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J'irai marcher par-delà les nuages
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1 janvier 2013

Ecrire.....

Ecrire, c’est ouvrir les veines de l’amour,
C’est une saignée dans la chair du désastre,
C’est le temps rouge de l’attente sans fin.
Ecrire c’est le feu du silence, c’est user une pierre par de lentes caresses.
C’est user sa mémoire, c’est déplier ses rêves.
Ecrire c’est l’abondance de la solitude, c’est la redouter et l’étreindre en même temps
C’est une eau vive de douleurs, et c’est la joie de s’y désaltérer, d’en avoir toujours soif
Ecrire, c’est revenir sans cesse au seuil d’un murmure
C’est en polir un cristal pour éclairer sa nuit.
Ecrire, c’est l’oubli de l’oubli, c’est l’effacement des siècles, des folies, des peurs.
Ecrire c’est ne plus espérer, puisqu’il n’y plus rien à espérer, puisque tout est là, dans cette blessure somptueuse et sauvage.
Ecrire, c’est descendre vers l’obscure de nos légendes, c’est sacrer le mystère,  c’est frissonner sans trembler, c’est errer sans jamais être perdu.
Ecrire, c’est n’être défait de rien ou de tout, c’est sans cesse refaire le même geste, toujours plus lentement, c’est un songe sans illusions, tout en gravité.
Peser assez sur la blancheur des mots pour en extraire la stridence.
Ecrire c’est accueillir l’effondrement comme une aube rédemptrice,  dilapider les trésors cachés de nos vies décomposées.
Ecrire c’est refuser toutes les richesses, puisque chaque mot appelle une pauvreté toujours plus grande, toujours plus nue.
Ecrire c’est charger un navire et prendre le large sur la peau tendre de l’horizon.
C’est prier dans des cathédrales de silence, loin de toute clameur, dans l’absence absolue, un et innombrable, bouleversé d’urgence.
Ecrire c’est toutes les saisons rassemblées, la symphonie des neiges éternelles.
Ecrie c’est être sans toit, sans feu, c’est habiter un chant, c’est brûler infiniment, en pure perte, pur don.
Ecrire c'est être sans dieu et pourtant à la résurection de la chair.
Ecrire c’est s’ouvrir les veines de l’amour, et laisser couler le sang jusqu’à l’abolition des temps. 

Franck.

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16 novembre 2008

Trois grains....

L'écriture trace au large de nous-mêmes les frontières d'une liberté inatteignable. Et l'enjeu est là. Insupportable et jubilatoire. Ecrire défini une liberté que nos gestes répudient. Ecrire dépasse notre liberté. C'est ce qui vient après. Ecrire advient après la traversée du désert, dans un pays qui outrepasse nos gestes, nos jours. On a connu l'esclave, l'homme libérable, l'homme libéré, l'homme libre et bien après, le poète. Le poète naît des mirages du désert. Il naît dans le tremblement de la lumière. Et d'un étourdissement. Il naît dans ces océans bleus qui surgissent au-delà des sables. Il naît de cette marche insensée vers ce froissement de l'horizon. Il naît d'une folie.

 

 

 

L'œuvre est dans un temps qui nous est étranger, et d'un regard effaré par l'incessante perte. L'œuvre est toujours dans le deuil d'elle-même, elle se déploie sur un linceul.

Et les lectures sont de grandes funérailles.

L'incessante perte. Ecrire, c'est le mouvement que l'on fait pour se saisir d'un oiseau. Juste le mouvement. L'élan. L'oiseau s'envole à chaque fois. Ce que l'on a voulu saisir s'envole à chaque fois, il reste à peine la trace du geste dans l'air, la trace de ce désir fulgurant, insensé. L'éclat du poème. Et la perte. Toujours la perte. Un élan qui efface un mystère et qui en ouvre un nouveau. Comme si le geste toujours vain, réveillait l'éternité.

Et le poème est toujours en retard du prochain. L'écriture trace au large de nous-mêmes les frontières d'une liberté inatteignable.

 

 

 

Le savant demandait : « Que gagnes-tu à écrire des poèmes ? » Le monde des savants est un monde simple. Il est fait de réponses apparemment justes à des questions apparemment importantes. Contrairement au monde des poètes qui lui est fait de réponses apparemment fausses à des questions apparemment sans importances. Le savant demandait : «Que gagnes-tu à écrire des poèmes ? ». La vraie question aurait put être : « Que perds-tu à écrire des poèmes ? »

Que perds-tu à provoquer les gargouilles de la mémoire ? Que perds-tu dans ce cortège de phrases nuptiales ? Que perds-tu dans cette langue constellée de féroces désinvoltures, dans ces soubresauts démesurés, dans ces infidèles dévotions ? Que perds-tu dans ce vagabondage de crucifié, qui longe les lisières craquelées de l'innommé ? Que perds-tu à cette plainte sourde et furieuse ? Que perds-tu à vider ces grandes charrettes d'envoutements ? Que perds-tu dans ces conjurations fracassées, brisées, fendues, dévorées de boues vaincues. Que perds-tu dans ces fabuleuses absolutions aux corolles béantes et poussiéreuses ? Que perds-tu dans ces danses qui s'abîment dans la soie, à l'ombre des profondeurs béantes ? Que perds-tu... ? Que perds-tu, nom de dieu ?!

Je voudrais tout perdre, et même encore plus. Je voudrais tout perdre, et qu'il ne me reste rien, hormis trois grains de tendresse au creux de ma paume ouverte, et que je tendrai vers Elle. Trois grains de soleil pour éclairer sa part manquante. Trois sourires. Trois baisers. Trois aurores buissonnières. Trois calices de caresses. Trois soupirs. Trois silences. Trois fois rien, en somme.

Franck.

9 novembre 2008

Ignorance.....

Il fallait bien en convenir, le mouvement c’était détaché. Le geste c’était défait. La sidération venait de l’impossibilité à reprendre souffle. Lente dérive inévitable. L’éloignement de soi à soi. La séparation. Séparé de soi, et du geste, et du mouvement.

Nous passons une vie à couver l’œuf de la solitude. Nous ne le voyons pas. Il est là au creux de chacun de nos jours. Gestation sans naissance. Eventration.

Ecrire désigne notre solitude, lui donne un nom. Quel est le nom de ma solitude ? Consentement ? Peut-être.

Et nous n’avons que notre mémoire, et la voix qui la dit ne nous appartient déjà plus.

Je flotte sur mon passé, comme un bouchon de liège désespéré. Un passé sans ancrage. L’incessant mouvement des jours, qui sombrent chaque jour un peu plus. Et je flotte, bousculé par l’écume.

Il fallait bien en convenir, le geste c’était défait.

Quelque chose en soi, se refuse à soi. Un rejet, une répudiation. Une nuit qui monte. Noire, toujours plus noire. Une disgrâce.

Un chagrin pèse, mais on ne le connaît pas. Jamais.

On est inconsolable, mais on ne sait pas de quoi. Jamais.

Alors un jour on écrit. Pour parfaire cette ignorance.

Franck.

26 octobre 2008

Le coeur des saisons....

La pluie est venue. La saison regagne sa maison. Elle était partie sur d'autre chemin. Elle revient chez elle. Saison prodigue. Qui revient. En lambeaux de pluie. Il fait juste un peu froid, il fait juste un peu triste. L'escapade se replie dans la marge. Un peu comme les histoires d'amour qui sautent par-dessus les temps, et qui trébuchent sur un reste d'hiver. L'été ne fait plus fondre mes glaces. Il est des temps où le soleil n'entame plus les grands champs de neige. L'après se confond avec l'avant. Il n'y a pas de présent, ou si peu, le temps reste immobile. Cassant. La saison fixe de l'hiver. Mes grands champs de neige et l'horizon de glace.

Je suis né en été, avec un cœur de neige. Je suis né au milieu des terres avec des yeux d'océan. Je n'ai pas de lieu, pas de temps. Une simple dérive. Une flamme sans son cierge, une prière sans son dieu. La pluie est venue, et la saison a regagné sa maison.

Elle était un été, avec sa façon bien à elle de porter un soleil dans ses gestes. De porter droit la lumière. Sans effort. Et de la tendre, et de l'offrir. Les fleurs du printemps sont belles, mais elles attendent. Les fruits de l'été se donnent. Elle était un été. Je n'étais qu'un hiver.

Elle était un été. Contre temps des saisons.

Elle était un été, avec sa façon bien à elle de s'affranchir de l'ombre et d'éclairer chaque mot d'une lueur étrange et singulière. D'alléger chaque regard d'un silence généreux. L'hiver a ses secrets, l'automne ses mystères, le printemps ses merveilles, et l'été ses miracles. Elle était un été, net, avec sa présence évidente et sereine.

C'est quoi la bonté ? Ce n'est pas de partir du plus fort pour aller au plus faible, pas plus que de partir du plus faible pour aller au plus fort. La bonté, c'est partir du plus faible pour aller au plus faible et de déployer une joie sans limite. C'est de consentir assez, pour n'être lésé de rien. La bonté c'est une simple brise sur les épis de blé. L'été. Dans le silence fixe d'une attente dénudée. Quand le vol de l'oiseau nous étonne par la prière qu'il murmure en nous. Elle était un été. Simple. Bon. Tenant dans ses mains un cœur battant. Articulant chaque couleur d'une douceur invincible. Elle était un été au cœur du printemps...

Et la pluie est venue...

Franck.

21 juillet 2007

Le pacte......

