Mon amour,

Nous vivons hors saison. Attachés à rien. Seulement quelques pas de danse sur le fil tendu de la mort. Seulement quelques mots nous retiennent de la chute. Nous ne sommes pas du temps des chronologies. Nous sommes hors saison. Celle des amoureux. Celle des fous.
Tous les jours j’invente un peu plus ta peau. J’agrandis l’océan.
Porter ton absence c’est comme porter une étoile. C’est l’assurance d’un ciel, d’une immortalité.
Il y a des liens qui ne se définissent pas. Les nommer les affaiblirait.
Se taire. Entrelacer nos silences. Apprendre un peu plus de ce temps déconstruit. Nous vivons hors saison. Seulement quelques pas de danse sur le fil tendu de l’amour.
Il y a une ligne invisible qui nous relie. C’est un mystère qui ne nous appartient pas. Tout juste pouvons-nous le servir, en baissant la lumière de nos chambres d’écriture.
Car ta pudeur éclaire mon désir. Ta bienveillance déploie une aile blanche au-dessus de mes ombres errantes.
Chaque lettre de toi, précise un peu plus mon chemin. Il y a comme un itinéraire dans la tendresse. Une rose des vents dans ton souffle. La géographie de l’amour est un labyrinthe. Avancer c’est toujours se perdre. Comme marcher sur des bouquets de cendres, traverser les champs Phlégréens.
Tu sais, t’écrire n’est pas écrire, c’est cueillir des lucioles, ou s’allonger dans le foin encore chaud des moissons, c’est s’asseoir dans le jardin de la langue, attendre la fin des temps.
Car t’attendre n’est pas attendre, c’est brûler chaque jour un peu plus, comme ce clou planté dans le temps où j’accrocherais l’éternité.
Car désormais nous vivons hors saison. Nous n’avons plus besoin de mémoire. Je suis sans souvenir puisque je tremble de ta seule présence.
Tu as su défaire un à un les murs de mes prisons, avec si peu de choses, seulement un battement de paupière, un effleurement de tarlatane. Dans chacun de tes mots, je sens peser sur ma peau des caresses inconnues. Dans mes veines résonne le pas d’une armée en marche.
Nous habitons la même partie du ciel, mélangeant nos gravités, épuisant nos soupirs. Seuls les murmures nous guident.
L’amour et la mort sont les deux extrémités du silence. Nous, nous avançons sur le fil des jours.
Nous sommes hors saison. Car cet exil nous sauve. Cette perte nous bénit.
Tu le sais nous avons été choisi. Ni par les dieux, ni par les diables. Noces de la terre et du ciel, notre maison est la ligne d’horizon. L’océan est le chemin qui nous y mène. Les anneaux de Saturne scellent nos fiançailles.
Nous sommes hors saison. Nous sommes du temps des fous, des enfants. Des sacres.

Franck.