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J'irai marcher par-delà les nuages

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10 février 2013

La langue de l'errance.....

« Qu’ai-je quitté ? Qu’ai-je retrouvé ? Qu’ai-je quitté, que j’ai retrouvé ? Qu’ai-je quitté que je n’ai pas retrouvé ? Qu’ai-je quitté, que j’aurais voulu ne pas retrouver ? Qu’ai-je retrouvé, que je n’avais pas quitté ?
Ce qu’on croit quitter ne nous quitte pas. On ne quitte pas : on s’éloigne. »
Louis CALAFERTE : Rosa Mystica.

L’errance est une langue, on sait en dire les mots, mais le sens nous en reste caché, alors on se met en route pour découvrir leurs significations. On ne quitte pas, on ne fait que marcher, on ne part pas, on ne fait que consentir à l’exil, à la solitude, à l’abandon.
On ne connait jamais le sens de nos actes, ils nous apparaissent souvent comme ceux d’un fou, rien ne les tient entre eux, que le fil ténu de l’exil, que cet inachevé qui nous ronge, que cet inachevable qui nous terrifie, alors on écrit pour dire cette folie, et que l’errance n’est pas le résultat de la seule ignorance, qu’on a pitié de nous-même, par lâcheté, parfois par miséricorde.
Et si l’on tend l’oreille, si on la colle au plus près de notre langue, alors on peut  entendre, tapis au fond des chairs, un enfant perdu, c’est le chant de la langue, le lieu de notre exil…
Alors on va vers cet enfant, on écrit pour qu’il vive... encore un peu.

Franck.

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9 février 2013

Sans appui et avec appui.......

« Sans appui et avec appui,
Sans lumière en l’obscur vivant,
Tout entier me vais consumant. » Saint Jean de la Croix

 

Je traine avec moi une mort incommensurable. Quel commerce faisons-nous avec nos souvenirs ?
Quelle histoire nous racontons-nous ? Nous croyons désigner l’essentiel, mais sommes-nous sûr qu’il est bien l’essentiel. Ne sommes-nous pas toujours dans un « à côté » ? La mémoire est un singulier cloaque. Nous sommes le résultat d’un inconnaissable absolu. Quel que soit les efforts de remémoration,  quel que soit la pureté de l’intention, ce qui nous fonde échappe aux souvenirs. Nous avançons dans l’obscur , un peu à l’image de l’hermite des tarots, le regard effaré, avec une sorte de canne presque inutile, « Sans appuis et avec appui », et cette pauvre lanterne qui est devant lui et semble ne rien éclairer, mais qui est devant, comme si notre seule vocation était d’aller devant, toujours devant. Notre passé est l’inachevable. Notre trace, s’efface à nos yeux. Le temps vécu pénètre notre sang, et notre sang est notre seule véritable mémoire, il s’écoule comme le sang des femmes. Les souvenirs ne disent rien du sang, ils sont l’histoire désincarnée. Des images flottantes dans l’océan des jours. Les souvenirs se tissent sur un ciel de nuit, « sans lumière en l’obscur vivant ».

l_hermite[1]Je ne me souviens pas avoir rêvé de ma mère. Je n’avais que dix-sept ans lorsqu’elle est morte. Mais rien d’elle ne vient hanter mes rêves. Et je ne sens ni douleur, ni manque. Comme si cette douleur et ce manque était devenue la substance même de mon existence. Je ne suis pas sans oubli, mais je suis sans rêve. J’ai parfois l’impression d’être né deux fois. Je jour de ma naissance, et le jour de sa mort. Qu’étais-je avant, que je ne suis plus ? … que je ne suis pas ?… Quelle vérité tient là-dedans ? Peut-être aucune.
On se redit toujours la même histoire, avec le temps quelques couleurs changent, c’est l’irisation des souvenirs, mais au bout du compte c’est toujours la même histoire. On croit qu’elle nous dit. Mais dans le fond, nous n’en savons rien. Est-ce sa mort qui git en moi ? Je ressens comme un voile sur l’âme. Est-ce son linceul ?
Elle est allongée dans cette chambre glaciale. Des roses sont disposées autour de son corps. Des pétales de roses constellent le drap blanc qui la recouvre jusqu’au ventre. Dehors c’est l’hiver. Là, dans la chambre, il fait froid. Je suis assis sur l’unique chaise qui fait face au lit. D’où je suis j’aperçois son visage légèrement surélevé par un oreiller. Sa bouche n’est pas complètement fermée, je peux voir l’éclat blanc d’une de ses dents. Le visage est maigre. L’agonie fut longue et douloureuse, elle a dû épuiser son dernier souffle, aller au bout d’une respiration devenue impossible, pourtant, là, le visage est apaisé.
Je suis seul dans cette chambre silencieuse à peine éclairée. La mort nous renvoi toujours à la solitude. Je suis dans la sidération. Muet. Figé dans la mort et le froid.  Je sens quelque chose qui s’absente de moi. Ça laisse une sorte d’immense bloc vide et dur sur les parois du ventre, Il y a quelque chose qu’on pourrait appeler la douleur, mais celle-ci ne fait vraiment mal. Je suis comme anesthésié, pourtant j’ai froid, dans cette chambre. Tout est froid. Elle, allongée. Le silence. Je voudrais quitter cette chambre. Mais je reste. Je reste encore. Un peu. Je me lève, je la regarde. Souvent lorsqu’on regarde la mort on s’imagine la voir bouger. Ce n’est pas vraiment une hallucination. Je sais qu’elle n’a pas bougé. Mais il y a quelque chose en moi qui le veut tellement. Il y a quelque chose en moi qui voudrait pleurer, mais il y a ce vide, ce vide infini dans lequel tout se perd, le temps, la vie, les larmes.
Je suis debout, le plancher en bois craque. Le son du craquement semble se décomposer dans ma tête, comme s’il s’épelait, lentement, au ralenti, comme s’il n’y avait plus que ce craquement. Le vide à l’intérieur, et le craquement à l’extérieur. Et la mort partout.
Sans doute est-ce à ce moment qu’elle rentre,  la mort, qu’elle s’insinue. C’est à ce moment du craquement, et du vide qu’elle envahie. Malgré le froid, je sens l’odeur, cette odeur fade, légèrement écœurante. Dérangeante. Cette mort été attendue, pourtant elle sidère. Elle absorbe tous les mots. Rien ne peut la dire. On sait et en même temps on ne sait pas, on ne sait plus. Désormais on ne saura plus rien, jamais. Dans le craquement du parquet il y a une certitude absurde, tout le réel se tient là, dans le craquement, dans le bruit sec et profond du bois, qui remplit l’espace et tient lieu de seule vérité. Absolue.
Là, debout, planté devant ce lit, le regard fabrique de l’image, des images fixes, qui resteront dans le même état pour le restant de mes jours, comme des clichés sur une pellicule photographique, à la fois irréelle, désincarné et comme preuve irréfutable de l’instant.
Quelque chose s’inscrit dans la pierre du corps, dans ce granit lourd, creusé, évidé, où tout de ma vie, de mon enfance, couleurs, solitude, ennui, s’est allongé, comme un gisant dans le creux de granit qui pèse, là, maintenant.
Toutes les pensées, toutes les rêveries, devront d’abord, s’user sur le froid de la pierre. Mes jours ont la blessure du granit. Gris, râpeux, lourd.
Je traine avec moi une mort incommensurable. Mon âme git dans la pierre de cette journée, dans l’instant même de ce froid, de ce silence, et dans le craquement du bois qui fait entendre le décollement du temps. Une brèche de silence dans le bruissement du monde.
Quel commerce faisons-nous avec nos souvenirs ? Quelle histoire nous racontons-nous ? Nous croyons désigner l’essentiel, mais sommes-nous sûr qu’il est bien l’essentiel. Ne sommes-nous pas toujours dans un « à côté » ? La mémoire est un singulier cloaque.  Je ne sais pas si c’est « mo »i qui fouille ces souvenirs, ou si ce sont ces souvenirs qui accomplissent chacune de mes heures d’aujourd’hui. Je ne sais qui désigne qui. Y aurait-il quelqu’un d’autre sous le linceul de cette mort ?
Souvent nous sommes les dupes de nous-même, nous racontons notre histoire, et montons les séquences de notre vie comme un réalisateur de film, nous fabriquons de l’ordre, des chronologies. Mais le pourquoi, de ce montage nous échappe.
Quelque chose vit en nous qui n’a aucun besoin de mémoire, et qui oubli les souvenirs. La pierre qui git en nous ne se souvient de rien, elle est seulement là, elle pèse sur chacun de nos pas, « sans appui, et avec appui. »