Il y eut un pacte, comme une alliance. Un signe. Ces choses là se savent à cette inflexion de la lumière au crépuscule. Il y a un instant précis à la tombée du jour où la nuit à déjà gagnée son combat. Le jour cède, plie. Quelque chose chavire. Cela dure très peu de temps. Le fil du jour casse, et tout ce qui tenait, tout ce qui vivait, tout ce qui espérait, brusquement s’écroule. C’est un temps de silence, tout se retire, tout capitule. C’est le temps du pacte. Des alliances. Des amours. Car c’est dans cette déchéance du jour, dans cette agonie de lumière, que les amoureux connaissent leur destin. Car c’est l’instant des chances ou des malédictions. L’instant des pactes. Et les amoureux ignorants se reconnaissent. Dans cet écroulement du jour les amoureux se destinent. C’est le temps des serments silencieux. Aucun mot ne peut dire ces promesses, aucun décret ne peut les effacer. Quelque chose s’inscrit dans la lumière des étoiles. C’est un temps abandonné, qui n’appartient plus à personne, c’est un temps pauvre, sans consistance, c’est pour cela qu’il est le temps des amoureux. Ou des mourants. Ou des naufragés.

C’est un temps démasqué, les faibles le redoutent, les forts l’espèrent. Les dieux choisissent ce temps du jour pour calligraphier les signes, les pactes, les alliances.

Nous le savons, toi et moi, il y eut un pacte. Le sang de tes mots c’est mêlé au sang de mes mots. Nos blessures comme des lèvres se sont touchées. Rouge sur rouge. Le cœur de l’épreuve, comme un exorde. Nous le savons, il n’y a pas d’histoire, nous sommes seulement une légende.

Alors nous sommes entrés dans un temps coquillage. Et nous enroulons nos jours, dans cette étrange spirale. Chaque jour un peu plus serrés. Chaque jour un peu plus haut, un peu plus loin. Un peu plus défaits de nous-mêmes. Ni toi, ni moi, ne croyons au bonheur, notre nécessité va bien au-delà. La ligne d’horizon nous sépare des autres, elle trace les contours de nos gestes, de nos chants. Le ciel sur l’océan. Ligne du désir. Ligne du désastre. Notre ligne de fuite.

Ce jour là il y eut un pacte, dans la grande cathédrale de la langue, nos voix se sont unies. Nous avons marché vers l’ombre qui refluait, nous avons traversé toutes les saisons du jour, pour nous agenouiller, là, devant l’autel. Tous les mots de la terre te faisaient une longue traine. Tu étais si belle mon amour, vêtue de poésies sauvages, et de litanies blanches et aériennes.

Dis-moi, mon amour, te souviens-tu de ce jour ? De ce jour du pacte. Tu étais si belle dans cette heure chavirée. Nous marchions vers l’autel. Et nous avons consenti l’un à l’autre, et l’hostie avait ce goût insolite que laissent les murmures ou les aveux, les renoncements ou les sacrifices. Tu te souviens de cette lumière si particulière, de cette lumière qui tenait si peu, qui semblait quitter chaque chose, abandonnant sa puissance et sa vérité.

Mon amour, je me souviens des silences échangés et du pacte scellé.

Tu sais bien, écrire c’est unir des silences, c’est défaire la lumière et unir des silences.

 

Franck.

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14 juillet 2007

Un texte dans son entier......

Voilà le texte entier. Je l’avais appelé la Tentation de Saint Antoine.

J’imaginais un Saint Antoine cédant aux charmes de la reine de Saba.

J’ai écrit ce texte à la fin du siècle dernier.

Quand j’ai ouvert ce blog il fut un des premiers que j’ai posté.

En septembre dernier je l’ai repris, pensant pouvoir le retravailler.

Je n’y suis pas arrivé. Autour des strophes j’ai poursuivi une méditation.

Cette méditation se trouve à la suite du texte.

Drôle de destin que ce texte…..

J’ai marché en marge de ma vie

De longues années

Sans doute même de longs siècles

Pour m’arrêter un jour au bord de votre visage

Et j’ai voulu m’asseoir

Et ne plus bouger

Jamais

Simplement vous regarder

Toujours

Au creux d’une défaillance de lumière j’ai vu au fond de vos prunelles les grandes étendues de poussières blanches du royaume de Saba

Aux confins de tous les déserts

Là où les prières deviennent de simples souffles

des chants d’azur éparpillés

Souvenez-vous, en ces temps là vous étiez reine

Reine gracieuse à la pâleur singulière

Reine du pays du vent

Vous trôniez au centre d’un temple de sable, d’étincelles d’éternité

Souveraine majestueuse d’une citadelle de lumière et de tourbillonnement

Princesse immaculée miraculée des limbes juste assez boiteuse pour ne point offenser Dieu

Votre présence effleurante flottait légèrement comme un lambeau de rêve

Ni tout à fait ici, ni tout à fait ailleurs

Oui, vous étiez reine vos gestes le dessinait

Déesse, vos yeux le révélait

Et votre voix chantait le chuchotis des amants éternels

En ces temps là, ermite désolé, je vous ai vu venir, vous sortiez de la nuit emmitouflée d’ombres claires, drapée d’un grand voile constellé

En ces temps là mes os grinçaient de peur

Je passais de dune en dune, de jour en jour, de blessure en blessure, conquérant d’un vide toujours à venir dans la seule espérance d’une stridence inattendue

Le cœur vert

Je passais les bras ouverts au grand vent chaud étreignant des mirages si lointains

Entre mes doigts coulaient déjà ces cendres de temps

J’étais une étoile noire tombée dans de trop grands hasards

De sombres hasards

Un baiser m’eut sauvé

Pas même un baiser

Rien

Pas même une enfance

Seulement des restes d’amours effilochés

En ces temps là votre silhouette délicate est passée sur mon cœur

A glacée mon sang

Votre parfum disait l’infini de l’espoir

Alors au fond de l’horizon le soleil tout à coup bascula dans son lointain sépulcre

Souvenez-vous

J’ai vu votre beauté, légère comme un ciel d’été, glisser avec douceur vers le seuil inconsolée de ma retraite obscure, votre lumière bleue avait la transparence envoûtante de ces jeunes mamans penchées sur un sommeil d’enfance, dans vos yeux scintillait cet espace d’éternité qui appelle la joie pure d’une prière lancée au firmament.

Votre présence fut comme un souffle de mésange, un frôlement rayonnant, une pluie étincelante semée sur mon océan de langueur

Une fleur mystérieuse plantée au jardin de mes absences

Nous sommes entrés sans prononcer un mot dans la chambre nuptiale de la nuit

laissant grand ouvert les cristallines portes de l'infini pour laisser passer la clarté nuageuse des songes et la fourmillante folie des séraphins éthérés.

Et j’ai bu votre bouche fondante comme l’hostie sacrée et me suis enivré d’une sève à la saveur irréprochable

Dans ces heures rougies au feu des extases éruptives, blanchies aux soupirs de vos invitations ma mort fut percée d’une flèche de lumière argentée.

Sur votre épaule nue un ange a déposé ses ailes de silence et sur vos seins opalins j’ai pu laisser couler mes larmes quand votre ventre orageux traversait mon âme transfigurée d’éclairs rougeoyants.

Vos entrailles de chairs pourpres brûlaient mes oraisons laborieuses dans une fulgurance invincible, vertigineuse. Je me noyais sous l’arche inespérée de vos émois, balayé par des rafales de joie.

Et j’ai vu mes mains de prières sur votre corps de louanges

Et j’ai vu votre ventre lieu infini de la mort exacte

Et j’ai eu soif de vos eaux généreuses, ce rien à l’âme qui bouleverse toutes les certitudes : marée sauvage, sans retour, sans rémission, effroyablement délicieuse

Et j’ai ouvert les mains pour recueillir jusqu’à l’ultime goutte de vos bruissements et je n’ai pu saisir que l’or de vos silences

Nous avons partagé la nuit et ses gerbes étoilées recouvert d’un seul manteau de paix jusqu’à ce que l’aube de sable pousse un large soupir incandescent.

Une rose des sables rouge.

Dans l’athanor creusé par nos corps, là où votre peau s’est irisée de désir vertical a germée une rose des sables rouge.

Il ne me restait qu’à attendre l’achèvement des temps en recueillant l’écumeuse blancheur des jours indifférents et de regagner à pas lent mon impatience souveraine à nouveau consentie. Erosion lancinante sous l’œil noueux du souvenir

Frontière sablonneuse inviolable de l’exil

Au départ il n’y a rien

A la fin il n’y a rien

Entre les deux la mer

L’abîme

Oh, mon Dieu je suis là et je cherche à comprendre

Oh, mon Dieu la nuit n’est plus la nuit

Elle était une source….. elle devint l’océan

Elle était une étoile ….elle devint l’univers

Oh, mon âme brûle et je suis si pauvre seigneur

Je n’ai plus d’espérance mon seul désir est de prier sans fin au cœur de la nuit du monde.

La prière s’enroule au feu de nos secrets, seul l’écho de cette nuit du monde la porte, légère, douce, tendre, on croirait la voir s’élever sur les ailes d’un ange

… Et jusqu’au royaume des cieux »

Reprendre...

J’ai repris « ma » tentation de Saint Antoine. Du temps a passé. Quand je relis cette écriture je sais bien que du temps a passé. C’est dans l’avant. L’avant de quoi ? Je n’écris plus vraiment comme ça.  Mon Saint Antoine cède. Il y a quelque chose en moi qui cède. Toujours cette même impression de digue débordée. D’écoulement. D’hémorragie. Des sensations d’eaux. Flaques, sources. Océans.

Marais.

En se moment c’est un marais qui suinte.

