Mon amour,

Mes plus belles caresses sont celles qui sont encore dans mes doigts, comme une peau de cendres. Mon plus tendre baiser est encore sur ma lèvre. Il est ma ponctuation. Je respire dans ce souffle qui me reste, celui que tu m’as laissé, comme s’il était le dernier. Le seul.

Comme ces grandes baleines échouées dont l’évent se contracte sur un vide noir et froid. Tellement froid. Tu vois, je suis comme ces grands mammifères échoués qui se sont trompés de continent, qui se sont trompés de dérive, de saisons, qui se sont trompés de visages, d’avenir. Toujours. Les histoires de baleines sont des histoires de harpons. Tu le sais bien, leurs chants sont des plaintes.  Et leurs nageoires ne les font pas voler.

Je suis dans ton silence, comme échoué. Le silence qui n’est qu’une absence n’est pas un silence. Il est un surcroît, ou une négligence. L’insouciance n’est pas un pays. Tout juste un rocher sur lequel on s’arrache le ventre. Pour s’échouer. Je respire dans ce souffle qui me reste, dans ce baiser déserté, abandonné.

Au bout des quais s’enlisent les souvenirs,  se noient les chagrins. Et sur les bancs de sable mugissent les baleines. Au bout des quais les paroles sont vaines. Les résonnances, les correspondances, les vibrations ne sont que les pieds de nez du destin. Des hasards malheureux qui nous font trébucher.

Mon plus tendre baiser est encore sur ma lèvre.
Et m’étouffe.

Franck.