Mon Amour,

 

Je ne sais plus t’écrire. J’essaye de comprendre ce qu’il nous est arrivé. Comprendre, est-ce si important ? Est-ce vraiment nécessaire ?
J’ai parfois la sensation que tout était inscrit dès le début.
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Cela nous arrive de loin. Et cela vous retourne la chair comme un mascaret. Cela vient du fond de l’océan, d’un profond. Ou des montagnes, d’un sommet. Ça roule et vous appelle comme un chant. Comme un grand vide. Comme une fatalité.
Au départ, c’est un roulement de tambour sourd, inaudible. Une rumeur.
Un désastre commence toujours par un printemps. Un excès de printemps. La douleur commence toujours par un enchantement, elle est la sœur de la jouissance, de l’exaltation. On le sait, mais on veut l’oublier. Comme les papillons de nuit qui vont mourir pour avoir trop aimé la lumière. Oubli. Insouciance. Désinvolture.
Cela nous arrive de loin. Cela vous retourne la chair du cœur comme le mascaret retourne les eaux du fleuve. Des eaux à nue, à vif. Des eaux saignantes, qui replient leur peau, qui perdent leur élan. Les eaux vieilles du fleuve meurent en aimant trop la mer.
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Tu as dans la voix l’incomparable force de ceux qui savent murmurer. De ceux qui savent quitter.
Dans tes yeux, tu as les incendies des nouveaux temps….
Tu as…..
Mes vielles eaux du fleuve, se meurent d’aimer plus loin que leurs eaux…
Tu as… et je n’ai plus…
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                                 La vérité nous blesse. C'est là son mérite.
                                 Ce qui me console, c'est de n'être indemne de rien.

 Franck