dimanche 26 novembre 2006
La maladie des mots.....
Un destin se construit toujours sur des ruines. Sur un écroulement. Comme si le délabrement était la condition, comme si la vie ne se présentait pas dans sa première évidence. Alors les ruines sont une fatalité. Et vivre c’est hanter ses propres décombres, c’est traverser les champs de batailles de nos défaites.
Les destins naissent au cœur des nuits. De préférence au cœur des nuits sans lune. Car chaque destin est avant tout une peur, une peur tenue à bout de bras, une peur qui vous lèche le visage au cœur des nuits sans lune. Un destin c’est l’histoire d’un franchissement de la lumière. Un voyage de l’obscur au plus clair. Du chaos à l’évidence, et chaque aube en rejoue la révélation.
Au début il a eu cette maladie. Cette drôle de maladie. Au début il y a eu cette maladie invisible, presque insignifiante. Et elle rodait, dans le souffle, dans le regard. Et elle ressemblait à l’ennui, à la lassitude. Au début on ne savait pas la nommer, et quand on la nommait on en souriait. Au début on était dans l’insouciance de l’enfance. Et il y avait trop d’enfance en nous pour s’arrêter sur si peu, sur tant d’insignifiance. Trop d’enfance.
C’est une faute. La première. Les autres suivent.
Drôle de maladie, sans formes, sans fièvre. Une maladie de rien, sans médicament. Une maladie qui n’est pas dans les os, qui n’est pas dans les chairs, à peine dans le sang, à peine dans les humeurs, silencieuse comme un serpent nonchalant. Maladie papillon, légère, aux symptômes d’enfance, cachée dans les plis de certains jeux, dans la suspension du temps entre deux rêveries, dans le hoquet entre deux rires, dans l’épuisement soudain qui envahit le ciel, l’air, le soleil. Au début c’est un voile de soie grise posé sur les yeux, sur la langue et tout au fond du crâne. C’est pour cela qu’il faut du temps pour se rendre compte qu’on en est atteint. Elle est juste un coin planté dans le fil des jours, par lequel s’échappe la joie.
C’est une maladie sans nom. Sans vrai nom. Et ceux qui la disent, ne disent rien, ou si peu. Ils en disent l’écorce, la peau, l’écume, mais taisent le long cheminement d’une douleur sans douleur, et le glissement progressif vers les ténèbres. Oui, rien ne dit cet épuisement du désir, l’effondrement du sang dans les couloirs du vide et cette vacuité insolente qui vrille chaque instant. Maladie de l’inaccessible, puisque rien n’est désormais intelligible, puisque tout est définitivement inabordable directement. Puisqu’il faut sans cesse inventer des chemins différents, pour relier en soi ce qui est disjoint, ce qui est décollé. Puisque tout est un champ d’épreuves, puisque toute la joie, tout les plaisirs se dérobent comme une eau qui s’infiltre dans les fissures de chaque geste.
Et la bougie de l’enfance se consume lentement, brûlant les dernières forces, absorbant dans sa lassitude, son accablement les dernières lumières. C’est comme un sourire qui s’efface. Ca ne fait pas de bruit un sourire qui s’efface, ça ne fait pas de bruit une enfance qui s’engourdie.
Dans les fissures du regard. Voir sans voir. Ne rien entendre aux débuts, aux fins.
La maladie des mots. C’est le nom que je lui donne. J’aurai pu dire la maladie de la vie, c’est la même chose. La maladie des mots. Il faut bien comprendre, en nous les mots sont malades. Ont peut les dire mais on ne les voit pas. On ne peut les écrire, ils se masquent, se dissimulent, se voilent. Et lire devient un champ de chardons à traverser. Et il y a
des rivières souterraines sans fin dans lesquelles se perd la parole, et il y a des cavernes des gouffres où elle suite. Où elle goutte. Mot à mot. Et se fige dans la pierre, et dans les sécrétions de la langue, et dans les obscurs méandres d’un apprentissage impossible. Lire est un champ de chardon, comme si entre chaque mot griffait, avant qu’un néant apparaissait. Et écrire ne ressemble à rien, comme si la main se refusait, comme si l’œil s’aveuglait, comme si toutes les pensées devaient avant d’éclore traverser l’épaisseur d’un brouillard. Et il ne reste que l’oreille, qui fait ce qu’elle peut pour lire, pour écrire, pour attraper la musique derrière la stridence des brumes.
