La pluie est venue. La saison regagne sa maison. Tu étais partie sur d'autres chemins. Tu retournais chez toi. Saison prodigue. Qui revient. En lambeaux de pluie. Il fait juste un peu froid, il fait juste un peu triste. L'escapade se replie dans la marge. Un peu comme les histoires d'amour qui sautent par-dessus les temps, qui trébuchent sur un reste d'hiver. L'été ne fait plus fondre mes glaces. Il est des temps où le soleil n'entame plus les grands champs de neige. L'après se confond avec l'avant. Il n'y a pas de présent, ou si peu, le temps reste immobile. Cassant. La saison fixe de l'hiver. Mes grands champs de neige avec cet horizon de glace.

Je suis né en été, avec un cœur de neige. Je suis né au milieu des terres avec des yeux d'océan. Je n'ai pas de lieu, pas de temps. Une simple dérive. Une flamme sans son cierge, une prière sans son dieu. La pluie est venue, et la saison a regagné sa maison.

Tu étais un été, avec ta façon bien à toi de porter un soleil dans chacun de tes gestes. De porter droit la lumière. Sans effort. De la tendre, de l'offrir. Les fleurs du printemps sont belles, mais elles attendent. Les fruits de l'été se donnent. Tu étais un été. Je n'étais qu'un hiver.
Tu étais un été. Contre temps des saisons.
Tu étais un été, avec ta façon bien à toi de t'affranchir de l'ombre, d'éclairer chaque mot d'une lueur étrange et singulière. D'alléger chaque regard d'un silence généreux. L'hiver a ses secrets, l'automne ses mystères, le printemps ses merveilles, et l'été ses miracles. Tu étais un été, net, avec ta présence évidente et sereine.

Qu'est-ce que la bonté ? Ce n'est pas de partir du plus fort pour aller au plus faible, pas plus que de partir du plus faible pour aller au plus fort. La bonté, c'est partir du plus faible pour aller au plus faible, puis déployer une joie sans limites. C'est de consentir assez, pour n'être lésé de rien. La bonté c'est une simple brise sur les épis de blé. L'été. Dans le silence fixe d'une attente dénudée. Quand le vol de l'oiseau nous étonne par la prière qu'il murmure en nous. Tu étais un été. Simple. Bon. Tenant dans tes mains un cœur battant. Articulant chaque couleur d'une douceur invincible. Tu étais un été au cœur du printemps...

Et la pluie est venue...

Franck.