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L’image de cette reine de Saba a toujours traversé mon imaginaire. Reine boiteuse. Mais reine quand même. Et l’improbable rencontre du désert. Chair contre oraison. Bruit contre silence.

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Mes souvenirs du désert sont construits sur le manque. Sur l’absence. Sur le malentendu aussi. Sur la fuite que je n’ai pas reconnue, sur la lâcheté que je n’ai pas voulu voir. Pendant des mois j’ai attendu ce qui ne viendrait jamais. J’ai interrogé le vide des sables. Je n’ai eu aucune réponse. Pouvait-il en être autrement ?

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Mon rapport à la solitude est étrange. Plus le temps passe, plus je la ressens comme une évidence. Nécessaire. Je n’ai jamais pu vivre dans le monde. Je le traverse à mon pas, avec mes hésitations, mes élans. Mais je ne m’arrête pas vraiment. Voyageur immobile.

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Je relis.

Je n'écrirais plus comme ça. Pourtant je n’arrive pas à reprendre le texte. Je sens bien ma volonté dans ces lignes de m’accrocher à une sorte de lyrisme. Je me revois écrire. A nouveau je ressens le mouvement premier d’aller chercher les mots.

Mais je ressens aussi très fort une distance entre moi et le texte. Il manque une adhérence. Il manque le frottement.

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La solitude est le travail de toute une vie. Elle n’est pas donnée tout de suite. Comme s’il fallait la mériter.

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Dérision, que de devoir se diriger toujours vers le plus invivable.

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Non, décidément je n’écrirais plus cela. Pourtant je n’arrive pas à me renier. Comme si cette forme était le premier sillon. La première griffure. L’entame. Se débarrasser de la lumière. Ne travailler les mots qu’à la bougie. Il faut une tremblance, un vacillement. Des jeux d’ombres. Le sentiment d’une perte possible. D’un effondrement. Il faut l’imminence d’un danger derrière la phrase. Ce n’est pas une question de sobriété, mais d’élan. Du lieu de départ de la parole. La tension de la corde. Le tireur à l’arc, le sait. C’est aussi le travail d’une vie. Tendre l’arc de la parole dans un mouvement ample. Sans crispation. Sans effort. C’est une respiration. Lâcher la flèche du mot requiert un accord, c’est un geste de prière. Accord et consentement. Lâcher se fait sans la volonté. C’est une nécessité du corps aussi ben que de l’esprit. Ce n’est pas la main qui lâche, c’est la foi qui nous étreint. Quelque chose en nous se condense. Le fond et la forme. Et la scansion, le rythme, le battement du cœur. A cet instant le texte respire à notre place. Échange. A cet instant du lâché on se retrouve au point exact de la vie et de la mort. Sans le tragique. L’inéluctable. L’embrassement du monde. Car le mot doit trouver sa place, seule le geste pourra la lui donner. L’abandon n’est pas ici une déroute. Pas encore. Pas tout à fait.

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J’aime l’idée que Saint Antoine ait pu céder à la reine de Saba. Un saint qui n’aurait pas cédé à sa propre lâcheté qu’aurait-il à nous dire ? Nos actes ne sont pas purs. La flèche en partant nous atteint en plein cœur. Et nos blessures nourrissent nos jours. Même innocents nous nous voulons coupables. J’aime l’idée d’un Saint Antoine débordé par la chair, par la luxure et la sensualité. Que vaudrait la prière sans le souvenir de la véritable chair.

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La peau d’Isabelle était blanche. J’ai encore le parfum de son corps dans ma mémoire.

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Souvent les yeux d’Isabelle étaient envahis de larmes. Comme si jouir et souffrir était la même chose. Le corps repu, elle restait silencieuse. Blottie. Avec les larmes qui coulaient. Ce n’était pas un chagrin, c’était autre chose, qui dépasse tous les mots qu’on peut dire. C’était le pays des landes, des vents, des brumes. Perdre ou gagner n’a plus de sens.

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Isabelle avait ce don étrange de la pudeur et le l’indécence, presque dans le même mouvement. Allongée sur le lit, un bras replié sous sa tête, une cuisse légèrement relevée et écartée, une main posée sur son sexe.

Nous ne parlions pas. Elle, comme moi étions dans l’impossibilité d’accrocher la moindre parole à ces instants. Je la regardais. Je baisais ses larmes.

Parfois cela durait longtemps.

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Il y a un mystère dans les corps. Dans la rencontre des corps. Dans leurs odeurs, leurs tremblements, leurs sueurs, leurs liquides. Au-delà de la jouissance brutale il y a un mystère, comme un appel, comme une rémission.

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Parfois dans l’écriture cette sensation revient. Quand on a tout épuisé. Et que le texte s’étale impudique et souverain. La flèche trace, vole droite, et perce la cible. Et la cible vibre de son centre troué.

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Saint Antoine n’était pas artiste, il ne fut que saint.

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Il y a un acte de purification dans l’écriture, d’où la brûlure.

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Après le tir, l’archer est comme un orphelin. Quelque chose l’a quitté. Quelque chose de lui, mais du monde aussi.

A la place un grand champ de neige et dans le lointain le cri des oies sauvages vers le nord.

Franck.

24 juin 2007

Comme l'arbre pense aux saisons.....

Elle écrit avec une paire de ciseau. Et ce n’est pas des mots qu’elle découpe. C’est de la chair.

L’écriture est une géométrie impossible. Le centre se trouve à l’extérieur. Partout, sauf au centre mathématique. Ailleurs.

Chaque île se trouve au centre de l’océan. Chaque étoile est au centre du ciel. Le temps est sans présent. Il n’y a que la présence absolue, indicible. Un effarement perpétuel.

Ici on croit voir la flèche partir des doigts de l’archet pour aller vers le centre de la cible. Ecrire c’est savoir que la flèche part, en vérité, en vérité vraie, du centre de la cible pour aller aux doigts de l’archer. Ainsi le monde. Mon reflet se trouve imprimer sur la glace bien avant que je la fixe. Ainsi l’amour.

 

Ses eaux viennent des profondeurs de la terre. Ses mots ont voyagé, on le sent à ce souffle court, à ce goût de souffre sucré, et à l’épuisement qu’ils réveillent en nous. Cela fait des siècles qu’ils voyagent, ses mots.

Un jour, ils l’ont choisie, elle, et pas une autre.

Alors elle s’applique, sans plainte à découper dans le gras de la vie.

 

Nous passons notre existence, non pas à aller, mais à rejoindre. Et notre errance ne sert qu’à rattraper cette part de nous qui nous précède.

Ce qui nous quitte nous agrandit. Ce qui m’est arraché s’inscrit dans le firmament. Orphée est démembré, et chaque morceau de son corps est placé aux cieux. Ainsi ses yeux.

 

Elle écrit avec une paire de ciseau. Et ce n’est pas des mots qu’elle découpe. C’est de la chair. On le sait à la trace qu’ils laissent. A leurs empreintes sanglantes sur notre peau de lecture. Une brûlure.

La poésie brûle, c’est à ça qu’on la reconnait.

 

Les mots qui ne sont pas passées au feu, qui n’ont pas marché sur des braises, ne valent pas d’être écrit. Un mot digne de ce nom, doit sentir la cendre, avoir ce goût de brûlé. L’écriture est une viande cuite, encore saignante, mais cuite.

 

La première tribu, inventa la première langue au-dessus du premier feu. La voix passait sur les flammes et se mettait à danser dans les yeux, dans les corps, dans les os, dans les rêves. Alors il y eut le premier chant.

 

Les amoureux retrouvent cette parole du feu. Presque muette. L’incandescence du silence. Aimer c’est souffler sur des braises encore chaudes et rouges. Eternellement chaudes et rouges. C’est la danse et le chant de la voix.

 

Pour entrer dans la maison de l’amour il faut ouvrir la porte de la solitude. C’est son chant murmuré, à chaque poème.

 

Car chacun de ses mots passe au trébuchet : d’un coté l’amour, de l’autre le silence. C’est un travail d’orfèvre. Le ciseau découpe la pierre. Bien des mots se brisent, mais ceux qu’elle me tend fascinent, par l’élégance, et cette force faite de simplicité et d’insoumission.

 

Je pense à toi, puisque penser à toi m’enracine.

Puisque penser à toi me rend à ma langue.

Je pense à toi, comme l’arbre pense aux saisons, quand chaque défaite renouvèle l’espérance.

 

Et le vent viendra arracher mes feuilles, puisqu’elles iront vers toi, puisque sur chacune d’elle n’est écrit qu’un mot.

Je pense à toi pour cette solitude que tu me rends.

Et cet été de fruits mûrs.

Je pense à toi pour penser à toi, c’est tout.

Et c’est suffisant pour occuper toutes les heures de tous mes jours.

 

Franck

23 mai 2007

Dérision.....

Je jour chasse le jour. Le texte chasse le texte. Dérision de la banalité. Ossuaire des mots. Catacombe de la parole. Lente dissolution de l’insaisissable.

J’envie la puissance de l’arbre, qui s’additionne de jour en jour, qui jamais ne se renie. Toujours plus de bois. Même exténué, il produit une mince pellicule de vie chaque jour. Lent et généreux. Du bois sur du bois. Avec ou sans soleil il invente l’arbre de demain. Il croit assez dans sa fibre pour la dépasser chaque jour. Lent et généreux. Même désespéré, il pousse chaque jour la vie un peu plus hors de lui.

Chaque jour le texte efface le texte. Ce sentiment de néant, de disparition. Chaque jour c’est un deuil.

 

Je t’ai allongé sur la ligne horizontale de la phrase. Sur le grand lit blanc de la page tu sommeillais. Inquiète.

