Mon amour,

Je jour chasse le jour. Le texte chasse le texte. Dérision de la banalité. Ossuaire des mots. Catacombe de nos voix. Lente dissolution de l’insaisissable.
J’envie la puissance entêtée de l’arbre, qui s’additionne de jour en jour, qui jamais ne se renie. Toujours plus de bois. Même exténué, il produit une mince pellicule de vie chaque jour. Lent, généreux. Du bois sur du bois. Avec ou sans soleil il invente l’arbre de demain. Il croit assez dans sa fibre pour la dépasser chaque jour. Lent, généreux. Même désespéré, il pousse chaque jour la vie un peu plus hors de lui.
Chaque jour le texte efface le texte. Ce sentiment de néant, de disparition. Chaque jour c’est un deuil.
Je t’allonge sur la ligne horizontale de la phrase. Sur le grand lit blanc de la page tu sommeilles. Inquiète.
Entre mes lignes tu deviens intraduisible. Femme nacrée méditative, craintive, à la nudité irradiante et solennelle. J’ai des fissures dans ma chair. La corrosion, la rouille altère mon âme, alourdit mes élans, ronge ma parole, la rend impossible et vaine. 
Je voudrais ne plus t’écrire…

Franck.