dimanche 24 juin 2018

Lettre N° 12 - Ce n'est pas une blessure...

Mon Amour,

Ce n’est pas une blessure, puisque je porte en moi l’espace que tu y laisses. Puisque tu sais ouvrir la porte pour faire enter le jour. Puisque tu tends tes mains d’aurores pâles vers mon crépuscule. Ce n’est pas une blessure, c’est une tempête enchantée, un peu comme ces moussons espérées trop longtemps. Une profusion. Le consentement du ciel à la terre. Les noces de la démesure. L’union des temps. Non, ce n’est pas une blessure, c’est juste un déploiement, le fleurissement des chairs rouges.
Car t’aimer est un privilège, une grâce, une faveur des dieux. Tu es arrivée avec cette innocente douceur, avec cette singulière bienveillance, et tu as ouvert en grand les portes. Le ciel est brusquement entré dans ma poitrine, avec ses constellations tournoyantes, ses galaxies de feu. Tu es arrivée avec l’hésitation d’un poème qui avance à travers le silence, avec cette lenteur, cette élégance. Tu es arrivée avec un pas de danseuse, sur la pointe des mots pour ne pas les user, pour ne pas les brader.
Tu voulais juste effleurer la lumière. Notre lumière.
Tu voulais juste étreindre un peu plus loin en frôlant les miroirs de l’avenir.
Tu voulais juste conjurer le désastre qui pourrait nous attendre, caresser la tempe de l’inaccessible.
Alors tu as ouvert la porte pour effacer d’un seul regard la mort qui gisait sur le seuil. D’un seul regard fragile tu as déterré l’hiver, retourné les saisons. D’un seul regard tranquille. Tu es arrivée poussée par un mystère, par les vents du large, comme ces grands oiseaux qui n’ont de pays que l’horizon, qui parfois se posent à l’orée d’une rêverie, ou sur les hauteurs d’une falaise blanche.
Tu as dans ton regard les distances qui apprivoisent l’infini avec cet éclat intime qui rassure. Un regard de blancheur qui tiendrait les enfants en éveil, qui apaiserait leurs chagrins. Tu as tourné vers moi ton visage de patience et d’attente, et un ciel est entré dans mes chairs. Alors tu vois, ce n’est pas une blessure, c’est un passage, l’embrasure du destin, par où s’évadent les comètes. Ce n’est pas une blessure puisque chaque jour je peux voir se lever ton soleil. Puisque chaque jour il m’est donné de couronner ta tête d’un diadème miraculeux, puisque mon errance épouse désormais les formes de ton absence, puisque chacun de mes mots se nourrit de tes silences, puisque l’ombre recule comme des terres usées.
Tu sais j’inventerai des ponts aux arches si grandes, si puissantes qu’elles nous feront traverser les rives du temps d’un bord à l’autre. Pour nous retrouver. Tu sais nous pourrons contempler, en nous penchant un peu, les ciels, les planètes, les mondes qui couleront comme un immense fleuve insensé. J’inventerai des temps pour conjuguer nos verbes. Des pluies pour fleurir tes jours. Car mes déserts t’attendaient dans leurs minérales solitudes, mes déserts sommeillaient drapés dans cette mélancolie persévérante, grave, pesante. Mais tu es venue. Tu es là. Tu es venue dans ces terres dévastées avec au fond des yeux assez de confiance, assez de tendresse, assez de clémence.

Alors, j'enfante des routes assez larges pour nos pas, pour nos rêves, pour nos lendemains. J’agrandis les jours, j’approfondis les nuits. Je t’offre ma maison de murmures, et je peins sur les murs des océans pacifiques.
Tu es les tropiques, et je suis l’alizé. Je suis les vagues, tu es l’écume. Je suis le fruit, et tu es les lèvres qui le déchirent.
Alors, je t’offre mes mains de silence pour que tu y poses ton front.
Tu vois, ce n’est pas une blessure, l’amour va l’amble, là, je vais danser sur mes décombres.
Ce n’est pas une blessure, simplement les vestiges du néant. Simplement l’approche silencieuse de l’éternité.

Franck.