Entre mes lignes tu devienais intraduisible. Femme nacrée méditative et craintive à la nudité irradiante et solennelle. J’ai des fissures dans ma mémoire. La corrosion et la rouille altère mes souvenirs. 

 

Je voudrais ne plus écrire….

Franck

5 mai 2007

Le coeur des saisons.....

La pluie est venue. La saison regagne sa maison. Elle était partie sur d’autre chemin. Elle revient chez elle. Saison prodigue. Qui revient. En lambeaux de pluie. Il fait juste un peu froid, il fait juste un peu triste. L’escapade se replie dans la marge. Un peu comme les histoires d’amour qui sautent par-dessus les temps, et qui trébuchent sur un reste d’hiver. L’été ne fait plus fondre mes glaces. Il est des temps où le soleil n’entame plus les grands champs de neige. L’après se confond avec l’avant. Il n’y a pas de présent, ou si peu, le temps reste immobile. Cassant. La saison fixe de l’hiver. Mes grands champs de neige et l’horizon de glace.

Je suis né en été, avec un cœur de neige. Je suis né au milieu des terres avec des yeux d’océan. Je n’ai pas de lieu, pas de temps. Une simple dérive. Une flamme sans son cierge, une prière sans son dieu. La pluie est venue, et la saison a regagné sa maison.

Elle était un été, avec sa façon bien à elle de porter un soleil dans ses gestes. De porter droit la lumière. Sans effort. Et de la tendre, et de l’offrir. Les fleurs du printemps sont belles, mais elles attendent. Les fruits de l’été se donnent. Elle était un été. Je n’étais qu’un hiver.

Elle était un été. Contre temps des saisons.

Elle était un été, avec sa façon bien à elle de s’affranchir de l’ombre et d’éclairer chaque mot d’une lueur étrange et singulière. D’alléger chaque regard d’un silence généreux. L’hiver a ses secrets, l’automne ses mystères, le printemps ses merveilles, et l’été ses miracles. Elle était un été, net, avec sa présence évidente et sereine.

C’est quoi la bonté ? Ce n’est pas de partir du plus fort pour aller au plus faible, pas plus que de partir du plus faible pour aller au plus fort. La bonté, c’est partir du plus faible pour aller au plus faible et de déployer une joie sans limite. C’est de consentir assez, pour n’être lésé de rien. La bonté c’est une simple brise sur les épis de blé. L’été. Dans le silence fixe d’une attente dénudée. Quand le vol de l’oiseau nous étonne par la prière qu’il murmure en nous. Elle était un été. Simple. Bon. Tenant dans ses mains un cœur battant. Articulant chaque couleur d’une douceur invincible. Elle était un été au cœur du printemps…

Et la pluie est venue…

Franck.

2 août 2006

é( CRI )re........éc( RIRE ).....

Le difficile c’est l’enfermement dans propre demeure. C’est l’impossibilité d’ouvrir les portes de sa maison. On est à l’intérieur. Et rien ne pénètre. Ni lumière, ni voix. Rien. Et rien ne sort. Les verrous sont tirés. Ni la nuit, ni le jour, rien ne pénètre.

Ne plus écrire. Trop simple.

Tout a été écrit, ça veut dire que rien n’a été dit. Que tout est à formuler. Une autre fois. Jusqu’au bout. Jusqu’à la fin. Psalmodier jusqu’à l’ivresse. Même si c’est inutile. Surtout parce que c’est inutile. La mélopée n’est plus sacrée, elle n’atteint plus les cieux. Les a-t-elle atteint un jour ? Est-ce important ?

Respirer. Faire entrer l’air. Profondément. Sentir l’échange des gaz dans le sang, dilater les poumons. Respirer. Seulement ça.

Ecrire que l’on respire. Ecrire que l’on sent l’air se mélanger, que c’est la seule chose que l’on maintient. Que tout est organique. Qu’il n’y a qu’une chimie. Qu’une organisation de molécule. Un échafaudage de particules. Et que c’est ça qu’on écrit. Jamais rien de plus. Que tout le reste n’est qu’une boursouflure. Qu’une triste illusion.

Il faut repartir du début. Du cri. Reformuler le cri. L’équation du cri. Un cri débarrasser de sa douleur, de sa peur. Un cri pur, net. A l’état brut. Un cri sans chagrin puisqu’il les contient tous. Sans cause. Le cri comme le premier mot. Le seul audible, le seul compréhensible.

L’enfant qui naît sait déjà tout. Il crie. Après il passe sa vie à oublier le cri. Il passe sa vie à oublier qu’il savait. Derrière chaque geste, derrière chaque parole, ce qui compte c’est le cri. Faire entrer l’air dans ses poumons. Déployer le cri. L’épaissir. L’aggraver. Lui redonner sa nécessité. Son immédiateté. Et son acharnement. Appeler le cri. D’abord dans ses poumon, à l’endroit des échanges de molécules, à l’endroit où le dehors devient du dedans. Quand le dehors devient du dedans il devient un cri. Toujours. On ne le ais pas, parce qu’on a oubliée le moment du naître. Le premier échange des molécules qui devient un cri. La première vérité, sans doute la seule qu’on ne dira jamais. L’originelle affirmation. Car le sourire n’est qu’un cri dévoyé, un cri qui s’est déjà compromis, un cri qui a déjà vendu son âme. Et le rire, n’est qu’un cri prostitué. Une forfaiture. Ecrire la signe.

Que deviennent nos cris qui ne sont pas criés ? Sont-ils musique ou poésie ? Sont-ils torrents ? Bourrasques ? Sources ou plaintes dans les landes de bruyères ? Supplique ? Oraison ?

Que venons-nous, nous qui ne crions pas ? Que pèse notre vie sans cri pour l’alourdir, pour l’enraciner ?

Alors remonter le fil du souffle. Respirer intensément. Sentir le froid de l’air passer dans l’incendie du sang. Et n’écrire que ça, l’effondrement du dehors dans le dedans. L’écrasement des molécules dans les chairs vivantes, respirantes. L’écrasement devenir pulsations, vibrations. Et jusqu’à la convulsion. Psalmodier jusqu’à l’ivresse. Du souffle sur du souffle, et le cri qui se déploie dans une extirpation somptueuse. Du souffle qui frotte sur du souffle. Du sang noir pour du sang rouge, élévation lente, cène sanglante et hurlante. Cérémonie solennelle du cri initial, annonciateur, prédicateur. L’engramme. L’ordalie.

Franck.

9 avril 2007

Une éponge....

Au départ, tout est loin. Le désir tisse des distances et le rêve les survole. Comme l’oiseau. De haut. Nous ne sommes que des mythes. Des histoires à dormir debout. D’ailleurs nous dormons la plus part du temps. Et nous ne savons pas.

 

Nous ne nous rencontrons jamais. Car si cela se produisait nous en serions terrifié. Notre corps est le lieu d’une histoire qui nous échappe. Nous nous présentons de face et nous vivons de dos. Des mythes. Nous ne sommes que des mythes. Le temps nous traverse malgré nos prières.

 

Nous absorbons le temps comme une éponge. Il remonte dans l’espace des tissus de l’âme. Il s’insinue dans toutes nos absences, il suinte, transpire. L’eau du temps s’infiltre. Eau douloureuse, écrasante et saumâtre. Et notre vie d’éponge s’alourdie. Et nos chairs se flétrissent. Et notre sang se dilue

 

Ecrire c’est presser l’éponge. Pas plus. Pas moins. Et c’est un geste qui se dérobe. C’est un geste qui se refuse. C’est vouloir mesurer ou arpenter le néant. Tout au plus nous confirmera-t-il notre qualité d’éponge. Peut-être un peu plus léger. D’autant plus léger que le geste d’écriture est net, fort, qu’il vient de loin. Qu’il est obstiné, acharné, résolu.

 

Il n’y a rien à découvrir. L’univers est fait de temps. Et nous sommes les grains de sables d’un gigantesque sablier. Nous coulons, passant d’un néant à un autre néant. Nous naissons et mourons dans le resserrement. Dans la contraction. Dans un hoquet du temps. Nous naissons d’un rétrécissement. Ecrire, c’est ce dégorgement d’éponge. Pour boucher le sablier du temps. Et c’est un rêve fou. Impossible. Nous le savons, mais nous le tentons. Et chaque texte est une victoire. Une victoire sur qui ? Sur quoi ?

 

Ecrire c’est presser l’éponge, évacuer l’eau du temps et faire entrer dans les fibres de l’âme le silence. Et l’éponge est plus légère, mais elle reste toujours une éponge.

 

Au départ tout est loin. A la fin tout est loin. Et c’est un désespoir. Le désir a tissé des distances irrémédiables, insurmontables, et le rêve a épuisé son vol.

 

Nous ne nous rencontrerons jamais, malgré nos efforts, puisque nous n’avons pas de rive. Nous ne sommes que des mythes qui gardent leurs secrets. Et nos piètres confidences ne dévoilent rien. Nous sommes bien trop loin de nous pour nous atteindre. Nos ombres nous survivront, elles ont bien plus d’élan vital que nous, elle ont bien plus d’acharnement que nous. Elles ont la patience pour elle. Elles guettent nos défaillances. Nous en avons tant.

 

Alors l’écriture part de là, de ce rétrécissement des possibles, de cet empêchement des espérances, de cette simple et évidente fatalité. Le geste par de là, il est sans illusion. C’est ce qui lui donne sa couleur. Sa lumière. Un peu de lumière dans l’infini du néant. Quelques braises pour réchauffer les cieux.

Franck.

