre la fureur. Si j’étais théoricien, je les aurais nommés le bien et le mal. Je ne suis pas théoricien, j’expérimente, je laisse monter dans le sang la profusion du silence, tente de saisir au vol l’oiseau prêt à s’envoler. Dans la lenteur, les mains tendues, j’approche l’oiseau qui picore, toujours plus près. L’écriture vient de cette approche, lente, silencieuse, de cette attente, de cette patience, dans l’oubli de tout, dans une tension insensée, jusqu’à l’envol qui signe l’impossibilité de toute capture, qui nous dévaste, qui nous laisse les mains vides, défait, dépeuplé.
Alors, j’appelle ces deux pays, la bonté et la fureur. L’écriture surgit du probable envahissement d’un pays par l’autre. Nous savons qu’il n’y a pas d’écriture sans la présence de l’un, sans la présence de l’autre. L’écriture de la seule bonté n’est qu’un corps mou, fait de complaisance, la pure bonté reste inaudible, en tant que telle, elle ne dit rien, n’arrache rien, ne promet rien. Il n’existe pas plus d’écriture de la fureur. Les mots s’y dérobent, la langue se défait. La rage ne dit pas la rage, elle ne fait que se dévorer elle-même.
Il y a deux pays : l’un s’appelle la bonté, l’autre la fureur. Entre les deux, l’écriture qui se nourrit des deux. La frontière n’est pas un lieu neutre, il est la confrontation. Écrire, revient à accepter cette guerre dont on ne connait jamais l’issue. La seule bonté ne nous sauve pas, la seule fureur ne nous apaise pas. Écrire, c’est accueillir les deux en même temps. Le texte nait d’une violence absolue qui porte en elle une rémission non moins absolue. Ce qui nous guide vers l’écriture n’est jamais aussi clair que nous voulons le dire, il y a des forces obscures qui nous traversent, mais il existe toujours au cœur de la nuit la plus sombre la possibilité d’une aurore. Ce qui tient l’écriture, c’est la lutte intérieure entre ce qui nous détruit, et ce qui nous pardonne. La seule miséricorde s’étouffe au fond de la nuit d’un couvent, car nos crimes sont impuissants, sans force, pour maintenir au plus haut le poème.
Sans doute que la beauté de l’œuvre n’est qu’une tentative de réconciliation, toujours renouvelée, de nos puissances de destructions, confrontées à notre générosité la plus nue.
Ce qui nous fascine dans l’écriture, ce qui nous y ramène, c’est l’inextricable. C’est la présence vivante, en nous, de deux passions mortelles, inséparables. Inévitables.
Écrire ne nous sauve ni de l’une ni de l’autre.
La frontière ne nous protège pas, elle dit seulement la limite entre deux pays, leurs fragilités et la nécessité de vivre à l’endroit le plus dangereux de nous-mêmes.
Je suis un fantôme qui avance sur les décombres d’un royaume d’ombres. J’ai dans le cœur un abime qui bruisse… Je vais sur un fil, guidé par des chuchotements jaillis du silence.

Franck.

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samedi 17 juin 2017

- 65 - La porte de l'infime...

La plus grande place en soi pour que l’infime y entre. Seul le plus petit, le plus fragile, le plus éphémère nous éclaire. Parfois nous sauve. Les grands évènements nous sont le plus souvent étrangers, souvent nous feignons de l’intérêt pour eux ; mais rien ne nous bouleverse autant qu’un éclat particulier de la lumière du jour, ou qu’un visage entraperçu au détour d’une rue, que la pirouette de l’oiseau dans un ciel bleu. Rien ne nous ébranle comme ce saisissement brusque de nos chairs, prises dans le regard de bonté de l’amoureuse. Rien ne nous étreint comme le saugrenu qui surgit, ou l’insolence du printemps.
Il n’y a pas de grands soirs, seulement de petits matins. Nos heures sont des fleurs de talus, de minuscules lucioles parfois les éclairent.
Écrire nous oblige à revenir, après l’exhumation de nos morts,  aux instants pauvres. Nos moissons d’écriture sont laborieuses. Peu de grains, les épis sont mangés par l’oubli, puis les rêves s’en vont avec l’été. Écrire, c’est marcher sur le chemin des saisons, se laisser surprendre par l’éclat d’un caillou, l’odeur des buissons ou de la terre mouillée après l’orage.
La plus grande place en soi pour que l’infime y entre. Car nous manquons d’attention, d’application, de vigilance. Nous sommes sans soin, nous dépensons le temps avec la désinvolture des nouveaux riches. Le monde pense à notre place, cela suffit à nos illusions.
Mes journées d’écriture sont vides. Intensément vides. Voluptueusement vides. Une place infinie pour chaque instant. Avec l’attente dénudée, sans impatience. Une avancée lente et cadencée dans le texte. Avec ce sentiment d’une urgence sacrée.
Car dans ce temps, il existe aussi des luttes cosmiques. C’est un temps ouvert. Vif. Ardent. Brulant. Fait d’absence totale. De déraison, aussi. Car dans ce temps, il y a des douleurs, des douleurs accueillies. C’est le temps de l’infime. Du petit, du fragile. Du consentement. On s’offre à notre vie pour enfin l’inviter, la reconnaitre. La recevoir en retour.
À la jonction des mots, dans cet espace qui les sépare, des univers font leur révolution. Dans ces silences qui trouent le texte, des arcs-en-ciel se faufilent. Chaque texte pèse le poids des siècles lorsqu’il passe la porte de l’infime.

Franck.

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vendredi 16 juin 2017

- 64 - Une chose que l'on ne sait pas faire...

