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J'irai marcher par-delà les nuages
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7 août 2005

Les anges sont blancs.....

Souvent il nous arrive de parler d’amour. De cette chose qui en nous provoque l’effondrement des frontières du " moi ". De cette chose inconcevable parce que les mots manquent toujours, quand ce n’est pas nous-même qui manquons à nos mots. On pense, on parle, d’amour, pour lui, pour elle, de celui qui s’en va, de celui qui revient, de celui vers l’on marche. On appelle pour être dans la profusion, dans l’abondance et écrire nous est comme une préparation. Ecrire c’est souvent pour apprivoiser le temps qui nous sépare encore de l’autre, ou dépasser l’espace qui nous entrave.
Tous les jours je la lis. Comme beaucoup. Parce qu’elle est une véritable révolution. Et peut-être parce qu’on regarde l’a même étoile, la plus lointaine. Celle qui s’est allumée la première dans l’œil du monde. Beaucoup lui écrivent, ou commentent sa littérature. C’est normal, puisque sa littérature est en avance d’une saison, en avance d’une écriture. Alors beaucoup lui écrivent. Ils arrivent dans sa maison où elle parle d’amour. Beaucoup disent que ce sont des horreurs. Elle, elle me dit toujours : " L'important c'est la vie. Tu sais. L'important c'est de tenir dans la vie. L'écriture est un outil superbe pour ça. Le monde veut nous dire : vous n'êtes rien, vous n'êtes pas beaux, vous êtes à nous, faites ci, faites ça. Le monde accable. Pourtant dans la vie, sans le monde, l'univers nous crie : vous êtes beaux, pas plus que les fleurs mais vous avez quelque chose en plus, et vous êtes libres. Les possibilités sont infinies. " Parce que c’est cela qu’elle dit. Toujours, chaque jour. Mais beaucoup n’entendent pas. Ils préfèrent s’écouter eux-mêmes. Alors ils veulent toucher à ses mots. Mais ils ont le cœur et les mains sales.
Elle me racontait l’histoire de cette lionne :
" Mais il y a eu une lionne qui adoptait des bébés antilopes.
C'est vrai, tout le monde prenait ça pour un message de Dieu. Elle était en mal de petits. Et volait les bébés antilopes qui lui faisaient confiance. A chaque fois ils mourraient parce qu'ils n'étaient pas sevrés.
Et elle en volait un autre. Cela prouve que la chose est possible, si c'est arrivé une fois : une Lionne peut prendre une proie potentielle comme amour…..
Ce comportement "anormal" pour moi est magnifique. Sublime "
Parce qu’elle sait, que l’amour est dans cette rupture, dans cet impossible. Dans ce miracle qu’il faut renouveler chaque jour. Un jour je lui parlais de compassion. Mais elle est précise. Les mots ont du sens, même dans leurs inaccessibles définitions. Amour, infini, absolu.
" Il suffit d'imaginer : si les gouvernements arrêtaient de se faire du mal, si on arrêtait de se cracher dessus même dans la vie sociale classique, il est probable que nous verrions alors le vrai visage de ce qu'on appelle l'amour. Ce n'est pas le mot compassion, car sinon je serais obligée d'en avoir pour moi. C'est plutôt le pardon que j'ai fait. J'ai pardonné aux choses mauvaises. "

Mais beaucoup préfère lui cracher à la figure. Parce que, eux ne pardonnent pas à la parole vraie. C’est pratique. Ils arrivent chez elle et ils " s’autorisent ", alors qu’il leur ait " demandé ", ils blessent, alors qu’elle appuie sa chair et son âme à l’endroit où le monde saigne et se gangrène. Ils préfèrent cracher, alors qu’il nous est exigé de nous mettre seulement en face de nous même, avant de parler.
Et c’est comme cela qu’ils blessent la blessure, qu’ils rajoutent du sang au sang.

" J'ai décidé de plonger dans ce qui aurait pu me faire peur. Et finalement, j'ai vu que ce n'était pas si effrayant que ça, le sang. Il suffit de lui dire non. "

Ceux qui viennent cracher, ont depuis longtemps dit oui, au sang. Puisqu’ils viennent en rajouter.
Alors, quand je la lis…
Alors quand je te lis, je sais seulement, pourquoi j’écris, pourquoi c’est si difficile, comme aimer, comme prier. Quand je te lis, je sais qu’il faut aller la chercher loin la lumière, parce que le monde veut l’étouffer, par ce qu’il voudrait éteindre cette étoile qui brille, cette étoile qui s’épuise à traverser les ténèbres pour dire simplement : vous existez, nous existons et nous pourrions nous aimer.
Oui, quand je te lis, je sais enfin pourquoi j’écris. Et c’est la plus inoubliable offrande.

" Les anges sont blancs, chauffés à blanc et l’œil se fane qui les regarde en face.
Il n’est pas d’autre voie, il faut devenir comme la pierre quand on cherche leur compagnie.
Et quand on cherche le miracle il faut semer son sang au quatre coins du vent,
Car le miracle n’est pas ailleurs, mais circule dans les veines de l’homme "

(Georges Séféris )

Franck.

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5 août 2005

Seul, mais innombrable........

C’est une marche silencieuse. Qui vient de plus loin que nous. Comme une traversée de désert. Le désert de la langue. Le sable des mots. Toujours le même sable, toujours les mêmes mots. C’est à la fois lancinant, mais nécessaire. Ecrire c’est rejoindre. Unir à nouveau. Mais on ne sait pas quoi, on ne sait plus qui.
Mais toujours rejoindre. D’abord une musique. C’est épuisant puisque c’est un désert. Sans secours, et la mort au bout. Au bout, qui donne l’urgence. La véhémence du mot. Un mot presque plus vivant que vous. Qui est là, qui s’impose. Nu, cru, presque indécent dans son évidence.
C’est une marche silencieuse vers quelque chose qu’on pourrait appeler " absolu ", parce qu’on ne sait pas le définir. Alors on dit : absolu. Comme amour. On dit amour, parce qu’on ne sait pas dire autre chose.. On récupère le mot, on se l’approprie par lassitude, par dépit, par facilité. Tu m’aime ? Oui, je t’aime. Tout est dit. On peut, ne plus se parler, ne plus se regarder. Ecrire, c’est partir à la conquête de ce mot, à sa recherche. Et pour cela on choisit le désert. Conquérir un mot n’est pas simple. Il ne suffit pas de le dire pour qu’il vous appartienne, pour qu’il pare votre langue. Parfois il ne vous appartient jamais. Il vous fuit, comme l’amour. Comme le soleil ou la nuit. D’abord une musique. Entrer dans sa musique. Retrouver le mouvement, le premier mouvement, celui de la mère, qui berce comme la mer. Longue marche berçante. Balançante. Comme si seul l’infini de la mer pouvait répondre à cet absolu si nécessaire. Retrouver l’eau des mots, dans le vague de la vague des mots. L’eau des mots, qui cherche l’amour, au-delà de la mort. Mourir comme cette marche harassante dans un désert toujours plus grand, toujours plus vain. Et se perdre mille fois dans les reflets des mirages tremblant. Le mot vous appartient le jour où vous n’avait plus à le prononcer, comme l’amour qui n’est plus à dire le jour où Elle pose son souffle vos lèvres. Souvent, plus on dit les mots plus on s’éloigne d’eux. C’est terrible. Comme la marche dans les sables de la langue, qui nous fait tourner en rond. Sur nous-même. A cause de nos égo boiteux. D’abord une musique. Une musique qui vient des chairs. Les mots ne naissent pas dans nos têtes, ils doivent venir des chairs. Comme l’amour. Comme la musique qui l’appelle ; l’amour, ou la mort. Dans les chairs. Et nos chairs sont menteuses parce qu’elles ont faim. C’est pour cela que c’est impossible d’écrire. Hormis, cette marche, hormis le balancement de la mer. Il y a toujours un sens qui s’accroche à la chair, à la parole, aux mots. Le sens doit venir du son, de la musique, il faut qu’il s’enroule avec lenteur, dans la musique et le son. Le sens vient après, pas toujours, mais toujours après. Il est un couronnement, une apothéose, fragile comme une aurore. Aveugle et sourd, je suis perdu, et j’appelle. En vain. Toujours. Et je recommence. La même phrase. Usant encore un peu plus la semelle de mes mots. La chair de ma chair. Jamais assez de musique, jamais assez de son. Comme l’amour. Qui est d’abord une musique, et qui devient chant, le chant d’une source au milieu des sables. Puis prière. Puis souffle. Puis rien. L’infini du rien. L’absolu du rien. Alors je vais seul, mais innombrable.

Franck

9 juin 2005

Une nuit d'été....

C’est arrivé quelques fois. L’été.
Nous habitions notre petite maison au milieu des champs.
La nuit, l’été, avec simplement les draps sur nos corps nus. Isabelle avait un sommeil léger. Tout chez elle était léger, même son sommeil. Alors il lui arrivait de se réveiller. Souvent à cause des rêves. Elle en faisait de toutes les couleurs. Souvent le matin elle en parlait, entre deux gorgées de café, mais elle ne racontait pas tout, les séquences osées elle les enjambait en rosissant légèrement. J’adorais ses bouffées de pudeurs. La nuit souvent elle se réveillait. Il m’est arrivé de la cueillir à ce moment précis où elle se rapprochait de moi et posait sa main sur le haut de ma cuisse. Deux gisants collés l’un à l’autre. Deux gisants de chair chaude. Souvent nous nous rendormions… Et puis, c’est arrivé. La première fois, je ne dormais pas, j’écoutais sa respiration en me laissant bercer. J’étais dans sa seule présence. Les yeux fermés, calme ; elle, allongée à coté de moi. Rien de grave ne pouvait arriver. Et puis elle s’est réveillée, je l’ai sentie se tourner et se retourner. Je ne bougeais pas, même quand elle a repoussé le drap. Et j’ai senti son souffle sur ma poitrine, sur mes lèvres, j’avais l’impression qu’elle respirait mon corps, elle ne le touchait pas ou si peu, à peine un effleurement. J’étais réveillé, mais je ne bougeais pas. Il y avait quelque chose d’envoûtant dans cette nuit d’été, quelque chose qu’il ne fallait pas déranger. Sa main s’est poser sur mon corps, je l’ai reçu comme une eau tiède, ses gestes n’avaient pas de poids, elle ne voulait pas me réveiller.

Ta main, Isabelle, tes doigts de plumes tendres partout sur ma peau, et puis ta bouche, comme une source chaude. Tu embrassais avec lenteur, avec douceur, et moi je sentais ton souffle et tes cheveux. Une symphonie d’effleurement. Et puis tu as commencé à murmurer, des sons à peine audibles, un chant ? une prière ? des mots d’amour ? Que l’exil était doux dans ton pays satin !Qu’il était difficile de ne pas te saisir pour t’embrasser ! Mais il y avait quelque chose d’envoûtant dans cette nuit, quelque chose qu’il ne fallait pas déranger. Le temps s’était déposée sur la table de chevet, à coté de la lampe éteinte et du réveil, et avait jeté sur nos vies un voile de soie. Ta chaleur avait pris la forme de mon corps et tes baisers celle de mon cœur, tu as à peine saisi mon sexe dans le feu de tes lèvres, tu cherchais autre chose, tu poursuivais sans doute ton rêve, et ce corps abandonné au sommeil et la nuit te permettait de le cerner. Je n’ai pas bougé ou si peu. J’étais dans une dérive ouatée. Un temps d’éclipse. Je recevais chaque caresse, chaque baiser comme ces journées d’automne encore gorgées de soleil et lourdes d’un épuisement divin. La nuit, les corps ont une odeur épaisse, enivrante, c’est un parfum qui parle, qui nous dit le désir, je vivais ton odeur Isabelle, je n’étais plus que ça. Longtemps, cela a duré longtemps. Tu étais légère, Isabelle, dans cette nuit tremblante, et ton ombre avait plus de poids que tes doigts, on aurait dit que tu célébrais une messe dont toi seule connaissais les rites. Tu étais une prêtresse appelant à son secours tous les anges et toutes les fées. J’ai eu envie de mourir, Isabelle, dans cette cérémonie. Il y avait quelque chose d’envoûtant et de parfait dans ces instants, quelque chose d’indépassable dans ce don d’amour simple et si définitif, déjà je savais que cette nuit compterait plus que les autres, comme si nous avions franchi un au-delà du désir. Qu’y a-t-il après le désir des chairs ? Qu’y a-t-il après l’arrachement des chairs essoufflées et débordantes ? Que reste-t-il quand les corps se sont frottés l’un à l’autre, quand les sueurs et les salives ne sont plus que des ruisseaux incendiés ? Que reste-t-il après les gestes heurtés et les sexes cognés. Qui sommes-nous après l’effondrement, après l’échange des peaux, après la jouissance ? Qui sommes nous après nos cris ? Cette nuit là tu m’as donné un au-delà du désir, quelque chose de léger et d’infini à la fois, Comme si le plaisir se nourrissait aussi de ces gestes retenus, inachevables, qu’aucun mots ne vient distraire. Cette nuit là, tu t’ais fabriqué un secret aussi léger que ton sommeil, parce que chez toi tout était léger. Un secret dont j’étais l’otage consentant.

Franck.

4 août 2005

Une explication parmis tant d'autres....

