dimanche 4 mai 2008
Submerger l'accablement......
La juste mesure du contenu et du contenant. Et du geste qui porte le texte à nos lèvres. Est-ce cela écrire ?
La mesure m'ennuie. Et ma déraison n’est rien à coté de la folie qui pétrit mes mains, mes épaules, mes poumons, l’argile
de tout mon corps.
Il n'y aurait pas de règle, pas de loi. Simplement la voix pleine au ventre des mots. Il n'y aurait rien de conforme dans l'écriture, et les mesures s'excèderaient elles-mêmes, se déborderaient sans cesse. L'écriture serait l'art du déséquilibre, et du trébuchement, et du sursaut qui suivrait pour éviter la chute.
Ou seulement le long soupir qui l'accompagnerait dans la chute.
L’ivresse ruisselante du désespoir. Cette mélancolie de l’avenir
C'est l'art des bâtisseurs de ponts. Relier des rives, des constellations. Tout ce qui nous habite, tout ce qui est éparpillé dans les oraisons de nos nuits. Tous nos continents démembrés.
Nous avons de drôles de cieux à l'envers du crâne, et de singuliers fleuves circulent dans nos chairs. Et l'arche des mots repose sur un souffle. Et les pierres de la voûte s'adossent les unes aux autres sans rien pour les maintenir, que de vagues rêveries, et les souvenirs se mêlent à l’oubli et font offices de ciment. Et chaque mot du texte pousse vers le suivant pour vaincre l’apesanteur, pour éviter la chute. Et cette poussée est parfois accablée. « Fragile et robuste ». Comme l'arbre qui tient dans sa poussée et la terre et le ciel. Et la terre et le ciel. L'écriture est un arbre de porcelaine aux feuilles de cristal.
Fragile et robuste. Un grand monument de temps sculpté dans la lumière. Dérisoire et invincible. Affligé et souverain.
Et le vent se perd dans son propre reflet.
Et le vent se perd dans les roses pantelantes de nos jardins dévastés
La juste démesure du contenu et du contenant. Les écritures qui portent, qui trouent, sont celles qui sont déportées, déviées par une réfraction de la lumière. Celles qui dérivent. Les écritures à souffle sont celles qui sont essoufflées, consumées. Et je sais des écritures désaccordées qui rendraient Mozart jaloux. Le débordement. Le déluge. Et la cendre. Voilà. Seul l'excès convient à la voix. Il faut bien que l'eau déborde pour faire naître les sources. Il faut bien de la démesure pour pénétrer la pierre. Il faut bien un excès de joie ou de tristesse ou de silence, pour que la vie se survive. Il faut bien submerger la chair.
Un océan au bout de la jetée.
Un baiser au bout du silence.
Une opulence pour l’après.
Pour la fin.
La funambule avance dans la fragilité de son pas. Et ce qui la fait avancer, ce n'est pas son équilibre, mais l'excès de déséquilibre. Tant de déséquilibre, que l'on croit la voir danser, avec son ombrelle rouge au bout des doigts. Un pas de danse au dessus d'un cœur béant. Il faut bien submerger la chair pour inventer d’autres chairs.
C'est bien lorsque le contenu épuise le contenant que l'écriture apparaît. Il en va de même lorsque le contenant outrepasse le contenu, où, à force de formes, des sens nouveaux et inconnus apparaissent. Dans un cas comme dans l'autre c'est l'excroissance qui signe. Il en va de même pour le silence. La trace effacée de nos vanités.
Il va de même pour l'amour. Que serait un amour sans les débordements du printemps, sans ce temps devancé, inondé,
sans les murmures qui appellent le cri ?
Et la solitude à profusion, comme une richesse inépuisable.
Le texte tient par l'expansion des mots qui le traversent. Par l'hémorragie qui en résulte.
Et même la pénurie doit être excessive. Même le manque. Surtout le manque. Le manque en abondance.
Franck.
Commentaires
A l'heure où les mots me reviennent, où je leur rend leur liberté, où j'accepte enfin et leur manquements et leurs excès, ton texte m'interpelle particulièrement.
Merci de m'avoir accompagné dans mon silence, de l'avoir habité de tes mots, de m'avoir nourri de ton écriture.
Tu n'imagines pas ce que je te dois.
Souvent on se demande à quoi peut bien servir tout cela...
Et si écrire c'était inventer un lien invisible, une route improbable qui passerait d'âme en âme, et l'on se passerait du silence comme si l'on se transmettait une eau de source, à la fois immémoriale et pourtant toujours neuve, comme si la donner la faisait naître ici ou ailleurs et jusqu'à la fin des temps...
C'est moi qui te remercie Olivier, de ta présence et de cette eau rare que tu fais passer à chacune de tes visites... cette eau qui étanche plus que la soif....
Et si la pleine portée des mots s'immisçaient dans la terrible réalité d'un vrai moment vécu ?
Voici un texte qui m'a aidée à sortir quelque chose de difficile... Merci !
"Nous avons de drôles de cieux à l'envers du crâne, et de singuliers fleuves circulent dans nos chairs."
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