Tu  ressembles à tes mots.
Juste un peu absente,
juste un peu distante...

Une eau calme qui se perd dans les reflets du ciel.
Et ton visage semblait lissé par une étrange sérénité, les paupières baissées comme ces vierges à l'enfant debout dans les ruissellements d'un vitrail.
Visage pali de silence que rien ne pourrait froisser.
Si tu étais parfum tu serais mélodie d'un rose léger relevé d'une petite pointe de vert, une senteur du soir à la fin du printemps. Senteur et lueur du soir avec ce je ne sais quoi d’affaibli, mais de persistant, une note qui se soutient dans la dissonance pour parfaire l'harmonie, ainsi rendre hommage par avance à la nuit.
Au coin de ton sourire s'est logée une douce tristesse.
Visage de neige sur le rouge du cœur.
Un ange est posé sur ton épaule. Il te protège des vacarmes, t'aide à effleurer la lumière, te donne sans doute cette gravité, uniquement pour te vêtir de pudeur pastel. Pour ne pas blesser le soleil.
Tu viens de si loin, du pays des landes, du pays des pluies, des brumes, tu viens d'un temps oublié. Tu es d'ailleurs, toujours au-delà d'un voile comme si tu te tenais derrière une fenêtre qu'un déluge éclabousse, pour me dissimuler tes larmes.
Tu es toujours penchée sur un travail minutieux, brodant quelques étoiles sur des robes crépuscules, peignant quelques tableaux, écrivant, ou simplement assise, perdue dans les aurores incertaines d'une interminable prière.
Tu es enveloppée de ton seul silence dans l'ombre rougissante de la flamme entêtée de cette bougie solitaire ; grand aplat de chair blanche sur les sanglots de la nuit.
Droite. Droite, sans être raide, tu traverses l'espace pour l'orner, simplement l'orner ; une flûte qui jouerait entre les cordes d'une harpe, une brise dans les fougères d'un sous-bois, légère comme le pourpre de l'âme enroulé à la blancheur des nuages.
Et les miroirs à ton passage se taisent, respectueux. Ils frissonnent de cette coulée d'ombre claire qui les traverse.
Visage de neige sur le sang noir des souvenirs.

Parfois on croit te voir flotter pareil aux épis mûrs dans la tremblance de l'été, tu sembles alors dans une sorte d'attente lointaine, comme si l'instant qui devait suivre allait  t’annoncer la promesse de l’amour éternel à cueillir. On ne pourrait t'approcher sans risquer de briser l'infini de ton rêve sans risquer de dissiper le charme d'un mystère.

Tu es là, simplement, âme discrète, qui bât des ailes pour frôler la vie.
Visage de neige, caresse du temps sur l'onde mélancolique des eaux.

Sur tes lèvres la brise a déposé les lettres du mot amour, que tu sembles épeler en un lent murmure silencieux.
Juste un peu absente.
Juste un peu distante.

Franck.