4 mars 2007

Aurores......

Il y a une densité particulière, une pigmentation singulière de l’air à l’approche de l’écriture, celle qui préside aux aurores qui se lèvent sur les grand lacs. L’eau lisse et sombre, encore inquiétante avec ses nappes de brumes qui sortent des profondeurs. Cela tient au silence. Ce silence du matin naissant qui n’a pas le même timbre que le silence nocturne. Ce silence du matin, désencombré des présences, des spectres. Silence plat. Lisse. Sans image. Dévoilé. Nu.

Il y a un temps dans les aurores où la nature attend. Elle attend le signal de quelques dieux. Et les oiseaux sont posés sur la bouche du vent, et ils attendent, et ils écoutent la lumière déchirer les ombres, et ils observent les fantômes se dissoudre dans la rosée, les diables se cacher dans les buissons, les fées s’évaporer. Cela ne dure pas. La naissance de l’aurore est toujours triste, toujours mélancolique. On sent bien que c’est un effort que de se dégager des mots de la nuit. Accoucher d’un silence neuf est une épreuve. Certains jours d’ailleurs elle n’y parvient pas, alors même en plein jour, c’est la nuit qui triomphe. Des jours qui ne sont pas des jours, des jours effondrés, épuisés. Des jours qui empoisonnent le sang de l’écriture. Rien n’est acquis, pas même la lumière.

Il y a une densité particulière, une pigmentation singulière de l’air à l’approche de l’écriture, celle qui préside aux aurores qui se lèvent sur les grand lacs. Où la solitude change de destinée. La solitude du matin naissant qui n’a pas la même épaisseur que la solitude nocturne. Elle se déploie, se défroisse, et ce qu’elle perd en poids elle le gagne en étendue, comme une main qui défait son poing, une main dénudée, que l’on pourrait croire accueillante. Cela ne dure pas, car elle vous entre dans le corps comme une vague scélérate qui envahie la peau comme une chair de poule. Cette fraîcheur innocente du matin c’est la solitude qui déplie ses bras pour l’accolade, pour le baiser du jour. La solitude nocturne vous déborde de toute part, son poids est immense, et parce qu’il est si immense vous n’y croyez pas vraiment. C’est une extravagance, une exagération. Et certaines nuits vous la considérez comme une amie. Mais cet écrasement est une complaisance, un attristement indulgent sur vous-même.

La solitude du jour vous l’enfilez comme gant. Elle vous tient chaque parcelle de vie, elle est à votre mesure, elle est faite pour vous. C’est pour cela que vous avez cette sensation de froid au point du jour. Comme à l’approche de la mort. D’ailleurs la mort ne si trompe pas, elle aime hanter ces endroits du jours où l’ombre arrive, ou bien s’en va. Où l’ombre joue avec nos nerfs. Elle cueille les âmes au crépuscule, ou à l’aube, dans ces temps raccommodés ourlés de faufilés fragiles, faussement hésitants. L’aurore est bien ce temps où les amants se délient. Où les serments se payent. Où les dieux font notre addition. Chaque matin la solitude du jour vous laisse les poches vides. L’oeil effaré. Les dieux ne font pas crédit, vous payez d’avance. Le soleil est à ce prix. Le prix de la lucidité comme dirait le poète.

 

A chaque fois que l’on marche vers l’écriture, c’est comme aller au devant d’une aurore, c’est aller vers l’absolu du silence, vers l’absolu de la solitude. C’est aller vers un sacre.

On le sent à cette densité si particulière de l’air à l’approche des mots. A ce désordre, dans les saisons du sang. A la brusque gravité des heures. A cette simplification des couleurs. Comme lorsque le jour se lève près des grands lacs aux eaux lisses et noires, aux eaux cousues de brumes.

Franck.

3 mars 2007

Usure......

Nous sommes fait d’usure. Elle commence juste après l’enfance, au détour d’une rue vous franchissez une ombre un peu plus appuyée, une ombre vidée de ses présences, de ses fantômes, de ses fées, et c’est fini. Et déjà l’enfance est finie. Les instants ne surgissent plus d’eux-mêmes, il faut brusquement les arracher à l’ennui.

On est envahi de temps, jusqu’à l’écoeurement.

L’usure est notre mesure. L’épuisement notre horizon. L’attente notre viatique. Et l’espérance un cancer inguérissable.

Le reste n’est que jeux, illusions, reflets, miroirs déformant.

Et les mots nous trahissent, comme nous les trahissons.

Et nos histoires sont des contes de fées auxquels on s’efforce de croire, et auxquels on ne croit pas. Et même le livre le plus miraculeux a une fin.

Ecrire est une folie, la seule qui nous fasse oublier qui nous sommes.

Franck.

10 février 2007

Couture.....

Un temps qui n’a pas de rive. Dans quel temps se passe l’écriture ? Dans quel présent je suis ? Là, maintenant. A découdre les ourlets de l’univers, comme si le temps faisait des plis, comme si l’on pouvait être prisonnier d’un bourrelet, ou d’un revers. Point de croix sur point de saignée. Ravaudage de la mémoire. L’aiguille des mots pique les bords du trou. Pique à l’endroit du débordement. De l’écoulement. L’aiguille des mots rapièce le temps défait. Alors on retient les bords de l’univers, on essaye à chaque texte de contenir la déroute, la disparition. Et on pique pour traverser au plus profond, on tire sur le fil des souvenirs, on tire sur le fil de nos jours, le fil de nos attentes. Et ça fait toujours un peu mal. Piquer le lieu fragile de notre vie effilochée. Les chairs peuvent se déchirer. Souvent elles se déchirent les chairs. Souvent le texte se coupe. Souvent c’est une catastrophe. Souvent on se dit que c’est une tâche impossible. Un point de croix sur un point de saignée. Chirurgie du désespoir. De la lenteur. De la constance. De l’oubli.

Ce temps qui échappe au temps. On tire sur les bords de l’univers pour les poser là, sur la page. Avec cette pauvreté des mots et notre pitoyable espérance. Bord à bord. Et piquer. Suturer cette béance, sous le regard moqueur de nos siècles. Avec cette aiguille trop grosse, avec cette aiguille qui emporte les morceaux de chair.

Pourquoi cette joie étrange à chaque piqûre des mots ? Pourquoi cette jubilation à tisser tout ce malheur, à broder ces motifs inconnus sur cette trame infini ? Pourquoi coudre cette robe de fête pour une silhouette incertaine ? Pourquoi… ?

Franck.

23 février 2008

Exorcisme....

C’est un exorcisme.

 

Un jour - et ce jour vient du plus loin de vos années d'orages, de pluies, d'errance - un jour vous vous mettez à écrire, à écrire vraiment. Et brusquement vous êtes dans la fraîcheur d'une aube et cela vous suffi. Chaque mot surgit d'une rosée généreuse. Vous, vous n'avez qu'à l'accueillir dans le silence, reconnaissant d'être encore en vie et de pouvoir sentir le flot du sang envahir toute la langue.

 

Ce jour là, vous vous retrouvez loin de tout et pourtant vous n'avez jamais été si vivant. Vous êtes dans une désolation lumineuse et cela vous suffi. Vous êtes perdu et c'est justement cette perte qui vous ressuscite. Vous êtes perdu et tout vous paraît plus clair, plus net, plus définitif, plus impératif.
Renaître après des siècles d'agonie.

 

On n'écrit jamais pour plaire ou séduire, on écrit pour se retrouver. Chaque mot vous rapproche d'un lieu inconnu plein de mystère, un lieu inévitable.

 

Car écrire prolonge un rêve commencé il y a longtemps, dans l'enfance, un rêve commencé lorsque vous étiez blottis dans le plus fragile abandon du regard de la mère, qui vous avez sacré - vous si infirme - roi si rayonnant.

 

Oui, écrire c'est d'abord retrouver ce sommeil plein de couleurs et de chaleur où l'amour n'est pas promis mais donné comme une éternité, offert comme la première nourriture et la seule dont vous n’aurez jamais besoin.

 

Ecrire vous fait retrouver ce rêve où vous n'êtes là pour personne sauf pour le murmure incompréhensible et attendri d'une mère devenue folle parce qu'elle s'est enfin oubliée et qu'elle divague dans les méandres de votre visage.

 

Un jour vous écrivez, et c'est ce seul murmure qui compte parce que lui seul peut couvrir le vacarme du monde. Vous ne saurez jamais si cela peut faire un livre, vous êtes dans le pur bercement de la langue, dans l'oublie de votre propre présence, dans cette musique qu'il faut prolonger jusqu'à la fin des temps.

 

Vous êtes envahi par le blanc de la page et les mots viennent parfois vous secourir du vertige, ils sont les traces, les signes, qui vous relient au ciel, à la terre et l'encre vous retient de sombrer dans la défaite toujours imminente.

 

Ecrire c'est un grand vent qui secoue les branches de l'âme emportant les feuilles les plus faibles celles qui ne tiennent que par le doute, et qui deviendront les mots les plus brûlés de votre langue.
Ecrire c'est être dans cet arrachement, dans cet envol au milieu d'une tempête, dans cette chute soudaine au cœur d'un vide terrifiant et miraculeux.

 

Consentir à ce ciel désolé, simplement consentir.

 

Traverser le rêve d'écriture c'est traverser un amour rouge comme le sang, tranchant comme une lame aiguisée, ardent comme le feu d'une forge, un amour ravagé de silence et de vent.

 

Le jour où l'on écrit c'est qu'on s'est mis en marche vers un amour, et qu'on en appelle la brûlure et l'âme souveraine, et c'est une marche aveugle main tendue vers un noir toujours plus profond.