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dimanche 17 juin 2018

Lettre N° 27 - Comme l'arbre pense aux saisons...

Mon amour,

Je reçois tes lettres, et chacune d’elles est une aventure. Il y a au cœur de ta langue une puissance alchimique. Parfois en te lisant je vacille, quelque chose en moi se trouble. Ta langue cherche l’octave supérieure, une incarnation plus forte, plus évidente, plus définitive. Puissance et douceur, fulgurance de l’ellipse, comme si effacer ou ne pas dire révélait une réalité nouvelle, plus acceptable, plus profonde, plus sacrée.

Tu sembles écrire avec une paire de ciseaux ; des mots, des phrases que tu découpes. J’ai souvent la sensation étrange que tu dissèques de la chair.
Des mystères surgissent.
L’écriture est une géométrie impossible. Le centre se trouve à l’extérieur. Ailleurs.
Chaque île se trouve au centre de l’océan. Chaque étoile est au centre du ciel. Le temps est sans présent. Il n’y a que la présence absolue, indicible. Un effarement perpétuel.
Ici on croit voir la flèche partir des doigts de l’archet pour aller vers le centre de la cible. Écrire c’est savoir que la flèche part, en vérité, du centre de la cible pour aller aux doigts de l’archer. Ainsi le monde. Mon reflet se trouve imprimer sur la glace bien avant que je la fixe. Ainsi l’amour, mon amour.

Tes eaux viennent des profondeurs de la terre. Tes mots ont voyagé, on le sent à ce souffle court, à ce goût de soufre sucré, à l’épuisement qu’ils réveillent en nous. Cela fait des siècles qu’ils voyagent, tes mots.
Un jour, ils t’ont choisie, toi, et pas une autre.
Alors tu t’appliques, sans plainte à découper dans le gras de la vie, dans l’épaisseur des jours.

Nous passons notre existence, non pas à aller, mais à rejoindre. Notre errance ne sert qu’à rattraper cette part de nous qui nous précède.
Ce qui nous quitte nous agrandit. Ce qui m’est arraché s’inscrit dans le firmament. Orphée est démembré, chaque morceau de son corps est placé aux cieux. Ainsi tes yeux.

Tu écris avec une paire de ciseaux. Tu découpes une chair si singulière. C’est de la chair. Je ne peux en douter. Je le sens à la trace qu’ils laissent. A leurs empreintes saignantes sur ma peau de lecture. Comme une brûlure.
La poésie brûle, c’est à ça qu’on la reconnaît.
Brûler les mots. 
Les mots qui ne sont pas passés au feu, qui n’ont pas marché sur des braises, ne valent pas d’être écrits. La poésie doit sentir la cendre, avoir ce goût de brûlé. L’écriture est une viande cuite, encore saignante, mais cuite.

La première tribu inventa la première langue au-dessus du premier feu. La voix passait sur les flammes, se mettait à danser dans les yeux, dans les corps, dans les os, dans les rêves. Alors il y eut le premier chant.

Les amoureux retrouvent cette parole du feu. Presque muette. L’incandescence du silence. Aimer, mon amour, c’est souffler sur des braises encore chaudes et rouges. Éternellement chaudes et rouges. C’est la danse, le chant de la voix.
Et puis, il y a la solitude de langue qui ouvre sur la joie du partage.
Pour entrer dans la maison de l’amour, il faut ouvrir la porte de la solitude. C’est ton chant murmuré, à chaque poème.

Chacun de tes mots passe au trébuchet : d’un côté l’amour, de l’autre le silence. C’est un travail d’orfèvre. Le ciseau découpe la pierre du murmure. Bien des mots se brisent, mais ceux que tu me tends fascinent, par l’élégance, par cette force faite de simplicité, d’insoumission.

Je pense à toi, puisque penser à toi m’enracine.
Puisque penser à toi me rend à ma langue.
Je pense à toi, comme l’arbre pense aux saisons, quand chaque défaite renouvelle l’espérance.
Alors le vent viendra arracher mes feuilles, puisqu’elles iront vers toi, puisque sur chacune d’elle ne sera écrit que deux mots : Mon Amour…
Je pense à toi pour cette solitude que tu me rends.
Cet été de fruits mûrs.
Je pense à toi pour penser à toi, c’est tout.
C’est suffisant pour bâtir un pont entre deux étreintes.