Je me rends compte en écrivant ici, que je laisse de grandes périodes dans le silence. Parce que je n’arrive pas à en tirer quoique ce soit. Avec Sandrine par exemple. Je n’ai jamais parlé d’elle. Pourtant c’est avec elle, que j’ai vécu le plus longtemps. Et je n’ai rien à en dire. Ca a un coté terrifiant. Cinq ans. Cinq ans à marcher cote à cote. Comme si nos mondes n’étaient pas perméables. La vie avec elle n’était désagréable, mais rien qui ne ressorte maintenant. Nous étions proches, malgré tout, mais rien à dire. Nous étions dans une sorte de résistance sourde, qui ne disait pas son nom. Qui se résumait à ne rien donner à l’autre. D’un commun accord et avec tacite reconduction. Cela aurait pu durer indéfiniment. Quand j’y réfléchis, nous partagions du temps, des paroles, mais rien de l’intime ? Beaucoup vivent ainsi. L’amour en roue libre, pas besoin de pédaler. Sourd et aveugle à l’hémorragie de vie. Quand je dis amour, ce n’est pas le bon mot, mais à l’époque je ne le savais pas. Je n’étais pas encore mort. J’avais connu une mort sociale, mais celle-là de mort ne compte pas. C’est après que je suis mort. Vraiment. Après Sandrine. Donc j’appelais amour ce qui n’y ressemblait pas. C’est surtout Isabelle qui m’a appris le sens du mot, et les silences qui vont avec. L’arrachement, et l’effondrement. Elle était jeune pourtant elle savait, comme un vieux sage, ces choses mystérieuses. Ouvrir tout en soi, pour vider le trop plein de soi. C’est après Isabelle que j’ai commencé à regarder les chevilles des Reines et non plus leur couronne. Et surtout à écouter leur voix. Leurs chants auxquels sont toujours suspendues des bribes de prières, ou des rires. Vous reconnaissez une reine non pas à ses bijoux, mais simplement pas sa marche, cette façon qu’elles ont de frôler le sol, d’être sur terre sans vraiment y être. Mais pour cela il faut regarder les chevilles. D’ailleurs elles ne dévoilent que leurs chevilles.
Avec Sandrine nous étions dans cette résistance sourde. La vie était paisible. Non, en fait ce n’était pas la vie. Quelque chose s’échappait de nous. Qui faisait croire, seulement croire que nous étions vivants. Pour être vivant il faut d’abord mourir. Après on est un renaissant, ou un survivant. Et on ne peut plus faire machine arrière. C’est Orphée qui nous le dit. Quand on sort des enfers, attention à ne pas se retourner. Pourtant elle avait des qualités Sandrine. Intelligente, courageuse, elle était belle aussi, ce qui ne gâtait rien. Nos corps s’entendaient bien. Pourtant, jamais l’amour ne fut ce grand lac de lumière bleue comme avec Isabelle.

Plus tard l’astrologie me donna quelques explications. Avec Sandrine je commençais à apprendre. Et mes débuts furent laborieux. En fait l’astrologie, c’est comme l’écriture, ou l’amour, si vous n’abandonnez rien avant de vous embarquer elle ne donnera que des fruits secs et rassis. Il faut pouvoir accueillir. Si vous êtes ambitieux il faut une place démesurée en vous. Sandrine et moi, étions remplis de nous-mêmes. Alors, bien sûr… Avec l’astrologie on apprend à reconnaître ce par quoi on est rattaché à l’autre. Avec Sandrine nous étions rattachés par Saturne. Avec Isabelle par la Lune. Toute la différence est là. Nous recevons les gens par certaines de nos planètes. Toutes les combinaisons sont possibles. Toutes les nuances. Avec les multiples inter-relations planétaires. La vie n’a plus qu’à broder. Avec Sandrine, c’était Saturne, d’où cette résistance sourde. Cette attente, lente, qui ne disait pas son nom. Ce repli sur nous-même. Cette glace peu à peu sur nos corps. Cette jouissance froide. Cette distance. Même dans le proche.
Isabelle c’était la Lune. La lune et Vénus. La Lune chez moi est démesurée. Avec elle, je vivais la part la plus importante. La plus vaste. Et je crois que je le lui rendais.
Parfois on s’accroche aux personnes pour de mauvaises raisons. Ces choses là se voient dans les thèmes. Et pourtant cela ne veut pas dire que leur union ne durera pas. Les astres qui sont pure durée, ne connaissent pas notre temps. Un jour sera mille ans, et cent ans une seconde. Chaque âme a son degré d’évolution. Il arrive, que des thèmes se correspondent, mais que ces êtres vivent dans des sphères différentes et la rencontre ne se fera pas. La vie brode. Et les dieux nous tirent la langue. Ils s’amusent à déjouer nos tristes stratégies. Ils nous guident vers des lumières pour mieux nous perdre, ou vers l’ombre pour mieux nous révéler. Plus nous voulons les saisir, plus ils s’échappent. Plus ils nous trompent. Ils attendent de nous une chose. Qu’on soit dans la vérité de nous- mêmes. Immense et innombrable. Comme en amour, comme dans l’écriture, qui est la même chose. Hier, je parlais de St Thérèse de Lisieux. Très marquée par le Capricorne et Saturne, et par Vénus aussi. Elle a vécu la vérité de ses étoiles. Et elle est devenue une étoile.
Celui-là, ou celle-là vous touche, vous intéresse, regardez quelle planète il active chez vous. Ou quel point de votre thème.

Les thèmes parfaits n’existent pas, les rencontres parfaites non plus.
Hormis quelques Reines qui font pâlir et mentir même les étoiles.

" Le vent se lève, il faut tenter de vivre ".

Franck.

3 août 2005

Toujours un peu décalé de la réalité.....

Avec elle j’ai fréquenté les églises. Avec dieu et sa famille nous nous parlons peu souvent. En fait, pas du tout. De puis l’enfance. Je n’ai jamais bien compris tous les contes autour de lui. Il existe, il n’existe pas, et les autres dieux. Et puis toujours ces mêmes histoires d’amour ; dieu nous aime, mais….Il y a toujours des " mais ", des conditions… des échanges. Il veut régler nos vies, nos lits, sans compter tous ses serviteurs zélés, qui font des morales à n’en plus finir, pendant qu’ici la terre brûle. Portant malgré cela, j’ai toujours pensé qu’une foi était possible. Je ne saurais pas l’expliquer. Sans doute est-ce un mouvement naturel de l’âme. Une foi sans vrais dieux, ou bien alors tout un cortège de divinité, sans prêtres, sans cardinaux, sans pape. Une foi qui vous pousse seulement à vous arrêter, à fermer les yeux, et à appeler un grand silence. Une foi, qui ne réclame rien, qui est seulement là pour accueillir, une foi ou l’on abandonne ses oripeaux et qui nous fait tendre les mains, avec le sentiment fort d’une humilité.
De toutes mes détestations religieuses, quelques figures surnagent. J’ai un faible pour les saints et les saintes. Enfin, ceux qu’on à arbitrairement désignés ainsi. Qui ne sont pas plus saints que d’autres. Disons pour faire simple que les mystiques, d’une façon générale, me touchent. Je n’aurais pas pu être mystique. Trop d’égo. Encore. Toujours trop d’égo. Ce n’est pas tellement le fait qu’ils soient bons, qui me touche, parce que la bonté je m’en méfie souvent, de la mienne, comme celle des autres ; non, pas la bonté, mais l’amour comme absolu. Un truc qui les incendie de l’intérieur. Qui les fait rire, pleurer, jouir, prier. Un truc qui les emporte dans la lumière. Je crois qu’à une période je devais être amoureux de St Thérèse de Lisieux. Il y a chez elle quelque chose de désarmant. Une sorte de naïveté bouleversante. Elle a vingt-quatre ans quand elle rentre dans sa passion. Isabelle lui ressemblait. La même tête ronde. Le même regard délavé par les prières et les larmes. Mais Isabelle était plus belle encore. Et puis, elle n’était pas sainte. Ce que nous faisions de nos corps emmêlés n’était pas reconnu par la sainte église et le droit canon.
Mais Isabelle, elle aurait pu être une sainte. D’ailleurs, peut-être qu’un jour elle le sera. Qui sait ? Moi cela fera longtemps que je serais damné. Quand on rentrait dans les églises ensembles, avec Isabelle, elle avait presque vingt-quatre ans. Comme Thérèse. Comme d’autres.
Thérèse a le feu dans sa poitrine. Pas sur ses seins, que personne n’a vu ou touchés. A l’intérieur. Il y a tellement d’amour que ça lui brûle les poumons. C’est une maladie de l’amour, la tuberculose. Comme ma mère qui à été soigné pour la tuberculose, alors qu’elle avait un cancer. Ma mère aussi, c’était une maladie de l’amour. Ou du désamour, c’est pareil. Thérèse, elle, elle aime jésus. C’est son époux, qu’elle dit. Il a de la chance jésus d’avoir tant d’épouses comme la petite Thérèse. Plus ça la ronge à l’intérieur, plus elle l’aime son jésus. Il faut avoir lu la passion de Thérèse. A chaque fois que je la lis les larmes me monte aux yeux. C’est impossible un amour si grand. Quelques heures avant de mourir, c’est un grand trou noir. Elle a peur. C’est terrible. Elle doute. Une seule fois elle doute. Une fraction de seconde. Et puis, non, une grande marée la submerge. Elle est à nouveau toute entière à son amour. Ses derniers mots : " Jésus, je t’aime ". Isabelle lui ressemblait. Mais ses seins je les avais touchés, embrassés, cajolés. Isabelle aimait être nue aussi. Quand elle ne priait pas. Elle aimait les caresses sur sa peau. J’ai dit ici, nos silences amoureux, nos étreintes lentes et douces comme du miel. Je n’ai pas dit nos étreintes de feu. Quand les caresses se durcissent un peu, quand les corps se cognent l’un contre l’autre, quand les soupirs deviennent halètements et les souffles courts. Quand les baisers débordent largement de la bouche et que nos langues couvrent les figures, et que nos ventres se collent fort l’un dans l’autre avec nos mains crispées dans la chair. Elle priait Isabelle, mais elle aimait l’amour aussi, l’amour fort, celui qui lui arrachait des larmes, elle aimait s’abandonner à des gestes qui la faisait rougir de honte et de plaisir. Après elle priait. Ses prières étaient toujours secrètes. C’est normal. Thérèse, elle, elle écrivait, pour qu’on sache tout son amour. Cette chose infini, qui la consumait, mais jamais elle ne parlait de ses orgasmes divins comme l’autre Thérèse, l’Espagnole.

On est entré dans l’église. Il y avait une messe. Nous nous sommes assis. Je la regardais. Elle ne voyait pas que je la regardais. Ses yeux surtout. Des yeux perdus. Grands ouverts. Avec un léger sourire. Il y avait là quelque chose qui m’échappait. J’étais presque jaloux de cet abandon. Les paroles du prêtre me parvenaient. Toujours les même discours. Elle, Isabelle, priait en silence. Et sa figure rayonnait. Il faut avoir vu. Comme si la lumière s’accrochait différemment. Comme si cette lumière n’était pas reçu, mais donnée. Qu’elle émanait de son visage. De ses yeux. Et puis, je ne sais pas ce qui c’est passé. J’ai eu un malaise. Je n’en fait jamais de malaise. Là, c’est monté progressivement, chaleur et frissons. Vertiges. Je me suis rassis sur le banc. J’ai fermé les yeux. J’ai perdu connaissance. Quelque secondes. Je me souviens après, nous sommes dans la rue, je marche lentement à coté d’elle. Elle me tient le bras. J’ai dans la tête une lumière. Une lumière douce et bleue. Je sens sa présence à coté de moi. Isabelle dans une lumière bleue. Moi, dans une lumière bleue. Il n’y a rien de divin la dedans. Sauf, quelque chose qui ressemble à de l’amour, à un abandon, a un don que je recevais. Nous sommes rentrés. Elle m’a allongé. Elle s’est allongé près de moi. Nous avons attendu que la nuit assombrisse la pièce. Sans bouger. Sans commentaire superflu. Rien que sa main sur mon cœur. Que son souffle dans mon cou.
Avec elle tout était simple, pourtant rien n’était habituel. Chaque geste avait une dimension étrange et légèrement mystérieuse. Toujours un peu décalé de la réalité.

Franck

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2 août 2005

Les pires mensonges du Prince

  • Femme noire, femme d'esclave, objet des négriers.

  • Que cessent donc ces cantiques

  • Mélancoliques

  • Qui san...    Comme du sang

  • Glo...   Comme des flots

  • tent...

  • Flottent

  • Aux rythmes des bateaux négriers.

  • MAXIME N'DEBEK, poète du Congo.