Drôle de maladie, que la maladie des mots. Elle n’empêche rien et pourtant elle entrave tout, même les rêves, surtout les rêves et le désir. Au début on est de plein pied dans l’existence, et puis la maladie des mots vous prends, et c’est comme un escalier qui se dresse devant vous, un escalier qu’il faut monter pour toutes choses, pour tous les gestes, même les plus anodins. Et vivre revient à anticiper cet escalier. Puisqu’il est là. Puisque chaque geste devra d’abord le franchir, puisque lorsqu’on arrive à la chose désirée on est déjà épuise de cette escalade.
Au début de l’enfance on reste insouciant, on croit que la vie c’est ça, que c’est cet escalier, alors on monte sans compter nos efforts, et l’on est épuisé, épuisé de tout.
L’œil, la voix, l’oreille, tout est dans le désordre et la confusion. Lorsque vous voyez un mot, votre voix ne sait le dire, lorsque entendez un mot, votre main ne sait l’écrire et votre œil est aveugle aux sons.
Il faut bien comprendre, le cerveau est parti en vacance, il gambade et vous ne pouvez le retenir, il court à travers champs et vous ne savez pas où il est. Il est en vadrouille.
Alors les mots se collent les uns aux autres, se coupent n’importe où, s’écrivent comme on les chante. Ils n’entendent rien aux règles de la vie, ils dansent et se faufilent quand on veut les saisir. Mots vagabonds, mots affranchis de tout, même de nous. Il faut bien comprendre, nos mots ne se soumettent pas, ils dictent leurs danses, leurs chants. Ils n’habitent pas chez nous.
Au téléphone Patricia me raconte. Elle est docteur des mots. Elle travaille avec des enfants dont les mots les ont quittés. Elle passe des heures avec eux à aller chercher les mots qui se sont perdus, à rassembler toutes les lettres, à les mettre dans le bon ordre. C’est un beau métier docteur des mots. Au téléphone, elle me raconte. Elle fait des associations, des sites, pour parler des mots malades, des mots perdus, des mots qui ne s’articulent pas à la langue. Elle me raconte. Surtout l’histoire de cette maman. De cette maman écrasée de honte de peur.
« Je lui ai parlé de toi… tu sais depuis l’enfance son calvaire, et toutes les difficultés, à masquer, à contourner…. Alors je lui ai parlé de toi, et de l’écriture… de la tienne, tu sais l’écriture de la maladie des mots….j’avais imprimé ton texte celui où tu parle de ça, « Je fais des fautes »…et j’ai voulu lui lire…et puis, tu sais l’instant était presque grave, comme si l’on touchait le centre de l’univers… tu sais elle ne lit jamais, à cause de l’effort, à cause que c’est impossible, alors tu imagines… à haute voix, c’est comme un chemin de croix, avec les chardons sur la langue… » A l’autre bout de la voix, j’écoute, et je sens monter la brutalité d’une émotion. Violente. Qui racle tous les souvenirs d’un seul coup. « Alors je commence à lire ton texte… et puis elle m’arrête… elle me prends le texte des mains, et elle dit : « je vais lire, moi… moi je vais lire »…. Alors elle commence… » Patricia me raconte cette femme lisant le texte, ânonnant le texte. Et moi j’ai l’impression de l’entendre, de la voir trébucher dans mes mots, oui je la vois tomber de la langue et se relever, se redresser, s’épuiser à chaque chute, mais se relever, comme si cela devenait vital de retrouver une dignité là, à cet endroit, à ce moment précis. Et j’écoute Patricia, et des larmes coulent, lentes, grosses, et dans cette fraction de temps, je sens déborder tout l’ennui et la désespérance de mon enfance. Et je sens que les chardons ne me blessent plus. « Tu sais, c’était dur, elle accrochait, elle buttait… » « Oui, je sais… les chardons… »
Il ne faut pas s’y tromper, car on pourrait en sourire, la maladie des mots n’est que la partie visible, parfois risible…mais c’est la vie entière qui est contaminée.