Franck.

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dimanche 10 juin 2018

Lettre N° 18 - Mes hautes terres...

Mon amour,

Souvent dans tes lettres tu évoques ton île. J’aime ta nostalgie marine, ce mouvement de ton âme qui ressemble à la houle. J’aime ce mélange de certitudes et d’inquiétudes, les respirations qui s’accélèrent, la fragilité et l’audace entrelacées. J’aime ta parole inlassable, il me semble, lorsque je
te lis, respirer mieux, et lorsque je te vois je sens dans ton regard les embruns, la brise, des horizons qui débordent, des scintillements de lumière.

A mon tour de t’écrire sur mes terres d’origine. Lorsque tu m’interroges, je me sens maladroit à décrire ces hauts plateaux. Attends-toi à l’épaisseur d’une terre, prend ton souffle, sois indulgente, mes terres sont pudiques, et souvent se dérobent.

Alors voilà…
C'est un pays qui va de la nuit à la nuit, d'une absence à une autre absence, comme si le manque n'était jamais assez profond. C'est une terre de douleur, une terre immobile, désolée, silencieuse. Lourde. Quelque chose s'accroche dans les landes de bruyères, des morceaux de nuit, quelque chose d'une sauvagerie enfouie, et les hauts sapins noirs gardent dans leurs bras serrés de grands pans de crépuscule. C'est une terre qui va de la nuit à la nuit, solide, ivre de solitude, de pesanteur. Les bois denses, qui couvrent les contreforts des hauts plateaux, sont comme la peau des mourants, parchemins de tristesse, où s'écrit un chant désespéré.

C'est une terre noire, une terre digne, une terre de courage, une terre dressée, surgie des entrailles du silence, une terre de vent, une terre de larmes. L'immense territoire des hautes terres, entrelace la permanence au précaire, comme pour nous dire la vacuité de nos vies, comme pour nous inciter à l'humilité, à la pauvreté, à l'abandon. C'est la terre de tous les débuts et de toutes les fins, on y murmure des prières, sans dieux, sans bruit, des prières qui courent entre les grandes fougères, des prières épuisées, tremblantes, lourdes comme la terre, mélancoliques comme les ruisseaux qui la traversent. C'est la terre de mes morts, et de mes oublis, j’y suis nu, plus sûrement nu qu'au premier jour, plus sûrement accablé qu'au dernier. C'est une terre sans parole, sans mot pour la dire, hormis le vent qui la chante, et la nuit qui la sacre.

C'est une terre pétrie de temps, de longueur, et d'attente misérable, elle semble immobile, pourtant elle pousse, puissante, en moi. Terre de patience, terre fidèle, elle déploie dans les corps noueux des hommes qui l'habitent, des savoirs millénaires, jusqu'au goût de l'immortalité.

Les arbres s'accrochent à la brume pour s'élever au ciel, ils tordent leurs racines, empoignent à pleines mains la terre noire, pour hausser au plus haut, branches et feuilles, comme de larges poumons verts, si proches d'une asphyxie, si proche d'une suffocation. Ici, tout lutte, tout s'arcboute avec la même pesanteur, le même entêtement, le même acharnement. Monter, monter toujours, pour échapper à l'écrasement des jours, et des saisons, à la pluie qui défigure, à la pauvreté qui dessèche, comme si la vie s'opposait à la vie, comme si la mort encourageait la mort. Les champs cabossés sont toujours trop morcelés, toujours trop loin des hommes, toujours menacés par la forêt, par l'hiver, par une déchéance, par un abattement, ils sont gorgés de nuit, de souffrance et de solitude.