Puisque lorsque le soleil se lève tes yeux brillent. Puisque l'amour que tu ressens tu ne sais pas comment le faire évoluer. Puisque cet amour en toi il en existerait presque une partie pour chaque être vivant. Puisque tout cela est si important. Puisque la nuit tu fermes les doigts dans la douleur des jointures. Et que le ciel brille dans mes yeux pour toi. Puisqu'il ne faut pas être triste. Dans ta parole. Dans tes attentes. Puisqu'il ne faut rien attendre, puisqu'il faut guetter. Le soleil se lève dans tes yeux pour moi. Et puisque c'est bientôt fini dans la cuisine. Les travaux dans les latrines. Puisque les enfants jouent encore avec des ballons. Sans s'approcher de la forêt aux monstres dantesques. Puisqu'il faut toujours parler pour avoir raison. Et demander à quoi servent les progrès de ta science. Le Prince ne fait que mentir, souvent il vous ment, il ne sait faire que ça même, il n'y a que ça qui lui procure du plaisir. Puisqu'il cache son odieuse et superbe tristesse. Puisque dans les églises calmes et sereines de mensonges on passe à confesse. Puisqu'il est sorti de l'enfer version liquide. Puisque ses yeux le matin sont fatigués des rêves qu'il a fait. Sans moi. Puisqu'il est là pour parler de ça. Et que l'amour est un mot plaqué sur une chose indéfinissable. Puisque sinon on ne le supporterait pas. Puisque la lune se couche avec eux. Puisque le manège recommence chaque matin. La voiture, le taxi, le train. Puisqu'il faut partir d'un endroit pour en rejoindre un autre. Puisqu'il a fallu donner un nom aux villes. Puisqu'il faut faire comme si les regards des gens des trains étaient chauds. Puisqu'il faut marcher droit devant. L'amour attend. Même quand la neige tombe dans ton regard. Chantaient donc les négriers, qui flottaient. Les batailles de ta jeunesse alors te disent : tu te souviens de papa, de maman ? Puisqu'il ne faut pas avoir peur. Puisque demain ça sera une autre heure. Puisqu'il est maintenant clair qu'on va dormir. Puisque le soleil se lève dans tes yeux pour moi. Le rêve est une chose douce lorsque les yeux sont fermés. Mais une fois ouverts les choses changent bien sûr. Ta tristesse de Prince ils devraient la goûter comme moi je la goûte. Ma chère, voudriez-vous voir ce que je vois ? Ma chère, voudriez-vous promettre quelque chose pour moi ? De ne pas le répéter ? A personne ? Un secret ? Puisque les secrets n'existent pas. Puisque dans les paumes on tient un chapelet noir. Puisque dans la chambre d'hôtel il doit se passer des choses en mon absence. Puisqu'on se regardait lui et moi en chiens de faïence. Puisque les malades du Sida peuvent tenir plus longtemps de nos jours. Puisque les morts continuent de pourrir. Puisque vos chers morts sont en train de disparaître. Pour aller dans la mémoire des pouponnières d'étoiles. N'est-ce pas Hubert ? Puisque le Prince vous ment. Puisqu'il passe son temps à vous mentir. Normal, c'est un poète. C'est normal. Les mensonges n'existent pas en poésie, en fait ce n'est pas un menteur, le Prince. J'ai eu tort de dire ça. Ce n'est pas un menteur juste sur une chose : je ne suis pas un Prince qu'il a écrit dans son texte précédent.

Puisque tu n'es pas un Prince, tu es sûrement un Roi.

Puisque le soleil se lèvent dans nos yeux qui brillent.

ANGELINE.

1 août 2005

Puisque.....

" Aujourd’hui que sa jeunesse est finie, ma vie est pareille au fruit qui n’a plus rien à épargner ; elle attend pour s’offrir tout entière avec son fardeau de douceur. " (Rabindranath Tagore)

Puis que je n’ai plus peur du vent qui fait frémir les ombres, comme des morts tremblants de leurs futurs trépas.
Puisque au rivage de ma folie, à l’heure insoutenable, j’ai fait escale, pour déposer les armes.
Puisque j’ai traversé les nuit sur les arc-en-ciel les plus sombres.
Puisque j’ai épuisé l’eau noire de mes lacs mélancoliques.
Puisque j’ai affronté l’austérité d’un ciel dépouillé de ses feux..
Puis que j’ai vidé dix fois mon sang dans les veines du temps et dix fois franchi le grand fleuve de mémoire en usant mes semelles sur les graviers coupants des souvenirs cendreux.
Puis que j’ai survécu à l’écume des réponses.
Puisque j’ai incendié tous mes mensonges.
Puisque j'ai ravalé un a un tous les mots froissés et parcouru muet les chemins décomposés de la langue.
Et puisque aujourd’hui entre ma bouche et l’étoile il n’y a plus qu’un soupir.
Je peux descendre encore dans les ténèbres oscillants pour brûler tes saisons de poussières, tes saison de douleurs, de cœur fendu, de ventre vulnérable.
Je peux blanchir jusqu’au sang la chaleur de tes étés carminés pour attiser l’agonie du mois d’août.
Je peux traverser sans faiblir les grands déserts de tes couleurs mortes et user l’arrête des heures insoutenables.
Je peux braver l’en dessous de tes peurs, l’en dessous de ton crane, l’en dessous de tes rêves.
Je peux tendre la main sans le moindre regret, et te dire " viens " sans la moindre impatience. Ou simplement ne rien dire
Puisque……

" Aujourd’hui que sa jeunesse est finie, ma vie est pareille au fruit qui n’a plus rien à épargner ; elle attend pour s’offrir tout entière avec son fardeau de douceur. "

Franck.

19 juillet 2005

...C'est là que je veux brûler !

Au départ je ne voulais pas le faire. Et puis cela m’est apparu comme une évidence. N’on pas qu’Angeline ai besoin de moi, non. Mais pour dire, ce que je crois de son aventure littéraire. Pour dire son talent à l’état brut. Comme ce diamant trouvé dans la boue de la terre. Chaque jour en la lisant j’envie ce talent, cette force, ce courage.

" Le hasard m'a fait tomber sur votre blog. J'ai commencé à lire, un peu dans le désordre et puis j'ai tout repris. Je ne saurais décrire… mais j'ai cru entendre une musique. Derrière les phrases… une musique lente, grave. Derrière les mots brutaux, crus, provocants, parfois injustes, derrière des mots brûlés jetés pour blesser un papier trop pur, une musique et des fulgurances, et puis l'odeur acre du sang qui s'écaille, comme un chant qui se coagule dans l'âpreté d'un rire qui se fige. " Ce fut ma première impression. La sidération Il y des écritures qui font cet effet. Peu je le reconnais. Cela m’est arrivé avec Calaferte. Quand je la lis, je pense à Calaferte. Parfois à Miller. Ces mots arrachés du néant. Puisque l’important est de se survivre pour avoir le droit de ressusciter.

Et puis il fallait lire et dire cette révélation.  "  Oui, je crois que tu écris avec votre corps, comme tu dis esprit et chair mélangés. J'irai plus loin, à certains moment ce n'est pas la chair qui écrit, mais la viande ; comme si tout partait de la viande. La chair nous renvoie à quelque chose de sacré, tandis que la viande c'est déjà l'enfer en nous qui brûle.
Cette sensation, bien sûr, n'est pas constante, j'ai même l'impression qu'au fur et mesure de tes textes la chair apparaît plus souvent. En attendant, il faut mettre l'os à nu.
Non, ton écriture n'est pas lourde, même dans ses maladresse dues à l’urgence absolue, non ton écriture n'est pas lourde, je dirais qu'elle est drue. Drue, parce que chargée de vie, vigoureuse parce que débordante d'espoir, abondante parce que saturée de douleur. Tu avances dans tes mots comme un soldat entêté, sans aucune complaisance, ni pour toi, ni pour les autres. De toute façon tu es déjà consumée, tu ne risques plus rien, chaque pas te rapproche du plus loin, du plus pur. "

Un jour j’ai rajouté : " A te lire, on sait pourquoi écrire et un acte grave et lumineux. "

Chaque jour une cascade, chaque jour cette marée de l’âme, ou cette moisson du ciel.

" Ta parole est vraie parce quelle est folle, parce qu’elle est défaite, parce qu’elle est en équilibre sur le fil coupant de l’âme, parce qu’elle est sans cesse inachevée. Elle est vraie parce qu’indéchiffrable, puisque qu’elle dit l’impossible de nos existences. Angéline la vérité n’est pas donnée, elle est un surcroît, ou un reste plutôt, il faut user nos vies pour la faire apparaître. C’est pour cela que la vérité fait mal, c’est d’ailleurs comme ça que nous la reconnaissons : parce qu’elle fait mal.

La vérité du mot c’est le silence qui le suit, la vérité de l’amour c’est le silence qui le précède.

Il te faut conquérir l’âme du monde pour l’accomplir ou le brûler. Pour l’accomplir en le brûlant.
La puissance n’est rien s’il n’y a pas l’abandon et l’abandon pure folie s’il n’y a pas l’offrande.
L’amour véritable c’est peut-être cela, la puissance et l’offrande qui passent ensembles sous la même arche, la puissance qui s’exalte de sa disparition, saisie d’un trouble d’une douleur sublime pour ouvrir le ciel, éclabousser la nuit.
Il y a dans ce que tu écris quelque chose qui résiste à la désespérance, quelque chose qui appartient à la joie "

Et ainsi de sa pureté : " Qui sait lire ne peut douter de ta pureté. La pureté ce n’est pas un état donné, une chose acquise pour l’éternité, la pureté c’est pas la blancheur naïve, la candeur intouchable, non, rien de tout ça. La pureté fait mal parce qu’elle brûle, c’est une marche épuisante vers la dépossession, vers l’abandon, c’est arracher de soi des lambeaux de mémoire, arracher la chair des souvenirs, c’est enflammer son sang, c’est être dans le jour et inventer la nuit, c’est être dans la nuit et accueillir chaque mot comme des lucioles, c’est savoir que les paroles du soir sont souvent encombrées et qu’il faut avant de s’en servir les blanchir dans un grand bain de silence, c’est savoir que les paroles du matin n’effacent jamais totalement la nuit parce que dans la rosée des mots on décèle toujours quelques chagrins inconsolés, c’est faire rentrer le soleil dans la maison des mots et c’est jeter au vent des poèmes oubliés. "

Un jour on lui avait dit de nouvelles paroles blessante, comme s’il fallait toujours blesser la blessure : " L’autre jour tu mentionnais quelqu’un qui t’avait traité de " petite écri-vaine ", rien que de le lire cela m’a fait mal. Quelle violence ! Quelle hargne ! Quelle aigreur au fond ! Faut-il souffrir beaucoup pour prendre la peine d’écrire cela au lieu de passer son chemin ! Non, Angéline tu n’es pas une " écri-vaine ", sûrement pas. Mais plutôt une écri-veine, à cause du sang qui circule dans tes textes, un sang lourd et épais, chargé d’histoires, de regards, de rencontres. Oui ! Ecri-veine parce que tes mots reviennent tous vers le cœur. Tes mots partent des organes les plus lointains, les plus malades parfois, les plus blessés souvent et remontent dans les veines du langage, dans les veines de la mémoire, pour converger enfin vers le cœur. Un jour tu as été arrachée, jetée dans l’ailleurs du cœur, là-bas dans le lointain Portugal et tes mots de sang veineux coulent un à un chaque jour pour le rejoindre ce cœur, pour être dans ce cœur au plus près de la vie battante.

Tes mots bouillonnent d’amour, pourquoi ne voient-ils pas ? "

Elle écrit la Maison des Morts, c’est un drôle de maison : " Ta maison Angeline est une drôle de maison, c’est la maison des glaces, des reflets, on croit voir l’autre et c’est soi-même que l’on voit, on croit voir les vivants et c’est morts qui apparaissent et inversement et à l’infini. Les intellos diraient : une mise en abîme. J’aime cette expression : mettre en abîme, un regard en poupée russe, l’infinie décomposition du réel pour en trouver l’ultime résistance, l’ultime souffle.

Elle est belle ta maison Angeline, les gens se promènent dans tes pièces, autour de tes meubles, dans tes couleurs, et pourtant ils se reconnaissent dans chaque objet, comme si c'était leur propre maison. Ils y a ceux, qui visite ta cuisine, ceux qui sont dans ton salon, évidemment beaucoup veulent visiter ta chambre ou ta salle de bain. Elle est ouverte à tous les vents, parfois tu y as froid, tu voudrais la quitter, faire le ménage une bonne fois pour toutes, chasser tous ces gens qui se croient chez eux, qui mettent les pieds sur la table, et leurs doigts sur tous tes souvenirs, et puis c’est sans fin, il y en a toujours d’autres et d’autres qui viennent et ils te parlent tous en même temps. C’est une maison ouverte au vent des mots…comme ton cœur… "

Et toujours des textes qui arrivent du plus profond de nous même : " Ce matin j’avais décidé de ne pas écrire, pour me mettre dans vide, dans le rien. Et puis impossible. J’ai lu ton texte. Impossible de ne pas t’écrire. A nouveau tu pose ta main d’écriture sur mon corps. Je la sens sur mon bras. J’ai lu ton texte. Texte de nuit. Texte de bruit, de chaleur, de désir, de crépuscule où les corps se frôlent, se frottent, mélange leurs salives, leurs sueurs, où le sexe est dans tous les gestes, tous les mots, tous les regards. Nuit délire, nuit dérive. Nuit lumière. De ta nuit lumière tu me parles, et j’entends chacune de tes paroles. Ta plume gratte le papier, chaque mot veut le déchirer, arracher les fibres du blanc pour que le noir de l’encre s’infiltre jusqu’au sang. Comme si le papier était ta peau et qu’il fallait la trouer une bonne fois pour toutes. Voilà pourquoi je continuerais à penser et à dire que tu es quelqu’un de bien. On sait bien qu’il n’y pas de bien et de mal, surtout quand on a connu le " Mal ", et je ne ferais pas de psychologie à deux balles, les discours tu les connais tous et tu les as tous entendus ; tes nuits brûlées sont riens, la seule chose qui importe c’est d’approfondir l’écriture. Nous le savons tous les deux, c’est là que ça se passe, le reste, le jugement des uns ou des autres, le correct ou l’incorrect on s’en fous. Tu es déjà plus loin, non, plus profond convient mieux, tu es plus profond. Celui là qui te frôle au hasard de la nuit, ne touche rien, et il ne le sait pas, il touche sa mort et il ne le sais pas, il a un royaume à coté de lui et il ne ferme ses doigts que sur du sable brûlant qui s’échappe, il serre du vide alors qu’il a un soleil à aimer. Il ne sait rien du corps morcelé, de l’écriture morcelée, il ne sait pas les organes tremblants, il ne sait pas le chaos puisque c’est lui le chaos, il ne sait rien des mots qui pleurent, des nerfs vrillés. "

Je ne suis pas un professionnel de l’analyse littéraire, et au fond cela ne m’intéresse pas vraiment. L’analyse. Certains pourraient dire que le style d’Angeline est brouillon, ou cassé… c’est le contraire. Son style s’accroche à la pensée qui est tout sauf linéaire et il faut cerner au plus près la chose à dire. Il y a des vérités qu’on ne perce pas de front. Contrairement aux petites vérités les vérités importantes sont comme le feu, elles brûlent alors il faut les cerner comme un incendie. Sur plusieurs front. Son style, c’est plusieurs front à la fois pour cerner au plus près une réalité du monde, une vérité de l’être. C’est une lutte pied à pied, mot à mot. On peut ne pas aimer c’est légitime, mais on ne peut pas remettre en cause l’intention.

