J'irai marcher par-delà les nuages

dimanche 10 décembre 2017

Ton innocence flotte auréolée d’un tremblement limpide...

Je suis une eau errante dessourcée. Je n’en finis pas de couler hors de toute direction, de tout sens. Je cherche un lieu, une âme, un lien, un parfum, une voix. Il n’y a pas d’issue à l’errance, c’est d’ailleurs comme cela que nous la reconnaissons. Pas d’issue.
Il me faut dénuder le temps.
Il gît nu, désormais, dans son impudique pureté, étendu dans le lit de la langue, j’ai posé mon cœur sur l’oreiller des mots, pour recouvrir mon corps d’un linceul transparent…
Temps nu…
Qui plante sa lame tranchante dans le gras de ma vie jusqu’à en toucher l’os…
Temps nu d’attente verticale, crépusculaire, parenthèse frémissante aux paupières du rêve.
Faux blanche dans un champ d’asphodèles…
Temps nu du silence…. Écoulement bourdonnant de substances misérables dans la veine des heures.

Je te parle du plus profond de ce grattement d’os. De ce temps arrêté.
J’essaye de rejoindre avec quelques mots murmurés, et l’écriture la plus virginale, avec ce si pauvre, ta rive farouche couleur d’ambre…
Car tu le sais, le monde s’enchante de la parcimonie, de la rareté, cela l’allège du trop-plein, de l’excès, de la tonitruance. Le monde a aussi besoin de ce " si-peu ". Comme ces prières qui montent des cloîtres : silencieuses, invisibles, cris inaudibles à force de s’opposer au mal, au vide, au néant, à nos insuffisances…tous ces riens, ces " si-peu " jetés dans l’espace !
Le monde s’enchante d’une seule présence invisible, d’un seul geste, d’un seul baiser, du seul mot prononcé dans le dénuement et dans l’absence de toute réponse.

Mais mon amour tu vas l’amble, battement désaccordé au creux d’un monde désarticulé.
Brûlure sacrée des instants rares
Orchidée cueillie sur les lèvres du jour
Je t’ai vu dans mon rêve allongé, les yeux fermés
Ni vivante
Ni morte
Plus que vivante
Plus que morte
Plus vraie qu’un soleil
Sur l’oreiller fragile des mots, j’ai rapproché ma bouche pour souffler sur ta gorge une caresse rouge.
Sous l’arche de ton sommeil vacillant, ma voix devint rumeur innombrable…
Murmure ruisselant…
…. Ton innocence flotte auréolée d’un tremblement limpide.
Ta chevelure noire déverse des champs de comètes frémissantes.
Ta bouche savoureuse s’arrondit dans la chair sanguine des oranges.
Tes yeux consolés chancellent comme des guirlandes de chandelles.
Tes mains délicates en éventails balaient les poussières désargentées de la nuit comme l’aile du papillon effleure le cœur des roses.
Et ton sourire amande a la chaleur des étreintes.
Et ta voix captivante connaît le luxe, l’harmonie des plus grands paradis.
Et ton front réfléchit la lumière et la grâce des lys.
Et ta peau séraphine se perle de rosée.
Et ton corps élégant traverse enfin l’aurore……
Traverse enfin mon rêve.

Franck.

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samedi 2 décembre 2017

Le film...

