vendredi 10 mars 2017

Introduction...

J’ai décidé de publier ici, ce qui aurait pu être un manuscrit. Ce qui va suivre n’est ni un roman, ni un récit, pas plus une thèse ou un essai. Ce n’est pas vraiment de la poésie, même si elle n’est pas absente, pas totalement de la prose. Il n’y a pas d’histoire, pas de suspens, à peine quelques personnages, plutôt des ombres de passage. Peut-être une rêverie ? Un solipsisme ? Une méditation ? Disons que cela est avant tout un chemin. La transcription une expérience intérieure.

Une expérience qui tenterait de dire, de décrire, ce que l’acte d’écrire recèle de mystère et de lumière. L’unique sujet des textes qui seront désormais publiés ici c’est l’écriture. De texte en texte j’y reviendrai inlassablement, obsessionnellement, comme si l’écriture, dans cette longue traversée devait être débordée, pour enfin regarder au-delà du symptôme.

Une expérience de vie qui aura duré près de dix ans. Dix ans, à ronger, à racler, à épuiser mon corps et la langue, à chercher des issues, là où tout semble obscurci.

 De texte en texte, j’ai essayé d’approcher une vérité se dérobant toujours un peu plus. De métaphore en métaphore, dans ces longues heures, assis face à l’écran, aux aguets, dans la tension extrême des muscles, dans la recherche du souffle jusqu’à l’étouffement, j’ai essayé de traquer, de faire surgir, ce qui dépasse mon expérience personnelle. Faire surgir un peu d’universel au cœur même du singulier.

Je ne sais si j’y suis parvenu, qu’importe ! Tant fut déjà écrit, et si bien écrit, sur ce sujet : Maurice Blanchot, Roland Barthes, Bernard Noël, Pascal Quignard, Margueritte Duras, Christian Bobin et tellement d’autres, comme si ce sujet hantait nos nuits, nos mémoires, nos désirs, nos audaces, nos espoirs, comme si écrire nous ramenait immanquablement à notre condition humaine, aux angoisses de la vie et de la mort, aux questions éternelles sans réponse, questions infatigablement posées de génération en génération.

Il a bien fallu que je me risque à un chapitrage pour présenter ces textes, la seule chronologie d’écriture ne permettait pas de dénouer l’écheveau du chemin, l’expérience intérieure ne suit jamais le temps des horloges. Une biographie n’est jamais une chronologie, je préfère l’idée de convergence, nos actes, nos pensées, nos espoirs, tout converge, tout s’efforce vers un point qui serait au centre et non pas devant. Bien sûr il y a de l’arbitraire dans ce séquençage, voilà les têtes de chapitre :
    Prologue
    Le souffle d’avant le texte
    Le temps, les silences, les solitudes.
    Écrire en train de se faire.
    Après le texte
    La chair de l’écriture
    Des lieux impossibles.
    Écrire… Toujours… Encore…
    Les Métaphores du chant.
    Seulement de la musique.
    Creusements.
   L’inachevable.

Évidemment il sera possible de déceler plusieurs niveaux de lecture, plusieurs profondeurs, certains d’ailleurs offrants plus d’issues que d’autres. Il y a toujours un au-delà du symptôme.

La littérature, l’art, d’une façon générale, se meurent, certains disent qu’ils sont déjà morts, mais à cette disparition annoncée ou advenue je ne peux m’y résoudre, m’y résigner complètement. Quelque chose en moi résiste. Quelque chose en moi crie. Non, par peur du futur, mais par révolte, par refus de la résignation.

Alors il faut réaffirmer. Alors il faut résister.
J’ai voulu aller chercher à travers cette expérience, ce qui, malgré les siècles passés, et quelques soient le devenir de ceux qui viennent, ce qu’il y a d’irréductible à notre condition d’humain, ce qui nous relie (à ne pas confondre avec ce qui nous connecte) tous, de tous pays, et de toutes les époques, cette chose intemporelle qui gît en nous : le chant. L’incantation. Ce chant primordial qui est en nous tous, et qui tient l’humanité dans les méandres intemporels de sa mélopée.

J’ai voulu aller chercher ce qui résiste en moi aux temps actuels. J’aurais pu appeler ce recueil « Résistances », ou quelque chose d’approchant, s’eut été prétentieux, mais l’idée est là. Ne rien dire du monde, du présent, ce n’est pas les dénier, mais s’opposer frontalement à ce qui tente d’anéantir en nous la part la plus éternelle et la plus lumineuse. Je ne suis dupe de rien, pas même de ma complicité, mais tant que j’aurais du souffle et une once de lucidité, je tiens à maintenir vivante l’idée de nos destins singuliers et tragiques, face à l’individualisme égoïste et informe que l’avenir nous propose. Je préfère la tragédie éternelle, aux catastrophes télévisuelles quotidiennes qui ne savent plus nous émouvoir, à peine nous indigner le temps d’une mode.

Les temps sont complexes, nous sommes en train de passer brutalement de la condition humaine, à la condition de l’humanité. Mais l’humanité, celle qui surgira, ne pourra pas être sans mémoire, ce travail est une infime partie de cette mémoire. Quoi qu’il advienne, nos enfants auront besoin d’aimer leurs origines, de se souvenir, des sorciers, des chamanes, des poètes, des musiciens, des peintres, de tous ceux qui un jour ont voulu apprivoiser le mystère de la vie et de la mort, et lutter avec dignité contre ce qui les effraie et les détruits.

La nuit tombe, face aux temps barbares, je reste définitivement seul, debout, à égale distance, du silence, du cri, du chant.

Franck.

Posté par Franck Nicolas à 17:16 - - Commentaires [2] - Permalien [#]