Il y a une chose qui est importante sans laquelle on ne comprend pas. C’est l’extraordinaire courage, et l’extraordinaire dignité.
Tout d’abord dans ce refus d’être dans la victimisation. Angeline ne témoigne pas, elle fait de la littérature. Même si elle se sait misérable, comme nous tous. Son orgueil c’est de faire de la littérature. Parce que la dignité est a ce prix. Il serait facile d’être victime. Mais la littérature oblige à sortir de soi-même l’incorruptible noyau, notre joyau le plus pur, le plus intact, le moins sali.
En cela elle me fait penser à Joé Bousquet. Lui aussi a du convaincre qu’il ne faisait pas une littérature de paralytique. Et ça lui a coûté. Cher.
La dignité c’est le refus de la complaisance. Et là je sais ce que cela coûte. Il m’est arrivé d’être complaisant, avec moi-même. Je lutte, mais il m’arrive d’y revenir. Angeline ne l’est jamais. Et d’abord avec elle-même, en suite envers son écriture. Même quand elle parle des chairs, des sexes, du sexe. Ses mots sont là pour dire une vérité qui nous habite tous, et non pour nous faire saliver ou nous faire horreur.
Quant à l’horreur, elle le répète souvent ce n’est pas elle qui l’a inventé. La dire c’est nous faire souvenir qu’elle vient des humains, comme nous.
Qui peut dire sans cillé qu’il est exempt de toutes bassesses. Dire le monde dans ses trivialités c’est aussi appeler ses lumières. Les mots ont deux versants. Il faut vouloir passer derrière.
Pour être sûr d’atteindre la cible il faut une écriture polyphonique. Une écriture instinctive, sans fard, sans maquillages, nue, sans apprêt. Et c’est cela qui est difficile à entendre. Regardez, l’énergie, regardez l’invention, regardez l’art quand il se crée, comme ça devant vous

Angeline n’est pas sans lumière puisqu’elle écrit,
elle n’est pas sans musique puisqu’elle écrit,
elle n’est pas sans espérance puisqu’elle écrit,
elle n’est pas sans amour puisqu’elle écrit.

Et pour finir, si elle est l’enfer ; c’est là que je veux brûler.

Franck

18 juillet 2005

Je lui ai dis.....

Ils y a des villages où des fêtes s’organisent et d’autres où ils préfèrent les barbecues. Hier, il y avait un petit orchestre, une chanteuse et deux musiciens pour l’accompagner. C’est un petit village l’été. Qui se prépare à la fête. Ailleurs il y a des tempêtes. Des ouragans. Des famines. Ailleurs il y des amours qui se défont. Alors on fait des fêtes. Pour éviter qu’ils ne se défassent, les amours. Je lui avais dit : "

Tu comprends, j’ai vu ses premiers pas dans votre amour, et surtout j’ai vu comment un miracle arrive, comment la lumière jaillie, j’ai tenté, parfois maladroitement, de l’accompagner, mais tu sais avec seulement des mots, c’est difficile. " Mais quand on est dans l’amour on n’entend pas on est sourd. Je n’aime pas les fêtes, cette joie fabriquée dans laquelle je n’arrive pas à entrer. La chanteuse est jolie, son sourire est éclatant. Dans ce genre d’ambiance il y a toujours quelque chose qui s’effondre en moi. Sans doute le collectif. Je ne suis pas collectif. Devant la parade sociale, une part de moi s’effondre. Ce sont ma cousine et son mari qui organisent. Ils sont installés sur la place du village. Petit restaurant, bar, tabac, journaux, pêches, chasse, cadeaux. J’appelle ça le drugstore. Il fait chaud les gens sont sur la terrasse. C’est l’été. Il faut comprendre. Des pizzas, du vin rosé. Et puis l’orchestre. Je me suis installé, légèrement en retrait. J’écris sur des feuilles de papiers. Ailleurs aussi il y a des fêtes, des sociétés qui se regroupent autour d’un barbecue pour se dire qu’elles s’appartiennent. Je lui avait dit : " Oui, j’ai vu ses premiers pas de lumière, alors c’est important que je te le dise. Ce qu’il faut que je te dise c’est : protège-la. Tu vois, quand je lis son texte de ce matin, je sais qu’il faut que tu la protège. Je sais qu’elle ne va pas aimer ce que je dis, mais bon, tant pis. Protège-la. Mais attention, pas n’importe comment. Tu la connais, c’est une vraie liberté cette fille, cet ange. Il ne s’agit pas de l’empêcher de dire, de parler, d’écrire, il ne s’agit pas de la mettre sous verre, elle ne supporterait pas, il ne s’agit pas de l’empêcher de se confronter à la laideur du monde, de fréquenter les morts, de la mettre à l’abri, non rien de tout ça. " Je suis seul à ma table. J’observe les visages. J’ai toujours fait ça. Regarder les visages. A l’affût d’un éclat. La jeune serveuse s’agite dans tous les sens. Elle est belle comme un cœur, elle est dans sa jeunesse triomphante. Elle tourne, elle vire, entre les tables les bras chargés d'assiettes, de verres, on dirait qu’elle marche sur des notes de musiques. Quand elle passe, les hommes se retournent ou la suivent du regard. Sans doute à cause des lueurs qui l’entoure. Quand elle croise la table où je suis assis, elle me sourit. Normal, je suis élégant, et surtout le cousin de la patronne. Ca aide. Moi, je suis dans un temps d’absence. Je pense à ces autres fêtes, et puis aux orages, aux ouragans qu’il y a dans certaines âmes. J’aime bien quand on me sourit. Tout le monde aime ça. Je lui avais dit : " Tu comprends, tout le monde veut lui faire des enfants, avec des idées maron, avec des yeux maron. Alors il faut que tu la protèges. Je sais, elle n’a besoin de personne, elle est forte, elle sait se défendre, mais bon y’en à marre de toutes ses salissures. Y’a des jours, où y’en à marre. Tu comprends, sa peau, son ventre, son sexe, l’intérieur de son ventre c’est à elle. Et elle, elle te donne tout ça, alors c’est un peu a toi maintenant. C’est votre lumière à tous les deux. " Mais les lumières de l’amour sont fragiles. Parce qu’en fait ce ne sont pas de vraies lumières. Ce sont des tremblements de l’air. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi je suis dans ce retrait du monde. Seul à ma table. Dans le silence de mon écriture. Dans le vacarme d’une société qui se donne à une fête, l’été. Je n’aime pas les fêtes. Ou ce sont les fêtes qui ne m’aiment pas, c’est pareil. Les gens rient, mangent, certains se sont mis à danser. Demain ils diront : On a passé une bonne soirée. Aurélie, elle s’appelle la jeune serveuse. Elle a un amoureux Aurélie. Il l’a surveille dans un coin du bar, ils ont des clins d’œil complices, quand on est dans le triomphe de la jeunesse on a toujours un amoureux. La nature a horreur du vide. Alors Aurélie est comblée. Je lui avait dit : " Pour se défendre, elle n’a besoin de personne, parce qu’elle est forte, c’est une guerrière, elle est forte, mais fragile, comme toutes les personnes essentielles, comme toutes les personnes incroyables. Je sais que tu sais qu’elle est exceptionnelle, mais elle est fragile. Parce qu’elle rare. Alors il faut que tu la protège. Tu sais, ça sera simple et incroyablement difficile à la fois. Ca sera ton œuvre la plus compliquée, la plus dure, la plus dangereuse, la plus urgente, la plus quotidienne. Oui, cela sera compliqué, parce qu’on apprend pas cela dans nos éducations, alors il te faudra tout inventer, les mots, les gestes, les silences, les matins, les saisons, tout quoi. " Oui, c’est compliqué et terriblement difficile de se situer dans la grâce d’un air frémissant. C’est comme renaître chaque jour. C’est comme écrire. Beaucoup d’amoureux deviennent de vrais écrivains quand ils sont au début de l’incendie. Après ils rangent leurs stylos, dans le tiroir, là où ils mettent leur rêves. Ils ferment à clé, parce qu’un rêve qui vous regarderait chaque jour serait un véritable supplice. Comme l’écriture. Je lui avais dis : " Je sais que tu as toutes les qualités, et en particulier celles du cœurs, - ce sont les plus importantes -, mais il va falloir te surpasser. Parce que la protéger ce n’est pas l’empêcher, c’est l’augmenter, c’est élargir encore plus son âme, c’est embellir chacun de ses jours, c’est embrasser ses blessures, c’est parfois même les aimer, ses blessures. Pour la protéger, il te suffira de l’aimer. Tu vois, c’est simple. Et tu vois comment c’est compliqué.
Il faut que tu l’aime, que tu lui dises à chaque instant, ton amour. Il faut que tu la nourrice de ton amour, tu sais bien qu’elle ne se nourrit que de ça. Vous êtes les enfants du miracle, alors il faut que tu sois à la hauteur. Je ne dis pas ça pour te mettre la pression. Je te le dis parce que je sais que tu peux l’entendre. Tu comprends, jusqu’à présent tu as vécu dans l’inconscience du monde, aujourd’hui tu es rentré dans le feu du monde. Alors il faut que tu la protéges. Et pour cela il faut que ton amour brûle comme un soleil. Je sais c’est une image un peu banale, mais parfois j’ai du mal à trouvé les mots à la hauteur. Soleil, c’est banal, mais ça représente bien la chose. "

On oublie toujours qu’il faut augmenter l’autre. Bien sûr c’est difficile. Car il ne s’agit pas d’être dans les chairs, mais dans l’âme des chairs.

Je suis assis seul à ma table, dans le coin le plus vide de la soirée. La nature a horreur du vide. Moi je l’affectionne. On ne cultive jamais assez son vide. Résultat, quand l’autre arrive, il n’a plus de place, il ne sait pas où poser son amour. Tout est plein. Rempli. On devrait répéter cela dans tous les sermons, dans toutes les écoles : si vous voulez que quelque chose arrive cultivez votre vide, agrandissez-le, débarrassez-vous de ces morceaux d’égo trop gras, trop gros, trop riches, trop sûr d’eux-mêmes, boursouflés de pouvoir. Enlevez tout ce qui est inutile en vous ; l’autre vaux mieux que vous parce qu’il vous augmente. C’est ça augmenter l’autre, c’est se défaire de son égo. Je lui avais dit

: " Tu sais qu’elle va m’en vouloir de te dire tout ça, peut-être que toi aussi, tu ne vas pas apprécier mon intervention. Mais qu’importe. Tu dois la protéger. N’essaye pas de la saisir, laisse la plutôt aller libre dans les eaux qui l’appellent, même si ces eaux te paraissent glauques, laisse là ; mais aime-là, elle n’a besoin que de ça. Un amour brûlant, comme une éternité. " Le vide. C’est bien là, que les choses peuvent arriver, comme dans l’errance, la mère du vide, ou sa sœur. Il n’y a pas de fin, pas de début, il y a seulement un acte en déséquilibre. Juste une vacuité de l’instant. C’est ici que prennent place les prières, les holocaustes et l’insoutenable de l’amour. Juste là. Dans cet instant de perte. Je lui ai dit : " Voilà ce que je voulais te dire. Je me doute que tu n’avais pas besoin de moi pour le savoir, mais c’était aussi une occasion de faire connaissance.
Vous êtes, tous les deux, les enfants du miracle et vos enfants seront des révélations de miséricorde. De la lumière sur de la lumière. "

Je suis parti avant la fin. Bien avant. Quelque chose me brûlait à l’intérieur, encore de l’égo à détruire. Parce qu’il lui faudra une place immense. Quelque chose d’infini. Parce ce qu’elle traîne des tonnerres, des révolutions, des orages d’été, des ouragans, les mondes marchent avec elle, et les diables et les saints, et quand elle passe le ciel lui fait une révérence. Elle connaît l’histoire d’Orphée, c’est pour cela qu’elle ne se retourne plus. Je lui avais dit : " De la lumière sur de la lumière. "

Alors je brûle…

Franck

26 juin 2005

Merci à tous.....

Je vous remercie tous

Je ne sais que répondre à tous ces commentaires plus brillants les uns que les autres. Je vous remercie tous. Pardonnez-moi de ne pas le faire individuellement je suis à la fois ému et débordé. Je trouve vos échanges passionnants. Vos éclairages successifs apportent, au final, une lumière que je ne soupçonnais pas au départ. Vos sensibilités colorent mes mots de façon étonnante. C’est, sans doute le privilège de l’écrivant, que d’être aveugle quand il marche vers les mots…

Vous avez raison Pant, j’ai tenté d’approcher quelque chose qui touche à la spiritualité. La porte entrouverte joue un rôle important. Il y a un en-deça et un au-delà de la porte entrouverte, deux mondes peut-être inconciliables et qui n’ont rien à voir avec la différence des sexes. Nous l’entrevoyons par la fascination. Le fasciné sent sa mort imminente. C’est sa vie qui se joue, là. Plus, même, la vie éternelle. Entrer romprait le " charme ", nous serions dans la banalité, et si la porte avait été fermée : soit je ne l’aurais pas ouverte, soit je l’aurais ouverte et dans ce cas, à coup sûr réveillé les dormeuses. L’instant, tient du mystère parce qu’il nous échappe, il nous dit seulement : cette chose ne vous appartient pas, mais l’entrevoir vous donne déjà l’éternité.
Je viens d’ouvrir St Jean de la Croix :

" La vierge qui porte
le verbe divin
vient sur le chemin
ouvrez-lui la porte "

Les dieux s’amusent souvent de nous avec les portes. Sur terre les choses sont simples elles sont ouvertes ou fermées. Pour nos dieux elles sont " étroites " ou entrouvertes, on n’y passe jamais en entier. Nous devons laisser quelque chose… une obole… celle faite à Charon… le prix de nos âmes…. A nous d’en fixer le prix.