Tenir l’instant. Le maintenir. Ne plus le lâcher. À l’intérieur c’est un film. Ça y ressemble. Il surgit dans le désordre des séquences. Il s’accroche. Je m’accroche. Je ne l’appelle pas. Il est là. Je le laisse prendre la place. À l’intérieur. Avec les images. Ça ressemble à un film. C’est un film très court. Quelques séquences. C’est l’histoire d’une rencontre. La caméra est dans mon œil. Quand il surgit, ça va très vite. Une fraction de seconde. Mais je tiens l’instant. J’ai la sensation que tout est en morceau. Une décomposition d’images. Comme si de l’eau passait dans la mémoire. L’eau du temps. Alors il faut tenir l’instant. L’étirer. L’agrandir.
Ce n’est pas un grand film. Ce n’est pas un film d’auteur. C’est un petit court métrage dans le désordre des séquences. Il y a simplement un peu d’eau qui coule sur les images. C’est l’histoire d’une rencontre. Cela ne dure pas. C’est normal. Les rencontres ne durent pas. Après ce n’est plus des rencontres. Là, c’est uniquement une rencontre. Après le film s’arrête. Il repasse dans les boucles du temps, de la mémoire. Sans cesse il repasse. Il veut trouver sa place dans le labyrinthe, dans ce fatras que sont mes jours. Alors il repasse.
Il faut que je tienne l’instant. Assez longtemps. Parfois on oublie. L’eau envahit tout. Les formes, les contours disparaissent. On passe sa vie à oublier. Là, je veux que ça reste. Quand le film se présente, je ne le chasse pas. Je le laisse. Dans ma tête, c’est un film silencieux. Pas muet. Silencieux. Les deux personnages parlent, mais on ne les entend pas. Moi, j’entends. Le son est dans un autre lieu de ma mémoire. L’image et le son ne sont pas synchronisés. Dans ma mémoire ce sont déjà des extraits. Il y a des images qui ont déjà disparu.
C’est un dimanche. Cela n’a pas d’importance dans le film, mais c’est un dimanche. Le matin, ça, c’est important, à cause de la lumière. Il fait beau, mais il y a un léger voile dans le ciel. Une luminosité franche de matin avec juste un voile léger. C’est un quartier de Paris. La rencontre se passe à Paris, cela aurait pu être ailleurs, mais c’est à Paris. Ils ont rendez-vous. Des milliers de gens font la même chose, à Paris ou ailleurs. C’est banal. Les gens se donnent des rendez-vous et s’attendent. Au départ ils veulent se rencontrer. Après ils ne veulent plus, mais c’est trop tard. Ça s’est imprimé sur la pellicule. C’est inscrit dans l’histoire des étoiles. Tout est inscrit, avec les gestes, avec la lumière qui les portait. Ce ne sont pas des films d’auteur. Cela forme simplement la texture des ténèbres dans la profondeur des cieux. Ils ont rendez-vous dans un bistrot. Le bistrot a un nom amusant : "chez Gudule"….Le nom du bistrot n’a pas d’importance dans l’histoire qui se déroule. Mais c’est le nom du bistrot, alors il faut le dire.
Le film commence toujours de la même façon. Elle, elle est assise à la terrasse du café. Il n’y a qu’elle. C’est le matin dans Paris. Elle est assise. Elle attend, lui.
J’ai la caméra dans l’œil. La caméra, d’abord elle cherche. Puis l’œil s’aperçoit qu’il n’y a qu’elle. Ils se sont trouvés. Il n’y a pas de musique sur les images de la mémoire, ce n’est pas comme dans les vrais films. Là, c’est silencieux. Il n’y a pas de ralenti non plus.
À partir d’ici, le champ de vision de la caméra se rétrécit. Il n’y a plus que le visage d’elle. Autour c’est flou. Dans la mémoire de l’œil, le visage d’elle est très proche. Plus proche que dans réalité d’une rencontre. Parfois, l’œil dérive à droite ou à gauche. Je me souviens. Je ne peux pas la regarder trop longtemps en face. C’est presque douloureux.
Alors il parle. Leur conversation va droit à l’essentiel des choses de leur vie. C’est une conversation naturelle. Sauf, que rien n’est naturel. C’est comme dans la tragédie grecque.
Les histoires s’emboîtent comme des poupées russes, de la plus simple à la plus cruelle. Ce qui caractérise les histoires, c’est qu’elles ont une fin. C’est que la fin est inscrite dans le début, en filigrane. Dans le film, si l’on regarde bien, tout est inscrit dès le premier instant. La couleur du matin. Le voile dans ciel. Peut-être le nom du bistrot. Gudule. C’est une dérision. Le destin des humains est dérisoire. On sait. Tout le monde le sait. On fait comme si on l’oubliait. Puis il y a quelques signes qui nous arrivent. Gudule, c’est un signe, ce n’est pas un nom, ce n’est pas un lieu ni un temps. C’est un signe.
Il ne veut pas la regarder tout le temps de la séquence. La beauté d’elle, est troublante. À chaque fois qu’il la regarde dans les yeux, il a la sensation de manquer d’air. Il reprend son souffle. Ça ne se voit pas sur l’écran. À chaque fois que la scène passe, je ressens la même pointe. Comme si un scalpel passait à l’intérieur de ma poitrine. Un effleurement glacé.
Dans le film de ma mémoire, il est très proche d’elle. C’est un effet du temps. Dans le film de ma mémoire, les images sont des morceaux d’images, seulement des morceaux. Un peu comme un kaléidoscope. Les yeux. Le point d’éclat vif au centre. La bouche. La peau du visage. Le nez. Chaque partie se sur-imprime sur les autres. Il faut faire un effort pour retrouver le visage dans la nudité du premier instant. De l’eau passe dans ma mémoire poreuse.
Je me concentre. Ses yeux. Sa bouche. Ses lèvres. Son sourire.

Voilà, le sourire. Il faut garder le sourire. C’est par le sourire que tient le film. La porte d’entrée du visage c’est son sourire à elle. La séquence où ils sont assis tous les deux à la terrasse de chez Gudule se brouille. Elle n’est pas dans l’ordre. La mémoire a déjà fait des coupes.
Plus le film repasse, plus les nœuds se nouent. C’est le sens de la fatalité que de nouer les nœuds. Il faut garder ces instants. Il faut les garder. Déjà je sens l’effacement.
Tes traits sont moins précis. J’insiste, c’est le sens de ma folie. Revenir sur l’inutile. Tenir le vain, l’accessoire. Tenir tous ces fils qui pendent. Il ne faut pas être négligent avec ses souvenirs. Il faut les dire, leur trouver des mots, leur tisser un  destin.
Toujours cette même sensation quand ton visage apparaît, cette sensation de bouleversement, comme si les images passaient d’abord dans le sang, comme si elles infusaient les chairs.
C’était un dimanche, tu es arrivée comme une plume, comme une grâce. Tu as choisi cet instant si particulier pour apparaître, l’instant où la lumière se gorge de silence. L’instant où les dieux sont occupés à autre chose, où ils détournent le regard, où ils laissent faire.
Tu es arrivée avec cette légèreté de brise printanière. Tu as posé tes doigts avec douceur sur la porte de tendresse et tu es entrée. Légère. Depuis, ma maison est dans tous ses états. Tu as simplement soufflé, et j’ai senti ta présence. Une présence considérable.
Depuis, j’ai dans la tête ce film qui passe et repasse sans arrêt. Pour ne pas oublier. Pour mourir un peu moins vite.
C’était un dimanche. Tu es arrivée comme l’écume d’une vague, un rire d’océan, comme une ivresse, une folie. Tu es arrivée comme la chaleur qui précède les feux. Tu es arrivée juste après l’aube dans l’ascension verticale du soleil, avec juste un voile, juste tes yeux, et le fracas d’un sourire. Certains êtres nous manquent bien avant que nous les connaissions, bien avant que nous les ayons rencontrés. Quand ils sont là, ce manque nous sacre.
Alors je suis de ton absence. Tu es ma procession, ma croissance, mon témoignage. Tu enfantes mes heures,  je nais dans ton regard, j’augmente par ta seule lumière. Je suis ton pèlerin. Pauvre et silencieux.
……..
Les saisons cachent leurs misères et raccommodent leurs troublantes humeurs par un long fil de tristesse.

Franck.

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samedi 25 novembre 2017

Tu comprends...

Je me suis saisi d’un essaim de lueurs cristallines, pour éclairer la page blanche. Je cherche à nouveau l’ultime perfection de la cadence. Écrire c’est envoyer une barque sur l’océan, sans aviron, sans boussole. C’est remonter à l’origine de ses craintes. C’est vivre à titre posthume. C’est risquer la genèse dans la fin de toute chose. Un coup de hache sur la voûte des cieux.

