Mon Amour,

Tes yeux et ton regard me fascinent, ils inventent un espace étrange. Ton regard ne fait pas que  regarder. Il apporte avec lui un lieu pour habiter. Ta maison s’ouvre en grand, et m’invite à entrer. Souvent les regards créent des distances, le tien  m’entoure, me recueille, avec une infinie douceur. Ces yeux-là ont vu, ils en gardent les brûlures. Ils en racontent le voyage. Ils vont à l’essentiel. Regard généreux qui me rend ma vie, me fait exister dans l’instant. Il n’est pas un miroir, il est un chemin. Il ne reflète rien, il propose un chant, il engage au murmure, à la tendresse. Une intense lueur voilée. C’est un regard de nuit, de nuit obscure. C’est pour cela qu’il apaise, qu’il réconforte, qu’il soigne mes blessures. C’est un regard nu. D’une absolue nudité. L’épaisseur d’une âme se révèle dans les yeux. La grâce, dans les éclats de lumière qu’ils nous offrent.
Tes yeux ont pleuré, ils ont su prier aussi, ils ont lu tous les livres, même les plus sacrés. Ils ont pu être durs, glaçants, mais de cela ils n’en gardent qu’une humble indulgence. La miséricorde infinie des reines.  
Il y a dans tes yeux une fulgurance, qui en sait long sur la lenteur des grands voyages et des épopées lointaines, ils ont la profondeur des cieux avec quelques morceaux d’étoiles accrochés dans leurs reflets.
A l’entrée de tes yeux on pourrait y déposer nos siècles d’attente, de patience, d’existence, nos peurs, nos absences, nos lâchetés. Alors mon enfance me revient, pour déborder mes souvenirs. Tes yeux me prennent la main, et la serre, et m’emportent. Tu as des yeux de source, des yeux d’eau claire, d’eau fraîche. Des yeux de lendemain. Des yeux de toujours.

De quelle attente suis-je ? De la plus longue. Celle des pierres
De quelle passion suis-je ? De la plus longue. Celle des pierres.
De quelle solitude suis-je ? De la plus longue. Celle des pierres.
De quel silence suis-je ? Du plus long des silences. Celui des pierres.
Et la joie ? Je suis de la plus longue joie. Celle des pierres.

Désormais, je suis de ton regard. Je ne serais plus pierre.

J’étais une montagne dressée tout d’un bloc, dépassant les nuages, touchant les cieux. J’étais une montagne et me voilà cailloux. Demain je serais sable, grain de poussière. Demain je serais univers.
Avec tout au fond… tes yeux amoureux, ardent, qui m’espèrent…

Franck.