C’est une chose que l’on ne sait pas faire, et pourtant on la fait. C’est déraisonnable puisqu’on la fait. Sans savoir vraiment ce que l’on fait. On sait seulement que l’on fait cette chose, que c’est important de faire cette chose que l’on ne sait pas faire. Parce qu’elle est impossible à faire. Mais que là, dans l’instant où l’on est, il faut la faire. Que si l’on ne la fait pas, cette chose, il pourrait advenir un irréparable ! Écrire se vit toujours dans l’annonce d’un avenir déjà révolu. Alors, écrire, revient à repousser la catastrophe ultime de la mémoire. La collision des temps contraires. D’où cette sensation d’écrasement, de jubilation enfantine. L’imminence tenue en respect. L’urgence comme viatique. La menace comme respiration. La nécessité comme sang.
C’est une chose que l’on ne sait pas faire. Jamais. Pourtant, on la fait. Comme vivre, comme aimer. Une ignorance brulante, dangereuse, conquérante. Comme vivre, comme aimer. C’est pour cela que l’on la fait, cette chose d’écrire. Pour perpétuer l’ignorance. La prolonger. L’augmenter.
Alors, on consent à la dérive, comme ces glaces lourdes, majestueuses, dans les océans froids du nord. Écrire, aimer, vivre, c’est toujours un peu dériver, se perdre avec lenteur, avec grâce. Avec constance. Passer d’un silence à l’autre, jusqu’à n’être plus que de l’eau dans de l’eau.
La fonte des glaces dans l’océan, c’est la grande tragédie de la vie, de l’amour et de l’écriture. Être de grands navires à la dérive sur un océan sans horizon.
Car l’écriture fond à mesure qu’elle se dit.
Car la parole de l’écriture est une eau trop salée.
Car écrire, c’est retrouver la voix de nos premières ignorances.
Car c’est une chose que l’on ne sait pas faire, pourtant on la fait, cette chose.
Jusqu’aux larmes.
Et c’est extravagant.

Franck.

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jeudi 15 juin 2017

- 63 - La voix trouée...

Écrire, c’est définir une frontière. À la fois une limite, un passage. Un au-delà de la limite. Écrire est un lieu de passage où la langue et la voix partent pour l’exil.
Écrire, parle déjà une autre langue que la nôtre.
Écrire, c’est passer la ligne imaginaire de l’être.
Le pays d’après recèle des dangers. Des vies, des morts.
Le pays d’après n’a pas de nom. Rien ne le désigne. Il n’est pas innommé, il reste innommable. L’écriture le sait. La voix qui parle l’écrire le sait. C’est pour cela qu’elle est trouée.
C’est une étrange sensation. Cela vient peu à peu. On marche, puis le paysage change. Ce n’est pas un changement brutal, c’est la lente infusion du temps. Comme si la végétation s’appauvrissait au fur et à mesure que la marche se déroule.
Au départ, il y a la luxuriance, le foisonnement du lyrisme, des élans désordonnés. Au début, c’est un temps d’abondance. L’exaltation. C’est comme tous les départs. L’agitation. L’effervescence. On est sans fatigue, sans mesure. Alors, on passe d’un sujet à l’autre, d’un talus de la langue à l’autre. On cueille, on s’essouffle, cela n’a pas d’importance. On est plein de soi, de confusion. Le déluge d’une ivresse.
Puis on avance de texte en texte. Le paysage change. Peu à peu. Lentement. Le Te Deum devient requiem. Le temps serre le sang. Écrire, c’est perdre quelque chose à chaque fois. Une perte insignifiante. Une perte malgré tout. Quelque chose de soi se vide, s’écoule. Le temps incise les chairs de la mémoire. Le temps défait le temps. On ne s’en rend pas compte. Le paysage change.
C’est une étrange sensation, peu à peu mes textes se sont vidés de moi, et pourtant j’y suis plus présent. Moins j’y suis, plus j’y suis. Un autre soi. Un autre geste. Un voyage qui s’enracine dans un mystère épais. Pourtant, c’est un dénuement singulier. Cette impression de perte, de désert, cette impression d’immense, de vide, ce roulement lent des saisons.
Au fur et à mesure que le paysage s’élargit, l’écriture se comprime, s’étrangle. Au fur et à mesure que le paysage devient pauvre, l’écriture se simplifie.
Peu à peu, on entre dans la monotonie des sables. Ce qui était joie, jubilation, se transforme en entêtement. Ce qui était arabesque devient attèlement. Ce qui était promenade se transforme en pèlerinage, ce qui était pèlerinage se transforme en marche errante, lente et pesante. Ce qui était la marche vers l’après devient le long déploiement de l’avant, dans ce brassement des temps qu’est le texte.
Je me souviens de mes premiers pas dans le désert. On monte des dunes en courant, on dévale des dunes, on tombe, on roule, on laisse sa trace éphémère, on monte sur la plus haute colline de sable, on en voit une autre, encore plus haute, et une autre, et une autre… Alors, on court, on s’essouffle.
On s’épuise. On épuise en soi ce trop-plein d’énergie vaine. Cette volonté de puissance pitoyable, dérisoire , ce lamentable désir de conquête. Cette désolation. On s’épuise, on s’affaisse. On s’écroule.
Alors, soudain, on comprend le pas des chameliers, on comprend la constance d’un pas glissant, si lent. D’un pas économe et généreux à la fois. Alors, on revient sur nos pas, encore haletant de la course sur les dunes. On revient à pas comptés, à pas mesurés sur les traces laissées. C’est le temps du chamelier, qui est effacement. Qui n’a pas de début, qui n’a pas de fin.
Après l’épuisement, ce n’est plus le même désert. Ce n’est plus la même marche, plus la même soif. Après l’épuisement des mots, ce ne sont plus les mêmes mots. Après la fin des premiers textes, c’est d’autres textes, mais ce n’est plus la même parole. Il y a une autre langue derrière la langue, qui nous vient de cet épuisement, de cette marche continuée. Un retour sur les pas du texte, comme si l’on ravalait sa salive. C’est comme faire pénétrer un désert entier dans chaque mot. Ce retour après l’épuisement, c’est la vie retrouvée. Temps des sables, des mots des sables. Des mots pauvres, déchaussés. Des mots débarrassés.
Le retour lent est chargé de l’immensité. L’épuisement porte en lui l’infini.
Il porte un désert.
Parfois un puits.
Ceux que l’on voit marcher dans le désert ne vont nulle part, ils reviennent, ils reviennent… Toujours, ils reviennent, c’est ce qui fait leur étrange beauté.
Moins ils sont là, plus leur présence est grande. Ils habitent le temps.
C’est l’ultime secret du désert.
Ainsi, les grands textes qui ne sont qu’enroulements des temps. Retour et enroulement du silence. Un glissement lent sur le silence d’une parole qui s’épuise. L’effacement puis la révélation de la présence inouïe.
Écrire, c’est tracer une frontière. À la fois une limite, un passage. Un au-delà de la limite. Écrire est un lieu de passage où la langue et la voix partent pour l’exil.
Écrire, parle déjà une autre langue que la nôtre.
Écrire, c’est passer la ligne imaginaire de l’être. La ligne inimaginable.
Le pays d’après recèle des dangers. Des vies, des morts.
Le pays d’après n’a pas de nom. Rien ne le désigne. Il n’est pas innommé, il reste innommable. Écrire le sait. La voix qui parle « l’écrire » le sait. C’est pour cela qu’elle est trouée.
Écrire révèle les contours d’un lieu impossible. C’est une autre langue que la nôtre. Une autre voix. On n’y reconnait pas notre vie, ni nos jours, ni nos heures. Cela ressemble un peu à notre mort. Pourtant, rien n’est triste. Même si la mélancolie s’insinue dans la voix, car écrire la rend nécessaire, incomparable, surprenante, irréprochable. Invincible.
Le pays d’après est un pays clos. On ne le connait pas, et pourtant on s’en souvient. L’écriture en fait le tour en un silence. Alors dans l’infime de cet espace des univers entiers dérivent.