 

On écrit avec ses silences, c'est eux qui laissent leurs empruntes d'ombres sur la blancheur des pages. Un silence se couche sur un autre silence et ainsi de suite, silence sur silence, dans un grand lit d'absence pour consommer les noces enflammées de l'espérance et de l'épuisement. Silence sur silence, lumière sur lumière, et ça, éternellement...

 

Ecrire c'est cette façon d'être au monde, ou de ne plus y être, c'est interroger le murmure et en glaner une once de lumière, c'est user le temps, le polir longuement pour en obtenir quelque élixir subtil, c'est entretenir un feu avec de minces brindilles d'encre usée, c'est écouter dans la foule le bruit que fait la solitude et dans la solitude les rumeurs de la foule, c'est ouvrir des portes interdites avec la seule clé des mots, et c'est se croire riche et se vouloir pauvre, et être désarmé et pourtant invincible, et c'est mourir plusieurs fois par jour et renaître pour que demain advienne, et c'est dormir dans l'attente et se réveiller dans la prière.

 

Rien, rien de plus. Née d'un manque l'écriture entretien souvent avec la douleur une relation incestueuse, elle souffle sur nos entrailles pour en attiser les brûlures dans des noces solitaires et sauvages.

 

C'est tout ça et mille autres choses, c'est la parole la plus épuisée qui puisse être dite car elle gît mourante au fond de notre vie on en cueille parfois les effluves tremblantes dans la paume de quelques mots.

 

Se mettre à écrire c'est distiller du temps en chauffant nos jours au rouge du cœur.
Et la brume qui s'évapore c'est nos renoncements, nos peurs qui se délient.
Et ce qui reste est si infime qu'on pourrait le perdre d'un simple soupir, si infime et pourtant si abondant qu'on pourrait en vêtir un ciel entier.

 

Franck

14 septembre 2006

Merci Belle amie....

Encore…. Chris (Sperenza et In memoriam ) vient encore de frapper. C’est elle  qui s’est chargée de la nouvelle décoration de ce lieu. Et là, elle a fait très fort, comme d’habitude…

D’abord il a fallut qu’elle traduise mes désirs, plutôt vagues, imprécis, plutôt dans tous les sens, puis en y apportant toute sa sensibilité son intelligence et son talent évident de réalisation.

Le résultat est là.

Je trouve la bannière superbe. Je me suis tout de suite senti bien dans cette ambiance. Et puis le pavé de liens…. Formidable et original !

Alors merci Chris, de tout ce travail, car il t’en fallut du temps surtout pour le codage des liens dans la mosaïque du tableau. Oui, merci de m’offrir ce cadeau, là comme ailleurs on reconnaît ta générosité, et cet élan spontané, entier vers l’autre. Là, comme ailleurs on reconnaît ton talent à multi facettes, aussi douée pour trouver les mots que pour les peindre ou les abriter…

Alors merci de tout mon cœur Chris.

Franck

17 juillet 2007

Le puits.....

De quoi est faite la voix de l’écriture ? J’ai des chevaux dans la poitrine. Des galops. Des hennissements. J’ai des contrées sauvages. Du vent dans le sang. Des expiations terreuses, des étranglements. Des vacillements. De quoi est faite la voix de l’écriture ? Je vais au texte comme si j’allais au puits. Les mains vides. Le pas lourd. Tenant le seau de la langue, le seau vide de la langue. Je vais au texte dans cette pénurie habituelle. La soif chevillée au sang.

Aller vers le texte, c’est d’abord cette marche vers le puits, ce lieu troué de l’existence. Ce lieu usé. Il y a une mélancolie dans ce voyage. Et quoique nous fassions, il toujours identique. S’il n’y avait pas le souvenir de la soif à venir. Ce chemin dans sa nostalgie est notre seul secours.

A l’orée du texte nous lançons notre seau de misère dans le vide. Seau percé. Les blessures ont laissées de si larges entailles. Notre vie est si peu jointive, nous manquons de tant cohérence, de continuité, d’unité, d’ accord, nous sommes un champ de discorde. Aller vers le puits est une épreuve. Lancer le seau est un danger. Le seau troué de nos vies.

Pour chaque phrase il faut tirer sur la corde, usure contre usure. Et c’est l’eau que l’on perd qui est la plus douloureuse. C’est ce qui déborde qui nous arrache. Puiser dans la langue, c’est remonter du rien, de la perte, de la constance.

Chaque jour je recommence le même texte. Comme si j’allais au puits assouvir la même soif, avec mes mains trouées comme un seau percé. Au bout de la corde il y a si peu d’eau.

On écrit avec ce reste. Avec ce si peu. Avec cette patience. Cet entêtement.

Et dans l’oreille le chant de l’eau qui retombe. Et dans la gorge le goût de l’insuffisance.

Chaque jour le seau doit descendre un peu plus profond, et la remontée est chaque jour plus longue, plus épuisante. Et la soif, gagne sur la soif.

Aller vers le texte, c’est comme aller au puits, avec l’espérance de quelques gouttes oubliées par la fatalité. Avec la certitude que rien ne pourra étancher la soif.

Quelques gouttes. Seulement quelques gouttes.

 

Comme cette lumière que je cueille au bord de tes prunelles

Tu sais les miroirs ont l’innocence de l’enfance. Ils disent les vérités éternelles, c’est pour cela que nous les traversons. C’est pour cela que nous baisons leurs tempes, pour apaiser la mort en nous.

Aller vers le texte c’est comme aller vers le puits, où je te retrouverai assise sur la margelle usée d’une parole déshabillée. Et je couvrirais ta peau de cette eau rare, de cette eau désastreuse. Mes mots sont pour ta soif. Car ta soif fait chanter les poulies usées du temps. Laisse-moi poser ces quelques gouttes d’eau sur tes yeux. Et si le seau n’en remonte pas assez, mes larmes feront le reste.

Franck.

16 juillet 2007

Il manquait le complot raciste....

Dernier commentaire reçu. Je le mets ici.
il me parrait presque plus indécent que le pathétique Djamel.
Il y a toujours un pire au pire.
Un exemple de courage et de dignité.
Franck

"comment du pourquoi
Merci pour l'information, il m'a été envoyé dernièrement un grand nombre de textes me précisant que le mail de l'auteur (Djamel Mazouz) avait changé ce que j'ai trouvé bizarre. Et puis est-ce nécessaire d'envoyer beaucoup de textes !!!!???? Cela était suspect de ne pas privilégier la qualité d'un poème tel un diamant qu'on aime à tailler avec précision...Les textes reçus étaient de qualité TRES inégale donc effectivement peut-être y avait-il plusieurs auteurs...

Du coup je ne sais pas encore quelles mesures je vais prendre quant aux 3 textes déjà publiés sur mon site. Je vais peut-être rajouter un encart disant que l'auteur ou prétendu auteur est "seul responsable de l'authenticité de son texte" ? Car comment connaître toute la littérature publiée et celle des internautes ?!

Dans le doute...Y a-t-il un acte publicitaire ? Est-ce une machination raciste ? Est-ce, plus vraisemblablement au vu de la qualité de certains textes reçus, une bêtise d'adolescent ?

Cordialement,
NB."

16 juillet 2007

Le soleil comme une arête dans le gosier....

Il y a dans cette triste histoire de Djamel Mazouz, une chose qui m’épate, cette boulimie de reconnaissance. Chaque jour arrive d’autres messages émanant de sites de littérature, de poésie ou Djamel avait déposé des textes. Les miens et d’autres.

Oui, cette avidité m’interroge, me trouble. Bien sûr, en elle-même, elle est un symptôme, un aveu. Mais au-delà…

J’essaye de m’imaginer toute l’énergie qu’il faut développer pour être référencé sur tant de sites. L’énergie, et cette volonté obscure. Cette sorte d’acharnement désespéré …

Pour s’engager dans cette voie, il faut une foi démesurée dans le pouvoir du texte ou de la poésie.

Je crois, aussi, en l’exceptionnelle valeur des mots, je crois en leur valeur sacrée, c’est pour cela que trahir ici, n’est pas seulement trahir, c’est blasphémer.

De ce point de vu je comprends les indignations qui me sont parvenues.

Mais ce dont je suis sûr, c’est que le sacré du texte ou de la poésie, ne s’approche que par l’infime. Par l’ombre. C’est l’égo démembré qui nous atteint. C’est sa défaite qui nous destine.

Franck

Angeline disait : « "car écrire est un acte, un événement de vie qu'il est bien loin de comprendre de l'intérieur (tout ce qu'il cherche à faire c'est, n'est-ce pas, de prendre la place du soleil... C'est une grande affaire dans l'histoire humaine ça... De briller...)............ »

15 juillet 2007

Hors saison........

Nous vivons hors saison. Attachés à rien. Seulement quelques pas de danse sur le fil tendu de la mort. Et quelques mots nous retiennent de la chute. Nous ne sommes pas du temps des chronologies. Nous sommes hors saison. Celle des amoureux. Celle des fous.

Tous les jours j’invente un peu plus ta peau. J’agrandis l’océan.

Porter ton absence c’est comme porter une étoile. C’est l’assurance d’un ciel.

Il y a des liens qui ne se définissent pas. Les nommer les affaiblirait.

Se taire. Entrelacer nos silences. Apprendre un peu plus de ce temps déconstruit. Nous vivons hors saison. Seulement quelques pas de danse sur le fil tendu de l’amour.

Il y a une ligne invisible qui nous relie. C’est un mystère qui ne nous appartient pas. Tout juste pouvons-nous le servir, en baissant la lumière de nos chambres d’écriture.