Je serai le dernier capitaine du dernier vaisseau. Je faucherai à grands coups de tristesse, les vagues et l’écume. Je moissonnerai l’océan de ses tempêtes, le viderai de ses humeurs marines. J’ai dans la voix des tonnerres oubliés, des orages solitaires, des moussons indécises, des tornades enchevêtrées. J’ai trop de guerres perdues pour fêter l’espérance. Trop de morts dans les yeux, trop de sang dans mon sang. J’ai trop d’attente dans mes heures, trop de cendres sur mes mots.

Je serai le dernier capitaine du dernier vaisseau. Les chemins vont tous en enfer. Et les poètes se maudissent eux-mêmes, bien avant tous les autres. Ils meurent bien avant leur mort. C’est ce qui les fait écrire. Les noces de l’innocence, de l’ivresse comme une apocalypse du silence.

À force d’épuisement j’ai des colères à détruire. À force d’abandon j’ai des blasphèmes dans les veines. Je voudrais pouvoir arracher les mots comme on arrache de mauvaises herbes. Dans mon jeu j’ai des solitudes d’avance, comme des atouts que l’on garde avant d’achever la partie. J’ai des folies aussi, des jurons, des profanations.

J’écrirai le poème qui n’a jamais été écrit. Pour toi, oui pour toi seule. Tu comprends. Il faut que tu comprennes. Il y aura dans ma voix tous les mots de langue. J’appellerai dans mes vers les éléments, les infinis, les océans, les prières connues ne seront bonnes qu’à griller avec leurs dieux, avec leurs apôtres. Je t’écrirai le poème qui débordera toutes les formes, tous les sons, toutes les images. Il sera profusion et désert, il condensera toutes mes larmes, tous mes chagrins. Un et innombrable. Constellation. Fleuve.
Je cueillerai tous les jardins de la terre, par pur excès, par simple folie.
Car tu comprends, il faudra commencer par tout épuiser, par tout dessécher, par tout vider. Il faudra commencer par tout consumer.

Car je ne désire qu’une chose, n’être plus rien que ce souffle tendu vers tes lèvres. Que cette caresse que ta peau prolonge. Qu’un ventre que ton ventre complète.
Je brûlerai comme de l’encens sacré pour effleurer ton corps, pour être dans ton corps, pour être le parfum de ta chair.
Avec les fils d’or et d’argent de mes mots, j’attacherai ensemble l’aube avec le crépuscule, pour que l’on soit à jamais dans le même temps. Inséparables. Invincibles. À la verticale du soleil.
Le poème effacera les saisons, adoucira les rides.
Tu comprends chaque mot prononcé sera un univers incalculable. Je les choisirai dans l’urgence, le vertige, dans la volupté, dans l’écrasement. Ils seront cataractes. Talismans. Tu comprends, chaque mot portera en lui une lumière d’étoile, il aura traversé le silence des cieux, il aura affronté, les dieux, les diables. Chaque mot que tu liras, de ce poème impossible, mon amour, tu ne pourras plus le prononcer, il s’effacera à jamais de ta langue, à jamais il s’inscrira dans ta chair. Tu comprends, mon amour, les mots gorgés de sang sont imprononçables.
Comme la mort.
Comme l’amour.

Franck.

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dimanche 19 novembre 2017

Soirée...

Nos promenades silencieuses, t’en souviens-tu ?
Et ces soirées de murmures consumées dans la pénombre ?
Chacun à sa table d’écriture, le poème de l’un s’enroulant au poème de l’autre.
Nous n’avions qu’une parole pour deux, cela nous suffisait. Le même souffle, le même geste.
Dehors, il neigeait. L’hiver devenait fraternel, la nuit était lente.
Nous frôlions avec précaution l’écorce frissonnante du temps, avec cette audace séculaire
des ignorants, au rythme des flammes et des craquements du bois.
Dans l’obscurité la vie guettait, avec ses achèvements, nous allions d’un feu encore innocent
vers une aube déjà coupable.

Franck.

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samedi 18 novembre 2017

La source...

Veiller au surgissement. Ainsi la source. Toujours naissante. Renouvelant l’acte en permanence. Ce qui en moi surgira ne sera entaché de rien. Du vierge. De l’enfant étonné.
Au début de l’écriture, on est si loin de la source. Les seuls fils qui sont là, à notre disposition, ce sont les souvenirs, la mémoire. Alors on affronte ces gros paquets d’eau chargée de temps, bouleversée de nos écumes. Écrire c’est d’abord se débarrasser de l’eau vieille. Le premier temps de l’écrit, c’est assurer son pas dans le courant contraire de l’eau. À rebours. Puis remonter. À contre temps de la pente, recevoir de face le flot de nos jours perdu. L’innombrable vacuité en tourbillon, en cascade, en remous.
Il y a quelque chose à épuiser en nous. On ne sait pas ce que c’est, au début. On est simplement dans un continuel ressac. L’écriture est le déploiement d’un geste qui s’écrase. Toujours. Le double mouvement d’un enroulement et d’un empêchement. L’écriture est à la jointure de cet empêchement. C’est cela qui épuise, la résistance au flot. Le pas alourdi, imprécis.
C’est alors que l’on sait qu’écrire c’est avant écrire que cela commence. Écrire appartient à la source. Comme l’amour, comme toutes les choses essentielles. Elles viennent du surgissement. Elles sont avant la mémoire. Elles sont sans souvenirs. Toujours naissantes. Comme l’amorce d’une éternité. La source c’est l’œil. L’œil du vivant, qui contient toutes les cibles, tous les océans. Déployant dans le même temps, son intention et sa fin.