Franck.

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mardi 13 juin 2017

- 62 - Une crique...

Il y eut les landes sauvages, puis il y eut le rivage, puis il y eut l’océan. Partir toujours, et n’arriver jamais. On quitte les lieux, on quitte les autres, après, on se quitte soi-même. On ne se remet jamais de tous ces départs, de tous ces abandons. On vit dans un temps séparé.
Écrire est la longue énumération de ce temps défait. La liste des noms des absents. La liste des silences. Dénombrement. Démembrement. Inscription vaine, lumineuse. Ravauder sa solitude, jusqu’à l’épuisement, ou jusqu’à l’ivresse. Mais nous sommes trop lâches pour être assez désespérés. Trop faible pour nous arrêter ou pour nous taire. Inconstant dans notre attente. Traitre par oubli.
Le premier mot fut un cri. Puis penser fut d’abord penser l’intolérable, l’inacceptable. Après le premier cri a suivi le premier effondrement, il est venu signer la première solitude. Depuis des millénaires, nous n’avons fait aucun progrès. De petits désirs pantelants, des ambitions sans exigence, des caprices concupiscents, quelques dieux pour nous distraire, puis… de longues indifférences.
Alors, écrire, c’est encore s’égarer dans une enclave de temps. Une sorte de crique. On y accèderait que par le chemin escarpé de parole, par une voix transgressée, une voix méconnue, une voix étrangère à notre voix, par la muqueuse d’un monde que nous ne savons pas habiter. Écrire serait appartenir à la terre sans y appartenir. Une crique ou une ile sauvage. Quels sont les lieux inhabités en moi ? Quels sont les lieux escarpés ? Quelles sont les étendues dévastées ? On vient tous d’une humanité fracassée. Écrire est sans issue. Peut-être quitter la crique par la mer, quitter l’ile. La seule brèche se trouve dans le bercement de l’horizon. La solitude exténuante, caniculaire. Il y a là un désir mortel. Inexplicablement mortel. Un point de violence abrupte, que l’écriture délie dans la coïncidence des temps. La brulure des chairs. La brulante patience des constellations. Écrire, c’est déjà la mort. On vit dans un temps écrasé. On écrit dans un temps sans limites. Puisque c’est déjà la mort.
Écrire est sans savoir, c’est ce qui défait les livres, ce renoncement à toute explication, cette patience d’une parole crucifiée, béante. Une parole de nuit, avec le retour de l’abandon. Sans cesse le retour de l’abandon.
Écrire est sans savoir. Un cri, avec la face effarée par une peur qui ne dit pas son nom. Un silence l’accompagne, un long silence prémonitoire…

Franck.

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dimanche 11 juin 2017

- 61 - Tectonique des plaques...

La redite, l’insistance, la persistance, les trois stades de la maladie d’écrire. Plus on avance dans cette maladie mortelle, moins elle pèse. Plus elle est grave, plus elle se déploie dans le sang, dans les jours, plus elle s’agrippe à chaque fibre, à chaque respiration, plus elle est mordante aux jointures du rêve, plus elle nous éloigne, plus elle nous épuise et moins l’on voudrait en guérir.
La redite, l’insistance, la persistance constituent les autres formes païennes, de la litanie, de la prière, de l’oraison, car il s’agit d’atteindre la chair, jusqu’à l’au-delà de la chair.
Atteindre la dimension de sa mort. Être dans la juste dimension de sa mort. Celle qui viendra. Celle pour laquelle on est là.
Passer de la fatalité, au don à recevoir, pour finir, à l’offrande gracieuse.
La littérature nait d’un frottement, comme les plaques tectoniques. Deux mouvements lents qui s’opposent, pierre contre pierre, temps contre temps, puissance contre puissance, usure contre usure. Le résultat, c’est le volcan, le tremblement de terre, la vague scélérate. La littérature est le lieu impossible, le lieu d’une précieuse brulure, inhabitable, invivable. Inachevable. Car dans le même mouvement, se mêle le renouveau avec la fin. Les plaques tectoniques de notre vie bougent la grande masse de nos souvenirs, de nos illusions, de l’accumulation répétée de nos regards, de ce magma informe, tremblotant comme de la gélatine peureuse. Toutes ces plaques bougent, s’incrustent, s’insinuent les unes dans les autres, s’engloutissent dans l’oubli, l’indifférence, le mépris et l’abjuration. Cela frotte, cela racle, cela cure, cela écrase. Des continents d’existence, qui à force de dériver, se choquent, se heurtent. Se brisent. C’est un fracas de douleur et d’extase
L’écriture se nourrit de notre disparition. Atteindre la dimension de sa mort. Être dans la juste dimension de sa mort, à force de redite, d’insistance, de persistance. Comme si la maladie de l’écriture effaçait nos vanités, nos prudences. Comme si la maladie de l’écriture tranchait dans le gras, le ventru, l’inutile. Pour qu’à la fin on puisse juste enfiler un voile d’ombre. La peau de l’ombre sur notre peau de chair. Sans plis, sans couture, ni ourlet.
Le corps de l’écriture est le lieu du frottement, des masses brassées, le lieu de l’imminente menace. La redite, l’insistance, la persistance. Le corps de l’écriture est toujours marqué des stigmates, du symptôme d’un temps pur.
Le temps pur est un temps vécu à sa juste proportion, à son juste poids. Un temps débarrassé. Il tient debout par sa seule force, sa seule volonté. Sa seule nécessité. C’est un temps qui n’est pas comptabilisé dans nos ans. Il est pur, parce qu’il n’a pas d’épaisseur. De la durée, il ne possède que la lumière. Il est éclat. Étincelle. Il est le chant.
La maladie de l’écriture possède trois stades : la redite, l’insistance, la persistance, plus cette maladie s’aggrave, plus elle vient en lieu et place de l’inconstance, de l’impermanence, de la précarité.
On connait alors les trois degrés de la puissance : la faiblesse faite de boue, d’ivresse, la fragilité faite de verre et obsidienne, la tremblance faite de silences consumés et d’éternité.
L’autre nom de l’abondance.