Hier, en écrivant ce texte j’avais le sentiment d’être sur fil ténu, tendu entre ombre et lumière. J’avais l’intuition qu’il fallait frôler, effleurer, mais c’est Isabelle qui m’a guidée. Isabelle est une sainte non parce qu’elle est vierge mais parce qu’elle touche Dieu avec les yeux… et puis à cause des petits bouquets minuscules et des deux fraises. Hier au soir j’étais épuisé. Heureux, mais épuisé.

Demain je ne proposerais pas de texte. Je vais poster celui-là, et me laisser couler paisiblement jusqu’à demain. J’ai envie de profiter pleinement de vos témoignages de sympathie et d’affection, et que rien ne vienne les effacer.

Franck

21 juin 2005

Alors je chante.....

C’est une photo noir et blanc. Je dois avoir trois ans. C’est l’été. Derrière est inscrit " Royan ", je reconnais l’écriture de ma mère. La photo est prise à hauteur d’homme, elle est bien cadrée. J’y suis seul, debout, les deux mains dans les poches, un pantalon large coupé à la moitié des mollets, style corsaire, des sandales blanches, un tee-shirt à manches longues, lesquels sont relevées au-dessus des coudes. Un vrai petit bonhomme. Je lève la tête, je regarde en l’air. Déjà. Il paraît que mes cheveux n’ont poussé que très tardivement. Sur cette photo, je semble n’avoir qu’un fin duvet blond. Tous les enfants sont beaux à trois ans. Je ne déroge pas à la règle. Sur cette photo je donne l’impression d’être un petit garçon plein de promesses.
Ah ! … Un détail. Je ris aux éclats.

J’ai beau fouiller dans tous les cartons, les albums : c’est la seule photo où je ris.
Donc, j’ai arrêté de rire à trois ans.

Cette photo me fascine, comme si elle recelait un secret. A chaque fois je me dis : il y a quelque chose ici que tu as perdu. Pourtant ce rire, je le sens encore en moi. Il est quelque part. Mais où ?
En fait, l’histoire de la photo : ce sont les premières vacances de mes parents. Ma grand-mère, Simone, (j’en ai parlé ici) les accompagne. Si je lève la tête, c’est que je regarde quelqu’un au balcon. Longtemps j’ai cru que c’était ma mère. Mais en vérité c’était ma grand-mère.
Bref, je regarde le ciel et je ris aux éclats.
Dans ma pose il y a une aisance, une décontraction qui m’étonne encore aujourd’hui. Ca aussi je l’ai perdu.

Et je me dis que cette photo sait quelque chose de moi que j’ignore.
Bien sûr il m’arrive de rire aujourd’hui, mais ce rire si spontanée, si évident, si naturel, si lumineux…
Que devient un rire qui s’efface ? Je regarde toujours le ciel et j’ai toujours la tête en l’air. Mais plus le rire. Je crois qu’un rire qui s’efface vire, tourne, ou bien il se condense, il y a comme un précipité vert dans le corps. Oui, le rire qui s’effondre est vert, vert acide. Avec une pointe de jaune. Les éclats de rire pourtant si légers, quand ils ne sont pas offerts au ciel, viennent tapisser le fond du corps d’une couche épaisse d’humeurs saumâtre. Un rire qui n’est pas ri devient lourd, parfois c’est impossible à porter.

Il ne faut pas confondre cela avec le malheur. Le rire est cet accord spontané avec l’existence et souvent le rire s’effondre bien avant que le malheur n’arrive. Mais le rire peut s’effacer sans raison apparente. C’est une question de lumières et de reflets. Dans le rire d’enfance il y a bien entendu, les yeux, les joues, la bouche, la gorge, mais il y a toujours la lumière. En fait, le rire dévit la lumière, il l’absorbe. Et dans le même temps il la rend. Quand un enfant rit, on remarque toujours ce vacillement de l’air autour de lui, ; bien sûr il y a le battement des ailes de l’ange à coté, mais je ne parle pas de ça. Ou bien si, je parle de ça. Pour qu'ils apparaissent les anges, ils doivent souvent s’appuyer sur le tremblement que fait la lumière pour sortir de l’ombre. Donc, le rire et l’ange c’est la même chose. L’effacement du rire c’est d’abord un effacement de la lumière. Parce que rire c’est un navire chargé d’azur, un calice gorgé de rêves, un éclat de ciel constellé de lucioles, des aurores porcelaines allumées en corolles…

Le rire s’efface mais ne disparaît pas définitivement. Souvent, dans ma nuit, je crois l’entendre encore, il prend des formes variées : c’est mon rire étouffé qui m’oblige à partir, à errer, à ne considérer la vie qu’à l’envers, c’est lui qui m’arrache l’âme, c’est lui surtout qui porte mon chant…

Alors je chante… je chante….je chante…. C’est la seule façon pour que mon rire revienne avec mille anges en farandole autour…

Franck

30 juin 2005

Pour Chris....

Ce texte de St Jean de la Croix me poursuit de puis longtemps. Aujourd’hui je le dédie à Chris, qui elle aussi parle de source, de bleu, et de nuit…

Chant de l’âme

" Je sais bien la source qui coule et fuit
malgré la nuit

Cette éternelle source est bien cachée
Moi je sais bien le lieu d’où elle surgit
malgré la nuit

Je n’en sais l’origine n’en a point
Mais je sais que toute origine en vient
malgré la nuit

Je sais qu’il n’est nulle chose si belle
Et que les cieux la terre boivent en elle
malgré la nuit

De fond je sais qu’on en peut découvrir
Et que nul à gué ne peut la franchir
malgré la nuit

Sa lumière jamais n’est obscurcie
Et je sais que tout éclat en surgit
malgré la nuit

Je sais qu’ils sont si puissants ses courants
Qu’ils baignent tout l’enfer les cieux les gens
malgré la nuit

Issu de cette source le courant
Est si vaste je le sais si puissant
malgré nuit

Le courant qui de ces deux-là procède
L’une ou l’autre je sais ne le précède
malgré la nuit

Cette éternelle source elle est enfouie
En ce pain vif pour nous donner la vie
malgré la nuit

C’est là qu’on appelle les créatures
Qui boivent de cette eau même en l’obscur
car c’est la nuit

Cette source vive que je désire
C’est de ce pain de vie que je la tire
malgré la nuit  "

28 juin 2005

Sur le bord de la fenêtre.....

Ce matin dans la voiture j’écoute la radio. Lelouch. Il parle. On l’interroge. Il sort un nouveau film. Celui-là tout le monde l’aime. L’autre, le précédant tout le monde a détesté. Il parle. C’est quoi l’amour ? : " aimer c’est quand on aime l’autre plus que soi même. " Aller, vlan une définition de plus ! Aimer c’est quand on aime… on s’en serait douté. Mourir c’est quand on meurt un peu plus que la veille etc…Moi, je ne m’aime pas. Aimer plus que moi ne serait pas difficile. J’ai toujours du mal avec ces définitions. Pourtant je n’échappe pas à ces tentatives d’approcher une vérité avec quelques mots. Mais comment définir notre sang ? Ou l’air qui nous entoure… Et puis aimer ce n’est pas forcément aimer bien, ça aussi ça se saurait. On passe notre vie dans l’amour et le désamour, c’est l’encre de notre vie.
L’amour c’est quand on y est plus.
Qu’on a quitté sa maison. On est ailleurs, mais surtout pas ici. Dans la petite église, celle-ci était à genoux, la tête baissée, les mains croisées sous le menton, le dos légèrement voûté. Ces yeux étaient fermés. C’est sans doute cette lumière de vitrail qui la traversait qui m’a fait comprendre qu’elle n’était plus là. Plus là, dans ce corps. Son immobilité avait quelque chose de terrifiant. Terrifiant et céleste. Tout était sombre, sauf ces éclats de soleil brisés, cette coulée lumineuse répandue sur cette ombre à genoux.

Nous parlons tous d’amour, nous en parlons en silence, ou dans nos poèmes.. nous en cherchons l’empreinte dans les lettres chiffonnées, dans les albums de photos, nous tournons autour sans cesse, puisque nous aimons si mal et qu’il nous faudra toujours commencer à nouveau.
Nous savons bien que c’est une folie. L’amour ne se connaît que par la trace qu’il laisse quand il nous abandonne, il ne se connaît que par l’ombre entrevue.

On écrit avec nos manques, on aime aussi avec nos manques c’est pour cela que c’est le même mot. Et que c’est la même détresse. Et qu’on ne saurait espérer autre chose que l’amour.
Je ne sais pas définir les choses comme l’amour, c’est pourquoi il me faut beaucoup de mots pour tenter de l’approcher, c’est pourquoi je ne parle que ça, et que sans cesse j’y reviens comme une mouche entêtée vient se cogner à la vitre.

L’amour c’est quand je n’y suis plus, que quelque chose en moi tremble alors qu’il fait chaud, que quelque chose en moi pleure alors qu’il fait rire. L’amour c’est quand ma raison s’efface et que la folie me noie.
Mon dieu, je veux être fou comme cette femme à genoux dans le silence de cette église, cette femme perdue, cette folle ruisselante de couleurs, mon dieu donnez-moi ce silence et cette absence absolue, donnez moi le courage de fermer les yeux et de tendre mes mains, donnez moi la force de pleurer et de pleurer toujours.
Mon dieu, donnez moi la puissance d’être comme cette autre, qui seule, dans sa maison des morts, a trouvé l’énergie et le pouvoir de déchirer son âme comme la peau d’un lapin mort, et qui chaque jour immole des mots de sang en pure miséricorde, et qui chaque jour a besoin d’être nue pour affronter l’enfer. L’amour c’est quand on y est plus. Plus dans son corps, plus dans sa vie, c’est quand on marche dans le feu et pour le feu. C’est un temps égaré ou un lieu perdu, un temps affolé ou un lieu effrayé….
Mon dieu donnez moi une source pas pour y boire mais pour y prier, un chemin pas pour y marcher mais pour y prier, une montagne pas pour y grimper mais pour y prier.
L’amour c’est quand on y est plus, on quitte le monde et on choisit l’envers des mots, puisque rien ne dit l’amour, sinon le souffle, le vent, le vide, le vol de l’oiseau et ce pétale qui tombe au ralenti sur le bord de la fenêtre entrouverte….

Franck

23 juin 2005

Aimer c'est avant d'aimer....

C’est toujours avant, que le moment se construit. Au départ c’est la jungle, des ronciers partout, des herbes folles. Car c’est cela nos vies. D’abords des ronciers. A chaque fois on croit qu’en semant par-dessus cela suffira. On a l’âme dans tous les sens, avec des trous, des tourbières, souvent on ne peut même plus avancer dans notre vie. Un jardin perdu. Tout s’agrippe, tout s’attache, tout déchire, même le soleil n’arrive plus à chauffer la terre, et la pluie fait des flaques, des vases, des boues. Ce n’est plus un jardin. Ce n’est plus une âme. C’est une brousse où l’on ne se reconnaît plus. Où l’on n'est plus soi-même. Mais l’on continue à semer. On pense que les roses auront assez de convictions, assez d’épines pour étouffer cet abandon. Comme si s’était la rose qui sauvait le jardin. Nos amours arrivent dans nos vies comme sur ces ronciers. Et nos amours meurent comme les roses. Aimer c’est avant d’aimer que ça arrive.

Certaines âmes, les plus rares, brûlent. Elles brûlent en permanence. On les croit même perdues. Non, elles font la terres des roses. Les plus exceptionnelles deviennent une étoile. Il faut le savoir. Chaque étoile est une âme consumée d’amour. J’en connais une ; et vous ne pouvez pas savoir le feu qu’elle a mis sur sa terre, chaque mot était un incendie et certains jours on pouvait croire que l’enfer brûlait, chaque jour le feu embrasait ses chairs jusqu’à ses os, et chaque mot, chaque parole grattait les tourbes, les vases, les boues. Un jour je l’ai vue nue dressée dans les flammes tenant à la main son cœur qu’elle arrachait, une vision bouleversante, saisissante. Aujourd’hui c’est une étoile et je sais le coin du ciel où elle se trouve. Mais je ne le dirais pas, c’est un secret.

Le feu n’est pas à la portée de tous. Alors c’est à la main qu’il faut y aller. Car il n’existe pas de désherbant pour les ronciers de la vie. Il faut y aller à main nue. Parce qu’il faut saigner. Aimer c’est avant d’aimer que ça arrive. Pourvu qu’on ai assez rêvé. Car les roses naissent d’abord dans les rêves. D’ailleurs elles y meurent aussi. Dans les rêves. Le jardinier rêve de sa rose et c’est cela qui lui donne cet air absent. Parce qu’il faut d’abord s’absenter, de soi, de sa maison, il faut se préparer au vide et au désespoir du vide, et plus loin que le vide il y a le néant qu’il faudra traverser. Rêver ce n’est pas s’endormir sur ses ronciers, le rêve n’a rien à voir avec le sommeil, non, le rêve c’est d’abord le silence. Le jardinier se tait parce qu’il rêve. Il supprime des mots, sa langue devient incompréhensible, il augmente les silences, et un jour tout n’est plus que silence. Alors il peut rêver. Le rêve s’appuie sur les silences. Il peut commencer à creuser, à retourner sa terre, à arracher une à une ses herbes folles, les lianes… il peut tirer sur chacune de ses racines. Rien n’est assez profond, rien n’est assez silencieux pour le jardinier. L’avant de l’amour est épuisant. On ne le dit jamais assez. Comment accueillir un sourire si on ne lui fait pas de la place ! Surtout qu’un sourire cela prend une place énorme. Alors imaginez une rose ! C’est impossible, quelque fois il lui faut un ciel entier. Je connais un petit prince, sa rose prenait tout l’espace du ciel, parfois je les croise tous les deux, mais pour ça il me faut un gros silence, un beau silence, un silence d’eau de source, un silence bleu, et dans un affaissement de lumière je les vois passer. Oui, l’avant de l’amour est épuisant, votre sang déborde des blessures, la vie semble s’écouler, et vous n’en voyez pas la fin, derrière un souvenir, une autre ronce, derrière chaque buisson, vous buttez sur vos faiblesses ; le pire c’est les pierres d’oublis. Tous nos manquements se transforment en pierres. En pierres énormes, sur lesquelles nos rêves se brisent. Ce n’est pas la vérité qui brise un rêve, ni la réalité, non, ce sont nos oublis, nos manques et quelques fois nos peurs. Et seules nos larmes arrivent à les user ses pierres. L’avant de l’amour est épuisant.