Je t’ai aimé bien avant de t’aimer, comme une source éternellement naissante dans le flot insipide de mes jours. Je t’ai seulement reconnu dans l’élan, dans cette suspension qui s’en est suivie.
Le geste qui se renouvelle sans cesse égal, nous paraît immobile. Il y a dans l’amour cette suspension, cette fixité. Un perpétuel élan, que le temps n’accroche pas. Les horloges délaissent les amoureux, les oublient. Ils sont dans une faille du temps. D’où la stupeur qui nous frappe lorsque nous en rencontrons.
L’amour, l’enfance, l’écriture n’appartiennent pas au temps, ils sont des lieux. Pas des paysages. Des lieux. Comme les constellations, les océans, les sources, les landes. Des lieux, avec des lumières qui les traversent, des mouvements qui les animent, des fixités qui les sacrent, des mystères qui les agrandissent. Des lieux sans frontière, des lieux qui se débordent eux-mêmes, qui s’inventent au fur et à mesure des éclairs, des désirs, des embrasements, des grâces. Tomber amoureux, c’est tomber dans un de ces lieux. Comme retomber dans l’enfance, ou entrer dans l’écriture.
Dès que le temps s’insinue dans ces lieux, s’en est fini. De l’amour, de l’enfance, de l’écriture.

Il faut veiller au surgissement.
Remonter assez haut vers la source.
Dépasser le désert d’épuisement. Là, où il n’y a plus de passé.
Et la voix de l’écriture est la dernière habitante d’une étoile en feu.
Je te le répète, je t’ai aimé bien avant toi, bien avant moi, bien avant mes folies ouvragées, bien avant mes dérives broussaillantes et sauvages. J’ai l’âge de ton île. Je viens des pôles sanglotants. Je suis passé par les ivresses des bateaux naufrageant. J’ai connu les décombres des éclipses, les aubes rugueuses. J’ai connu le givre du matin se transformant en cendres. Tu sais la mort est une statue de pierre qui nous regarde en clignant des yeux. Je n’ai cessé de blanchir mes mots, d’en extraire les moindres lambeaux, afin d’accroître ton nom en moi, d’en faire des semailles crissantes à la lisière de mes désespoirs. Ton nom, comme cette lumière qui coule d’un vitrail ébloui. Ton nom que je prononce en embrassant l’ombre à l’extrémité d’un silence vulnérable et vibrant. Sais-tu que je suis dans un étrange crépuscule, comme un peuple de sable sorti du froissement des limbes. J’ai dans mon crâne des cathédrales d’argile et d’encens, des étreintes singulières aux ailes de papillons, dans ma langue rôde l’écume, les tourbillons d’une source d’eau douce au creux de l’océan.
Lorsque je dis ton nom, je surgis à moi-même plus vrai que le soleil.
Un puits miraculeux au bout de ma marche.
Toujours naissant. Renouvelant mon acte en permanence. Alors ce qui en moi surgit, n’est entaché de rien. Du vierge. De l’enfant étonné. De l’enfant retrouvé. De l’enfant reconquis.

Franck.

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dimanche 12 novembre 2017

Petite soeur...

Il y a bien une peur dans le désir qui se déploie. Les temps qui adviennent sont des temps terrifiants. L’amoureuse regarde l’amoureux. Leur présence est accrue du désir. De l’imminence. Ils sont menacés par la joie. Ils le savent. La jouissance signe la fin d’un monde.
Ce qui menace le feu, ce sont les cendres. Le rêveur devant la flamme les voit déjà, c’est pour cela que sa mélancolie s’accroche si bien à l’âtre. À cause des cendres. L’amoureuse regarde l’amoureux. Elle a dans sa chair un feu. Mais elle sait les cendres. Au moment des corps, les amoureux sont graves. Les gestes s’alourdissent, ils sont pris dans une sorte de pesanteur, d’épuisement. La jouissance ouvre la porte des enfers. Les amoureux le savent. C’est une traversée. Comme Orphée.

Les dieux immortels ne connaissent pas l’amour. Malgré leurs accouplements, jamais ils n’aiment. L’amoureuse regarde l’amoureux, ils savent brusquement qu’ils devront aller plus loin que leur désir de chair, ils devront aller jusqu’à la cendre, de l’autre côté de la frontière. Ils savent qu’il faudra tout effacer. Qu’il faudra tout oublier.

Les amoureux évitent les miroirs de peur que ceux-ci ne gardent le souvenir de leurs gestes. Qu’ils impriment le masque mortuaire de leur jouissance. Les amoureux sont sans image, puisqu’ils sont sans parole. Les amoureux sont sans mémoire, puisqu’ils sont sans langage. Puisqu’ils sont sans miroir. Les amoureux lorsqu’ils se regardent ne se voient pas. Ils se touchent. Se voir les détruirait. Alors ils se regardent et ne se voient pas. Ce regard sans vision les envoûte. Il est débarrassé du deuil encore quelques instants. On avait prévenu Orphée. « Ne te retourne pas !»
Dès que le regard se met à voir, c’est le néant qui surgit.

Mon amour, nos ombres sentinelles nous parlent à mi-voix. Nos ombres sentinelles se sont détachées de nous, pour vivre des frôlements que nous ignorons. Tu sais mon amour, nos ombres ont leurs exubérances, leurs sacrements. Leurs pénitences, aussi.
Nos ombres sentinelles sont des ombres courageuses, sans orgueil, qui savent se relever après le trébuchement, qui savent se réchauffer après le tremblement. Nos ombres sont muettes, sans ornement, débarrassées de nos pudeurs frivoles. Elles vont sans nous. Défaites de nos corps, de nos peurs, de nos hésitations. Elles vont l’amble, nos ombres, profitant de nos rêves, elles ne craignent ni le feu, ni la nuit, ni nos deuils, elles vont comme des eaux tranquilles.
Nos ombres, loin de nous, s’entrelacent, s’unissent, elles n’ont que faire de nos apitoiements. Elles se bercent du roulement de la nuit, elles n’ont pas de saisons, elles n’ont pas de maison, elles vont légères, sans corps pour les retenir, sans chaîne pour les accabler, sans jugement pour les opprimer. Elles vont, elles vont, passant d’un silence à l’autre, choisissant nos absences pour se rejoindre, nos tristesses pour nous abandonner.
Petite sœur, petite sœur des murmures, approche-toi, l’automne arrive avec ses détresses, ses renoncements. Petite sœur du silence, petite sœur de l’amour, je pose sur tes paupières toutes mes Afriques, tous mes déserts. Je pose sur tes lèvres tous mes fleuves languissants, je pose dans le creux de ta main toutes mes ivresses, et sur ton ventre toutes mes nuits perdues.
Petite sœur, il est temps, approche-toi. Nos ombres nous attendent, elles réclament nos corps pour blanchir les linceuls de nos fiançailles.
Petite sœur de lumière, le vent se lève, l’encre brûle nos derniers mots.
Il y a bien une peur dans l’incandescence du désir qui se déploie. Les temps qui adviennent sont des temps terrifiés.
Et l’amoureuse regarde l’amoureux. Et l’amoureux regarde l’amoureuse.
Petite sœur prends ma main, et allons !