Franck

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samedi 10 juin 2017

- 60 - Frontière...

Ainsi, de la frontière. Nous sommes des êtres de frontières. Sur la ligne. Comme l’écriture. Nous sommes sans pays, seulement de passage. Il y aurait deux parts, comme deux pays. Nous n’habiterions ni l’un ni l’autre. Entre les deux, seulement entre les deux. Sans véritable lieu. L’écriture s’accompli sur la ligne, à la jointure. C’est l’extension invisible, invivable, de deux mondes qui s’affrontent. Comme dans les guerres, et l’éternelle menace, avec la tentation d’abolir le trait qui sépare, mais de le creuser toujours plus profond. Sur la ligne se joue la peur séculaire, là où l’on sait que tout peut s’effondrer. C’est pour cela que l’on écrit, pour se délivrer de cette peur, ou pour seulement l’apprivoiser.
Ainsi, de la frontière, car c’est le mot que l’on a inventés, on aurait pu dire : l’écriture, cet entre-deux mondes, ce lieu sans épaisseur de la déchirure, ce lieu vide de la douleur. Un jour on a dit la frontière, puis on l’a tracée. Brulante, définitive, absolue. Alors, on a pu enfin écrire sur cette brulure.
Tout nous sépare depuis le premier jour. Nous venons d’un ventre, d’une tristesse, nous sommes d’un passage étroit, d’un monde que l’on quitte et d’un autre que l’on n’atteindra jamais. C’est pour cela que nous crions, à cause de cette traversée insensée, de cet effroi.
Car le cri sera l’écho du monde.
Tout nous sépare : l’intérieur, l’extérieur, le jour, la nuit, l’avant, l’après. Vivre, c’est tenter d’abolir ces cassures, ces séparations… Aimer, écrire, c’est l’espoir fou d’effacer un cri, ou d’en faire un chant.
Nous ne respirons que dans les passages, dans l’entre-deux. Nous ne vivions qu’à l’approche du crépuscule ou de l’aurore, dans ces temps défaits, dans l’attente des franchissements.
Écrire, c’est être sur la ligne de faille, toujours au bord d’une invocation, toujours sous la menace d’une imprécation. Nous sommes maudits, nous le savons, et nous puisons là toute notre bonté, toute notre joie. Nous sommes maudits, mais l’écrire allume un ciel étoilé.
Écrire invente un langage où il n’y a plus de lieu, où il n’existe que la peur, l’effroi, l’inconcevable, mais d’où jaillissent le feu et la lumière.
Écrire, c’est tracer une peau dans l’entre-deux inhabitable. Ce qui nous sauve, c’est l’oubli… Alors, nous recommençons, toujours naissants… Toujours naissant… Infiniment… Toujours aimant…

Franck.

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jeudi 8 juin 2017

- 59 - Ce grand champ de neige...