Le jardinier se lève tôt, il sait que l’aurore lui est douce, il sait qu’il a besoin de rosée pour survivre, il sait surtout qu’il doit se mettre au travail, parce que son amour est en marche depuis longtemps. Il ne le connaît pas, mais dans la brume du jour qui naît, il peut sentir la lumière chanceler, c’est un indice. Quand l’air chancelle c’est qu’un amour est en marche et qu’il est en train de traverser l’univers. Un véritable amour vient toujours de loin. Il doit, après l’univers traverser les mers d’indifférence, passer sur les ponts branlants du doute, affronter les déserts des mystères, croiser des foules hostiles et hurlantes, il doit lui aussi s’épuiser. Car c’est juste dans cet espace écroulé que la rencontre peut se faire.

Je dois retourner à mon jardin me taire, pour continuer à faire ma terre accueillante, peut-être que c’est aujourd’hui que quelques poussières d’or tomberont… me taire… j’ai tellement envie d’aimer.

Franck

22 juin 2005

Stridence.....

Je crois avoir perdu la mémoire au fond d’une chambre d’enfance, la chambre noire des premiers cauchemars.
Expérience insignifiante, banale. L’ordinaire de l’enfance.
Mais quelque chose, ici, s’est cristallisé dans un silence absolu. Un silence noir.
Au départ il y a cette effraction de peur fulgurante, insondable, brutale qui réveille. Une peur comme un vertige à quoi rien de réel ne semble correspondre.
C’est une peur absolue puisqu’il n’y a pas de mot pour la dire. Elle est là comme si rien ne pouvait l’arracher. Elle vient de l’écoulement même du sang.
Du plus profond de cette peur j’ai appelé.
J’ai appelé avec des cris de sanglots.
J’ai appelé pour que la mère, le père viennent d’un coup d’aile dissiper l’horreur indicible, pour qu’ils viennent effacer la nuit.
Personne n’est venu. Personne n’est jamais venu.
Poussé par l’Autre de la peur je me suis levé quittant le chavirement du lit. Fuir. Rejoindre un continent clair. Rejoindre l’amour, la tendresse, la chaleur. Rejoindre la solidité du temps réel. Rejoindre un rivage. Rejoindre sans fin et pour toujours.
Rejoindre les bras de la mère.
Chaque pas m’éloignait de cette peur, chaque pas me rapprochait d’une autre menace. Impossible traversée.
Cette autre menace avait la force des yeux de mon père. Un regard sévère. Une face crispée. Un masque fait d’éclats de verre brisés d’où des reflets d’éclairs jaillissaient. Chaque pas me rapprochait de la menace de mon père de ce regard violent que je recevais en plein cœur à l’endroit même de la joie, de l’amour, de la lumière. A l’endroit même de l’enfance, du cœur battant de la vie.
Sa voix suivait le trajet précis de ses yeux, en avait la couleur, la brutalité de hache.
Il fallait que j’aille me recoucher, il fallait que j’arrête de pleurer. Il fallait que j’arrête ma comédie. Il fallait… il fallait……
Cette voix ne laissait aucun espace, rien qui ne permette le moindre espoir. Voix pleine de vacarme. D’écume.
En face de lui ma mère.
Silencieuse.
Ma mère qui le regarde. Ma mère qui me regarde. Ma mère que je regarde cherchant un salut, un souffle d’espace.
Je n’ai jamais vraiment compris ce regard.
Elle désapprouvait mais ne bougeait pas. Peut-être désapprouvait elle autant mon père que mon insomnie. Peut-être avait-elle peur.
Je n’ai jamais rien su de son immobilité, pourtant j’en ai encore la cicatrice aux contours frémissant.
Il y a dans cette scène quelque chose d’une violence banale et pourtant absolue. Une violence toute dans la contrainte. Violence accrue par l’économie des gestes. Presque silencieuse. Situation sans issue, sans espoir.
A chaque fois sans espoir.
Toujours sans espoir.
Alors je repartais lentement vers le noir, vers l’autre peur. Je repartais vers ma nuit constellée d’insectes, de gouffres, de forêts sans fond ; l’amour abdiqué, calciné de stupeur, enseveli par un revers de silence et une parole fendue par le fer.

Il y a une stridence dans la peur, une haute fréquence invisible, inaudible qui perdure. Je l’entends encore. Elle semble avoir toujours existé. Elle est là depuis le commencement des temps. Elle sera la dernière musique.

Alors je repartais vers le noir.
Encore aujourd’hui je repars toujours vers le noir.
Procession amère désarticulée.

Dans la peur il y a une stridence une haute fréquence. Quand la vie sature elle vient résonner avec cette stridence. C’est pourquoi les blessures ne se referment plus. L’âme à jamais reste recroquevillée, tassée dans le noir d’enfance. Lente décomposition de l’âme à la fadeur de cire.

La porte est à nouveau fermée. Silence étourdissant. Vertige obscur.
La nuit crépite sur un océan instable. Je suffoque. Noyade. Des algues filandreuses ondoient la gueule ouverte prêtent à mordre dans le gras du cœur, là où j’ai trouvé refuge.
J’ai fermé les yeux. Je vois un ciel où pullulent des ombres guerrières aux regards de père. Tonnerre d’absence.
Personne ne viendra.
Peu à peu l’incendie dévore mes résistances.
S’abandonner dans les trous noirs des galaxies affamées.
S’abandonner aux assauts de la solitude.
Glisser dans le vide du sommeil. Epuisement du monde. Mort de fatigue.
Mort.

Mes nuits furent longtemps écaillées d’angoisses. Une partie de moi est restée prisonnière de cette nuit archaïque et sauvage avec son cortège d’ombres.
Maintenant je suis de cette nuit d’enfance. Nuit sans réponse. Plus que la confiscation de la lumière c’est amour, la tendresse, la confiance qui à jamais furent dépouillées.
Abîme de nuit.
Je suis de cet appel qu’aucun baiser n’est venu apaiser, qu’aucune caresse n’est venue soulager.
Le monde et ceux qui le peuple sont restés définitivement muets.
Et moi sourd, chacun de son coté de la lumière.
A part cette stridence venue d’un néant infini et qui continue à me vriller les oreilles.
Vriller l’âme.
Nuit éventrée, blessée.

La stridence oblige à une crispation. Celle-ci se niche au creux du ventre, au creux fragile de l’oubli. Pesanteur sourde, constante. Tension des muscles de l’âme au lieu précis du corps par où l’hémorragie de vie s’écoule.

Franck.

5 juin 2005

L'impossible patience amoureuse....

Pour écrire, il faut d’abord entendre une musique. Ce n’est pas vraiment " entendre " et ce n’est pas vraiment " une musique ". C’est une tonalité à l’intérieur. Notre ligne mélodique. C’est sans doute pour cela que nous écrivons toujours la même histoire. Parce que c’est la même musique. Toujours. Les mots sont différents, les situations varient, mais au bout du compte c’est la même histoire. Des étoiles différentes, pourtant c’est le même ciel. Les jours sont méconnaissables mais c’est le même sang qui les traverse. Avant d’écrire on est dans la dissonance, on est au seuil d’une aube de givre ; après, longtemps après, on ressent une sorte de résonance harmonieuse, quelque chose s’est ordonné. Entre temps il faut traverser un orage. Ici, il faut ciseler, sculpter, raboter, enlever toutes les excroissances de chairs, supprimer le trop plein de vie, là au contraire on colmate les trous de la langue en ajoutant des mots lumières, des mots cristal pour raviver chaque couleur. Ici, c’est un silence qu’il faut, et là, plutôt un soupir. Trouver le mot inévitable, irréprochable et l’accorder à l’émotion souveraine jusqu’à en être saisi. Ensuite il faut mâcher la langue avec patience pour en ressentir tout le goût et déceler les " trop " ou les " trop peu ". C’est en disant à haute voix que ces choses là s’entendent, les mots dit doivent résonner avec la ligne mélodique de l’âme.

Il y a des jours où c’est un orchestre symphonique, et des jours où c’est une simple flutte, il y a des jours où c’est un piano virtuose et d’autre jours où c’est un accordéon éventré. Peut importe, c’est toujours la même musique. Souvent l’on se trompe, on espère expier au pied d’une rime définitive ou l’on confond un silence avec l’absence vaine. Souvent on est de trop dans ses propres mots il faudrait les quitter les abandonner et faire un grand feu. Et d’autres jours c’est un espoir rouge qui tisse le fil fragile d’une rêverie miraculeuse. On ne le sait pas assez, il y a en nous des sources magiques à l’eau blanchie par les prières, des sources bordées de fleurs d’oubli, de fleurs savantes. Boire cette eau c’est blanchir sa voix et les mots qui la transpercent, c’est marcher au milieu des champs déchirés par une foudre féroce.

Et quand tout est fini, quand la parole écrite sonne ou tinte, c’est alors qu’il faut s’y remettre et tout brûler avec ce qui nous reste d’amour et accorder les deux rives du temps, et défaire la nuit étoile par étoile, et cueillir les seins de la sainte, ou boire aux lèvres de la morte, en fait, on ne trouve jamais on ne fait que reconnaître. Un peu comme toi quand tu es passé devant mes yeux de cendres, je ne t’avais pas trouvé mais seulement reconnu. Ecrire c’est un peu comme l’impossible patience amoureuse. Un feu sous l’orage.

Franck

4 juin 2005

Voix d'outre-tombe...

Je l’ai dis, actuellement je suis à la campagne. En pleine campagne. Dans la maison familiale. Il y a de l’espace, de la verdure et quelques animaux. Chiens, chats, moutons, chèvres, les carpes de l’étang devant la maison, et Coco le perroquet. Coco à trente-six ans, en pleine force de l’âge. C’est un gabonais. Gris avec le bout de la queue rouge. Coco à intégré la famille il avait moins d’un an, c’est dire s’il en a vu des choses, des drôles et des moins drôles, des belles et des moins avouables. Coco parle, pas comme nous, mais à contre temps. Il parle selon son inspiration comme un poète, il n’est jamais là où on l’attend et se tais toujours quand on le sollicite. Il a un sale caractère Coco, pas méchant, mais l’on sent bien que le vacarme du monde l’exaspère, comme les chiens d’ailleurs, qui passent leur temps à s’agiter devant sa cage espérant grappiller quelques restes de nourriture. Coco n’aime pas les enfants, c’est son droit, on ne lui en veut pas pour ça. Car au fond c’est lui désormais la mémoire de la famille. Coco imite tous les bruits qui traversent son univers, comment les choisit-il ? Mystère. Mais Coco imite bien. Terriblement bien.

C’est quand il est en forme que cela se passe. Il n’a pas d’heures précise, sans doute l’atmosphère ou le besoin de communiquer quelque chose de particulier. Peut-être veut-il signaler aux vivant qu’ils ont (eux) la mémoire courte. Ou bien est-ce l’âme des morts qui l’inspire ; bref, brusquement Coco fait resurgir les morts de la famille. A chaque fois cela fait une impression très bizarre. Par exemple le rire si particulier de ma grand-mère, disparue il y plus de dix ans. Coco rit fort, avec cette voix de gorges largement ouverte qui par en saccades. L’espace d’un instant elle est vivante, elle est là, elle a toute sa place. Avec ma tante on se regarde d’un air entendu sans jamais décider si cette apparition sonore nous amusait ou nous désolait. Coco imite aussi le téléphone, mais il a du mal avec les nouvelles sonneries. Il en est resté aux anciennes. Le Drîînnnn…. fort et puissant. Coco est conservateur la modernité ne l’intéresse pas, il préfère les valeurs sûres. Alors, il sonne comme les vieux téléphones et selon son humeur, il y a un " allô ! " qui suit. A chaque fois on reconnaît la voix d’un disparu. Mon grand-père, ma grand-mère, mon oncle ou mon père.Cela aussi est saisissant. Pour mon père ce n’est pas la voix. Coco a choisit autre chose. Le bruit du ricard que l’on sert. Et dieu sait s’il en a bu du ricard, mon père. D’ailleurs il en est mort. Coco a eut du temps pour apprendre cette séquence de sons. Cling, cling….(les glaçons qui tombent dans le verre), gloup…gloup…( le ricard), ensuite l’eau, un gloup qui va en s’amenuisant, enfin des ting… ting, (les glaçons qui tintent dans le verre). Cette imitation de Coco, ne me fait jamais rire. Trop de souvenirs déchirés autour de ces sons. Souvent je me dis que Coco à retenu l’essentiel, qu’il a su sélectionner ce qu’il fallait ne pas oublier de mon père. Comme pour le rire de ma grand-mère. Coco ! Décidément tu n’es pas dôle. C’est comme quand tu refais les engueulades entre mamie Claire et pépé Georges. De longues séquences où l’on ne reconnaît pas les mots, mais seulement les intonations. Coco cri comme mamie, grommèle comme pépé On s’y croirait. Cela aussi, ne nous fait pas rire. Parce qu’il y avait du désamour entre tous les deux. Gabin et Signoret dans Le Chat. Coco est philosophe, il ne s’encombre pas de nuance, il va droit au but. Il met l’ergot là où la mémoire saigne, il met son bec sur les cicatrices pour décortiquer une fois de plus les croûtes. Tais-toi Coco. N’appelle plus les morts. Laisse-les tranquilles, laisse-nous tranquille. Coco s’en fout, il est comme Diégo : " libre dans sa tête. ". Il pourrait se contenter des gazouillis de la mésange ou du rouge-gorge, non, trop simple. Il va déterrer les souvenirs, en les rendant aussi vivant que possible. Parfois c’est terrifiant. Moi, je suis en dehors de ses imitation, je parle peu et je ne fais pas de bruit. Peut-être va-t-il s’essayer aux cliquetis des touches de l’ordinateur. Pourquoi Coco, ne te souviens-tu de ma mère que du début de cette berceuse qu’elle fredonnait parfois " Do Din… Do Dan… il est mort Bertrant, qui lo tua, c’est lo limace, quo fait sa caisse l’hommo d’Aix, son tro lu maigro, sa prièra quatre bergèras, Do Din… Do Dan…. "

Décidément Coco tu n’es vraiment pas drôle.