Chaque pensée.
Chaque geste.
Imaginez ce grand escalier en amont du désir, cette escalade qui brise tous les plaisirs. Imaginez toutes les stratégies qu’il vous faut inventer pour éviter cet escalier, pour éviter l’épuisement, l’ennui. Imaginez tous ces détours qu’il vous faut prendre, imaginez combien de fois on s’y perd, dans ces détours.
Elle me disait, au téléphone, toute cette émotion, de ces pas balbutiants dans le lire. Et je me souvenais. De ses heures que je passais dans le silence de ma solitude à lire a haute voix. A lire sans accrocher un seul mot, à lire en essayant d’effleurer le texte. Seulement. Aller, Franck, ce paragraphe, ce paragraphe sans bafouiller… tendu jusqu’à me casser en mille parties. Et immanquablement la bafouille arrivait. Immanquablement. Parfois dans les derniers mots du paragraphe.
Elle me disait toute cette émotion, de cette femme lisant mon texte…
Alors, j’ai lu envers et contre tout, passé les embûches les unes après les autres. Des milliers de livres, avec plus d’entêtement que de plaisir. Toujours les chardons dans les yeux et les escaliers. Alors j’ai écrit, envers et contre tout. Inventant mon écriture à force de l’écrire, avec plus d’entêtement que de plaisirs, parfois, mais avec la certitude que les chardons fleurissent aussi. Un jour.
Avec la certitude qu’un destin se construit toujours sur des ruines. Sur un écroulement. Comme si le délabrement était la condition, comme si la vie ne se présentait pas dans sa première évidence. Alors les ruines sont une fatalité. Et vivre c’est hanter ses propres décombres, c’est traverser les champs de batailles de nos défaites. C’est monter en premier les escaliers du désir, comme on monterait des gammes, comme on monterait des marées, avec entêtement, constance. C’est dire et redire en articulant chaque phrase de la vie, avec obstination, âpreté, en hurlant s’il le faut.
Je sais l’image qui se dresse en haut de l’escalier. Image tutélaire. Celui qui tenait la parole et les silences. Celui qui possédait les livres.
Quand je lis à voix haute j’ai le goût de tes cendres dans la bouche. Je suis sans haine, mais sans amour ni pardon pour toi. Je te dois tous les escaliers de la terre et toutes les ivresses. A dix ans je savais que j’écrirai. J’ai mis une vie à le faire, ma patience s’est habituée au goût de tes cendres. Et je t’userai, comme j’use ma langue et mes mots.
Quand j’écris je suis éternel et cela suffi à ma joie d’avoir l’éternité pour savourer ta cendre et de voir fleurir les chardons en haut des escaliers.
Tu vois, papa, j’aime les livres longs, épuisants, j’aime les textes longs, épuisants… mon âme est faite d’attente, et de cette lente montée vers les étoiles. Et contre ça, tu ne peux rien. Les marches de mon escalier sont faites de mots… et la langue est infinie.
Un voyage de l’obscur au plus clair. Du chaos à l’évidence, et chaque aube en rejoue la révélation.
Franck.
(Pour tous les dyslexiques et les dysorthographiques)
(Merci Patricia pour cette image...)
