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J'irai marcher par-delà les nuages
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5 septembre 2005

Que faisons-nous.....

On vit dans un drôle de monde. Cela fait quelques jour que j’ai arrêté de poster régulièrement. Et la machine continue à tourner toute seule. On n’a même plus besoin de moi. Je trouve cela plutôt bien. Quelqu’un me disait récemment : " J’écris, et personne ne vient poser des commentaires. " Chez moi c’est l’inverse.

Oui, vraiment on vit dans un drôle de monde. Chacun dans sa bulle. Aveugle et sourd, mais surtout pas muet. Nos ego, bourgeonnent, gonflent ; et alors qu’il faudrait lutter contre cette tendance morbide d’exister avec un moi malade de lui-même, - ne serait-ce que pour rencontrer l’autre et l’accueillir dans un cœur laver de nous-même – que faisons-nous ? Au lieu de retenir nos élans violent, que faisons-nous ? Au lieu d’être silencieux ou reconnaissant que faisons-nous ? Au lieu d’habiller notre âme pour recevoir l’amour que faisons-nous ? Au lieu d’accepter les différences, que faisons-nous ? Au lieu de brûler nos faiblesses, que faisons-nous ? Au lieu de dire que la parole de l’autre me grandit, quelque soit la parole, parce que cette parole s’adresse à nos manques, nos absences, que faisons-nous ? Au lieu de dire, " c’est à moi d’être à la hauteur. " Que faisons-nous ? Au lieu de penser que la trahison pourrait aussi venir de soi que faisons-nous ? Au lieu de voir la beauté évidente de l’autre, que faisons-nous ? Au lieu d'écouter, que faisons-nous ?

Oui, que faisons-nous ?

Franck.

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31 août 2005

Au moins j'ai pu le retourner.....

Estelle, elle m’appelle presque tous les jours. Depuis le mois de juillet. C’est difficile pour elle. Daniel est mort. Son ami, son compagnon, son amour. La mort est un pays caillouteux interminable. Ils ont eu six mois de bonheur. Le reste, la maladie, longue. Estelle, avant était forte, énergique. Là, elle ne veut plus rien. Si, elle voudrait mourir. Le rejoindre. En finir. Pour continuer à l’infini avec lui. " Vous ne pensez pas, Franck, qu’après la mort… la haut … il y a quelque chose ? " Je ne sais pas. Je ne crois pas. Il faut vivre Estelle. Encore un peu. Ma voix n’est pas convaincue, ni très convaincante. Pourtant, oui il faut continuer. Quand j’ai vue Estelle il y a une quinzaine de jours, elle pleurait beaucoup. Elle répétait toujours les même phrases, les même mots. " Je suis tellement triste ". Une fois dite la phrase provoquait des sanglots. Estelle ne veut plus avancer. Six moi de bonheur. Ce n’est pas assez. " Vous savez, Franck, avec Daniel, on s’aimait. Vraiment, on s’aimait. ". Elle ne dort plus. Alors elle boit un peu. Beaucoup. Du vin. A sa voix j’entends…. les mots du vin. Elle n’en veut plus de cette vie. Les mots du vin avec leurs épaisseurs, leur écho, et l’interminable redite, de l’absence, de la peur, et les larmes qui étranglent. Et le chagrin qui colle aux heures, aux secondes. Elle a essayé avec des médicaments. Fin juillet. Une nuit de vin, une nuit de trop. " J’ai tout raté, même ça… je n’ai réussi qu’à m’assommer pour deux jours. " " Et avec mes fils ?… avec le plus jeune on est brouillé… et avec le grand…il a sa vie.. ". " Je n’ai rien qui me retient ici… ". La semaine dernière, le téléphone lui a annoncé que la mère de Daniel venait succomber d’une crise cardiaque. Quand le sort trouve un coin, il tape, il tape. " Nous étions bien toutes les deux, on parlait de lui… Voilà, ça continue… jamais ça pourra s’arrêter. Il faut que j’aille là-bas. Vous comprenez, ils vont rouvrir de caveau. "