Franck

2 juin 2005

Il y a un début à tout....

Je viens de reçevoir mon premier commentaire d'insultes. J'étais naïf, pensant que les ordures restaient dans leur poubelles. Et bien non, elles sortent. C'est sans doute pour cela que le monde sent mauvais parfois. L'odeur est caractéristique : d'abord la lâcheté, l'anonimat, ensuite l'aigreur. Bref, j'ai supprimé ce commentaire.

Franck

2 juin 2005

Stop.... Rewind.... Play.....

Un jour - et ce jour vient du plus loin de vos années d’orages, de pluie, d’errance - un jour vous vous mettez à écrire, à écrire vraiment. Et brusquement vous êtes dans la fraîcheur d’une aube et cela vous suffi. Chaque mot surgit d’une rosée généreuse. Vous, vous n’avez qu’à l’accueillir dans le silence, reconnaissant d’être encore en vie et de pouvoir sentir le flot du sang envahir toute la langue.
Ce jour là, vous vous retrouvez loin de tout et pourtant vous n’avez jamais été si vivant. Vous êtes dans une désolation lumineuse et cela vous suffi. Vous êtes perdu et c’est justement cette perte qui vous ressuscite. Vous êtes perdu et tout vous paraît plus clair, plus net, plus définitif, plus impératif.
Renaître après des siècles d’agonie.
On n’écrit jamais pour plaire ou séduire, on écrit pour se retrouver. Chaque mot vous rapproche d’un lieu inconnu plein de mystère, un lieu inévitable.

Ecrire prolonge un rêve commencé il y a longtemps, dans l’enfance, un rêve commencé quand vous étiez blottis dans le plus fragile abandon du regard de la mère qui vous avez fait -vous si infirme- roi si rayonnant.
Oui, écrire c’est d’abord retrouver ce sommeil plein de couleur et de chaleur où l’amour n’est pas promis mais donné comme une éternité, offert comme la première nourriture et la seule dont vous aurez jamais besoin. Ecrire vous fait retrouver ce rêve où vous n’êtes là pour personne sauf pour le murmure incompréhensible et attendri d’une mère devenue folle parce qu’elle s’est enfin oubliée et qu’elle divague dans les méandres de votre visage.
Un jour vous écrivez, et c’est ce seul murmure qui compte parce que lui seul peut couvrir le vacarme du monde. Vous ne saurez jamais si cela peut faire un livre, vous êtes dans le pur bercement de la langue, dans l’oublie de votre propre présence, dans cette musique qu’il faut prolonger jusqu’à la fin des temps.
Vous êtes envahi par le blanc de la page et les mots viennent parfois vous secourir du vertige, ils sont les traces, les signes, qui vous relient au ciel, à la terre et l’encre vous retient de sombrer dans la défaite toujours imminente.
Ecrire c’est un grand vent qui secoue les branches de l’âme emportant les feuilles les plus faibles celles qui ne tiennent que par le doute, et qui deviendront les mots les plus brûlés de votre langue.
Ecrire c’est être dans cet arrachement, dans cet envol au milieu d’une tempête, dans cette chute soudaine au cœur d’un vide terrifiant et miraculeux.
Consentir à ce ciel désolé, simplement consentir.
Avec un peu de chance un ange vous prêtera ses ailes et le vent vous poussera dans un jardin de mots prêts à fleurir qui n’attendent que le souffle créateur pour déployer les pétales d’un verbe secourable.
Traverser le rêve d’écriture c’est traverser un amour rouge comme le sang, tranchant comme une lame aiguisée, ardent comme le feu d’une forge, un amour ravagé de silence et de vent.
Le jour où l’on écrit c’est qu’on s’est mis en marche vers un amour ; qu’on en appelle la brûlure et l’âme souveraine, c’est une marche aveugle main tendue vers un noir toujours plus profond.
On écrit avec ses silences, c’est eux qui laissent leurs empruntes d’ombres sur la blancheur des pages. Un silence se couche sur un autre silence et ainsi de suite, silence sur silence, dans un grand lit d’absence pour consommer les noces enflammées de l’espérance et de l’épuisement. Silence sur silence, lumière sur lumière, et ça, éternellement…

Ecrire c’est cette façon d’être au monde, ou de ne plus y être, c’est interroger le silence et en glaner une once de lumière, c’est user le temps, le polir longuement pour en obtenir quelque élixir subtil, c’est entretenir un feu avec de minces brindilles d’encre usée, c’est écouter dans la foule le bruit que fait la solitude et dans la solitude les rumeurs de la foule, c’est ouvrir des portes interdites avec la seule clé des mots, c’est se croire riche et se vouloir pauvre, être désarmé et pourtant invincible, c’est mourir plusieurs fois par jour et renaître pour que demain advienne, c’est dormir dans l’attente et se réveiller dans la prière.
Rien, rien de plus. Née d’un manque l’écriture entretien souvent avec la douleur une relation incestueuse, elle souffle sur nos entrailles pour en attiser les brûlures dans des noces solitaires et sauvages.

C’est tout ça et mille autres choses, c’est la parole la plus épuisée qui puisse être dite car elle gît mourante au fond de notre vie on en cueille parfois les effluves tremblantes dans le creux de quelques mots.
…C’est le moment…l’encre affaiblie glisse sur les cristaux d’une heure éparpillée et solitaire.
Pesanteur douce, attristée, comme un temps de neige.
Se mettre à écrire c’est distiller du temps en chauffant nos jours au rouge du cœur.
Et la brume qui s’évapore c’est nos renoncements, nos peurs qui se délient.
Et ce qui reste est si infime qu’on pourrait le perdre d’un simple soupir, si infime et pourtant si abondant qu’on pourrait en vêtir un ciel entier.
Franck

1 juin 2005

Pour Chris....

Souviens-toi de ces mots de Musset, ils ont bercés ma jeunesse douloureuse :

"Quel que soit le soucis que ta jeunesse endure,
Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure
Que les noirs séraphins t'ont faite au fon du coeur ;
Rien ne nous rend si grand qu'une grande douleur.,
Mais, pour en être atteins, ne crois pas ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespéres sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots."

Bon, je cours prendre mon train, je vais finir par être en retard.

Franck

31 mai 2005

Mais y'a du Chopin aussi....

Hier, j’ai encore passé une journée avec Isabelle, à cause de ma lettre inachevée. Sûrement. Et puis des petits papiers retrouvés. Relus. Quand je suis nostalgique, j’y vais à fond. Pas de demie mesure. Alors j’ai écouté Léo Ferré. C’est bien Léo Ferré, parfois. Ca remet la politique en place. Et puis j’ai écouté Chopin. Simplement pour le frisson et cette montée de larmes qu’il me suscite à chaque fois. Nous nous sommes divisés sans un mot, sans cri, en douceur, en malheur. Comme deux nuages qui se séparent dans un ciel bleu d’été. Et puis hier j’avais dans la tête des ritournelles d’accordéon…. envie de casser mon écriture, de reprendre quelques écrits et de les chanter autrement. Comme une berceuse douloureuse, comme une complainte de Carco ou de Corbière ou de Rictus…Hier j’avais Isabelle en tête, en cœur, en peau et son image était diffuse. Et son image se recouvrait d’émotions récentes. Je pensais aussi à mon Ange qui vole si haut en ce moment. Hier j’ai écouté Léo Ferré pour la révolte, quand on ne peut pas crier c’est bien Léo Ferré. Ça brûle le sang.

Y’a du Léo dans ma cadence
Y’a du Léo dans ma souffrance
Y’a du Léo dans mes absences
Mais y’a du Chopin aussi
L’désespoir c’est des sons qui s’organisent
Des mélodies qu’l’on respire
L’désespoir c’n’est pas simple
Faut l’porter comme un enfant
L’bercer, l’dorloter
Y’a du Nerval dans ma démence
Y’a des soupirs de déchéance
Et y’a toi maintenant
Pensée affolée dérivant dans ma cervelle
Y’a toi qui chavire mon existence
Y’a toi qui englouti mon espérance
J’ai déchiré nos souvenirs
Eparpillé ces morceaux d’vie aux quatre coins de ma mémoire
Y’a du blues dans mon tempo
Mais surtout y’a ma désolation au bout de ton silence
Y’a de la désespérance
Quelqu’chose qu’on peut pas dire
Tellement qu’c’est là devant mon exigence
J’n’ai plus qu’l’avenir de mon malheur puisque t’es partie
J’n’attend plus rien puisque j’ne peux plus t’attendre
J’n’ai plus qu’à envelopper tout c’paquet d’amour dans un linceul
Et l’jeter dans l’néant
Et l’noyer dans un sanglot
J’t’aime tous les matins quand sur le vide mes yeux s’réveillent
J’t’aime tous les soirs pour t’emporter dans mon sommeil
J’t’aime comme un dément, avec fureur et dévotion
J’aurais aimé ton silence, ton indifférence et jusqu’à ton mépris, jusqu’à ton absence
J’désirais tout de toi, même tes errances
J’aimais ton insouciance
J’aimais même tes résistances
J’préférais tes abandons toujours si près d’une défaillance
Toi, fragile lumière au milieu de mes ténèbres,
Flamme évanescente au cœur de ma tourmente
Femme scintillante aux contours vaporeux
Tu charmais mes sens de ta douce quiétude
Apaisait mes tempêtes, guérissait mes blessures, ressuscitait ma joie
Tu es tout ce que j’attendais
L’avenir, c’était tes yeux, ta bouche, ton ventre, tes cuisses blanches,
L’avenir c’était ta peau, tes soupirs
Mon avenir c’était ton avenir, tes rêves, tes espoirs
Mais aujourd’hui y’a du Léo dans ma cadence
Y’a du Léo dans ma souffrance
Y’a du Léo dans ton absence
Mais y’a du Chopin aussi.
Franck.

30 mai 2005

Trois petites photos....

Hier, en répondant à Coumarine, m’est revenu le souvenir d’Isabelle, de son corps, de sa peau blanche, de ses yeux. Et de ses belles années, que nous avons partagées. Te souviens-tu de notre étonnante petite maison posée au milieu des champs ? Moi, le citadin transformé en homme des champs.
J’ai envie de lui écrire, ce n’est pas nouveau, régulièrement cette envie ressurgit. D’ailleurs il y quelques semaines j’avais retrouvé trois petites photos d’elle. Je les ai d’ailleurs toujours posées là, à coté de l’écran. Je n’ai plus son adresse, mais je pourrais toujours faire passer mon courrier par ses parents.

"Isabelle,

Cela fait longtemps que l’idée de t’écrire me travaille. D’ailleurs je ne sais même pas si cette lettre pourra te parvenir.
Les saisons passent, mais dans le tamis du temps il reste parfois de gros morceaux de vie qui ne pourront passer au travers de la grille. A bien y regarder c’est notre trésor. On remue de temps à autre ces petites pierres de passé, les unes ont perdu leurs éclats, les autres, par miracle, brillent d’une étonnante lumière.

Le souvenir est une mer immense dont on n'épuise jamais le mouvement, ni l'espace, ni la profondeur. Il nous réserve toujours des surprises qui sont comme des retrouvailles ou comme ces bouteilles jetées au hasard des destins et qui viennent en silence s'échouer à nos pieds.

L’autre jour, je fouillais dans quelques vieux papiers… je suis tombé sur des petites photos, des photos d’identités. Trois. Trois photos de toi, je ne pensais pas en avoir. Un grand vent chaud est passé. Il y avait le silence et ce vent de mémoire qui soufflait du plus profond de mes souvenirs. Sur la première tu semblais effarée, des photos prises sûrement dans l’urgence. Coiffure un peu défaite, sourire à peine marqué. Tu n’y es presque pas reconnaissable. Les deux autres ont du être faites bien avant que l’on se rencontre, toutes deux viennent d’une même série, même coiffure, même veste. Sur l’une d’entre elle il y a encore une agrafe, tu l’avais sans doute choisi pour une quelconque carte d’étudiante, parce que tu y souriais. Ces deux photos sont belles, tu y es comme dans mes souvenirs. Douce et perdue. Sérieuse ? Non, grave ; même sur celle où tu souris, on perçoit au fond du regard une certaine gravité. Belle et grave, avec ce léger voile ombreux placé juste devant tes yeux, l’ombre de l’ange qui t’accompagnait à chaque instant du jour. Tu sais cet ange qui te donnait cette grâce. Ange facétieux et tourmenteur, ange étourdi, nonchalant, ange qui se jouait de la lumière et des mots, ange aux ailes fragiles, ange timide, inquiet.