Ici, la beauté éclate dans la chair, la saisit, la brasse, jusqu'à la désespérance, et l'horizon tout au bout du regard réclame le pardon de nos fautes, comme de toutes les fautes de l'humanité. Et le soir y écrase le jour dans un déchirement toujours renouvelé, toujours plus grave. Les vastes espaces des terres hautes et sombres semblent rétrécir en moi la moindre parcelle d'espérance. Tout ici, s'écrase, le jour, la nuit, les sanglots, et jusqu'au silence. Ici, aimer est une action de grâce. Ici, dans les hautes terres du Limousin, vivre debout est une expiation, une lourde pénitence qui suinte dans le sang, blanchit le regard, et crevasse les peaux tannées par le froid, le soleil, le labeur, et le manque qui coule, ici, en abondance, une manne exténuante, d'une terre qui n’attend personne, d'une terre qui s'efforce entre le temps qui l'use, et l'indifférence des dieux.   

Longtemps j'ai refusé que quelque chose de moi puisse venir de ces terres, moins qu'un oubli, moins qu'une négligence, une peur gisait dans mes chairs, tapie, discrète, une mélancolie engourdie. Elles sont remontées peu à peu, avec entêtement, comme une longue fatalité, ces terres noires étaient là, dans le silence de l'oubli, à distance de ma vie, elles sont remontées avec mes morts.  Une lente imprégnation, une sève venue des tourbières du haut plateau par l'effet étrange de la capillarité des origines et des fins. Elles sont remontées ces terres, imposant leur singulière profondeur, leur beauté désolée, jusqu'à m'apparaître comme une évidence dont la prégnance diffuse, mais tenace, m'envahissait pesamment, aussi sûrement qu'une épaisse marée.
Il fallut aussi tant de mort, tant de retour obligé dans ces cimetières désolés, tant de hasard, tant de perte, tant de renoncement, tant d'appauvrissement, comme s'il eut fallu faire, d'abord, de la place en moi, pour que cette terre farouche se déploie.  Je ne sais, qui d'elle où de moi fit le premier pas. Je ne sais quel mort ouvrit enfin la brèche, ma mère sans doute.
Tout en prudence, elle œuvrait, noire et lourde. Les vivants disparaissaient, un à un, et cette terre de Creuse, la bien nommée, les a repris, rude digestion des corps, des souvenirs, des chagrins. Aujourd'hui il ne reste que la terre, cette terre de mes racines, et quelques tombes de pierres grises. Rocs, sur rocs. Granit, contre granit, de quoi peser sur le temps. Écraser la mémoire, ou la faire éclater.

Je ne sais, qui d'elle ou de moi, fit le premier pas. L'écriture m'y ramena, toujours. L'écriture, comme si elle nous venait d'un lieu, comme si une géographie intérieure gisait en nous, en filigrane de lieux bien réels, faits de landes, de pierres, de sang. Il y a dans l'écriture les liens invisibles de notre histoire, une froide incarnation au cœur du vivant en nous. Du singulier. Et nos lieux s'attachent à nos gestes, et nos pensées les plus intimes s'alourdissent peu à peu de nos origines, réelles ou mythologiques, comme si finir nous rapprochait d'un début, comme si la marque du temps se nourrissait de paradoxes. Revenir pour finir un peu mieux, un peu plus loin. 

Mon amour, je ne sais si désormais tu comprendras d’où me vient cette écriture pesante, légèrement cabossée, cette écriture qui cherche son souffle sans vraiment le trouver.
Tu comprendras mes obsessions à vouloir trouver des équilibres entre la légèreté et le grave. Tu comprendras l’excès parfois maladroit, d’une écriture accablée.
Tu comprendras, je l’espère, la terre et le granit qui collent à ma parole… les landes, les bruyères mélancoliques…

Franck.

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dimanche 3 juin 2018

Lettre N° 43 - Un oeil dans les mots...

Mon amour,

On aime pour que rien ne cesse. Jamais.
Ou pour que tout cesse. Toujours.
Tu as dit : « Nous nous écrirons, nous devons nous écrire… L’amour, s’il existe, doit pouvoir traverser les mots, la langue… »
Tu as dit : « Nous écrire sera notre pacte… »

On écrit, parce qu’un jour on a lu. C’est bien cette première lecture que l’on reprend dans écrire. Pour que rien ne cesse. Jamais. Ou pour que tout cesse. Toujours.
Comme si aimer, écrire était braver le temps. Une offense, parfois un outrage. À coup sûr un hors-jeu. Ce « je », lieu de nos promesses crucifiées. De nos illusions. De nos mensonges à venir.