Recherche du lieu. Géographie impossible. Cartographie de nos vies, de nos actes. Impossible chemin qui s’enroule en forme de destin. Impossible traversée du sens. Besoin de nommer, de dire ce qui n’a pas de nom, ce qui n’a jamais été dit. Relevé cadastral dans le champ vacant des rêves, des désirs, du temps qui se déploie. Resituer les mots dans un espace, une localisation. Il faut les ancrer dans la chair vivante. Encrer le désossement de la parole.
Jamais rien n’est dit. Il faut s’en convaincre. Puisque la vérité se trouve dans l’entre-mot, dans l’entre-texte, dans cet élan de nous qui nous échappe, et qui, pourtant, nous révèle. Sans nous. Dans notre absence même. Qui nous condense.
Qui nous recouvre du linceul de la langue.
Hors lieu qui s’agrippe aux parois vertigineuses de la mémoire.
Frottements des lieux impossibles sur l’arête d’un temps impossible. La déchirure, reste le premier lieu, grand vortex pour cette traversée impossible.
Impossible comme l’ultime forme de notre devenir. Notre dé-présence. Notre dé-naissance.
Quand il n’y a plus rien, il reste le mouvement. Le seul mouvement. L’invisible mouvement. Comme la vague qui résume l’océan. Insaisissable vague que rien ne fixe. Qui est là, sans être là. Qui est déjà ailleurs. Mouvement incessant de retour, de redéploiement. Déséquilibre du vivant à la recherche de son centre, de son lieu fictif. Centre de gravité. Gravité. Grave. Comme la pesanteur de la joie.
L’écriture dessine les contours de ma peau. En creux. Par défaut. Le vivant se révèle là, dans le silence. Un silence pochoir. Qui cache, mais révèle. Qui tait, mais donne à entendre.
Oppositions des formes pochoir qui se répondent à l’inverse d’elles-mêmes. Là, dans la béance. Lieu de suture, lieu de coupure.
Ici, il n’y a pas de vérité. Seulement une résonance. Le corps qui résonne avec la chair des mots. Avec le mouvement. Le balancement des vagues dans le corps. Lent. Comme un labour profond qui trace les dessins de la cicatrice. Un labour qui va chercher la terre d’en bas. La terre maudite. La terre noire. Celle des moissons futures.
Jamais rien n’est dit. Hormis le mouvement, l’élan vers une forme qui nous échappe toujours.
Mes textes chuchotent entre eux. Ils se répondent dans un espace inconnu de moi. Textes. Sous-textes. L’espace de la déchirure. Lieu des métamorphoses. Les textes construisent une forme que je ne vois pas encore. Une matrice invisible. Forme pure du mouvement. Comme si les bords de l’infini s’agrandissaient, dévoilant des étendues nouvelles, des profondeurs étranges. Je ne peux que m’accrocher au mouvement, au seul rythme. Au brassage des eaux. À la scansion. À la stridence.
Sortir du ventre des mots, de leur chaleur, accoucher d’une autre respiration. Une autre chair. La déchirure, comme la forme pure de l’avènement.
Je suis sur la coupure. Juste là. À l’endroit où tous les mots ont été épuisés. Accepter cet épuisement. Consentir, à ce grand champ de neige et aux cendres. Consentir à l’hémorragie. Lent cheminement du renouvèlement. Marche vers l’aube. L’aube qui sacre la fin de l’épanchement de nuit. L’enfin de la fin.
L’aurore arrache ses derniers lambeaux de nuit, sa parole vivante ouvre sur un nouveau baptême, l’alliance rayonnante de la lumière, du printemps, noce du jour et du consentement.
J’ai traversé ce grand champ de neige, ni vivant ni mort… Autre…
J’ai traversé ce grand champ de neige afin que s’épuise le passé.
J’ai traversé ce grand champ de neige pour que chaque mort trouve sa place. Sa juste place.
J’ai traversé ce grand champ de neige pour rejoindre la rive des vivants.
Innocent de rien, mais le pas plus pesant. Comme la joie : grave. J’ai devant moi un océan avec cette lumière qui troue les vagues, et ce mouvement vers l’aurore calme, comme un premier matin.
J’ai traversé ce grand champ de neige pour blanchir ma parole, pour l’offrir lavée, nettoyée, purifiée.
J’ai traversé ce grand champ de neige pour changer de saison.
J’ai traversé ce grand champ de neige pour ouvrir la déchirure. Pour la bénir aussi. L’aimer, puisque c’est le sens de demain. Puisque c’est le seul endroit habitable. Puisque c’est mon lieu. Le lieu des résurrections. La déchirure comme seule naissance possible.
J’ai traversé ce grand champ de neige enfonçant mes mots jusqu’à la perte du sens, grelotant d’effroi, glissant d’un vide à l’autre.
J’ai traversé ce grand champ de neige pour voir fleurir un grand champ de blé, piqué de rouge par le frissonnement des coquelicots, bruissant de bleu par une source d’eau claire…
Quelle que soit l’histoire, nous n’écrivons toujours qu’au présent.

Franck.

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Des lieux impossibles.

Des lieux impossibles.

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lundi 5 juin 2017

- 58 - Il faut une place infinie...

Car il faut faire de la place. Chaque mot écrit réclame sa place à l’intérieur, c’est pour cela qu’au départ, cela constitue un arrachement. Le vide ne se décrète pas. C’est un abandon. Un lent abandon. Le projet a de l’ambition, car il s’agit de faire entrer un ciel entier, alors il faut une place infinie.
Infini, n’est pas une figure de style. Infini déborde de sens. Pourtant, c’est le mot juste. On ne peut pas décrire avec précision cet élancement de l’être en dehors de lui-même, cet afflux de sang dans les veines, l’élargissement de l’écoulement et cette crue dans la poitrine. On ne peut pas décrire les picotements dans le ventre, car ce ne sont pas de vrais picotements, mais plutôt, une sensation de chaleur et de fraicheur en même temps. Comme un vent dans les poumons, une bourrasque dans les viscères. Non ! On ne peut pas décrire, alors on dit infini. Infini veut dire tout cela. Plus encore. Surtout plus. Dire infini, c’est dire quelque chose que l’on ne peut pas dire. Qu’on ne pourra jamais dire. Cette brusque extension de la vie dans des dimensions inconnues. Singulières.
Alors, on écrit infini.
Alors, on écrit éternel.
Alors, on murmure « je t’aime ». Comme si l’on mettait un chapeau aux nuages ou des boucles d’oreilles au soleil.
Le projet a de l’ambition, car il s’agit de faire entrer un ciel entier, alors il faut une place infinie.
Au départ, on ne le sait pas. Puisqu’écrire nous vient d’un mystère. D’un mystère ou d’une fatigue, ou d’un ennui, ou d’un désir impossible. Écrire, c’est d’abord un amour qui ne tient plus à l’intérieur du corps, comme si les dimensions n’étaient plus adaptées. Écrire vient d’abord d’un épuisement de la langue, puis de cette fatigue, d’un savoir qui ne se suffit plus à lui-même. Les parois de sa vie sont envahies, mais l’on ne sait pas si cela nous vient d’un mal ou d’un bien, d’une révolte ou d’une bonté. C’est le prolongement d’une vie démembrée, d’une vie rendue brusquement impraticable. Inaccessible. Le bruit des jours nous devient insupportable. Écrire, c’est d’abord la vie en échec. L’amour empêché.
Le cri. La première écriture, c’est une écriture d’amour. Elle dit « je t’aime », ou « je te déteste ». Elle dit un geste qui ne tient plus dans la chair. Elle dit que l’on n’appartient plus au monde des vivants. Le premier mot invente le premier univers. Le cri. Le cri qui enferme déjà tous les secrets, ceux du temps ceux de la mort. Les peurs. La mort, qui entre toujours par la porte des mots. Toujours. Toujours par les coins d’ombres, les océans de silences. La mort qui cherche toujours les jointures, les désarticulations. Les premiers mots écrits sont des désarticulations. Des déboitements, par où la mort se faufile.
Car il faut faire de la place. Chaque mot écrit réclame sa place. Surtout le premier, qui est le nom de la mort. Car tous ceux qui suivront voudront le dénier, l’abolir, l’effacer. Le premier mot figure déjà une signature. C’est pour cela que l’on écrit à l’envers du temps, à cause de ce premier mot. Qui dit notre mort. Qui dit la fin, juste au moment du début. Alors, il faut faire de la place, car il s’agit de faire entrer un ciel entier. Avec ses constellations, ses soleils, ses lunes. Alors, on dit infini. Une place infinie.
Au départ, tout est plein, chaque espace de soi est rempli, comme une certitude, comme une évidence, les mots ne sont que l’image d’eux-mêmes, une surface lisse. Nénufars sans racines. Reflets vagues et flottants. Rien n’a traversé, rien n’a pénétré. Tout est trop plein, trop entier, trop lisse. Le vide ne se décrète pas. C’est un abandon. C’est partir sans bagages, retourner sa peau à l’envers. Mettre l’intérieur, à l’extérieur. Un peu comme une naissance, l’intérieur à l’extérieur, le retournement des peaux.
Le vide est un abandon. Lent, douloureux, puisque nos illusions, nos mensonges, résistent. Chairs molles accrochées aux os qu’il faut curer. Racler.
Puis un jour, cela devient un accueil, une aube. Les mots se posent dans leur désordre de lumière et de rosée. L’amour, la mort dans un espace infini. L’écriture peut alors déployer son chant, comme la mer déploie ses vagues. L’amour, la mort dans leurs mouvements incessants.
N’être rien que cet espace vide, comme ce grand champ de blé moissonné où poussent des coquelicots. Rouges. Fragiles et rouges. Comme l’or des moissons. Taches de sang dans l’immensité des constellations. Rouge. Infiniment vivant. Infiniment naissant.