On s’est parlé aujourd’hui. Je vais à Paris, je la verrais. Sa voix est cassée. Le vin. Elle me dit qu’elle contente quand même. Parce qu’elle a pu retourner Daniel. " Ils avaient disposé l’urne à l’envers, alors ça ne pouvait pas aller. Je l’ai retourné. Je me sens mieux. Il est droit maintenant. " " On peut pas monter au ciel la tête à l’envers ". Elle me dit qu’elle va mieux. Je verrais bien ce week-end. Elle m’a dit qu’elle irait voir un docteur, qu’il faut qu’elle remange, qu’elle redort. Estelle parle beaucoup, elle donne toujours tous les détails. " Quand, il était encore conscient, il m’a dit : je veux que tu sois heureuse. Mais vous comprenez, sans lui….j’aurais l’impression de le trahir… " Ecoutez-le Estelle. Posez votre verre, et essayez encore coup. Une fois encore, je suis sûr que ça va marcher. " Je suis heureuse, au moins j’ai pu le retourner… Je suis tellement triste, mais maintenant qu’il est droit…. "

Oui, il est droit, Estelle, et vous aussi vous êtes droite. Difficile de respirer quand la mort étouffe les jours. Mais vous êtes droite. Posez votre verre Estelle. S’il vous plait, posez-le ! Je vous raconterai mes histoires de blog…
Ce matin je disais dans un courrier : quand une étoile s’éteint, il y en a une qui s’allume. En fait c’est faut, quand une étoile s’éteint, il y en a deux qui s’allument. Et je connais leurs noms.

Franck

30 août 2005

Ce n'était pas vraiment utile de le faire comme ça...

Ce n’était pas vraiment utile de le faire comme ça. La vérité et la franchise ne sont pas obligatoirement haineuse. Les vérités qui se succèdent de jour en jour, toujours différentes ne constituent pas La Vérité au final. Les choses pouvaient se dire plus simplement. Depuis longtemps. Sans chercher le paroxysme haineux, méchant. Blesser pour blesser. Il n’y a rien gagner là-dedans. Le monde autour nous se charge bien assez souvent de déchirer, de mutiler nos existences. Mais si cela t’apaise, alors c’est bien de l’avoir fait comme ça. Si tu es convaincu qu’il faut toujours en passer par là. Alors il fallait le faire. Comme ça. Avec brutalité et violence. Si tu crois que c’est juste, alors il fallait le faire et le dire comme ça. Mais " CA ", ce n’est pas de la littérature. C’est simplement faire du mal. Gratuitement. Ce n’est pas glorieux, mais cela t’a fait du bien, il fallait le dire ainsi. Non, tout cela n’est plus de la littérature. Ni ancienne, ni nouvelle.

Julie, ma petite fille, jusqu’à ce jour je ne t’avais pas invité dans ces pages. Je voulais te préserver de mon écriture. Tu as ta vie. Et maintenant que tu viens d’être maman, tu as la vie de Carla à bercer, à faire croître. Oui, je ne t’avais pas invité, ici. Mais je sais que tu passes de temps à autre. C’est pour ça aujourd’hui. C’est vrai qu’on a eu une drôle de vie tous les deux. Mais au bout du compte je crois qu’on arrive à s’en sortir. Il y aura toujours eu des distances géographiques entre nous, mais on a su trouver notre langage à nous. Ta voix au téléphone l’autre jour était claire, joyeuse. J’aime entendre ton rire de gorge. Oui, aujourd’hui, je voulais te dire que si tu lis des trucs pas terribles sur ton père, il ne faut pas que tu t’inquiètes. C’est de la littérature. Oui, tu sais, la littérature comme toutes les choses importantes est parfois cruelle. C’est son sens de dénoncer les impostures du monde, de la vie, des gens. Oui, je suis lâche et un tas choses en plus. C’est certainement vrai. Mais je te rassure guère plus que tout le monde. On sait tous les deux quelle est la couleur de notre courage. On sait toutes les distances qu’il a fallu traverser pour enfin se connaître mieux. Mais quand je te vois avec Carla il y a quelque chose d’apaisant qui circule en moi. La dame qui dit toutes ces choses sur ton père ? Tu sais, elle est blessée. Elle souffre. Elle a du courage aussi. Elle a un talent hors du commun. Et une belle énergie. Elle mène un combat difficile contre la laideur du monde, contre la violence. Toutes les violences. Tu sais son rêve en fait, serait de terrasser le mal et la violence.