Franck

2 février 2013

L'instant........

Habiter l’instant, un instant débarrassé de ce qui le tient. Un instant seul, nu. Car l’instant ne vieillit pas, il jaillit, toujours neuf, fugitif et éternel dans son essence. C’est le lieu de l’écriture. Introuvable, et pourtant possible, incertain et pourtant inévitable. L’instant, c’est la condensation du vide et de l’attente. Il n’est rien, pourtant il révèle tout.  Il nous traverse, et écrire tente de le saisir, comme on saisirait le vol d’un oiseau.
Habiter l’instant, cette éclaboussure de conscience, et de vie dépouillée, écrire…
Habiter l’instant, qui lui seul invente la durée, car la durée échappe au temps. C’est notre puits d’immortalité. Là où l’écriture demeure et où l’amour fleuri…. Un temps sans épaisseur et qui dure….
Et qui dure…..Et qui dure…..

Franck

31 janvier 2013

Ecrire.....(toujours)....

Les textes en italiques sont de Pascal DUSAPIN, extraits de sa leçon inaugurale donnée au Collège de France, intitulée: Composer. Musique, paradoxe, flux. Edition FAYARD

 

"La musique luit et se dissipe, telle une illusion. Secrètement, elle résonne. Mais son écho vient toujours trop tard. La musique, c’est le deuil incessant de l’instant.
Roland Barthes disait : « la musique, c’est ce qui ne revient jamais »… Nous pourrions ajouter, c’est toujours avant. En sommes c’est toujours déjà fini. Ecouter la musique, c’est comme une menace. La menace que cela soit « encore déjà fini ». Alors, on s’obstine. On écoute à nouveau. Et puis, ça n’est encore plus là. Et même, moins qu’avant. Et ça recommence. Avant la musique, il y a le silence. Juste après, ce n’est plus qu’un souvenir. Un « souvenir du silence » d’avant."

Il y a dans l’écriture ce deuil incessant de l’instant, le temps en nous se brasse, en nous il y a de la mort qui parle lorsque l’écriture est là, mais pas seulement, il y a le balancement lent entre l’inachevé et l’inachevable, et l’urgence à reprendre sans cesse. Un feu meure qu’un sang singulier entretient. Il y a de la lutte dans cet échange des sangs et des temps. Le mot ne tient que par celui qui n’est pas encore là. Le vide nous menace, la défaite, la perte incommensurable. Ecrire, lire, nous jette dans le même désarroi. Le lecteur lit en lui son propre poème, il fouille en l’autre qui écrit, ce qui n’est que de lui. Et l’émotion du lire, nait de la coïncidence. Dans le silence de lire quelque chose se condense, se précipite. Le reste d’un futur déjà trop vieux, ou d’un passé toujours à revivre. La fin du poème nous laisse toujours brûlant et dévasté, elle laisse la trace en nous de ce qui manque… le temps et l’amour… les amoureux ne lisent pas.
Le poème nous traverse et laisse en nous une trace invisible, inaudible, indicible, mais on sait qu’elle est là vivante et mortelle à la fois.

 "Composer, c’est inventer des impulsions et des flux. C’est comme l’eau d’une rivière. Ça vient de plus haut, ça passe, l’on sait où ça va, mais ce n’est pas cela qui nous préoccupe. La vraie question, c’est comment faire pour composer ce qui traverse. Composer, c’est inventer des chemins de traverse, des éloignements, des distances. C’est comme fuir et s’enfuir toujours."

Écrire, c’est être traversé par une question, toujours la même. Et qui ne se dévoile jamais de la même façon, sauf dans cette sorte de dérobement, cette esquive qui nous fait chanceler. Ecrire, c’est être traversé par une stridence, une urgence sans objet, puisque le sens d’écrire est toujours en deçà de de l’écriture. En deçà, ou à coté, un « ce n’est pas ça » qui se défait en nous. Ecrire c’est déjà échouer, mais cet échec est la seule force à opposer à la peur, et au néant. Ecrire, c’est s’approcher, sans jamais atteindre. C’est savoir que rien ne sera jamais atteint, mais s’approcher sans cesse. Alors on recommence. Toujours plus loin, toujours plus profond, toujours plus seul. Le silence est le métronome des mots, il bat en nous, écrire c’est traverser un silence pour aller sur l’autre bord, l’autre rive. Mais les bords, et le rives n’existe pas. On le sait. Mais écrire c’est se défaire de ce savoir. C’est ne plus rien savoir. C’est aller….

"Mais composer c’est long. Et lent. Très lent. Très, très long et lent… ça n’avance jamais. C’est parce qu’on ne sait pas ce que ça va devenir. La question paradoxale, ça n’est pas d’achever mais comment ne pas finir.  Composer, c’est ne jamais finir. Ca prendrait beaucoup trop de temps de finir, c’est-à-dire tout notre temps. Et pour autant nous n’aurions jamais fini.
Car pour composer, il est préférable d’attendre. Longtemps. C’est dans ce temps long, presque perdu (et qui se perd dans les détails de l’écriture) que ce joue l’attente. Attendre c’est trouver. Pour trouver, il faut perdre du temps. Cette perte est l’attente."

 Ecrire travaille cette longueur, dans cette usure du temps, dans l’épuisement qui y préside, dans cet effondrement qui suit. Ecrire, ça prend le temps, tout le temps, et la chair, toute la chair. Cela surgit de ce point de néant qui git en nous. C’est le retour à la voix de l’enfance, la voix dépourvue de mot, qui n’est que murmure. Ce qui prend du temps c'est  de défaire l’homme, le déshabiller de la vie qui l’écrase… écrire c’est puiser dans l’ennui, le meilleur de nous-même. Que reste-t-il quand tout est dépecé, raclé ? Que reste-t-il de l’inutile et du vain de nos jours ? Que peut-on écrire lorsque tout a été dit ? Mal dit. Mais dit quand même. Ecrire c’est le souvenir de la terre une fois les amarres jetées. C’est la fin, après la fin. Oui, c’est trouver un chemin possible.