Franck.

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- 57 - La question des corps dans le corps...

Il y avait cette question du corps. Non pas de la chair, mais du corps. L’enveloppe, la surface, la frontière. Le mouvement. Puis les mots comme une peau. L’écriture trace une forme mystérieuse. Un corps. Une écorce de cicatrice. Ils sont l’écrin dans lequel la vie tente de résister. Entre souffle, et étouffement.
Je regarde ma main, là, avec l’écran où les mots s’alignent. Une vision incongrue. L’écriture définit un autre corps, une autre peau. Ma main dans le corps du texte. Une autre main. À la surface de ma peau, il existe comme un pli, comme si la lumière se repliait sur elle-même. L’écriture trace un autre corps, d’autres formes qu’il faudrait habiter. Comme si l’enjeu était là. Dans cette distorsion des formes, des corps. Cet effort pour tenter de les faire coïncider. La voix invente un souffle, une autre respiration, un autre ventre. La voix du texte ne s’entend pas avec l’oreille, mais avec les yeux de l’autre. Le corps du texte habite une autre solitude.
Écrire est ce lent travail du feu pour décoller l’enveloppe. Un équarrissage minutieux. Le dépeçage d’un cadavre. Écrire, c’est dessiner les contours d’une ile inconnue, c’est trouer l’océan.
En fait, écrire, c’est quitter l’ile, quitter les contours définis de l’ile. C’est être du côté des eaux, avec le trou de l’ile en plein cœur. Puis le vent dans l’écume. Le scintillement dans l’éternel mouvement. Écrire, c’est cracher sur sa vie, avec dans sa bouche une peinture arc-en-ciel, comme le sauvage dans sa grotte qui crachait sur sa main appuyée sur le mur, pour en inventer la forme. Le contour de sa vie. Comme pour nous dire que tout arrive à cette jonction du dehors avec le dedans. Comme pour nous dire l’océan troué par sa main, par son souffle, par sa salive. La main en pochoir devient le premier poème, né du souffle et du crachat. De la déchirure des formes. De leur débordement.
Le texte est un au-delà de la peau, il en est le contour extérieur. Le pays au-delà du pays.
À la frontière, c’est la guerre. Les chairs poussent ou se rétractent. Le sang bat ou s’assèche. Les os craquent.
Les territoires de mon corps se déforment au gré de mes défaites ou de mes conquêtes. Plus souvent, de mes défaites, . Protée insaisissable. La peau se casse, se déchire. À la frontière, c’est la guerre du silence et de l’obscure.
Le texte n’invente pas de nation, il invente simplement des terres inconnues vouées à l’amour ou à l’abandon. Des pays sans nom.
L’écriture définit un autre corps, une autre peau. Ta main posée sur le corps du texte. Ta main, à la surface de ma peau, comme si ta lumière se repliait sur l’ombre que je te tends. L’écriture dessine Ton corps, et les formes s’ajoutent aux formes. Le texte invente des terres, les seules qui nous réunissent. Le texte invente le lieu où nous nous aimons, ce continent d’ivresse pure où nous n’irons jamais, puisqu’il brule, là, dans l’incendie, dans l’instant de le dire, avec les mots qui en sont la cendre. Le texte est le lieu où nous nous aimons, où la peau la plus fine se pose sur la peau la plus fine. Écrire, c’est inventer un continent disparu. Où Tu habites. Où j’habite. Où nos corps s’additionnent dans les angles des mots. Dans le cri.
Un souvenir qui s’invente. C’est un peu comme un feu. La flamme d’un feu. Naitre de sa propre disparition.
Le livre en est le chemin. Les rêves sont les fleurs de talus qui le bordent.
Ton souffle suffira pour l’éterniser.
« La tête d’Orphée. – Où est mon corps ?
Eurydice. – Près de moi. Contre moi. Maintenant, tu ne peux plus me voir, et j’ai la permission de t’emmener.
La tête d’Orphée. — Et ma tête, Eurydice… ma tête… où ai-je mis ma tête ?
Eurydice. — Laisse, mon amour, ne t’occupe plus de ta tête… »*

Franck.

*Le texte en italique est de Jean Cocteau : Orphée.

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dimanche 4 juin 2017

- 56 - L'oeil... La main...