Franck.

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jeudi 9 novembre 2017

L'île d'après...

Les amants dessinent, dans la tristesse des villes, de grands aplats de silence, à contre-jour, à contre soleil. Les amants s'absentent, dans leurs traces nous y cueillons les songes. Les amants ne parlent plus, les mots ont déjà déserté leurs gestes. Ils se rapprochent des choses ou des êtres, simplement pour les éclairer ou les abandonner.
Les amants passent, traversent, débordent, tanguent. Ils chavirent. Ils s'effacent. Au bout de leurs regards désinvoltes, ils inventent l'ignorance avec cette ivresse cruelle qui l'accompagne.
Les amants sont sans bagage, sans histoire, quelques baisers secrets au fond de leur poche, comme ces enfants qui remplissent les leurs de ficelles ou de petits cailloux. Ils sont dans l'angle du jour. Ils ont perdu leurs yeux, ils n'ont que leurs mains pour sculpter les heures, leur peau pour créer d'autres langues, leur chair pour fuir leurs peurs anciennes.
Les amants se cachent dans les ellipses des coquillages pour se dérober au temps, au vacarme des villes. Ils se savent en danger. En sursis. Le poème ne les a pas encore rattrapés. Ils sont dans l'impatience, pourtant sans attente. Demain est un continent lointain, une rive inabordable.
Les amants dessinent par étourderie les arabesques de futures aurores pâles sans secret.
L'écriture sera tapie dans la marge. Juste là, dans l'ombre.
Pour l’après.
Écrire l'après qui est déjà advenu.
Écrire est dans le contre temps, comme les amants sont dans le contre-jour.
Écrire, c'est l'île d'après. Celle qui n'est pas habitée, celle offerte aux tempêtes, à l’obscur mouvement des vagues.
Et les amants chavirent, et l'écriture fait naufrage au large.
L'écriture est le chant désastreux des amants déliés de leurs serments trop lourds.
L'usure prochaine des temps révolus, défaits.
Les amants n'ont que leur nudité, le poète que son dépouillement.
L'amour a sa nostalgie, le poète sa lente mélancolie.
Le soleil brûle tous les déserts.
Les amants ne connaissent pas la rhétorique.
Ils dansent.
Ils dansent.
Ils dansent.

Franck.

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dimanche 5 novembre 2017

Le puits...

De quoi est faite la voix de l’écriture ? J’ai des chevaux dans la poitrine. Des galops. Des hennissements. J’ai des contrées sauvages. Du vent dans le sang. Des expiations terreuses, des étranglements. Des vacillements. De quoi est faite la voix de l’écriture ?

Je vais au texte comme si j’allais au puits. Les mains vides. Le pas lourd. Tenant le seau de la langue, le seau vide de la langue. Je vais au texte dans cette pénurie habituelle. La soif chevillée au sang.
Aller vers le texte, c’est d’abord cette marche vers le puits, ce lieu troué de l’existence. Ce lieu usé. Il y a une mélancolie dans ce voyage. Et quoi que nous fassions, il est toujours identique. S’il n’y avait pas ce souvenir de la soif à venir. Ce chemin dans sa nostalgie est notre seul secours.

À l’orée du texte, nous lançons notre seau de misère dans le vide. Seau percé. Les blessures ont laissé de si larges entailles. Notre vie est si peu jointive, nous manquons de tant cohérence, de continuité, d’unité, d’ accord, nous sommes un champ de discorde. Aller vers le puits est une épreuve. Lancer le seau est un danger. Le seau troué de nos vies.
Pour chaque phrase il faut tirer sur la corde, usure contre usure. C’est l’eau que l’on perd qui est la plus douloureuse. C’est ce qui déborde qui nous arrache. Puiser dans la langue, c’est souvent remonter du rien, de la perte ; il faut de la constance.

Chaque jour je recommence le même texte. Comme si j’allais au puits assouvir la même soif, avec mes mains trouées comme un seau percé. Au bout de la corde il y a si peu d’eau.
On écrit avec ce reste. Avec ce si peu. Avec cette patience. Cet entêtement.
J’ai dans l’oreille le chant de l’eau qui retombe. Dans la gorge le goût de l’insuffisance.

Chaque jour le seau doit descendre un peu plus profond, et la remontée est chaque jour plus longue, plus épuisante. La soif gagne sur la soif.
Aller vers le texte, c’est comme aller au puits, avec l’espérance de quelques gouttes oubliées par la fatalité. Avec la certitude que rien ne pourra étancher la soif. Quelques gouttes. Seulement quelques gouttes.

Comme cette lumière que je cueille au bord de tes prunelles
Tu sais les miroirs ont l’innocence de l’enfance. Ils disent les vérités éternelles, c’est pour cela que nous les traversons. C’est pour cela que nous baisons leurs tempes, pour apaiser la mort en nous.
Aller vers le texte c’est comme aller vers le puits, où je te retrouverai assise sur la margelle usée d’une parole déshabillée. Alors je pourrais couvrir ta peau de cette eau rare, de cette eau dépourvue, de cette eau miséreuse. Mes mots sont pour ta soif. Car ta soif fait chanter les poulies usées du temps. Laisse-moi poser ces quelques gouttes d’eau sur tes yeux. Si le seau n’en remonte pas assez, mes baisers feront le reste.