 "Composer, c’est ne jamais commencer, ni recommencer, ni finir. Composer, c’est continuer."

 Ecrire c’est labourer les champs du souvenir, pas pour dire le passé, mais se croire encore vivant.
C’est aussi consentir à l’inachevable. C’est poser là, une lumière sur la margelle du vide, une étoile au bord du néant. Ecrire, dit bien cet ourlet de tristesse cousu  avec un fil d’or pur.
On est perdu, mais du perdu jaillit le feu qui coure sur l’océan, et la houle nous emporte en même temps qu’elle nous ramène au ventre de nos mères.

Franck.

28 janvier 2013

Car c'est la nuit....

« Pour qui œuvrent les martyrs ? La grandeur réside dans le départ qui oblige. Les êtres exemplaires sont de vapeur et de vent. » René CHAR.

Toujours cette phrase m’accroche. Toujours ce double mouvement, l’incompréhension et l’évidence en même temps. Ma chair sait plus de chose que ma mémoire. Mon sang vient de plus loin que moi, et je n’en sais ni la source, ni la pente, à peine le goût. Je ne fus que départ, errance, vagabondage, seule la langue creusait en moi, seule la voix se pesait comme la pierre. Je ne fus qu’exil,  départ qui oblige. Et tout au bout, un peu de sable qui coule entre mes doigts.
Je relis la phrase avec ce sentiment de sidération. Elle me parle. Non, plutôt elle parle en moi. Je la comprends sans la comprendre, elle me saisit dans un léger vertige. Une sorte d’éclat éblouissant, pourtant c’est la nuit. Comme si l’obscure était la seule condition. Comme si le sens ne pouvait être réduit. Comme si la vérité des choses, ne pouvait s’attraper que furtivement, au hasard d’un jeu de lumières se réfléchissant dans de multiples miroirs. Evidente et fugitive. Insaisissable, car c’est la nuit.
Je ne fus que creusement entêté, attelé à la charrue de mes rêves, labourant le même sol aride. Je ne fus que ce silence vain, laborieux, empoigné dans le mouvement immobile d’une rêverie. Sans cesse marchant vers un horizon toujours le même. Pourtant je ne fus que départ qui oblige. Tout tient dans ce paradoxe. Le mouvant et l’immobile, le consistant et l’inconsistant, le léger et le lourd. Et malgré les sillons alignés, aucune trace laissée. Seuls  quelques reflets évanescents. Une lourdeur sans substance. J’ai dans l’âme un drôle de flottement. J’ai dans mes yeux une errance que mes mains contredisent. Je ne suis ni vapeur, ni vent,  pourtant je marche par-delà les nuages…

Franck.

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20 janvier 2013

Eh bien ! … allons ! … Alons ! …

Relu ce matin :
« Or, la relation affective est une machine exacte ; la coïncidence, la justesse, au sens musical, y sont fondamentales ; ce qui est décalé est aussitôt de trop : ma parole n’est pas à proprement parler un déchet, mais plutôt un « invendu » : ce qui ne se consomme pas dans la moment (dans le mouvement) et va au pilon.
……
« « La mort c’est surtout cela : tout ce qui a été vu, aura été vu pour rien. Deuil de ce que nous avons perçu. » Dans ces moments brefs où je parle pour rien, c’est comme si je mourais. Car l’être aimé devient un personnage plombé, une figure de rêve qui ne parle pas, et le mutisme, en rêve, c’est la mort. »

Roland BARTHES, Fragments d’un discours amoureux, éditions du Seuil, Sans réponse page 200.

Vu tout à l’heure au cinéma Alceste à bicyclette ….

 Relu au retour l’agonie de Sainte Thérèse de Lisieux :
« Ma Mère ! N’est-ce pas encore l’agonie ?... Ne vais-je pas mourir ?...
-          Oui, ma pauvre petite, c’est l’agonie, mais le bon Dieu veut peut-être la prolonger de quelques heures.
-          Eh bien ! … allons ! … Alons ! …
Oh ! je ne voudrais pas moins longtemps souffrir… 
« Oh ! je l’aime… »
«  Mon dieu … je … vous aime ! … »

Histoire d’une âme, éditions CERF

Je cherche un lien...
L’absence. La non réponse.
Le ciel est silencieux, le monde est silencieux, l’Autre est silencieux…
Alors, rajouter mon silence ? Silence contre silence…

Il neige… j’aime voir la neige tomber… à cause de l’effondrement… l’effroyable effondrement…

Franck  

15 janvier 2013

L'inachevable... (suite)

L’inachevable ne peut être dit. Il est imprononçable. Il n’a pas d’autre nom, puisqu’ il les contient tous. Le désastre du désir. Alors on erre dans ses propres ruines. De tout temps on les connait ces ruines, on les a faites ainsi, et maintenant elles sont là, comme la seule évidence, la seule preuve, de la défaite. Même les mots n’ont plus de sens après l’avènement de l’inachevable. Ils ont perdu leur sang, leur substance. Ils nous traversent sans laisser de traces.
L’inachevé est toujours éclairé par la lumière tremblante d’une flamme. Tout s’éteint dans l’inachevable. L’inachevable n’est pas lourd, il est écrasant, il n’est pas lent, il est immobile, il n’est pas profond, il est la dernière vacuité. Il n’y a plus de route à prendre, plus  de croisée des chemins. Il n’y a même plus de rémission, puisqu’il n’y plus de péché.
Prier ? A quoi bon….

Franck

15 janvier 2013

L'inachevable....

Il y a dans l’inachevé une absolue tristesse. L’inachevable dans l’inachevé vous rejette dans un exil sans retour. Quelque chose en nous ne rejoint plus le monde. Quelque chose en nous se détache, se défait. Coquillage usé, abandonné après la marée. Il y a dans cette image du coquillage une désolation. Quel que soit sa beauté, la nacre, l’irisation, il est là, arraché. Infiniment mort. Vidé de sa chair. L’inachevable dans l’inachevé nous amène à l’endroit des marées qui déposent des coquillages usés sur une plage dévastée, affligée.

L’inachevable en moi, c’est la mort qui s’infiltre, c’est la nuit qui grandit, c’est la fin avant la fin.
C’est mort qui parle dans le vivant qui se tait.