Comme si le texte était ce pont, cette arche entre les yeux et la main. Car voir n’est pas suffisant, voir n’épuise pas notre désir. Voir n’apaise pas assez nos peurs. Voir, parfois, les augmente. Voir propose un monde qui nous est sans nul doute étranger. Voir est déjà un exil. Toucher est alors le premier geste d’appropriation. D’incorporation. Faire rentrer dans le corps ce que l’œil a vu. Apprivoiser la distance, l’espace, les formes. À cause de l’horizon, voir nous suggère un temps d’après, une menace toujours possible à venir. Avec le voir, nous sommes toujours misérables, dépendants. Isolés. Relégués. Le monde du voir est sans limites. Sans arrêt. Éternellement passant. Insaisissable. Incompréhensible. Inhabitable. Car toucher est si pauvre. Ma main se pose sur si peu de choses. Si peu de peau. La main définit la frontière de mon étroite maison. La proximité rassurante. Le presque soi. Le dérisoire.
L’amoureuse et l’amoureux occupent cet espace sans épaisseur entre le voir et la main. L’incorporation. L’amoureuse et l’amoureux passent des yeux à la main, de l’image à la main. De l’infini du possible à ce baiser-là, à cette lèvre-là, à cette peau si blanche, si présente, si chaude, si souple. Là, dans la paume ouverte du désir.
Écrire refait le même chemin à rebours. La décorporation. L’écriture nait de la chair. C’est son premier mystère. Sa première révélation. Elle nait de la chair, de la voix de la chair. Elle nait de la consistance d’un toucher. De la contrainte des masses. De leur frottement. Au départ de l’écriture, se trouve le sang rouge, puis les caillots gluants. Au départ, il y a la main qui tremble. Il y a le geste. Le mouvement qui s’exhorte lui-même. Au départ, écrire, c’est extraire du vivant primitif.
Le cri est la première chair du mot. Il n’est pas encore vision. Il est la défenestration de notre prison, il n’a pas encore trouvé la main. C’est une chair décrochée. Écrire, c’est tenir ce cri assez longtemps pour en faire sortir les images, pour le faire passer au voir, pour le faire devenir monde, univers, constellation. L’offrande à l’œil.
L’amour dit ce premier cri à l’envers.
Tout se joue entre l’œil et la main. Dans ces allers-retours qui tentent de les relier. Écrire, aimer, le même chemin, l’aller et le retour d’une vie. L’un comme l’à rebours de l’autre.
Le texte est ce pont, cette arche. Le lieu des métamorphoses. Le mot est un geste qui voit.

Franck.

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samedi 3 juin 2017

- 55 - Que deviennent nos cris qui ne sont pas criés...

Nous sommes des revenants. Nos yeux connaissent déjà le paysage sans fin de la mort. Nulle frayeur dans le regard. Seulement une grande lassitude. Le retour est toujours plus éreintant. Le déjà-vu épuise le sang. Ce perpétuel retour constitue la forme la plus aboutie de notre aller simple. C’est pour cela que les miroirs existent. Nous sommes en marche vers un en deçà de nous-mêmes. Un déjà-vécu sans conséquence. D’ailleurs, il ne faut en tirer aucune conséquence : les conséquences sont les pires des illusions. Elles tiennent nos heures dans la prison des temps clos.
Le difficile, c’est l’enfermement dans sa propre demeure, avec l’impossibilité d’ouvrir les portes de sa maison. On est à l’intérieur. Rien n’y pénètre. Ni lumière ni voix. Rien. Rien ne sort. Les verrous sont tirés. Ni la nuit, ni le jour : rien ne pénètre.
Ne plus écrire. Trop simple.
Tout a été écrit, cela veut dire que rien n’a été dit. Que tout reste à formuler ! Une autre fois. Jusqu’au bout. Jusqu’à la fin. Psalmodier jusqu’à l’ivresse. Même si c’est inutile. Surtout si c’est inutile. La mélopée n’est plus sacrée, elle n’atteint plus les cieux. Les a-t-elle atteints un jour ? Est-ce important ?
Respirer. Faire entrer l’air. Profondément. Sentir l’échange des gaz dans le sang, dilater les poumons. Respirer. Seulement cela.
Écrire que l’on respire. Écrire que l’on sent l’air se mélanger, que c’est la seule chose que l’on maintient. Que tout est organique ! Qu’il n’y a qu’une chimie ! Qu’une organisation de molécule. Un échafaudage de particules. Que l’on n’écrive que cela. Jamais rien de plus. Que tout le reste n’est qu’une boursoufflure. Qu’une triste illusion.
Il faut repartir du début. Du cri. Reformuler le cri. L’équation du cri. Un cri débarrassé de sa douleur, de sa peur. Un cri pur, net. À l’état brut. Un cri sans chagrin puisqu’il les contient tous. Sans cause. Le cri comme le premier mot. Le seul audible, le seul compréhensible.
L’enfant qui nait sait déjà tout. Il crie. Après il passe sa vie à oublier ce cri. Il passe sa vie à oublier qu’il savait. Derrière chaque geste, derrière chaque parole, ce qui compte, c’est le cri. Faire entrer l’air dans ses poumons. Déployer le cri. L’épaissir. L’ accroitre . Lui redonner sa nécessité. Son immédiateté. Son acharnement. Appeler le cri. D’abord dans ses poumons, à l’endroit des échanges des molécules, à l’endroit où le dehors devient du dedans. Quand le dehors devient du dedans, il devient un cri. Toujours. On ne le sait pas, parce que l’on a oublié le moment du naitre. Le premier échange des molécules qui devient un cri. La première vérité, sans doute la seule que l’on ne dira jamais. L’originelle affirmation. Car le sourire n’est qu’un cri dévoyé, un cri qui s’est déjà compromis, un cri qui a déjà vendu son âme. Le rire n’est qu’un cri prostitué. Une forfaiture. Écrire le signe.
Que deviennent nos cris qui ne sont pas criés ? Sont-ils musique ou poésie ? Sont-ils torrents ? Bourrasques ? Sources ou plaintes dans les landes de bruyères ? Supplique ? Oraison ?
Que devenons-nous, nous qui ne crions pas ? Que pèse notre vie sans cri pour l’alourdir, pour l’enraciner, pour la densifier ?
Alors, remonter le fil du souffle. Respirer intensément. Sentir le froid de l’air passer dans l’incendie du sang. Alors, n’écrire que cela, l’effondrement du dehors dans le dedans. L’écrasement des molécules dans les chairs vivantes et respirantes. L’écrasement. N’être plus que pulsations, vibrations. Jusqu’à la convulsion. Psalmodier jusqu’à l’ivresse. Du souffle sur du souffle, avec le cri qui se déploie dans un arrachement somptueux. Du souffle qui frotte sur du souffle. Du sang noir pour du sang rouge ; élévation lente, cène sanglante et hurlante. Cérémonie solennelle du cri initial, annonciateur, prédicateur. L’engramme. L’ordalie.
C’est après qu’arrive le chant.
Le chant… D’abord, la voix. Le texte doit tenir dans sa voix. Tenir en entier. L’œil seul est muet, il n’entend rien au chant. Beethoven est sourd, mais il continue de jouer. L’œil n’est pas suffisant : il a besoin de ses doigts pour entendre.
Le chant relie la chair au verbe
Que le chant… L’exhalaison de la matière du mot. Le dépassement du mot dans sa traversée. Chopin jusqu’à la dissonance. Aller jusqu’au bout de l’audible, juste avant que l’harmonie ne se casse. Cet instant existe juste avant la brisure. Dans Chopin, il y a toujours un point d’effondrement, une note par où passe la lumière.
C’est l’accident dans la parole qui la révèle.
L’impact.
Le trou juste avant le mot. Juste après.
Décider d’écrire dans les trous, dans les manques. Se donner une chance de mourir. Là.
Inventer de l’éternité. Pas parce que c’est beau, mais parce qu’il le faut.
L’arbre ne fait pas du beau, il fait de l’arbre. Il fait de la puissance d’arbre. Il est constant dans son désir d’arbre. Il est constant dans sa chair d’arbre.
Il s’efforce. Autour du nœud. Autour de la folie qui durcit sa mémoire. Il invente ses branches dans les saisons à venir. Autour du nœud ligneux. Il appelle le vent, la tempête. Il appelle ce qui peut le briser. Ce qui doit le briser. L’arbre écrit. On le sait à cause du chant. Avec ses renaissances perpétuelles. La buche dans le feu dit le poème de l’arbre, raconte sa légende. Les amoureux qui s’y chauffent le savent. Ils entendent, ils écoutent la voix de l’arbre, la chair de l’arbre. Car le feu est l’âme de l’arbre. Quand le bois craque, c’est un silence qui se contracte, c’est le chant de la puissance de l’arbre. C’est la chaleur des étés, ce sont les neiges d’hiver, c’est le vol des oiseaux. Jusqu’aux cendres.
Nous sommes des revenants. Nos yeux connaissent déjà le paysage sans fin de la mort. Nulle frayeur dans le regard. Seulement une grande lassitude. Le retour est toujours plus éreintant. Le déjà-vu épuise le sang. Ce perpétuel retour constitue la forme la plus aboutie de notre aller simple. C’est pour cela que les miroirs existent. Nous sommes en marche vers un en deçà de nous-mêmes. Un déjà-vécu sans conséquence. D’ailleurs, il ne faut en tirer aucune conséquence : les conséquences demeurent les pires des illusions. Elles tiennent nos heures dans la prison des temps clos.
Écrire efface ma trace. Me retranche de l’avalanche des peurs. Je suis dans un reflet de silence. Écrire délimite un bord. Une ligne franche, brutale, presque coupante. L’en deçà, l’au-delà. Il y a le bord, puis il n’y a rien. Plus rien n’existe, pas même le vide. Rien. Des lieux, des temps qui n’ont pas la force d’exister, ou alors qui ne l’ont plus.
Les miroirs sont autistes. Cela afflige leurs voix. Ils ne diront rien des temps de la fin.