Comment te dire l’élan. L’élan vers toi, seulement cette soudaineté de l’élan ? Comment te dire ce mouvement de tout le corps qui troue l’espace en une fraction de temps ? Cet élan qui précède toute pensée, ce coup de sabre dans la chair. Violent. Brutal. Insensé. Miraculeux.

Dès son passage la sensation que mon être se désagrège. Quelque chose se dilue. Mon eau se trouble. Mais l’élan, tu comprends, il a une pureté incomparable, compacte, évidente. Écrasante d’une vérité fulgurante. Absolue. Comme si brusquement tout mon être se récapitulait. À cet instant précis, tu es mon addition. Ma totalité. T’écrire l’amour c’est être dans le contre temps, déjà dans la trahison.

Il faudrait que je ne dise rien. Simplement consumer le silence. Avec seulement cette brûlure de ce temps vers toi. Les cerisiers fleurissent sans rien dire.
Écrire est un deuxième arrachement, un impossible rapprochement.

Tu as dit : « Nous nous écrirons, nous devons nous écrire… »
Alors je t’écris, j’accepte l’écart, la torsion du temps, la cambrure de notre réalité.
Pourtant, je voudrais, là, dépasser mes mots, les rendre impudiques.
Hier, tu as posé ta main sur ma main, un geste insolite, avec cette singulière légèreté. Le bonheur s’invente dans le surgissement de ces mouvements. J’ai senti trembler la lumière.
Alors, frotter les mots comme l’on frotte les peaux jusqu’à l’indécence. Parler, comme l’on caresse, ou comme l’on touche. Je voudrais donner des yeux à mes mots. Pour qu’ils te regardent. Qu’ils soient la couleur de l’ombre qui t’accompagne. Je voudrais qu’ils puissent contempler chacun de tes rêves, pour protéger ta nuit. Je voudrais que tu les sentes si présents qu’à leur simple écoute tu veuilles dévoiler un peu de nudité, ou au contraire, voiler ta poitrine en baissant légèrement les yeux.
Oui, je voudrais des bras à mes phrases, pour qu’elles t’enlacent.  Qu’elles se tendent vers toi au réveil pour le premier baiser.
Je voudrais que ma voix soit assez nue pour te faire pâlir, pour consumer l’innocence de l’aube. Puis polir nos mots, jusqu’à la moiteur, jusqu’à la sueur. Je voudrais que tu les sentes s’arrondir sur ton sein, que tu les sentes appuyer sur ton ventre, que tu les sentes pesants sur tes cuisses comme une nuit d’ivresse et de chair. Comme si le texte entier était une alcôve assombrie de désir.

Tu sais le plus court chemin pour le mot c’est le baiser. Lorsque sur le point de se dire il s’efface pour effleurer la lèvre qui le cueille. Lorsqu’il devient souffle avant d’éclore en silence.
Je voudrais dépasser mes mots, les rendre impudiques, inaudibles à force d’indécence.
Alors chacun d’eux vaudra un baiser. Chaque baiser s’écrira sur ton corps, dans le frôlement de ma voix. Chaque mot se posera sur tes soupirs les plus impénétrables, jusqu’au sanglot, jusqu’à la plainte.
Jusqu’à l’épuisement de la langue, je nommerai la création, pour ne jamais cesser de t’aimer, pour encore sentir ton odeur dans ce rêve d’écriture, pour toucher ta paupière du bout d’un silence.

T'écrire est un deuxième arrachement, une impossible séparation. 
Ici, s’invente l’histoire qui nous déborde et qui nous sacre.
Ici, s’invente le dangereux. Le miraculeux. Ici, nous brûlons les dieux. L’amoureuse tremble. L’amoureux chancelle. Les amours de papier traversent les chairs plus sûrement que la lame d’un sabre. Et les dieux qui savent tout ne s’y sont jamais risqués.

On aime, on écrit pour que rien ne cesse. Jamais.
Ou pour que tout cesse. Toujours.

Franck?

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