Trois petites photos, tout ce qui subsiste. Le reste ? des souvenirs qui se faufilent dans les méandres de la mémoire, des souvenirs comme les champs négligés d’un pays brûlé, et pourtant ces souvenirs ne se diluent pas tout à fait, quelque chose en eux résistent, comme ces trois petites photos.
Je viens de leurs donner un nom à chacune : douceur, bonté, générosité, trois noms pour dire la même chose, trois noms pour dire la lumière, pour dire la couleur des jours, trois pétales d’une fleur précieuse, trois silences posés sur le bord d’une source d’eau claire.

Où es-tu maintenant ? Que fais-tu ? Mariée ? Des enfants ? J’essaie de t’imaginer. Difficile.

Ce matin j’ai dit ton nom et l’encre des mots est venue se déposer ici, comme des oiseaux sortis de l’oubli, des oiseaux qui auraient traversé l’oubli pour faire trembler le blanc de la page.

Es-tu devenue cette femme d’une folie accomplie et rayonnante ?

Ce matin, entre les lignes, dans le creux des mots ta voix me revient…
Grave, sourde, pas une voix de bouche, mais une voix de corps, une voix de nuit chargée d’ombres avec des mots de lumières.
Voix venue du silence, dépouillée, nue, lourde de son urgence, lourde comme gorgée de vie, lourde d’un feu primordial.
Voix propulsée pour se survivre, souffle d’hiver qui appelle la neige, souffle du vent sur la lande.
Pure tension d’absolu, prière vibrante au-delà du murmure, au-delà des couleurs.
Ardeur radieuse, voix de l’amour qui invente l’amour.
Et puis ton regard. Là. Maintenant. Ton regard, captant le bleu au-delà du bleu du ciel, toujours en avance d’une vision. Regard d’abondance. Regard étincelant de fleurs incendiées.
Comment tant de force sans l’ombre d’une violence ? Comment tant de pouvoir sans l’once d’un mépris ?
Tes yeux m’évoquaient des terres brûlées de solitude. Dans une fixité irréelle des lacs de montagne ils me racontaient l’enfance qui s’entête pour ne renoncer à aucun de ses rêves. Ils désignaient cette parcelle de vérité faite d’invisible et de douleur, de véhémence et de piété.
Regard d’étoiles qui consumait mes peurs ; ouvrant l’espace il m’atteignait à la place la plus vulnérable, il aurait pu m’anéantir pourtant il me retenait dans sa flamme en déposant sur mon cœur la poussière d’or d’un ange.
Et ton corps si timide, qui aimait parfois se monter si impudique. Tu aimais passer nue d’une pièce à l’autre, d’un monde à l’autre. Je regardais ta chair déshabillée traverser avec une si belle aisance l’ombre et la lumière, et tu ne manquais jamais de venir me frôler pour déposer un baiser sur ma joue. Cette nudité n’était jamais neutre, au contraire, elle était gorgée de désir. Insouciante et gorgée de désirs. Sans jamais être lascive ou provocante. Non, ton corps nu était léger, il appelait les frôlements prudents et tendres. Tu n’étais pas à prendre, mais à recueillir, comme l’eau de la source. Tu fermais les yeux et ta chair se déployait comme une fleur, avec douceur et avec juste cette petite pointe d’entêtement enfantin qui me désarmait tant. Combien d’heures avons-nous passées dans le silence de notre chambre, mes mains courrant lentement sur ta peau, attentives à tes tremblements, ce n’étaient plus des caresses mais presque des prières. Moments emprunt d’une étrange lenteur comme si nous avions passé le pacte secret d’appeler la fièvre en l’apprivoisant degré par degré, soupir par soupir, pour que l’orage soit plus éblouissant, plus définitif, comme si nous avions décidés de parcourir ensemble cette immense plaine de douceur et cette lande de bruyère avant de consentir au feu et à la lutte amoureuse. Ces instants là me sont précieux, aussi précieux que ces trois petites photos posées sur mon bureau.

…………."

Je ne sais plus quoi lui dire, quoi lui demander. Et maintenant le doute me prend. Elle est certainement mariée. Et cette lettre, ne servira à rien. Décidément, jamais cette lettre ne partira. C’est mieux ainsi, sans doute. Même les mots les plus doux peuvent devenir de vrais poisons. Comme les souvenirs.

Franck.

29 mai 2005

Une chose insensée...

Hier je finissais de lire un des petits joyaux de littérature. Un livre d’André Dhôtel : Le pays où l’on arrive jamais. Il faut lire Dhôtel, ses livres sont comme des caresses, on les croit légers, anodins et au bout du compte ils laissent une trace argentée au fond de l’âme. Au départ le monde est juste un peu bancal, ils s’aiment, mais tout se détraque, tout est là, mais tout s’éclate aux quatre coins du monde, il faut alors tous les chants des forêts et le galop fou d’un cheval pour tout remettre en ordre. Un rien peu tout défaire, mais un rien peut tout reconstruire pourvu qu’on croit assez fort que l’enfant en nous mérite d’être entendu. Je connais deux personnes, non, deux enfants ; elle s’appelle Angeline et lui Denis. Le Pays où l’on arrive jamais, est leur histoire. Mais c’est la votre aussi, ou la mienne. J’aime le galop des chevaux dans la forêt…

Le livre, c’est une chose insensée quand on y réfléchit, c’est un lieu d’absence, un lieu de vide. Quelqu’un vous parle au creux d’un silence et sa parole vous déchire d’abord, vous arrache par la suite. Vous êtes si loin et pourtant si proche, comme un vertige, vous existez et votre sang s’échappe. Délicieux et effrayant comme un don démesuré qui signerait une perte infinie en retour.
Le livre c’est le lieu de l’attente justement parce que c’est le lieu de l’amour ; brûlure et abandon comme dans un chagrin d’enfant consolé par le baiser de la mère.

Dans la lecture il y a le corps qui lutte et qui échoue, renonce, qui oublie sa condition de matière périssable pour ne laisser que la trace légère d’une lueur. Etrange apesanteur des heures de lecture.

Au début il ne s’agit que de faire advenir le silence : une grande marée de silence qui n’en fini pas de venir mourir sur la longue page de la langue.

Franck.

28 mai 2005

Tout ira mieux....

Ce matin, je voulais faire quelques messages personnels. Et tout d’abord à mes quelques lectrices fidèles, généreuses, indulgentes. Je pense en particulier à Chris, Coumarine, et Cacahuète, Sandra. Je sais que mes deux derniers textes ont pu les dérouter, moi-même j’ai vécu ses journées d’écriture de façon troublante. A certains moments, pénible. Je me suis posé beaucoup de questions, sur moi, sur l’écriture, sur moi et l’écriture, sur qu’est-ce que l’on écrit, pourquoi on l’écrit, sommes-nous ce que l’on écrit, de quelle manière le sommes-nous, qu’est-ce que la littérature. Quelle est la bonne distance par rapport à ce que l’on écrit, quelle est la part du jeu (je), de la complaisance etc…. je n’ai bien sûr pas de réponse. On a rarement les réponses.

Il me reste de mes cours d’astrologie, quelques cassettes de conférences sur des sujets variés, de temps à autre je les réécoute histoire d’entretenir ma pratique. Ces conférences sont bâties toujours sur le même modèle : une histoire, un conte, un mythe qui servira d’exemple à une configuration astrologique particulière. L’autre jour je me laissais bercer par la voix du conférencier ; le sujet : le complexe de Messaline. Une histoire de dissonance entre la Lune, pluton et Saturne, bref, là n’est pas le propos. Pendant que j’écoutais j’ai senti monter en moi une sorte de compassion envers ce personnage. La vie, la mort, et le sexe. Je ne sais pas si mon écoute fut très objective. A la fin je trouvais Messaline émouvante, touchante. J’aurais aimé la serrer très fort dans mes bras. J’aurais voulu essuyer ses larmes (parce que je ne doutais pas qu’elle pleur). Alors j’ai voulu écrire quelque chose là-dessus. Tenter d’exprimer des sentiments contradictoires, dire la violence et dire le désespoir. Et puis m’est revenu une réplique de la Condition Humaine de Malraux, je la mets ici, c’est Tchen, un terroriste qui parle : " - Je cherche un mot plus fort que joie. Il n’y a pas de mot. Même en chinois. Un apaisement total. Une sorte de… comment dites-vous ? de… je ne sais pas. Il n’y a qu’une chose qui soit encore plus profonde. Plus loin de l’homme, plus près de… Tu connais l’opium ?

  • Guère.

– Alors je peux mal t’expliquer. Plus près de ce que vous appelez…extase. Oui. Mais épais. Profond . Pas léger. Une extase vers… vers le bas. "

L’extase vers le bas. C’est ça qui m’est revenu. C’est ça que j’ai voulu dire. L’extase vers le bas. Quand j’écouter cette conférence sur Messaline, c’est ça que j’entendais : l’extase vers le bas. Ces mots me parlaient.

Alors j’ai écris Messaline.

Et puis il y a l’ironie du sort. Hier j’ai eu brusquement cinq fois plus de visites que d’habitude. Pas quelque unes en plus. Non. Cinq fois plus !

Alors vous comprendrez pourquoi ce monde m’épuise, pourquoi mes congénères me déçoivent souvent. Pourquoi j’aime mes rêves, mon ciel, mes nuages, les fleurs de mes jardins improbables.

Autre ironie, dans mes visiteurs d’hier, un inconnu ne semblait pas intéressé par Messaline. Il a interrogé beaucoup de textes. Il est parti, il est revenu. Sur Google il avait questionné : " Lettre d’amour ". Et il est tombé sur moi. C’est donc à lui que vais m’adresser maintenant. Je veux qu’il sache tout d’abord que je ne lui en veux absolument pas de s’inspirer ou vouloir utiliser une partie de mes textes. Au contraire, je trouve cela plutôt flatteur et la cause me paraît noble. Si mes mots peuvent servir ses desseins amoureux, tant mieux. S’ils servent à faire briller les yeux et battre le cœur d’une jeune fille quelle belle destiné ! Pourtant je dois lui dire qu’il faut se méfier des artifices.

Tu te sens démuni, les mots ne viennent pas, où ceux qui viennent ne sont pas à la hauteur de ce que tu veux signifier, ce n’est pas grave. Ferme les yeux, respire profondément, appelle le parfum de celle que tu aimes, fais monter dans ton sang son image, ses yeux, sa bouche, les courbes de son corps, le grain de sa peau, imagine-la marcher dans le soleil, ou courir, ou sourire, prends ton temps ne soit pas pressé, et dis simplement ce que tu vois. Dis la lumière, dis les battements de ton cœur qui s’accélère, dis-le avec tes mots. Tes mots à toi. Ne les crois pas pauvres, si ton amour est sincère elle en verra toute la richesse. Enlève tout de toi, soit nu. Soit comme l’enfant, nu, pur, entier et je te promets que les mots qui vont venir seront les bons.

Et si par le plus grand des hasards les mots ne venaient pas, part, va dans la campagne, dans les champs, cueille des brassées de fleurs ébouriffées, cueille des brassées d’herbes folles, cherches quelques trèfles à quatre feuilles, ou quelques fraises des bois.

Et si la campagne est trop loin, tends-lui simplement tes mains comme si tu voulais recueillir la pluie d’un bel orage, des mains grandes ouvertes et accueillantes, des mains larges et généreuses. Charge ton silence comme si tu chargeais un navire et avance vers elle comme si tu jetais un pont entre deux étoiles.

Tu vois ce n’est pas difficile. Ne crains pas d’être fragile, soit seulement à la bonne hauteur de ton amour, dans la juste place de ton cœur et du sien, et tu verras tout ira bien. Tout ira mieux.

Franck

31 mars 2019

Lettre N° 215 - Tu avais...

Mon Amour,

 

Je ne sais plus t’écrire. J’essaye de comprendre ce qu’il nous est arrivé. Comprendre, est-ce si important ? Est-ce vraiment nécessaire ?
J’ai parfois la sensation que tout était inscrit dès le début.
………………………………………..
Cela nous arrive de loin. Et cela vous retourne la chair comme un mascaret. Cela vient du fond de l’océan, d’un profond. Ou des montagnes, d’un sommet. Ça roule et vous appelle comme un chant. Comme un grand vide. Comme une fatalité.
Au départ, c’est un roulement de tambour sourd, inaudible. Une rumeur.
Un désastre commence toujours par un printemps. Un excès de printemps. La douleur commence toujours par un enchantement, elle est la sœur de la jouissance, de l’exaltation. On le sait, mais on veut l’oublier. Comme les papillons de nuit qui vont mourir pour avoir trop aimé la lumière. Oubli. Insouciance. Désinvolture.
Cela nous arrive de loin. Cela vous retourne la chair du cœur comme le mascaret retourne les eaux du fleuve. Des eaux à nue, à vif. Des eaux saignantes, qui replient leur peau, qui perdent leur élan. Les eaux vieilles du fleuve meurent en aimant trop la mer.
…………………………………………..
Tu as dans la voix l’incomparable force de ceux qui savent murmurer. De ceux qui savent quitter.
Dans tes yeux, tu as les incendies des nouveaux temps….
Tu as…..
Mes vielles eaux du fleuve, se meurent d’aimer plus loin que leurs eaux…
Tu as… et je n’ai plus…
………………………………………………
                                 La vérité nous blesse. C'est là son mérite.
                                 Ce qui me console, c'est de n'être indemne de rien.

 Franck

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J'irai marcher par-delà les nuages
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