Il faut s’imaginer marchant sur le chemin. Toute notre vie nous errons de point en point, de source en source, de printemps, en cerisier fleuris, chacun a sa course, chacun sa direction, chacun à son pas, ses futaies ombreuses, ses vallons, ses plaines lumineuses. Mais derrière nous marche une ombre invisible et lointaine. Et le temps passe. Au début, on ne voit pas l’ombre. Elle est loin, insignifiante, dérisoire. Elle est l’inachevé. Mais elle est loin. Alors on continue.
Et sans faire de bruit, elle se rapproche. Insidieuse. Lentement elle se rapproche. Elle est toujours l’inachevé. Mais on ne le sait pas. On ne le croit pas. La beauté des saisons, les sourires complices, les baisers volés vous aveugle, les amours, les fraternités du voyage vous font tout oublier, jusqu’à l’inachevé qui marche au loin derrière vous, et qui se rapproche, toujours un peu plus.
Et puis un jour, un jour plus clair qu’un autre, au détour d’un quai de gare, vous voyez dans yeux de celui qui s’en va l’ombre qui vous suit depuis le début. L’inachevé c’est rapproché, il est si près qu’on peut le voir dans le regard de l’autre. Car c’est toujours l’autre qui désigne l’inachevé derrière vous.

Maintenant il est là. Il ne s’appelle plus l’inachevé. Il est l’inachevable. Et son ombre recouvre votre ombre. Désormais, il est là, en vous accroché à chacun de vos gestes, à chacun de vos rêves. Il est la couleur des choses et du temps. L’inachevable prend la forme de vos mots, il devient la voix. Et le murmure au fond du ventre, il  n’est que sa présence ombreuse dans votre sang.

C’est toujours l’autre, qui vous dit au creux de l’oreille : «Ne te retourne pas… ne dit rien… » et les trains s’en vont, et les quais de gare se vident. Et l’inachevé devient l’inachevable.

L’inachevable transforme l’ordre des temps. Il supprime le futur de votre voix, et l’autre parle au passé, au passé simple, composé, antérieur… il ne reste qu’un présent  à partager, c’est le nom de l’infinie tristesse.
Une concordance des temps impossible.

 Franck

12 janvier 2013

Inutile....

Que signifie ce temps de l’assèchement des eaux ?
Qu’est-ce qui nous déserte ?
Que nous dit la voix qui se tait en nous ?
Avons-nous si peu d’amour en nous ?

 La grâce est ce poids qui nous fait descendre en nous, ça nous allège du monde.

 La pesanteur est cette illusion d’être au monde, ce sentiment fluide de collaboration universelle au principe de réalité, de faire de l’ensemble. Etre ensemble. Le grégaire rassure, il nous fait monter à la surface de nous-même. La surface, le lieu des reflets. Des mirages.

Je cherche un temps creux. Un temps vide jusqu’à l’ennui. Sentir le poids de l’abandon et de l’exil
Attendre, et savoir que rien ne viendra, rien, ni personne. Mais attendre. Sentir cette tension accablée en moi. Etre défait de tout. Attendre l’attente. Dans la vitre du temps je vois mon reflet qui s’efface. Tout est silence, sans douleur. Sans tristesse. Sans joie. Mais tout est silence. Sans horizon. Un silence abattu, exténué, dépouillé de lui-même.

Il y a des silences, pleins, gorgés, généreux, des silences glorieux, qui vibrent dans le soleil. Des silences qui font tinter les heures et battre le sang. Il y a ces temps de retrait qui étincellent parce qu’ils portent une lueur invincible. Il y a cette absence royale, presque orgueilleuse qui dresse en nous un océan sauvage, envoutant, indomptable.

Et puis ces silences déshabillés, nus, trop nus, aveuglants, suffoquant. Des silences qui s’infiltrent jusqu’à l’assourdissement, acouphène de l’âme, bruissement singulier qui nous fige dans une sorte de sidération. On les sent inutile. On se sent inutile.

Franck

5 janvier 2013

Ecrie...(encore)...

Ecrire est une épreuve. Toujours.
Cela dit un mystère.
Autre chose que ce qui est dit.
Une vérité toujours cachée, qui se dérobe.
Plus on se croit près. Plus on s’éloigne.
Il y a deux centres, deux foyers comme dans une ellipse.
Choisir l’un des foyers, c’est renoncer à l’autre, s’approcher de l’un c’est s’éloigner de l’autre.
La poésie dit une vérité autre, quelque chose qui ne serait pas la vérité du poète.
Ecrire écrase les temps, écrie les déforme, les rend poreux, et l’âme se faufile dans cette porosité.
Et le poète s’y perd. C’est de cette perte inscrite à l’avance que l’écriture nait.
C’est de cet échec.
Alors on recommence.
Même joyeuse l’écriture est douloureuse. La main qui porte le mot sait déjà l’inachevable. Il y a une joie obscure qui git, là, pesante, en nous.
Contradiction. Dans le même temps où l’écriture se déploie, il y a une rétraction qui traverse les chairs.
Il y a quelque chose en nous qui sait mais qui ne dit pas, et quelque chose qui dit mais qui ne sait pas. Dans écrire, il y a comme l’aveu d’un secret qu’on ne sait pas. C’est pour cela qu’écrire à avoir avec le silence. La pénombre. Le murmure. Quand le murmure devient inaudible, alors le chant commence.
Chant sans parole. Cela résonne, sans raison.
Le chant traverse, transfigure. C’est l’eau de l’âme.
Un surcroit des mots. Le chant vit hors des mots de l’écriture. Le chant n’est que du temps métamorphosé.
C’est la nuit au cœur d’écrire. Invisible, indicible, et pourtant …
Ecrire appelle l’impossible de l’autre. La solitude immémoriale, le vide qui me sépare du monde, mais qui dans le même temps permet le monde en nous.
Nous venons d’une déchirure. Ecrire dit la déchirure. Uniquement cet instant éternel de la séparation. Vivre c’est tenter de l’oublier. Ecrire c’est tenter d’y revenir sans cesse.
Alors on recommence.
On cherche cette joie douloureuse.
La répétition me rapproche de l’immobile, et l’immobile de l’éternel.
Les sillons s’ajoutent, ce n’est jamais le même sillon, on croit que c’est le même geste, mais les sillons s’ajoutent. Le champ des semailles est à ce prix.
On creuse toujours la même terre, pour autre chose qu’un sillon. Une moisson à venir.
Même joyeuse l’écriture est douloureuse.

 Franck

1 janvier 2013

Ecrire.....

Ecrire, c’est ouvrir les veines de l’amour,
C’est une saignée dans la chair du désastre,
C’est le temps rouge de l’attente sans fin.
Ecrire c’est le feu du silence, c’est user une pierre par de lentes caresses.
C’est user sa mémoire, c’est déplier ses rêves.
Ecrire c’est l’abondance de la solitude, c’est la redouter et l’étreindre en même temps
C’est une eau vive de douleurs, et c’est la joie de s’y désaltérer, d’en avoir toujours soif
Ecrire, c’est revenir sans cesse au seuil d’un murmure
C’est en polir un cristal pour éclairer sa nuit.
Ecrire, c’est l’oubli de l’oubli, c’est l’effacement des siècles, des folies, des peurs.
Ecrire c’est ne plus espérer, puisqu’il n’y plus rien à espérer, puisque tout est là, dans cette blessure somptueuse et sauvage.
Ecrire, c’est descendre vers l’obscure de nos légendes, c’est sacrer le mystère,  c’est frissonner sans trembler, c’est errer sans jamais être perdu.
Ecrire, c’est n’être défait de rien ou de tout, c’est sans cesse refaire le même geste, toujours plus lentement, c’est un songe sans illusions, tout en gravité.
Peser assez sur la blancheur des mots pour en extraire la stridence.
Ecrire c’est accueillir l’effondrement comme une aube rédemptrice,  dilapider les trésors cachés de nos vies décomposées.
Ecrire c’est refuser toutes les richesses, puisque chaque mot appelle une pauvreté toujours plus grande, toujours plus nue.
Ecrire c’est charger un navire et prendre le large sur la peau tendre de l’horizon.
C’est prier dans des cathédrales de silence, loin de toute clameur, dans l’absence absolue, un et innombrable, bouleversé d’urgence.
Ecrire c’est toutes les saisons rassemblées, la symphonie des neiges éternelles.
Ecrie c’est être sans toit, sans feu, c’est habiter un chant, c’est brûler infiniment, en pure perte, pur don.
Ecrire c'est être sans dieu et pourtant à la résurection de la chair.
Ecrire c’est s’ouvrir les veines de l’amour, et laisser couler le sang jusqu’à l’abolition des temps. 