Car ta pudeur éclaire mon désir. Et ta bienveillance déploie une aile blanche au-dessus de mes ombres planantes.

Chaque lettre de toi, précise un peu plus mon chemin. Il y a comme un itinéraire dans la tendresse. Une rose des vents dans ton souffle. La géographie de l’amour est un labyrinthe. Avancer c’est toujours se perdre. Comme marcher sur des bouquets de cendres.

Tu sais, t’écrire n’est pas écrire, c’est cueillir des lucioles, ou s’allonger dans le foin encore chaud des moissons, c’est s’assoir dans le jardin de la langue et attendre la fin des temps.

Car t’attendre n’est pas attendre, c’est brûler chaque jour un peu plus.

Car désormais nous vivons hors saison. Nous n’avons plus besoin de mémoire. Je suis sans souvenir puisque je tremble de ta seule présence.

Tu as su défaire un à un les murs de mes prisons, avec si peu de chose, seulement un battement de paupière. Dans chacun de tes mots, je sens peser sur ma peau des caresses inconnues. Et dans mes veines résonne le pas d’une armée en marche.

Nous habitons la même partie du ciel, mélangeant nos gravités, épuisant nos soupirs. Et les murmures nous guident.

L’amour et la mort sont les deux extrémités du silence. Et nous avançons sur le fil des jours.

Nous somme hors saison. Et cet exil nous sauve. Et cette perte nous bénit.

Tu le sais nous avons été choisi. Ni par les dieux, ni par les diables. Noces de la terre et du ciel, notre maison est la ligne d’horizon. Et l’océan est le chemin qui nous y mène. Et les anneaux de Saturne scellent nos fiançailles.

Nous sommes hors saison. Nous somme du temps des fous, des enfants. Des amours.

Franck.

19 mai 2007

Intime.......

Il y a des lieux, des géographies. Des destinations. Plus tard, bien plus tard, il a des achèvements.

 

La pensée, le rêve, se nourrissent d’espace large, d’illimité, de démesuré. Mais l’intime s’édifie dans le grave. Dans les lieux clos du grave. Les îles. Les oasis. Les feux de bois. Les éclairages tremblants. Les chandelles vacillantes.

 

Lieux du grave et de l’intime. Du début, et de la fin.

 

L’espace intime fait un trou dans le réel. Comme si la continuité du temps s’effaçait soudain. Un trou. Une crevasse. Une blessure délicieuse. Un chavirement.

L’intime. Ce n’est pas le rapprochement de deux êtres. L’intime c’est bien la disparition de deux astres dans un trou du temps et de l’espace. L’intime. Le réel se détache, s’arrache.

 

Ce dimanche là, tu le portais en toi, et tu me l’as offert. L’intime. Simplement. Et je sais que je l’avais toujours désiré ainsi. Homme en guerre, tu me tendais la paix. Et je la voulais cette paix. Face à face, dans un autre monde.

L’intime est une disparition.

Et tu m’as guidé dans ce lieu de la terre, unique, et terrible, et bénit. Liturgique. Un vortex de l’âme. La disparation des écorces. Le lieu du sang aux tempes. Du battement lent du cœur. De la respiration commune. Il existe d’étranges magies. De fabuleuses géographies.

 

Nos visages se sont penchés. Nos visages ont dessiné un pays, et nos voix en furent la première tribu. Et tu fabriquais du secret juste pour me le dévoiler. Et tu inventais du mystère, juste pour le bonheur de me le révéler. Comme si l’aveu était la chose la plus douce.

 

L’intime est le lieu des enfants et des mourants, c’est pour cela que les amoureux s’y glissent avec tant de jubilation. Ils en ont la clé. Et l’instinct. Lieu des débuts, et lieu des fins. L’intime est une île dans une mer intérieure. Un silence au centre de l’océan. Une folie convoitée.

Comme si l’espace s’agrandissait de notre seule disparition, et de notre abandon, et de cette divagation somptueuse.

L’intime se pose sur l’ombre de la voix et parle une langue inconnue. Et les mots de l’intime n’ont pas de sens, ils n’ont qu’une lumière fragile. Le murmure balbutie d’étranges litanies. Et la voix se faufile dans les couloirs sombres du temps.

 

L’intime ce n’est pas le contact. Ce n’est pas la peau sur la peau. L’intime c’est un vide magnifique qui absorbe en un instant toutes nos défaites. C’est la distance la plus petite dans l’étendue la plus vaste. Un temps décomposé sur la bouche du temps.

 

L’intime c’est nos corps l’un vers l’autre, avec cette chaleur d’été au cœur du printemps. Et cette vie qui suintait à la suture du jour, et tes lèvres posées sur la couture des heures.

 

Et cette trace rouge et bleue et blanche…

Et ce tremblement de chair…

 

Franck.

3 septembre 2006

Un peu de la fin.....

J’ai repris la lecture des « Carnets » de Louis Calaferte. Encore un maudit. Ca commence par la censure, ça fini par l’ostracisme des intellectuels.

Puissance de la création. Evidence brutale.

Rédemption.

Au fond du couloir de l’écriture, tout au fond, il y a une porte. On ne sait pas que l’on va vers elle. C’est « la porte étroite ».

Je n’avais jamais relevé la véritable dimension religieuse de l’oeuvre de Calaferte. Plus précisément, mystique. Un Christianisme, débarrassé du catholicisme.

Au creux du poème gît l’absolu. Irréductible confrontation.

Et je sens mes défaillances, chaque fois que ne donne pas assez généreusement ce qui m’est demandé. Qui en soi, demande, exige ? A qui refusons-nous ?

Le texte exige tout. Tout et tout de suite. Que signifie : tout. Parfois, je sens le danger. Un vrai danger. Mais parfois seulement.

Accepter le mystère. L’idée d’un mystère.

D’un inconnaissable.

Avec son frère l’indicible.

« Ce qu’on appelle « inspiration » est capacité de s’introduire mentalement dans la zone de notre infra conscience, domaine des puissantes attaches cosmiques ; en même temps aussi, probablement, que d’un amalgame de lointains « existant », qui sont comme nos fondations psychiques. A condition d’être en disposition de l’utiliser, le coup de sonde est toujours récompensé. »

« Capacité de s’introduire mentalement »… j’aurais rajouté physiquement.

L’art du sorcier.

Sourcier.

Chercher le vivant dans l’inanimé. Ou l’inanimé dans le vivant. « Le coup de sonde… »

Il y a des jours de découragement. Et cette révolte contre soi. L’impossibilité de maintenir l’élan. Le geste.

Le texte déchire le présent. Parfois il l’efface.

Même la mémoire se dit au présent.

Ecrasement des temps.

« Le coup de sonde… »

Les fleurs blanches des grands acacias flottent dans l’air de l’automne qui s’avance. Fin de partie. Les branches lourdes des lumières de l’été font leurs révérences.

Obstination des saisons. Dans la rue, les femmes font encore danser leurs ombres dorées. Peaux dénudées. Poitrines solaires parfumée d’huile amoureuse. Regards étoilés de chairs. Dernières danses avant la blancheur des temps. Femmes acacias.

J’ai un hameçon fiché dans le présent. Qui peut bien tirer sur la ligne ?

J’ai des souvenirs plein les mains. Un humus odorant. Pétrissage vain.

Il y a un abîme. Sans fin.

Le manque. Et l’absence, et le silence que je tisse. Non, qui « me » tisse.

Il y a un abîme, qui pourtant finira bien.

En creux. L’existence au pochoir. Le silence suit les contours de ma parole. Il dégage des formes. L’abîme du silence, j’ai souvent l’impression que je n’en reviendrai pas. Vertige. Peur. Exaltation.

Violence. Absurde, mais nécessaire.

Le lyrisme comme une forme sublime de la violence. La volonté de dépasser. Redoublement de la vague. Explosion de l’écume. Joie brutale de l’exaltation. Comme dans le désespoir. Extase misérable.

Je suis d’un pays qui n’a pas de frontière.

Pas de roi, pas de sujets.

Quel est le sujet de l’écriture ?

Il manque lui aussi. Un grand vide.

Dans chaque mot. Une lande à traverser.

Claude Louis-Combet arpente les landes de la parole, accroche sa plume aux buissons ardant de la conscience : « Que sommes-nous hors des mots qui s’efforcent de dire ce que nous sommes. Cette conscience qui, dans l’écrit, prend conscience d’elle-même et se découvre soudain comme chose de texte parce que le texte est, tout entier chose d’humanité particulière, ne peut mener à bien son opération de métamorphose et de transsubstantation que dans l’immobile mouvement d’une adhésion toujours plus complète au silence qui la fonde (dans son origine) comme au silence qui l’attend (dans a fin). »

Je suis d’un pays qui n’a pas de frontière.

Aux terres désossées.

Les saisons en mourant emportent avec elles un peu plus que tu temps, un peu que des souvenirs. Un je ne sais quoi qui blesse.

Peut-être qu’elles tirent sur l’hameçon.

Le texte déchire le présent. Parfois il l’efface.

La question de la fin se pose toujours.

Ecrasement des temps.

Franck.

2 mai 2007

Une île.....

Je suis une île infatigable.

Je suis une île qui attend son naufrage

Je suis une île que les marées écorchent.

Une île brûlée par les passions défuntes

Une île foudroyée par l’attente

Une île sans rivage

Sans horizon

Si nue que le soleil ne la regarde plus.

Qu’un silence trop lourd pourrait faire chavirer.

Je suis une île infatigable.

Franck.

2 mai 2007

Elle avait....