Alors aujourd’hui, je voulais te rassurer. Et te redire combien je t’aime. Combien tu me manques. Toi et Carla. Quand vous êtes parties toutes les deux aux Etats-Unis, ta mère et toi, si longtemps, j’ai eu du mal à combler ce vide soudain. Mais tu vois les années ont passé. Et maintenant tu es maman. Une belle maman. Et ta voix est claire. Tu vois Julie, le monde est difficile, beaucoup le complique. Pourtant les choses sont simples. N’emploie jamais les armes de ton ennemi, parce que tu deviendrais comme lui. Ne prend pas ses mots parce qu’ils deviendront ta langue. Ne flatte pas, mais soit pas injuste. Equilibre tes gestes avec ta parole. Soit du coté de l’amour, même en face des haines, même si c’est difficile et parfois impossible. Essaye. Essaye toujours. Parce qu’il n’y a pas d’autre issue. Et ceux qui te diraient le contraire serait des menteurs. Quant à la lâcheté, apprend à la déceler, elle prend des formes bizarres, incongrues. Une des plus grandes, c’est sans doute le mépris.

Tu sais Julie, je ne vais pas faire trop long aujourd’hui. Je n’ai pas le cœur au bavardage. Nous parlerons plus longuement au téléphone. Et ne t’en fais pas pour ces mots sur ton père, ce n’est pas grave. Nous savons ce que nous avons à nous dire. Et nous savons cet amour qu’il a fallu gagner, sur le manque, la séparation et les malentendus.

Ce n’était pas vraiment utile de faire ça comme ça.

Franck.

29 août 2005

L'enfer.....

Je sais qu’il ne faut pas le faire. Mais hier, j’ai perdu mes mots. Alors j’ai lu ceux des autres. Ici, normalement c’est un lieu d’écriture. Normalement. Mais en fait, rien n’est vraiment normal dans nos vies. Dès qu’on rencontre l’autre on est traversé. Et parfois envahi. Submergé. Ca se passe en nous. Tout le monde connaît ça. Donc hier j’ai décidé, qu’aujourd’hui, je recopierai un texte. Chez moi, ici, souvent il se passe des choses inattendues. Au fond je trouve ça bien. Il est d’ailleurs intéressant de voir, comment à partir de l’amour les choses dégénèrent. Au départ, tout le monde s’aime. Alors les guerres peuvent commencer. Les haines. C’est pour cela que j’ai relu des pages de Thomas Merton.

" L’enfer, c’est l’endroit où les êtres n’ont rien de commun les uns avec les autres, si ce n’est leur haine mutuelle e l’impossibilité où ils se trouvent de se fuir eux-mêmes, ou de fuir les autres.
Forcées de demeurer ensemble dans leur feu, ils s’efforcent, avec une haine profonde et impuissante, de se repousser mutuellement, non pas tant par haine de ce qu’ils voient chez les autres que parce qu’ils sentent la haine que les autres éprouvent pour ce qu’ils voient en eux. Tous reconnaissent chez leurs frères ce qu’ils détestent en eux : l’égoïsme et l’impuissance, la souffrance, la terreur et le désespoir.
On connaît l’arbre à ses fruits. Si vous voulez comprendre l’histoire sociale et politique de l’homme moderne, sachez ce qu’est l’enfer.
Mais le monde, malgré tout, avec toutes ses guerres, n’est pas encore l’enfer. Et l’histoire, si terrible soit-elle, a une autre signification, plus profonde. Car ce n’est pas le mal dont elle est remplie qui nous aide à la comprendre, pas plus que le mal qui imprègne notre temps ne nous fera comprendre notre temps. Dans la fournaise de la guerre et de la haine, ceux qui s’aiment sont étroitement unis dans leur charité héroïque malgré la souffrance, tandis e ceux qui haïssent sont dispersés et projetés comme des étincelles, de la fumée et des flammes, dans toutes les directions. "
............
" …Une porte s’ouvre au centre de notre être et nous avons l’impression de plonger dans d’immenses profondeurs qui, bien qu’infinies, nous sont accessibles ; toute l’éternité semble être devenue nôtre dans ce contact unique, calme et éperdu. " (Thomas MERTON)

Franck et Thomas (surtout Thomas)

23 août 2005

en silence...au matin...