Franck.

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vendredi 2 juin 2017

- 54 - La parole charrie deux fleuves...

La parole charrie deux fleuves. Deux voix. Il y a toujours deux langues dans la voix du texte.
J’écris à l’intérieur de l’écorce. En deçà de ma peau. Sur les parchemins des viscères. J’écris dans un étouffement progressif. À l’intérieur. Pas à pas, je remonte la spirale du coquillage de ma langue.
Au départ, la bouche était béante, grande ouverte sur l’océan. Puis je suis parti vers le centre, vers le rare, vers le peu, vers l’intérieur. Des tours de plus en plus courts dans la spirale des mots. Avec de moins en moins de place. La mer est loin, le ciel est loin, l’air manque. Chaque mot devient de plus en plus difficile à atteindre. Ma langue râpe, s’écorche. Ma parole s’épuise à racler les parois du texte. C’est un tunnel qui se rétrécit à chaque tour. Un resserrement. Lent. Un étouffement. Lent. Mon endroit d’écriture n’a plus d’espace. Comme une pénétrante agonie qui rafle les dernières mises oubliées sur la table du « je ».
C’est un cheminement vain. Il n’y a rien au bout de la route. Le centre reste un lieu vide. Nulle présence. Au bout de la spirale, il n’y a rien. Seul persiste un point d’écrasement.
Ce point se nomme la disgrâce. Il est sans épaisseur. Sa masse est infinie. Il est le lieu de l’attente.
La parole charrie deux fleuves. Deux voix. Il y a toujours deux langues dans la voix du texte. Celle qui pousse. Celle qui tire. Alors chaque mot pèse le poids de son contraire. Alors le chant s’élève du lieu où les forces s’annulent. Alors le chant s’élève de l’instant immobile. Absolu, irrévocable. Solitaire.

Franck.

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mercredi 31 mai 2017

- 53 - L'angle...

Dans l’angle du jour se trouve le point d’une immense fatigue. Le point de la lumière la plus faible. Quelque chose, là, s’infléchit, se tord. Quelque chose, là, nous revient du fond des âges, comme un œil hagard qui dévisagerait l’insignifiance de nos actes, la faiblesse de nos élans. L’œil hagard de la mort qui nous regarde avec envie. Il existe dans l’angle du jour un point qui nous laisse sans peur, puisque nous y sommes sans force. L’épuisement efface tout du désir, et le temps croupit comme un marais oublié. Il y a dans chaque journée quelque chose qui nous renie, quelque chose qui nous abandonne. Tout le corps est pris dans cette masse de fatigue, juste dans l’angle du jour.
Dans l’angle du jour se trouve un point d’une immense fatigue. On croirait une cathédrale, mais en vérité c’est un point minuscule, vaste comme l’attente.
Rien ! Sinon cette immense fatigue, massive, vivante. Ce n’est plus la vie, ce n’est que le deuil, ce deuil inséparable des angles. Le corps pourrait nous lâcher, là, dans l’instant de cette fatigue immense.
C’est là que l’écriture se niche, dans cette désolation sans nom, dans cet angle.
Au début, subsiste cette immense fatigue, puis arrive la solitude, après seulement on se met à écrire. Dans l’angle. Toujours dans l’angle. Là où la nuit chante.

Franck.

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