Que signifie ce temps de l’assèchement des eaux ?
Qu’est-ce qui nous déserte ?
Que nous dit la voix qui se tait en nous ?
Avons-nous si peu d’amour en nous ?
La grâce est ce poids qui nous fait descendre en nous, cela nous allège du monde.
La pesanteur est cette illusion d’être au monde, ce sentiment fluide de collaboration universelle au principe de réalité, de faire de l’ensemble. Être ensemble. Le grégaire rassure, il nous fait monter à la surface de nous-mêmes. La surface, le lieu des reflets. Des mirages.
Je cherche un temps creux. Un temps vide jusqu’à l’ennui. Sentir le poids de l’abandon et de l’exil
Attendre, et savoir que rien ne viendra. Rien, ni personne. Mais attendre. Sentir cette tension accablée en moi. Être défait de tout. Attendre l’attente. Dans la vitre du temps, je vois mon reflet qui s’efface. Tout est silence, sans douleur. Sans tristesse. Sans joie. Mais tout est silence. Sans horizon. Un silence abattu, exténué, dépouillé de lui-même.
Il y a des silences, pleins, gorgés, généreux, des silences glorieux, qui vibrent dans le soleil. Des silences qui font tinter les heures, battre le sang. Il y a ces temps de retrait qui étincèlent parce qu’ils portent une lueur invincible. Il y a cette absence royale, presque orgueilleuse qui dresse en nous un océan sauvage, envoutant, indomptable.
Puis ces silences déshabillés, nus, trop nus, aveuglants, suffocants. Des silences qui s’infiltrent jusqu’à l’assourdissement, acouphène de l’âme, bruissement singulier qui nous fige dans une sorte de sidération. On les sent inutiles. On se sent inutile. C’est pour cela que parfois on écrit.

Franck.