Au départ on est loin, on est dans l’inaccessible du temps et de l’espace. Mais les enfants savent d’instinct traverser les impossibles. Les âmes brûlées aussi. Au départ on est loin, chacun dans sa parole, dans la maisons de ses mots, au plus près de l’hémorragie qui épuise nos jours et nos heures. On est chacun sur l’horizon de la langue, chacun à son pied d’arc-en-ciel, chacun dans sa couleur.
On est loin, séparé par le ciel, et par cette arche irisée.
Au départ on est loin mais les incantations se répondent, parce que les murmures s’opposent au vacarme du monde et parce que les cris révèlent les silences. Au départ on est loin, mais peu à peu les portes du ciel s’entrouvrent. Pour agrandir l’espace, juste entre la chair est l’os. Juste entre fracas et prières.
Après, arrive le temps du chant et de la danse. Nos musiques s’entrelacent et se nouent pour nous aider à gravir l’échelle des couleurs. Chacun, à son bout d’arc-en-ciel, chemine vers l’autre sur le chemin de la langue, c’est le temps où la voix s’exalte de sa véhémence, de ses soleils, de ses éclairs. C’est le temps où les notes inventent la portée, où la cadence rythme les souvenirs, où l’espérance fleurie comme de larges bouquets. C’est le temps océan, immense et grandiose qui berce nos perspectives, et change les clameurs en louanges fruitées. C’est le temps des flammes et des voyages univers, et des jardins célestes. C’est le temps des tendresses enfantines. La source des mots s’épanche vers l’affluent du cœur. On est haut dans le ciel, si proche désormais qu’on pourrait se toucher. C’est le temps des soupirs et des apartés, c’est le temps des souffles, pas celui des regrets. C’est le temps des secrets et du sang partagé, des silences que l’on offre dans les mains que l’on tend.

C’est un temps éphémère, qui offense les dieux. C’est un temps majestueux, qu’il faudra redonner. Pour une heure enchantée, cent ans de misère. Pour un jour de délice, mil ans de repentir.

Au sommet des couleurs, nous nous sommes croisés. Au plus haut de cette arche de lumière, tendue entre nos deux étoiles. J’ai à peine eu le temps de caresser son ombre, qu’une araignée cruelle a tissé sur nos lèvres un rictus forcé.

Et dans un ciel de marbre durcit par les chagrins, c’est éteint une étoile, en silence, au matin.

" Poème, je ne vous demande pas l’aumône,
Je vous la fais.
Poème, je ne vous demande pas l’heure qu’il est,
Je vous la donne.
Poème, je ne vous demande pas si vous allez bien,
Cela se devine.
Poème, poème, je vous demande un peu…
Je vous demande un peu d’or pour être heureux avec
celle que j’aime. " (Robert DESNOS)

Franck.

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22 août 2005

J'irai où le sang coule.....

Comme cette sonate de Chopin qui frôle la discordance pour nous rappeler la fragilité du temps, et des amours qui nous percent en nous traversant.
Ce matin, dans de lac, flottait encore la lumière d’un astre tombé. Une lumière de cristal étoilé, de miroir brisé, et en son centre, j’ai vu une marque de cendre, qu’un embaumeur invisible aurait oublié.
J’ai cherché son visage. Il ne restait que quelques mots ébréchés dans une parole décomposée. Et la trace d’un désastre annoncé. Comme ces mots disloqués que j’écrase patiemment sur le blanc du papier. Lettre par lettre.
Mais je veux croire encore. Même si dieu ne répond pas, même si les anges se sont tus. Sur la large toile le pinceau a dessiné de grandes étendues de silence et d’oubli. Et je plante mes mots dans cette terre d’absence et je pleure dessus pour les faire refleurir. Et je soulèverai les rideaux des saisons, et j’arracherai les mauvais jours, comme on arrache des broussailles, je brûlerais l’été, et l’azur, je brûlerais le feu s’il le faut. Parce que je veux croire encore.
Je n’écouterai pas ma raison qui me dit de me taire. J’irais là où le sang coule.
Ce matin, dans le lac, flottait toujours la lumière d’un astre qui se lève. Une lumière claire et limpide, qui s’extrait des ténèbres chaque jour un peu plus. En son centre j’ai vu l’empreinte d’un diamant étrange et singulier dont l’éclat mystérieux appelle les prières, et les chants, et l’amour ressuscité.
J’ai cherché son visage. Et j’ai vu l’infini qui débordait dans un très long soupir. J’ai même vu son sourire et ses doigts qui tremblaient, sur l’alliance des mots qu’on échange en silence comme une arche invisible tendue entre deux étoiles.