Franck.

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samedi 4 novembre 2017

Longue marche...

Je n’ai pas de peuple, pas de terre, à peine quelques morts. Je viens d’une cicatrice.
Je n’ai pas de tribu, pas de village, je ne fais que traverser. Anonyme. Inconnu à moi-même. Inexplicable. Je ne viens d’aucun ventre. Je suis sorti d’un cri à l’approche du crépuscule. D’une plainte. Ma seule roulotte, c’est la langue et quelques mots pour tracer un chemin autour de flaques sombres. Je viens d’avant, maintenant je vais vers toi. Aveugle comme Œdipe, les mains salies par le sang, mais les mains tendues vers toi. Tu le sais, je n’ai pas de royaume. Je n’ai que ce chemin, mes hésitations, mes maladresses, mes inquiétudes, mais je vais vers toi. Je suis en route bien avant que tu le saches. Il y a dans les étoiles un savoir qui nous devance. Les évidences sont inscrites sur le marbre des Tables de la loi. Et même les dieux n’ont pu effacer nos deux noms.
L’écriture est ma canne blanche. Elle tinte à chaque pierre du chemin. Je te sais mieux que moi. Je te sais mieux que tout. Car mon aveuglement me protège. Car ta voix me fait une aurore.
Te rejoindre est l’histoire de ma vie. Je l’ai su dans tes yeux, bien avant toi. J’étais l’aveugle. Tu étais la voix. Nous serons navire.
Il m’a fallu du temps pour me dépeupler, il m’a fallu du temps pour cet exil sacré, il m’a fallu du temps pour cette solitude souveraine, n’être qu’une errance. Il m’a fallu du temps pour tout oublier, n’être que cet étranger les mains tendues, il m’a fallu traverser tant de rêves. Je ne viens d’aucun ventre, je vais seulement vers le tien. Oui, je suis de ton ventre, de ta peau, demain je serai de ton souffle. Demain, je serai de ton chant.
Je suis sorti d’un cri, je n’ai pas de peuple, pas de terre, mais ton océan m’habite, je vais vers tes marées de silence, sans crainte désormais. Demain, tu seras mon oraison.
Tu sais, il est des pays où ressusciter n’a pas de sens. Dans tes yeux je suis vivant, dans ta voix je suis immortel.
Je viens d’avant, comme un vagabond, sans tribu, sans village, riche de sa poussière, du désordre des étoiles. Je viens d’avant, maintenant je vais vers toi, à pas lent, frottant ma vie aux heures. Écrire est ma seule patrie, tu es mon unique privilège. Tu viens de demain et je suis tes empreintes. Depuis toi, je suis sans sommeil, je n’ai plus besoin d’autres rêves, puisque tu m’as retrouvé,  que tu laisses tes traces dans chacune de mes nuits.
Tu le sais, je n’ai pas de royaume, désormais, à partir de toi, il n’y a qu’exactitude.
L’exactitude des diamants.
L’exactitude du silence.
L’exactitude du baiser.
Sous tes doigts mon cri changera d’âme.

Franck.

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mercredi 1 novembre 2017

J'ai faim...

Comme si l’amour se trouvait dans l’œil. Puis dans la respiration. Le regard est envahi, puis les poumons. L’autre est en nous bien avant qu’on le touche. Il était attendu. Et nous sommes en lui, bien avant la rencontre. On ne connaît jamais personne, tout au plus nous acceptons de reconnaître ceux que nous aimons. L’œil, puis l’odeur sont le premier langage. Le plus juste. Nous venons d’un ventre sans langage. La voix n’est que la voix de l’arrachement, du mystère. Nous venons d’un ventre sans distance. D’un océan clos, traversé par des voix inconnues. Nous sommes habités, bien avant la naissance.
Aimer, c’est se souvenir.
Retrouver le murmure. J’appelle ça, la langue du lait. La mère serre l’enfant contre sa poitrine abandonnée à une bouche gorgée de vie. La mère baisse les yeux vers cette bouche. Elle est dans l’effarement de cet échange insensé.
La mère presse sa chair pour l’offrir, presse son sang pour s’oublier. C’est un monde, là, à cet instant précis. C’est un univers qui bascule.
La mère parle à l’enfant dans une langue inconnue. Elle accompagne les yeux de l’enfant avec des mots impossibles, des mots inventés, des mots presque silencieux, des mots égarés dans le souffle. La mère parle, et l’enfant prend son sang, c’est ça la langue du lait. C’est la première langue que l’on entend, c’est la plus douce, la plus vraie, la plus nourrissante. Grandir c’est l’oublier. Écrire c’est retourner à ce premier murmure et c’est venir mourir à cette première source.
Comme si l’amour se trouvait dans l’œil. Puis dans la respiration. Puis sur les lèvres. Puis dans le souffle. Puis dans la voix murmurante. Les amoureux disent des choses insensées, qu’aucun livre, qu’aucune écriture ne serait redire.
Les amoureux ne parlent pas, ils tètent à nouveau le lait de leur enfance.
J’ai reconnu ton œil. Puis ton odeur. J’ai bu chacune de tes paroles.
Depuis ton premier jour, tu es mon lait.
Depuis toujours tu me nourris.
J’ai faim… parle-moi !
Viens !

Franck.

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samedi 28 octobre 2017

Tu es...

Si tu étais le Feu, tu ne serais pas un feu intime, serein, mais plutôt ce brasier ardent aux flammes exubérantes. Ou peut-être serais-tu cette clarté incertaine, perdue et vacillante d’une bougie posée au bord de la nuit.

Si tu étais l’Air, tu ne serais pas le mouvement, l’agitation, mais seulement le frémissement, le dialogue subtil d’une brise intermittente dans les feuilles tremblantes d’un grand peuplier, l’été, lorsque tout hésite et se tait.