Commentaires
je ne saurais commenter un texte si puissant sans balbutier, sans bafouiller...je n'ai pas ces mots pour le dire, ou du moins n'en ai je plus la parole...
c'est là, ici même en mon ventre, un gros noeud émotif, vomitif...pourquoi ? parce que tu sais toucher toujours là où ça gène, là où ça coince, là ou c'est douloureux..
comment ? par un mot, le père, par un autre, les cendres...par un chemin de mots qui préoccupe ma pensée et mes souvenirs.
bises Franck ( tu as eu raison face à cet escalier)
Merci Lubna, ton émotion est ma récompense... et elle est belle cette récompense......
cadeau
merci Franck...
je lis à l'instant, j'étais au téléphone...tu me connais, je n'ai pu m'empêcher, comme l'autre fois, de partager cette vibration pure du vibrato de ta voix en lisant à haute voix les mots glissant le long du fil...
Les mots qui réparent existent et ceux qui en sont frappés les remettent en circulation dans le sang, qui rougit de feu et d'oxygène sous ce bonheur du souffle.
Tu sais, notre conversation m'avait amenée à trouver le poème ! Comme quoi...
tiens, je te le mets ici, en cadeau, comme ton texte était un superbe cadeau pour nous.
"Viens mon coeur, approche-toi de la source.
La source, fragrance de fraîcheur,
la source irisée dont le serpent ondule
parmi les colonnes des troncs,
hampes diagonales des rayons,
bannières mordorées.
viens, approche, la peau est fraîche,
viens, la peau se mange, la peau se boit,
la vie vibre sa chaleur
comme une fleur recourbe ses étamines ensoleillées de pollen vers ta bouche où monte l'âme, comme un papillon.
Ta bouche ouvrant la margelle de l'autre âme, se penchant vers l'obscur infini, halant le cosmos de son puits."
Oui, Franck... Tes images particulières touchent à l'endroit d'une universelle enfance. A l'endroit du père ou de la douleur, du langage ou de la maladie... quelque endroit de la forteresse qui s'éffrite, quelque lieu tressé dans le ventre.
... La douleur de la douleur... ?
Nos destins naissent en une même nuit de mots.
Quand on parvient à transformer son mal en bien on est créateur, on est un grand artiste.
C'est ce que tu deviens avec tes mots ,de tes maux.
Les "bien-lisants", dont je suis, n'imaginent pas un instant la difficulté des personnes atteintes de ces maladies. Heureusement, les enfants sont repérés très tôt à l'école aujourd'hui. C'est un vrai progrès sur la souffrance sans aucun doute.
Sur le texte, je dirai qu'il y a bien des manières d'ôter la parole à un enfant, et que parfois si ce n'est pas la maladie qui s'en charge, c'est l'entourage immédiat. Pas de haine, mais de moins en moins d'amour, le pardon mais l'oubli au creux de la fracture.
Ce texte en particulier est très habité, c'est comme cela que j'aime te lire, quand je te perçois vraiment tout entier entre les lignes.
Merci Patricia... tu devrais le mettre chez toi, ce texte...
Tu vois, tu as encore à écrire... ;-)
C'est vrai "S", certains mots habitent la nuit... même si on les dit en plein jour...
il y pend toujours quelques guenilles de silence.
Il y pend toujours des morceaux d'enfance...
Lire, écrire, c'est le même souffle, la même lumière... parler c'est déjà s'étouffer, c'est déjà oublier, c'est déjà se maudir...
Merci, Charlotte... Il reste à répondre à cette question... est-ce que la création est liée au bien ?....ou, corrolaire, est-ce que la création est liée au beau ?
Je crois que la création est en dehors de toute morale, ce n'est pas son problème, la morale...
Quant à l'esthétique, on en est revenu...