Franck.

17 décembre 2012

Il faudra bien...

J’en vins à ne plus pouvoir lire ou relire le texte. Il y avait dans mon écriture quelque chose d’effrayant. A la fois moi et pas moi. Le texte me revenait par-delà le temps avec une sorte d’hostilité. Il portait une charge d’accusation, qui rendait la relecture impossible. Je sentais bien au fond de moi cette voix gisante. J’étais habité par un cadavre lourd, immobile, les yeux grand ouverts. Avec cette sensation éprouvante d’être lu par mes mots. Etrange expérience proche du vertige. Le temps qui passe nous couvre d’un long linceul. Quelque chose en nous s’englouti.
Attendre. Recommencer à attendre. Réapprendre la lenteur. Quelque chose en nous nous regarde en silence.
Au lieu de renoncer, je m’étais renié.
J’avais trahi ma solitude.
On veut croire au bonheur et l’on s’égare.
Je cherche le mot. L’épuisement. Voilà, l’épuisement, il faut être dans cet épuisement de la vie saturé de silence. Jusque dans les muscles. Je ne sais pas si j’aurais le courage d’atteindre la part la plus effondrée, la plus désolée de mon sang.

Il faudra bien….

Franck

8 décembre 2012

La vie tremblante....

Ecrire  c’est passer du côté de la nuit. Chaque mot est un lambeau d’ombre, un épuisement, un reste, le balbutiement du néant. Aucun soleil ne se lève aux aurores d’écriture. Rien. Il n’y a que la nuit, celle qui annonce une nuit plus grande encore, celle de nos tombeaux, de nos morts, quand le noir s’effondre sur le noir, quand la fin est là dressée dans le miroir des yeux comme cette ombre plus sombre encore, qui veille sur nous, son aile noire posée sur nos yeux et ses griffes accrochée à nos entrailles.

L’écriture nait d’un singulier mariage, celui de la nuit et du silence.
Ecrire nait d’un terrible paradoxe, la mort la plus sauvage au cœur de la vie la plus tremblante.

Franck.

2 décembre 2012

On sait que la peur va arriver...

Puis ce fut le temps du reflux. Le monde des vivants vous quitte. Tout vous quitte. Ca ressemble à une hémorragie. Ca traverse tout le corps. Il n’y a plus de pensée. La moindre intention se heurte à une immensité opaque. Peu à peu on est dépeuplé. Chaque viscère devient douloureux. Au départ la solitude nous vient du corps, des muscles, du sang, avec cette impression d’immensité incompréhensible. Le temps n’est que du temps. On est vivant, mais plus rien ne bouge, les couleurs sont parties. C’est la nuit. On n’a pas encore peur, mais on sait que la peur va arriver.

Franck.

30 novembre 2012

Les hautes terres....

C’est un pays qui va de la nuit à la nuit, d’une absence à une autre absence, comme si le manque n’était jamais assez profond. C’est une terre de douleur, une terre lente, désolée, silencieuse. Lourde. Quelque chose s’accroche dans les landes de bruyères, des morceaux de nuit, quelque chose d’une sauvagerie enfouie, et les hauts sapins noirs gardent dans leur bras serrés de grands pans de crépuscule. C’est une terre qui va de la nuit à la nuit, solide, ivre de solitude, de pesanteur. Les bois denses, qui couvrent les contreforts des hauts plateaux, sont comme la peau des mourants, parchemins de tristesse, où s’écrit un chant désespéré.

C’est une terre noire, une terre digne, une terre de courage, une terre dressée, surgit des entrailles du silence, une terre de vent, une terre de larmes. L’immense territoire des hautes terres, entrelace la permanence au précaire, comme pour nous dire la vacuité de nos vies, comme pour nous inciter à l’humilité, à la pauvreté, à l’abandon. C’est la terre de tous les débuts et de toute les fins, on y murmure des prières, sans dieux, sans bruit, des prières qui courent entre les grandes fougères, des prières épuisées, tremblantes, lourdes comme la terre, mélancoliques comme les ruisseaux qui la traversent. C’est la terre de nos morts, et de l’oubli, on y est nu, plus surement nu qu’au premier jour, plus surement accablé qu’au dernier. C’est une terre sans parole, sans mot pour la dire, hormis le vent qui la chante, et la nuit qui la sacre.

C’est une terre pétrie de temps, de longueur, et d’attente misérable, elle semble immobile, pourtant elle pousse, puissante, en nous. Terre de patience, terre fidèle, elle déploie dans les corps noueux des hommes qui l’habitent, des savoirs millénaires, jusqu’au goût de l’immortalité.

Les arbres s’accrochent à la brume pour s’élever au ciel, ils tordent leurs racines, empoignent à pleine mains la terre noire, pour hausser au plus haut branches et feuilles, comme de larges poumons verts, si proche d’une asphyxie, si proche d’une suffocation. Ici, tout lutte, tout s’arcboute avec la même lenteur, le même entêtement, le même acharnement. Monter, monter toujours, pour échapper à l’écrasement des jours, et des saisons, à la pluie qui défigure, à la pauvreté qui dessèche, comme si la vie s’opposait à la vie, comme si la mort encourageait la mort. Les champs cabossés sont toujours trop morcelés, toujours trop loin des hommes, toujours menacés par la forêt, par l’hiver, par une déchéance, par un abattement, ils sont gorgés de nuit, de souffrance et de solitude.

Ici, la beauté éclate dans la chair, la saisi, la brasse, jusqu’à la désespérance, et l’horizon tout au bout du regard réclame le pardon de nos fautes, comme de toutes les fautes de l’humanité. Et le soir y écrase le jour dans un déchirement toujours renouvelé, toujours plus grave. Les vastes espaces des terres hautes et sombres, semblent rétrécir en nous la moindre parcelle d’espérance. Tout ici, s’écrase, le jour, la nuit, les sanglots, et jusqu’au silence. Ici, aimer est une action de grâce. Ici, dans les hautes terres du Limousin, vivre debout est une expiation, une lente pénitence qui suinte dans le sang, blanchit le regard, et crevasse les peaux tannées par le froid, le soleil, le labeur, et le manque qui coule, ici, en abondance, une manne exténuante, d’une terre qui ne nous attend pas, d’une terre qui s’efforce entre le temps qui l’use, et l’indifférence des dieux.   