Si tu étais la Terre tu ne serais pas celle des labours épais, gras et fumants, tu serais celle des chemins de Provence aux odeurs singulières offerte aux dieux du vent, terre de méditation, terre claire presque blanche, pure, presque trop pure.

Si tu étais l’Eau, tu les serais toutes.
Celles des sources qui hoquettent,
celles des ruisseaux qui dégringolent en s’amusant,
ou celles immobiles et profondes des lacs.
Pour tes jours de puissance, tu serais fleuve triomphant, roulant sa cavalcade comme une horde obstinée, eau chargée d’espérance sautant dans des cris de joie par-delà les cataractes.
Et le soir, à l’heure de la prière, tu serais l’eau de la mer,
eau lancinante et berçante du pays de l’enfance,
cette eau laborieuse, remontant vague après vague ses grandes marées de l’âme, égrainant son écume comme un beau chapelet, eaux magiques et mystérieuses.

Mais tu n’es ni le Feu, ni l’Air, ni l’Eau, ni même la Terre.
Tu es bien plus que cela.
Tu es née d’un silence,
Ou simplement d’un souffle.
Tu effleures mon âme d’un unique, d’un si tendre sourire.
Tu es née de la nuit, du concert des étoiles et d’un rêve ancien.
Tu es mon aurore blanche et pâle.
Encore toute enveloppée de désirs nocturnes.
Née d’un matin d’ailleurs, d’outre vie, bien au-delà du temps qui passe.
Tu es ma beauté tranquille et paisible,
Ma beauté rare qui surprend mon regard, beauté faite de transparence lumineuse et d’envoûtements.
Tu es mon voyage qui transporte mon cœur vers des contrées impénétrables, inexprimables, si lointaines.
Tu es mon parfum à la fois subtil, ensorcelant, aussi léger qu’une caresse. Insondable. Presque impalpable comme un voile de soie.
Tu es ce chant profond coloré de résonances intrigantes, et de douces incantations murmurées. Complainte divine qui appelle la grâce.
Tu es ombre et lumière.
Sous tes doigts se dessinent les mondes.
Et ton rire est ma voie lactée.
Née d’un silence,
Ou simplement d’un souffle.
Princesse céleste, aux yeux azur comme les souvenirs, à la peau opale comme une promesse, au sourire bleuté comme une énigme.
Née d’un silence,
Ou simplement d’un souffle.

Franck.

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samedi 21 octobre 2017

L'aveu...

L’aveu est une parole d’ombre. Le murmure en est le lait. La seule nourriture.
Derrière la porte de la mélancolie se trouve l’aurore.
Et sur le seuil des limbes il y a des coquelicots audacieux.
Tu as trop débordé en moi, j’ai dû quitter mon corps pour te faire de la place.
Il nous faudrait la nuit pour soulager nos misères, protéger nos nudités.
L’aveu c’est des braises sur la fatigue d’une vie.
Même l’insomnie devient trop étroite.

Franck.

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dimanche 15 octobre 2017

Petit matin...

C’est au petit matin, dans le jour à peine naissant que les mystères les plus profonds se dénouent. Il ne faut pas croire que là, dans cet instant de dessillement, des vérités se dévoilent. Notre lucidité est la forme première de notre aveuglement. L’espérance est ce que nous laisse la nuit, l’illusion de nouveaux départs, de nouvelles certitudes. Le sens des choses n’est que le sens du temps qui s’épuise. Nous nous accommodons, tant bien que mal, de cet épuisement.

Franck.

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dimanche 8 octobre 2017

Devant toi...

Je te nomme toujours. Pour baptiser l’aube. Conjurer le bannissement. Est-ce que cela a un sens ? Pourquoi ce sombre vouloir qui bouscule la raison ? L’évidence ?
Traduire de l’absence un silence amputé de ta présence.
L’horloge salue ma défaite avec opiniâtreté, constance, jubilation.
L’aigle passe, songeur, dans un ciel qui s’ennuie.

Je ferai un tour de la terre, pour venir poser ma tête sur ton ventre
Et je serai le pèlerin épuisé par sa foi, écrasé pas sa route. Tellement tremblant.
Devant toi.
Je traverserai cet océan dévoré par l’azur, crucifié d’insistance, d’inquiétude
Je chuchoterai jusqu’à l’étouffement. Immobile.
Devant toi.
Je serai apôtre foudroyé par l’évangile de tes yeux.
Devant toi.
Je serai cavalier, je franchirai ces grands champs de neige pour poser à tes pieds l’ombre oubliée des pôles.
Devant toi.

Je me ferai pauvre pour n’avoir que toi comme richesse
Je serai poète pour n’avoir que tes jours à dire….

Je te nomme toujours. Pour purifier le soir. Accompagner le deuil.
Alors je guette l’étincelle. Assidu. Ardent.

Je te nomme toujours.
Pour ne pas être muet
Pour rester vivant.

Franck.

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dimanche 1 octobre 2017

La silencieuse...

La silencieuse passe d’une attente à l’autre. Souveraine et déchue. Conquérante et
défaite. Sur sa bouche la marque d’un baiser toujours renouvelé, ineffaçable.
La silencieuse caresse le temps, glissant ses doigts dans la fourrure des
heures.
Le silence est une passion brûlante. Qui n’a pas d’autre nom que la trace de
cendre qu’il laisse dans le regard. La silencieuse écoute l’horizon, le chant
monocorde et lancinant de l’horizon, l’écho dans ses chairs des distances
infinies.
La silencieuse est une amoureuse blanchie de souvenirs et de vouloirs
inconnaissables, toujours en avance d’un désir, en avance d’une saison. Comme
les terres perdues de l’océan, ces îles singulières, sans paroles, vouées aux
chants des marins, des houles, des vents, inconsolables des temps à venir.

Franck.

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samedi 23 septembre 2017

...