Reste malgré tout que tout artiste cherche, d'une façon ou d'une autre, à refaire ce qui lui semble moche, invivable, innacceptable, ou plutôt, il essaye de tirer sa création vers une plus grande lucidité ; le beau n'est pas nécessaire dans cette approche, le beau serait parfois même un frein à cette lucidité...
Et puis le beau .... il y aurait beaucoup à en dire.
Je sais des écritures écritent au bord du vertige, des écritures sombres, difficiles, douloureuses, noires, sanglantes, inachevées, inachevables....on ne peut pas les dire "belles", pourtant...
Pourtant elles sont belles, sans doute parce qu'elles expriment la création dans ce qu'elle de plus pure, de plus brut... de plus dérangeant, de plus grinçant...de plus définitif, de plus impérieux....
Ce que je voulais dire, Chris, c'est que cette saloperie, on en voit que la face visible.... derrière c'est toute l'existance qui est prise en étau....
Merci pour ta lecture généreuse et sensible...
Cela fait plusieurs fois que je viens relire...
J'aurais envie de dire tant de choses tant j'aime ce texte, mais au bout... le silence.
Alors je dépose ce silence là, car je ne voulais pas me taire... sourire.
Bises.
J'avais bien compris. ;)
"Je crois que la création est en dehors de toute morale, ce n'est pas son problème, la morale..."
Parlez-pour vous Frank !
"Je crois que la création est en dehors de toute morale, ce n'est pas son problème, la morale..."
J'avais remarqué pour ce qui te concerne .
Mais ce n'est pas une vérité universelle .
gangné ! Je me disais bien que ce commentaire vous attirerez Simone, d'ailleurs, je pensais à vous en l'écrivant....
Je vous rassure, rien de ce que je dis n'est universel. D'ailleurs, l'universalisme, comme l'universalité m'ennuie...ce qui m'intéresse c'est le particularisme, le singulier....
quant à la morale dans l'acte de créer, c'est une question de cours, certainement pas une question qui se pose à celui qui crée...il me semble que la morale vient après ou avant, pas pendant... pour les autres, pas pour celui qui fait...mais je n'affirme rien, tout cela, comme vous dites, n'est qu'une impression toute personnelle
"quant à la morale dans l'acte de créer, c'est une question de cours, certainement pas une question qui se pose à celui qui crée..."
Je prétends le contraire.
Ca vous regarde...
et d'ailleurs ça n'a pas beaucoup d'importance...
Merci Elle-Groggy, tu as bien fait de passer, même en silence.... c'est bien le silence
Bise
Si ça ne vous avait pas regardé aussi vous n'auriez pas pensé à moi en écrivant cette phrase .
Vous aimez la polémique Simone, et je n’ai rien à redire à cela. Mais ne vous trompez pas de lieu. Vous savez ce que je pense des vaines arguties qui glissent peu à peu d’un combat d’idées à des attaques personnelles. J’avais un père qui excellait, dans cette façon de faire, et vous savez de quelle façon je me délecte de ses cendres.
Nos terrains sont différents Simone, vous pensez, chose que je ne fais pas (ou si peu, ou si mal, en tous les cas pas ici), j’appréhende par impressions, sensations, émotions, infusions. Ici j’expérimente d’autres sphères que celles de la pure pensée, je m’éprouve, je doute, je corrige parfois lorsque je peux. Bref, je m’attèle…
Les débats d’idées je les laisse à d’autres, les combats à coup de références livresques aussi.
Mais soyez sûr, qu’ici, je n’essaye de convaincre personne.