 

 

Longtemps j’ai refusé que quelque chose de moi puisse venir de ces terres, moins qu’un oubli, moins qu’une négligence, une peur gisait dans mes chairs, tapie, discrète, une mélancolie engourdie. Elles sont remontées peu à peu, avec lenteur, comme une longue fatalité, ces terres noires étaient là, dans le silence de l’oubli, à distance de ma vie, elles sont remontées avec mes morts.  Une lente imprégnation, une sève venue des tourbières du haut plateau par l’effet étrange de la capillarité des origines et des fins. Elles sont remontées ces terres, imposant leur singulière profondeur, leur beauté désolée, jusqu’à m’apparaitre comme une évidence dont la prégnance diffuse mais tenace m’envahissait pesamment, aussi surement qu’une épaisse marée. Il fallut aussi tant de mort, tant de retour obligé, tant de hasard, tant de perte, tant de renoncement, tant d’appauvrissement, comme s’il avait fallut faire, d’abord, de la place en moi, pour que cette terre farouche se déploie.  Je ne sais, qui d’elle où de moi fit le premier pas. Je ne sais quel mort ouvrit la brèche.

Tout en lenteur, elle œuvrait, noire et lourde. Les vivants disparaissaient, un à un, et cette terre de Creuse, la bien nommée, les reprenait, lente digestion des corps, des souvenirs, des chagrins. Aujourd’hui il ne reste que la terre, cette terre de mes racines, et quelques tombes de pierres grises. Rocs, sur rocs. Granit, contre granit, de quoi peser sur le temps. Ecraser la mémoire, ou la faire éclater.

 

Je ne sais, qui d’elle ou de moi, fit le premier pas. L’écriture m’y ramena, toujours. L’écriture, comme si elle nous venait d’un lieu, comme si une géographie intérieure gisait en nous, en filigrane de lieux bien réels, faits de terre, de pierre, de sang. Il y a dans l’écriture les liens invisibles de notre histoire, la lente incarnation au cœur du vivant en nous. Du singulier. Et nos terres s’attachent à nos gestes, et nos pensées les plus intimes s’alourdissent peu à peu de nos origines, réelles ou mythologiques, comme si finir nous rapprochait d’un début, comme si la marque du temps se nourrissait de paradoxes. Revenir pour finir un peu mieux, un peu plus loin. 

 

 Ecrire c’est définir une frontière. A la fois une limite et un passage. Un au-delà de la limite. Ecrire est le lieu du goulet où la langue et la voix partent pour l’exil. Ecrire, parle déjà une autre langue que la notre, c’est passer la ligne imaginaire de l’être. Le pays d’avant recèle des dangers. Des vies et des morts. Le pays d’après n’a pas de nom. Rien ne le désigne. Il n’est pas innommé, il reste innommable. Ecrire le sait. La voix qui parle « l’écrire », le sait. C’est pour cela qu’elle est trouée. Ecrire trace les contours d’un lieu impossible. C’est une autre langue que la notre. Une autre voix. On n’y reconnaît pas notre vie, ni nos jours, ni nos heures. Ca ressemble un peu à notre mort. Pourtant rien n’est triste. Et même si la mélancolie s’insinue dans la voix, écrire la rend nécessaire et incomparable, surprenante et irréprochable. Le pays d’après est un pays clôt. On ne le connaît pas et pourtant on s’en souvient. L’écriture en fait le tour en un silence. Mais, dans l’infime de cet espace des univers entiers dérivent.

9 octobre 2011

Elle n'a pas de nom.....

Elle, elle n'a pas de nom. Ou alors elle les a tous. Maintenant elle est vieille. Et elle n'a plus de nom. Elle a usé le sien à force de silence. De repli. Et maintenant elle est seule. Et vieille. Et sa maison est trop grande.

Il faut imaginer la Creuse. Et dans la Creuse au pied du plateaux des Mille Vaches quelques maisons perdues. Il faut imaginer le froid, la neige ou la pluie. Il faut imaginer l'inconstance du soleil. Il faut imaginer les nuits sans étoile, et l'agonie des horizons dans les replis brumeux des bois, des vallons.

Il faut imaginer que dans certaines parties du monde le silence est plus lourd, le temps plus lent. Il y a des endroits du monde où aucune philosophie n'a de prise, aucune poésie. Des endroits sans exotisme. Des endroits en dehors de tout langage pour les dire. Alors ils se taisent. Et le jour se lève avec hésitation, et le soir et la nuit arrivent comme des fatalités. Il y a des endroits de la terre qui ne portent rien, à part quelques tombes sur lesquelles l'hiver s'assoit.

Les dieux ne passent jamais par ces lieux. Les dieux préfèrent les déserts, les montagnes, les océans, les grandes étendues, parfois les villes. Les dieux ont besoin d'espaces pour s'étendre et peser sur les humains, pour jouer avec eux. Mais là, que pourraient-ils faire, les dieux, à par s'ennuyer, que pourraient-ils faire à part pleurer sur leurs créations.

Les âmes qui habitent ces lieux sont des âmes revenues, des âmes à qui l'on ne peut rien conter. Elles ne sont pas perdues. Elles sont là. Coincées entre l'ombre et le silence. Elles regardent le temps qui suinte, effarées, muettes. Sans tristesse, mais sans joie.

 

 

 

Elle, elle n'a pas de nom. Ou alors elle les a tous. Elle est venue ici il y a plus de quarante ans. D'un autre continent. D'un continent de soleil. Elle suivait son amoureux. Elle l'aurait suivit au bout du monde. Et le bout du monde fut la Creuse. La basse Creuse. Elle venait d'Algérie, lui était militaire. Après la guerre ce fut La Courtine et ses environs, comme on aurait put dire l'enfer et ses dépendances. Comme on aurait pu rien dire. Elle suivait son amoureux et c'était tout. Et c'était ça l'important. Elle pourrait s'appeler Aïcha, ou Fatima, ou bien Djamila ou Leila ou Tahira, mais qu'importe son nom. Plus personne ne l'appelle. Plus personne ne se souvient. Elle est là, sans savoir vraiment pourquoi elle est là. Et maintenant elle est seule. Le mari militaire est mort, les enfants sont partis, et la maison est pliée dans le silence.

 

 

 

Elle se souvient de son départ d'Algérie, ce dernier jour de soleil où la ville éclatait encore d'une blancheur insolente. Elle savait bien les torrents de sang sous cette blancheur, mais elle suivait son amoureux. Elle voyait Alger dévaler la colline comme l'écume scintillante d'une vague, alors elle a pleuré. En silence. Elle a regagné sa cabine pour cacher son visage et commencer à expier.

Maintenant elle a soixante quinze ans, lui il est mort, les enfants sont partis et elle reste seule, là dans ce lieux impossible du monde. Et chaque jour la solitude agrandit un peu plus les murs de la maison, et chaque jour le silence la ride un peu plus, la tasse un peu plus, l'accuse un peu plus.