Il lui fallut beaucoup de silence, puis après, beaucoup de distance. Car il ne s’agit
pas de voir, mais d’éclairer, il ne s'agit pas de dire, mais de signifier. Il lui fallut un long temps, une vie entière,
pour apprendre ce mouvement sobre et grave de la bonté, qui va de l'un à l'un.
Ce mouvement qui déploie dans son souffle, dans l'arabesque du souffle, une forme
acceptable d'humanité...
...du plus fragile au plus faible...
avec l'infime en partage, qui va de l'un à l'un...

Franck.

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samedi 16 septembre 2017

Oscillation..

La fleur conquise dans sa beauté oscille solitaire
dans la brise désinvolte.
Souffle, couleurs, brassent les saisons; courageuse indifférence à nos âmes errantes, tâtonnantes.
Le regard fixe l'instant exact de la fleur, hiératique piéta,
fleur, de la couleur à la couleur, j'attends l'ombre et c'est la nuit qui vient.
Fleur, temps éclaté au creux de notre désastre.
La défaite reste belle dans l'oscillation de la lumière.

Franck.

 

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vendredi 15 septembre 2017

- 123 - (FIN) L'inachevable...(2)

L’inachevable ne peut être dit. Il demeure imprononçable. Il n’a pas d’autre nom, puisqu’il les contient tous. Le désastre du désir. Alors, on erre dans ses propres ruines. De tout temps, on les connait ces ruines, on les a faites ainsi, maintenant elles sont là, comme la seule évidence, la seule preuve de la défaite. Même les mots n’ont plus de sens après l’avènement de l’inachevable. Ils ont perdu leur sang, leur substance. Ils nous traversent sans laisser de traces.
L’inachevé reste toujours éclairé par la lumière tremblante d’une flamme. Tout s’éteint dans l’inachevable. L’inachevable n’est pas lourd, il est écrasant, il n’est pas lent, il est immobile, il n’est pas profond, il est la dernière vacuité. Il n’y a plus de route à prendre, plus de croisée des chemins. Il n’y a même plus de rémission, puisqu’il n’y a plus de péchés.
Un néant inachevable. Une résistance.

Franck.

 

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jeudi 14 septembre 2017

- 122 - L'inachevable...

Il y a dans l’inachevé une absolue tristesse. L’inachevable dans l’inachevé vous rejette dans un exil sans retour. Quelque chose en nous ne rejoint plus le monde. Quelque chose en nous se détache, se défait. Coquillage usé, abandonné après la marée. Il y a dans cette image du coquillage une désolation. Quelles que soient sa beauté, la nacre, l’irisation, il est là, arraché. Infiniment mort. Vidé de sa chair. L’inachevable dans l’inachevé nous amène à l’endroit des marées qui déposent des coquillages usés sur une plage dévastée, affligée.
L’inachevable en moi, c’est la mort qui s’infiltre, c’est la nuit qui grandit, c’est la fin avant la fin.
C’est la mort qui parle dans le vivant qui se tait.
Il faut s’imaginer marchant sur le chemin. Toute notre vie, nous errons de point en point, de source en source, de printemps, en cerisier fleuri, chacun à sa course, chacun sa direction, chacun à son pas, ses futaies ombreuses, ses vallons, ses plaines lumineuses. Mais derrière nous marche une ombre invisible et lointaine. Le temps passe. Au début, on ne voit pas l’ombre. Elle est loin, insignifiante, dérisoire. Elle est l’inachevé. Mais elle est loin. Alors, on continue.
Sans faire de bruit, elle se rapproche. Insidieuse. Lentement, elle se rapproche. Elle est toujours l’inachevé. Mais on ne le sait pas. On ne le croit pas. La beauté des saisons, les sourires complices, les baisers volés vous aveugle, les amours, les fraternités du voyage vous font tout oublier, jusqu’à l’inachevé qui marche au loin derrière vous, qui se rapproche, toujours un peu plus.
Puis un jour, un jour plus clair qu’un autre, au détour d’un quai de gare, vous voyez dans les yeux de celui qui s’en va l’ombre qui vous suit depuis le début. L’inachevé s’est rapproché, il est si près que l’on peut le voir dans le regard de l’autre. Car c’est toujours l’autre qui désigne l’inachevé derrière vous.
Maintenant, il demeure là. Il ne s’appelle plus l’inachevé. Il est l’inachevable. Son ombre recouvre votre ombre. Désormais, il est là, en vous accroché à chacun de vos gestes, à chacun de vos rêves. Il est la couleur des choses et du temps. L’inachevable prend la forme de vos mots, il devient la voix. Le murmure au fond du ventre, il n’est que sa présence ombreuse dans votre sang.
C’est toujours l’autre, qui vous dit au creux de l’oreille : « Ne te retourne pas… Ne dis rien… » Les trains s’en vont, les quais de gare se vident. Puis l’inachevé devient l’inachevable.
L’inachevable transforme l’ordre des temps. Il supprime le futur de votre voix, l’autre, le semblable parle au passé, au passé simple, composé, antérieur… Il ne reste qu’un présent à partager : c’est le nom de l’infinie tristesse.
Une concordance des temps impossible.

Franck.

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mardi 12 septembre 2017

- 121 - Une marée à l'envers...

L’écriture ne tient que dans le renoncement à la littérature. Que dans le constat toujours renouvelé, que nous sommes à la fin d’un monde.
Le corps n’est plus le lieu de passage de la langue, les chairs ne tremblent plus d’une ferveur sacrée. Le corps qui fut le lieu de la mémoire n’est aujourd’hui que le lieu des records…
Écrire suppose une ignorance définitive et absolue ; la désespérance en un devenir littéraire.
Écrire est un geste déjà advenu. C’est parler une langue morte. Écrire, c’est maintenir le geste qui en se dévoilant, défait la langue même dans laquelle il prétend se déployer. Une marée à l’envers, où la mer ravale une à une ses vagues, découvrant un vide toujours plus grand…
Saturne dévorant ses enfants.

Franck.

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