Je n’ai pas d’idée préformée, et à ce jeu là, vous aurez sans doute toujours raison…
Quant au point que vous évoquiez, je ne nie pas que la morale puisse intervenir dans les questions de création, mais ce n’était pas mon propos. Je parlais de l’instant même de la création. Cet instant que beaucoup recherche, cet instant que l’on essaye d’apprivoiser, cet instant qui fait plus appel à notre cerveau reptilien qu’à nos excroissances frontales, cet instant précis, dénudé de tout, et de nous en priorité, cet instant qui échappe à notre raison, à notre entendement, cet instant qui nous ravis à nous même, et bien cet instant de la création je maintiens qu’il se situe en dehors de tout construction mentale, et en dehors de toute morale, il n’est d’ailleurs pas immoral, il est simplement amorale. Et c’est parce qu’il appartient à rien de sensé en nous, qu’il nous interroge. C’est parce qu’il garde quelque chose de mystérieux qu’on y revient sans cesse. Il touche à ce que l’on est de plus irréductible et qui nous échappe. Ce geste, dans cet instant précis, est notre « être au monde », le plus achevé, le plus définitif et le plus inaccessible.
Oui, Franck, c'est bien le silence. C'est confortable, c'est doux quand il est amical.
Polémique et Solitude
Il y a des Blogoliques, qui font la tournée des Blogs toute la journée, en surinvestissant l'écriture, l'effort et la vie des autres, rivés derrière l'ordinateur. Et ce que vous nommez "goût de la polémique", Franck, me semble dans certains cas signe d'ennui, de solitude profonde, d'un manque d'énergie à réformer sa vie, et à décider de couper son abonnement internet, de façon salutaire. Etre le gloseur qui pèse la part que "la morale devrait prendre dans l'écriture", en laissant filer et rater sa vie ou sa retraite.....que c'est vain !
Mais enfin, nous faisons tous comme nous pouvons....
(les gloseurs qui se sentent frustrés d'écriture, de théorie, et d'"intellectualité", pourraient d'ailleurs ouvrir leur blog...)
C'est vrai ça . Il faudrait les brûler ces gens là . Tous ces ratés de la si belle vie . Bravo Sara !
Cela me parrait plein de bon sens ce que vous dites Sara...
la preuve....
Un long moment avec toi
plus de plaisir que d'entêtement...
jl
Des silences, des pages blanches qu'on aimerait combler...oui je connais ça. Tous ces escaliers qu'on voudrait affronter,qui nous paraissent être des difficultés suplémentaires dans le monde des mots... Parfois on ne sait pas exprimer ce qu'on ressent avec ces fichus mots,on cherche, on bredouille, on balbutie, mais aucun ne convient...à moins que ce ne soit nous qui n'arrivons pas à les affronter ces mots... Et des silences se creusent. Oui, c'est bien parfois le silence; sauf quand il nous bloque, nous paralyse, nous fait taire et nous noue. Je ne sait même pas vraiment pourquoi mais je suis en train de pleurer, comme quoi ton texte me parle...
merci...
Merci Sindy, d'être passée.... et puis cette émotion...
Des mots qui permettent de construire des phrases..des idées.....mais quand la vie a "déréglé" la connection essentielle qui permet l'ouverture du langage..."cette maladie des mots"...peut avoir aussi pour origine le traumatisme hélas de "l'épilepsie"....(certains longs comas engendrés par l'épilepsie aboutissent aussi à cette "maladie des mots".....absents...)et ton texte me touche profondément car j'ai une petite nièce de 10 ans qui souffre de cette terrible maladie...
Des maux....qui font jaillir les larmes...
Votre entrée me fait penser à " l'enfant bleu " de Bauchau...de la même manière vous reliez l'individu avec le monde en le confrontant à la necessité d'un dialogue intérieur avec ses démons.
Bauchau ! Quel honneur ! J'ai été fasciné par la "Déchirure" et réellement emporté par "Antigone"...
Il est vrai que ce sont nos ruminations qui nous nourrissent... et écrire c'est souvent ré-écrire.
C'est sans doute parce que cet exercice nous éloigne de la réalité qu'il nous rapproche (même un tant soit peu) d'une vérité...
Merci Ségolène de votre passage...
A bientôt
Franck lire ce commentaire est un plaisir...
son Antigone me fascine...
Nul doute que je reviendrai.
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