Alors elle a décidée. Elle a décidé d'aller régler ses comptes une bonne fois pour toute. Puisqu'elle est à l'âge des folies. Il est temps de commencer. Car il y a un temps pour le silence, et il y a un temps pour la vie.

 

 

 

Que reste-t-il d'elle ? Depuis longtemps elle ne se regarde plus dans les miroirs. Elle n'ose même plus se souvenir d'avant. Avant quand elle était jeune et qu'elle courrait pieds-nus dans les sables. Petite gamine effrontée à la longue chevelure brune. Elle passait ses vacances dans le M'Zab. Petite princesse des dunes toujours essoufflée d'une course. Une poignée de dattes dans la poche elle disparaissait tout le jour. Elle n'avait pas une seconde à perdre. Courir. Jouir du soleil. Se rafraîchir aux sources.

Et puis on l'a mariée. Fini les courses folles à demi nue dans les sables. Fini les couchers de soleil. Fini les ciels du désert. Et puis ce premier mari est mort. Et puis il y a eu la guerre. Et puis il y a eut ce Français. Et puis le départ. Et puis Alger belle comme un poignard qui traverse le cœur. Et puis la Creuse. Et d'autres enfants. Et une longue nuit. Longue, large comme un désert. Silencieuse comme un désert. Et puis la flamme c'est peu à peu rapetissée. La lumière de ses yeux c'est peu à peu éteinte. Elle a perdu sa langue, ses prières, ses rêves. Elle a appris à oublier, à ne plus se souvenir. Elle a appris le temps de la Creuse, lent, lourd, infini. Epuisant. Triste. Temps humide et froid, et vain.

 

 

 

Que reste-t-il d'elle ? Son corps aujourd'hui n'a plus de forme. Sa poitrine est aussi lasse qu'elle, ses hanches sont épaisses et pesantes. Sa peau s'est creusée, ravivée, sillonnée, plissée, depuis longtemps elle a perdue cet éclat ocré des sables et de la joie et des rires.

 

 

 

Alors c'est venu doucement. Au début s'était comme le goût d'un bonbon sucré. Elle y pensait, et s'était tellement fou qu'elle riait d'elle-même.

Les pensées essentielles nous viennent d'abord des chairs, du corps. Quand elle y pensait, elle se sentait transpercée. C'était une pensée immense, elle croyait, au début, qu'elle ne pourrait pas la faire entrer dans son esprit, tellement elle était grande et folle, cette pensée.

Ça lui est venu après la mort de son homme. Ça lui est venu d'une stridence du silence. Ça lui est venu par derrière, en cachette. Ça lui est venu de l'épaisseur des murs et du froid. Oui, vraiment ça lui est venu comme une folie de joie.

Le temps de Creuse est un temps arrêté. On peu s'y asseoir et y rester des siècles à.... A quoi au juste. Méditer ? Non, on ne médite pas dans ses lieux. Rêver ? Encore moins, quels rêves pourraient venir à part quelques cauchemars vagabonds. On s'assoie dans ce temps de Creuse et on attend, et on s'ennui d'attendre la mort, et on est là, simplement là. A attendre rien.

 

 

 

Alors c'est venu doucement, comme si ce désir s'était mis en marche à la création du monde, un petit désir de rien du tout, qui aurait traversé l'univers, un désir d'une fragilité impensable, un désir sans forme, comme une petite lumière qui entrerait dans le sang par la petite porte. La plus petite. C'est venu comme un printemps. Et elle se surprenait à sourire quand l'idée lui piquait l'intérieur du cœur.

Et elle ne voulait pas y croire.

Et c'était une folie.

 

 

 

Et puis un jour elle a dit : « Je vais aller à la Mecque... »

 

 

 

Elle, la sans nom, la sans langue, la sans dieu. Elle, la perdue, elle, la naufragée, allait partir pour cette longue remontée du temps. Elle, elle allait remettre en marche les horloges de l'univers. Elle irait. Elle s'expliquerait de vive voix. Elle, la sans voile, la sans foi. Elle irait. Elle, la sans lieu, la sans mémoire, elle irait. Elle, la ridée, l'épuisée, l'ignorée. Elle, l'effacée, elle irait. Elle réapprendrait les prières qu'elle a oubliées.

Soixante quinze ans c'est le temps des folies et de la vie. C'est le temps des noces divines. C'est le temps des amours incommensurables.

Elle, ces histoires de religions, ne l'intéressent pas. Ce qui l'intéresse, elle, c'est Dieu. C'est cette chose impossible qui la bouleverse, qui brasse ses chairs et sa mémoire. C'est ce truc immense de bonté. Ce qui l'intéresse c'est les prières de sa langue, l'odeur de sa langue. Ce qui l'intéresse c'est les sables de l'enfances, ces ses courses dans le désert, c'est la chaleur, la transpiration. Ce qui l'intéresse c'est d'avoir un nom. Voilà, un nom. Un nom inscrit dans le ciel des vivants et des morts.

Depuis combien de temps n'a-t-elle pas porté le voile ? Ne l'a-t-elle jamais porté ? Le soir dans un petit village de Creuse Aïcha, essaye son voile. Elle apprend à le mettre, devant le grand miroir de sa chambre, elle apprend de nouveaux gestes. Aïcha est une enfant. Parce que son cœur est rempli d'une tempête de printemps. « Je m'appelle Aïcha et je viens du désert... et j'y retourne... je suis Aïcha, la petite fille des sables... et j'y retourne... » Et c'est sa seule prière. Et c'est beau et simple comme un conte des mille et une nuit.  « A Soixante quinze ans il est temps de choisir le bon époux... ». Bien sûr elle se sent un peu maladroite avec ce voile, elle n'a pas l'habitude. Mais son cœur bat. Fort. Elle s'apprête. Chaque soir elle relit quelques pages du Coran. Ce vieux livre qu'elle avait ramené dans ses bagages il y a si longtemps, et qu'elle n'avait jamais ouvert. Et quand elle l'ouvre, dans ses soirées de Creuse, elle sent l'odeur d'un pays, les épices et la chaleur d'un soleil. Elle tourne les pages dans l'autre sens, elle remonte le cours du fleuve. Elle remet avec patience sa langue dans sa parole. Elle mâche chaque mot avec délice. Elle récite les prière en articulant et en cherchant la musique de son sang. Et c'est un printemps. Et elle est heureuse.

Aïcha la Creusoise est comme une amoureuse, car elle connaîtra son nom et ira l'inscrire au temple de son sang. Et ça sera naître à nouveau.

Les bateaux, les avions, les trains ne connaissent pas les chemins qui vont de La Courtine en basse Creuse, à La Mecque en Arabie Saoudite.

Il faut bien que les hommes inventent les routes.

Au départ d'un chemin, quel qu'il soit, même le plus petit, même le plus pauvre, surtout le plus pauvre, il y a toujours un désir, un amour à rejoindre, un rêve à cueillir.

Aïcha invente aujourd'hui une route qui n'existait pas, et c'est ce qui la fait belle sous son voile. Et cette route, maintenant est inscrite. Inscrite dans le livre des étoiles. Cette route portera son nom jusqu'à la fin des temps, et après la fin des temps. Et si au moment du départ Aïcha a peur elle sait bien que cette peur fait partie de sa joie.