Cela nous arrive de loin. Et cela vous retourne la chair comme un mascaret. Cela vient du fond de l’océan, d’un profond. Ou des montagnes, d’un sommet. Ca roule et vous appelle comme un chant. Comme un grand vide. Comme une fatalité.

Au départ, c’est un roulement de tambour sourd, inaudible. Une rumeur.

Un désastre commence toujours par un printemps. Un excès de printemps. La douleur commence toujours par un enchantement, elle est la sœur de la jouissance et de l’exaltation. On le sait, mais on veut l’oublier. Comme les papillons de nuit qui vont mourir pour avoir trop aimé la lumière. Oubli. Insouciance. Désinvolture.

Cela nous arrive de loin. Et cela vous retourne la chair du cœur comme le mascaret retourne les eaux du fleuve. Des eaux à nu, à vif. Des eaux saignantes, qui replient leur peau, qui perdent leur élan. Les eaux vieilles du fleuve meurent en aimant trop la mer.

Elle avait dans la voix l’incomparable force de ceux qui savent murmurer.

Et dans les yeux les incendies des nouveaux temps….

Elle avait…..

Les vielles eaux du fleuve, meurent d’aimer plus loin que leurs eaux…

Elle avait…

Franck

27 avril 2007

Oublier....

C’est souvent le même rituel. J’allume l’écran et je rentre dans la salle d’attente du texte. La salle d’attente du texte est un lieu, et un temps. Le lieu du temps. Un univers. Une vie. On est là et l’on sait que personne ne viendra vous chercher.  Personne d’autre que vous, n'attend. Vous êtes seul et vous attendez. Il n’y a pas d’impatience. Simplement l’attente. Le flottement du désir. C’est une urgence douce. Une urgence qui n’appelle aucun soin, aucun recours. C’est un temps paradoxal dans un lieu de conscience paradoxal. Tout y est plus vrai, sans pourtant y être tout à fait réel. Comme le danger. Ce sentiment, cette sensation d’être en danger. Pourtant, là, rien ne me menace, mon corps ne risque rien hormis un tremblement de terre peu probable. De l’extérieur je dois donner l’image d’un homme paisible, concentré, ou perdu dans ses rêveries. Mais je sens un danger. Un danger qui ne menacerait pas ma vie réelle, mais quelque chose d’encore plus important que ma vie réelle. Je n’arrive pas définir ce que c’est. Personne ne peut définir ce que c’est. C’est la chose la plus importante et personne ne peut dire cette chose. Elle est là, on est construit autour et on ne sait rien d’elle. Alors on écrit en décrivant de grands cercles de parole. Pour ne pas tomber. Tomber dans cette chose qu’on ne sait nommer et qui pourtant est nous.

 

Je ne sens ce danger que lorsque je suis dans la salle d’attente du texte. Comme si le texte nous inquiétait dans son approche lente et diffuse. Comme si le texte sortait de la chose inconnue de nous. L’inquiétude. Le danger. Quelque chose qui pourrait nous réduire à rien. Nous renvoyer à une sorte de néant. Des limbes.

 

Le texte s’avance et nous sait mieux que nous-même. Il rentrera par la porte la plus faible. Au départ il rôde au loin, on ne l’entend pas, on ne voit rien, à part quelques ombres furtives. Il n’a pas de forme. Il cherche. Il cherche l’endroit de mélancolie, l’endroit de tristesse en nous.

Il y en a toujours. La chair est nostalgique par nature. Alors il rôde, et nous affame. Comme une ombre qui traverserait nos temps, nos passés, nos futurs. Car le texte connaît notre destiné, c’est pour cela qu’il « est » le texte. Ce texte, et pas un autre. Ces mots seuls, et pas d’autres mots. Il sait l’impossible lien qui tisse nos heures, il en connaît la couleur, la substance, la destiné. Le texte tiens dans sa main l’origine et la fin, et il nous les tend sans qu’on sache les reconnaître, comme dans un jeu de courte paille, où l’on ne gagne jamais.

 

Les règles du jeu changent en permanence. Nous ne savons rien. Le texte, lui, sait. Il a traversé plusieurs vies, plusieurs siècles, et il cherche en nous le plus faible, le plus désespéré.

On est dans la salle d’attente du texte et peu à peu il se rapproche. On le sait à ce brassage des chairs molles de notre pensée. Car au départ le texte n’est pas fait de mot, du moins on ne les voit pas. On ne discerne rien, hormis une rumeur de marée, hormis une présence qui nous afflige et nous met en joie en même temps. On reconnaît sa présence à ce mélange, à cette confusion, comme un horizon qui s’inquièterai, comme le bruit d’une bataille, un galop lourd au-dessus des nuages.

 

Et puis les choses se précisent. Les premiers mots nous guident vers d’autres endroits. Ils tombent, là, avec leur consistance indécente, une nudité presque obscène. Toujours, au début, il y a ce sentiment d’une réalité inacceptable des mots. Toujours. Un couloir. Un couloir sombre. Un couloir sans fin. Un couloir qui traverse notre vie. Le texte choisit toujours les lieux étranges de notre vie. Les chemins cabossés, les landes sauvages, ou les couloirs sombres. Les lieux de passages déserts, nos lieux d’errances. Nos lieux inhabitables. Nos lieux d’inquiétudes. A l’intérieur, notre géographie est tourmentée. Paysage lunaire. Paysage de fantômes. Alors commence la longue traversée. Mot après mot. C’est comme s’il y a avait un trou d’où les mots s’échappaient, un à un. Il faut simplement maintenir les bords de la plaie ouverte. Car c’est une plaie. Enfin, cela y ressemble. Souvent on dit que c’est une douleur, mais ce n’est pas exactement ça. C’est une difficulté. C’est se sentir dans une terrible fragilité. Il faut rester ouvert. Maintenir l’être à vif, à vif de sa vie comme si les mots étaient attirés par le sang, par la chair à nue.

 

Nous étions dans la salle d’attente du texte, et maintenant le temps se déploie, avec une sorte de majesté lente, de gravité exigeante. C’est le temps du couloir. Et c’est une énigme, comme si le texte proposait à chaque fois des mystères, des secrets. Comme si le texte était fait de dévoilements incomplets. Comme s’il chuchotait et qu’on n’entende qu’une partie de ce qu’il nous souffle. Des morceaux, des bribes. Comme si l’on ne pouvait pas tout recevoir, comme si l’on était toujours en-deçà de son vouloir, de son appétit. Il y a là, quelque chose d’écrasant. D’éreintant. Parfois, pas toujours, j’ai des larmes qui montent aux yeux. Mais ce n’est pas de la tristesse. C’est l’eau du texte. Son fleuve. Elles viennent. C’est Tout.

 

On ne voudrait ne pas se trouver là, et pourtant c’est bien la seule nécessité qui s’impose, être là. A cet instant précis de notre vie, être là, et nulle part ailleurs. Etre présent à cette bataille. Assister à cette défaite, ce démembrement.

Le texte s’agrippe aux parois intérieures du corps. Plus il avance, plus son poids s’alourdit. Le geste racle un peu plus, avec le temps. Les mots résistent à se donner. A pénétrer la densité de la chair.

 

Le temps du couloir est un temps déraciné. Il ne compte pour rien dans nos âges. C’est un temps dérobé aux dieux. Nous sommes sans patrie, la seule qui vaut, la seule qui compte c’est nos temps d’exil. Lorsque nous sommes assez loin de nous pour accueillir la solitude que le texte exige.

 

Puis vient le temps où le texte se défait de lui-même. Où la bataille a été livrée. Vient le temps de la paix. Où le monde revient dans nos veines. Où le soleil reprend sa couleur. Et tout s’efface peu à peu, comme si rien n’avait existé. Pauvre et glorieux. Le texte se retire. Devant nous les restes d’une mélancolie somptueuse et d’une tristesse décomposée. Devant nous l’éclatement des saisons et l’univers que l’espace d’une seconde on a tenu serré contre notre poitrine. Et le souvenir de quelques larmes.

 

L’écriture n’est pas une occupation, elle ne peut réconforter de l’ennui, puisqu’elle est la forme ultime de l’ennui. Elle ne peut consoler de nos échecs, puisqu’elle les sacre tous, jusqu’au dernier. L’écriture nous lave de rien, et nous rend ni pire, ni meilleur. Elle n’est qu’une affirmation portée à ébullition, qu’un fer rougit fiché dans le cœur. Un surcroît de désir éparpillé sur les chemins de croix de nos vies. Un écho. Un tintement de l’âme. Elle est le miroir de nos défaites et l’horizon crevé de nos rêves. Un espace creusé qui appelle la vie à l’état brut. La vie sans formes. La palpitation originelle. La pulsation. Elle est notre nuit religieuse. Elle n’est que ce cri nous retenons. Ce long hurlement dans les étoiles.

 

Au bout du texte on ne sait rien de plus sur nos peurs, sur les dangers qui nous guettent. Au bout du texte tout est à refaire. Au bout du texte rien n’a vraiment changé. Et pourtant….On est toujours une énigme pour nous, et pourtant…et pourtant…

 

Je vais éteindre l’écran. Oublier la salle d’attente du texte, je vais oublier le couloir et ses ombres, je vais oublier… Je vais oublier… Mon dieu faites que j’oublie tout, pour qu’à chaque fois mon désir soit plus neuf, soit plus pur !…oublier…

 

On est riche d’un épuisement et d’un oubli. On est riche d’un cri silencieux, d’un feu qui brûle le sang, d’une solitude qui ne craint plus son ombre.

Je vais aller marcher dans la ville. Juste marcher. Et oublier….Et attendre l’aube…

Franck

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