Si tu étais le Feu, tu ne serais pas un feu intime, serein, mais plutôt ce brasier ardent aux flammes exubérantes. Ou peut-être serais-tu cette clarté incertaine, perdue et vacillante d’une bougie posée au bord de la nuit.

Si tu étais l’Air, tu ne serais pas le mouvement, l’agitation, mais seulement le frémissement, le dialogue subtil d’une brise intermittente dans les feuilles tremblantes d’un grand peuplier, l’été, lorsque tout hésite et se tait.

Si tu étais la Terre tu ne serais pas celle des labours épais, gras et fumants, tu serais celle des chemins de Provence aux odeurs singulières offerte aux dieux du vent, terre de méditation, terre claire presque blanche, pure, presque trop pure.

Si tu étais l’Eau, tu les serais toutes.
Celles des sources qui hoquettent,
celles des ruisseaux qui dégringolent en s’amusant,
ou celles immobiles et profondes des lacs.
Pour tes jours de puissance, tu serais fleuve triomphant, roulant sa cavalcade comme une horde obstinée, eau chargée d’espérance sautant dans des cris de joie par-delà les cataractes.
Et le soir, à l’heure de la prière, tu serais l’eau de la mer,
eau lancinante et berçante du pays de l’enfance,
cette eau laborieuse, remontant vague après vague ses grandes marées de l’âme, égrainant son écume comme un beau chapelet, eaux magiques et mystérieuses.

Mais tu n’es ni le Feu, ni l’Air, ni l’Eau, ni même la Terre.
Tu es bien plus que cela.
Tu es née d’un silence,
Ou simplement d’un souffle.
Tu effleures mon âme d’un unique, d’un si tendre sourire.
Tu es née de la nuit, du concert des étoiles et d’un rêve ancien.
Tu es mon aurore blanche et pâle.
Encore toute enveloppée de désirs nocturnes.
Née d’un matin d’ailleurs, d’outre vie, bien au-delà du temps qui passe.
Tu es ma beauté tranquille et paisible,
Ma beauté rare qui surprend mon regard, beauté faite de transparence lumineuse et d’envoûtements.
Tu es mon voyage qui transporte mon cœur vers des contrées impénétrables, inexprimables, si lointaines.
Tu es mon parfum à la fois subtil, ensorcelant, aussi léger qu’une caresse. Insondable. Presque impalpable comme un voile de soie.
Tu es ce chant profond coloré de résonances intrigantes, et de douces incantations murmurées. Complainte divine qui appelle la grâce.
Tu es ombre et lumière.
Sous tes doigts se dessinent les mondes.
Et ton rire est ma voie lactée.
Née d’un silence,
Ou simplement d’un souffle.
Princesse céleste, aux yeux azur comme les souvenirs, à la peau opale comme une promesse, au sourire bleuté comme une énigme.
Née d’un silence,
Ou simplement d’un souffle.

Franck.