 

 

 

Aïcha n'est plus vraiment seule. Elle est d'un voyage au loin, et d'une prière interrompue il y a si longtemps. Aïcha est d'un silence intenable et d'une solitude insupportable, mais elle est aussi d'un rêve, et d'un sang, et d'un désert. Elle est de cette terre, de cette terre misérable de la Creuse, elle est de toute la terre. Elle n'est plus perdue puisqu'elle à un nom, un seul, et quand Dieu la nomme elle se retourne, elle sait que c'est elle. Elle, Aïcha la Creusoise, fille du désert et des larmes, fille de l'oubli, et du mépris.

Et tout est en ordre. Elle a fermée la petite maison de Creuse. Elle a respiré, et pour la première fois elle a senti cet air vif et pur d'un lieu impossible ou seuls quelques miracles arrivent encore à survivre.

Franck.

23 août 2011

Écrire nous vient d’un premier langage, d’une

Écrire nous vient d’un premier langage, d’une première voix. Une voix insensée. Une folie de langage.

C’est la langue du lait.

C’est la première langue que nous entendons. C’est la plus vraie puisqu’elle nous nourrit. C’est la plus vraie puisque nous la comprenons dans l’instant où nous l’entendons. Elle n’est qu’un murmure, qu’un simple souffle à peine audible, elle est pourtant tout l’univers lorsqu’elle nous parvient.

Écrire, c’est tendre l’oreille au passé, c’est se souvenir de ce souffle sur le souffle, de cette chair sur la chair, de ce blanc sur le blanc. Écrire, c’est retrouver cette enfance éperdue, cette langue blanchie par l’amour, cette langue offerte avec la première nourriture.

C’est pour cela qu’écrire nous vient d’une faim, d’un manque effréné, et comblé par la langue et les mots. Écrire, c’est retourner à ce premier sang, à ce premier murmure, à ces premiers silences, à cette première folie.

Lorsque nous écrivons, c’est la trace de la voix de nos mères qui vient fasciner nos mots. La cadence du poème n’est que le bercement ancien d’une mère. La lumière des mots n’est que l’éclat brulant d’un amour incendié, blanchi, révolu…

 

Écris ! Écris à partir de l’os ! Racle ! Sois dans l’arrachement, sois au plus pauvre de toi-même, au plus nu, au plus seul.

Car il te faudra arrêter de parler à haute voix, refuser le vacarme des paroles vaines, la tonitruance des pensées faciles.

Retrouve le murmure.

Le son du ventre. La résonance première.

Celle que l’on appelle, la langue blanche.

La langue du lait.

                       

 

On n’écrit jamais pour plaire ou séduire, on écrit pour se retrouver. Ailleurs. Chaque mot te

 

13 décembre 2009

Une crique...

Il y eut les landes sauvages, et puis il y eut le rivage, et puis il y eut l'océan. Partir toujours et n'arriver jamais. On quitte les lieux, on quitte les autres, après, on se quitte soi-même. On ne se remet jamais de tous ces départs, de tous ces abandons. On vit dans un temps écrasé.

Ecrire est la longue énumération de ce temps défait. La liste des noms des absents. La liste des silences. Dénombrement. Démembrement. Inscription vaine et lumineuse. Ravauder sa solitude, jusqu'à l'épuisement, ou jusqu'à l'ivresse. Mais nous sommes trop lâches pour être assez désespéré. Trop faible pour nous arrêter ou nous taire. Inconstant dans notre attente. Traitre par oubli.

Le premier mot fut un cri. Et penser fut d'abord penser l'intolérable, l'inacceptable. Et le premier cri a suivi le premier effondrement. Et il est venu signer la première solitude. Et nous n'avons fait aucun progrès. De petits désirs pantelants, des ambitions sans exigence, des caprices concupiscents, quelques dieux pour nous distraire, et puis…et puis de longues indifférences.

Alors, écrire c'est encore s'égarer dans une enclave de temps. Une sorte de crique. On y accéderait que par le chemin escarpé de parole, par une voix transgressée, une voix méconnue, une voix étrangère à notre voix, par la muqueuse d’un monde que nous ne savons pas habiter. Ecrire serait appartenir à la terre sans y appartenir. Une crique ou une île sauvage. Quels sont les lieux inhabités en moi ? Quels sont les lieux escarpés ? Quelles sont les étendues dévastées ? On vient tous d'une humanité fracassée. Ecrire est sans issue. Peut-être quitter la crique par la mer, quitter l’île. La seule brèche se trouve dans le bercement et l'horizon. Et la solitude exténuante, caniculaire. Il y a là, un désir mortel. Inexplicablement mortel. Un point de violence abrupte, que l'écriture délie dans la coïncidence des temps. La brûlure des chairs. La brûlante patience des constellations. Ecrire c'est déjà la mort. On vit dans un temps écrasé. On écrit dans un temps sans limite. Puisque c'est déjà la mort.

Ecrire est sans savoir, et c'est ce qui défait les livres, ce renoncement à toute explication, et cette patience d'une parole crucifiée, béante. Une parole de nuit, avec le retour de l'abandon. Sans cesse le retour de l'abandon.
Ecrire est sans savoir. Un cri, et la face effarée par une peur qui ne dit pas son nom. Un silence l’accompagne, un long silence prémonitoire…

Franck

6 décembre 2009

....

Une langue qui dit l’absence de la langue.

Une parole dépourvue

Evidée.

Un espace écartelé de temps.

Ne rien dire

Tenter de signifier, le reste, la trace

Le perdu

Sans fin le perdu

Et la mélancolie est la maladie du présent, et la mélancolie recouvre le silence d’un autre silence, et le corps se défait de sa chair.

Franck

22 novembre 2009

Où......

« Où vas-tu ? »

« Droit devant, je vais droit devant. »

 

« Devant n'est qu'une illusion. Devant n'existe pas. Il n'y a que l'ailleurs qui existe. Et l'ailleurs c'est l'exil. Une géographie déboussolée. C'est le lieu de l'écriture. Un lieu démembré. Traversé d'un temps à rebours. Incertain. L'ailleurs se définit par sa résistance à l'ici. Et par le départ, et par la débâcle qui s'en suit. Il faut se presser de se mettre en route, sinon on ne part jamais. Devant n'existe pas. Nulle part est ton pays.
Et si tu écris tu n'auras ni lieu, ni maison, ni saison. Si tu as cette honnêteté folle d'écrire avec les yeux désorbité de l'enfance. »

 

« Où vas-tu ? »
« Je vais m'allonger un instant sur ma tombe. »

 

« Prends garde aux théologies du bonheur. Vas ailleurs. Seul. L'ailleurs est toujours le lieu de la séparation, de l'abandon. Bienheureuse déréliction.

Pleurer dans l'océan est la seule distraction sensuelle, comme écrire avec la semence des saints.

Regarde derrière toi. L'origine est un abîme. Plus loin il y a une passerelle. Elle s'appelle l'extase. Non, elle s'appelle l'écriture, ou la mort c'est pareil... »

Franck.

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