Franck

19 août 2005

Sinon ma lumière ne vaut rien.....

Donc c’est fini. Donc ça commence. Je m’étais promis de réfléchir. Promesse non tenue. Je n’ai pensé à rien. Simplement envahis de quotidien. Traversé d’émotions. Contrastées les émotions. Et ce sentiment fort de la solitude. Souvent, on est venu me dire ici des choses sympathiques encourageantes, flatteuses parfois. Souvent le mot qui revenait c’était : lumière. La première fois qu’on vous dit cela d’un de vos textes, votre journée s’embrase tout d’un coup d’un immense soleil. Et vous voyez d’autres appréciations, sur d’autres écritures et vous entendez : noir, nuit, ténèbres. Pourquoi, lumière ici et ténèbres ailleurs ? La vérité a deux faces, comme cette pièce que vous jetez en l’aire pour éprouver votre chance.
Je ne sais pas si mes mots sont parfois lumineux. Moi, j’ai l’impression de vivre dans la nuit est le brouillard. Ecrire, c’est simplement se dire, qu’on résiste. On ne sait même plus à quoi on résiste, mais on résiste. On cherche une vérité de soi ou du monde, on essaye d’aller derrière ses mots et de comprendre un peu plus. On essaye aussi de désapprendre, on essaye d’enlever tous les oripeaux dont on se vêt. On expose, on s’expose, car si l’on est sûr de rien, on a quand même la certitude que le mensonge n’est pas une voix. Alors on écrit. On va chercher les émotions qui vous ont pénétré, transpercé pour les remettre en place, les remettre en vie. On va chercher ces petits instants minuscules, que personne ne veut, ces rencontres ordinaires, on dénude peu à peu son passé.
A certains moment de l’écriture il peut arriver que l’on pense que c’est important d’écrire. Mais on n’est pas dupe. On sait dépasser ces pièges de la vanité. Dans la vérité de son cœur, on sait bien que le plus beau poème, n’égalera jamais une rose, même la plus oubliée. N’égalera jamais le sourie d’un enfant. N’égalera jamais la main de l’amoureuse qui se pose sur votre épaule ou votre bras. Dans la vérité de son cœur on sait très bien que les quelques idées qui parcourent les textes, sont très pauvres et très relatives. Que tout a été dit, cent fois, mille fois, et mieux dit, cent fois, mille fois.
Pourtant quand on dit que mes mots ont de la lumière, sans voir les ténèbres autour, cela me gêne. Parce qu’au fond, ma lumière supposée n’a de sens que part la nuit. " Malgré la nuit ", dirait St J de la X. Il faut comprendre, que si les ténèbres sont déniés, ma lumière s’éteint, elle n’a plus de sens. Ca devient de l’eau de rose, même pas de l’eau de vie. Il faut qu’avant une vérité soit dite. Parce que le monde que l’on vit est une horreur. Il faut quand même le savoir. Même si c’est une banalité que de dire ça. Les vies que nous menons sont pour la très grande majorité, désespérantes de futilités, d’égoïsme, d’aveuglement.
Le mal, s’insinue partout, se parant d’habits de fête pour nous faire danser la carmagnole. Et le plus souvent nous dansons.
Chaque jour, je lis la Maison des morts, vous comprenez, si on dénie " René mange merde ", je n’ai plus qu’à arrêter d’écrire. Il faut qu’il existe, lui est les autres de cette Maison, sinon ma lumière ne vaut rien.

Franck

17 août 2005

Un peu plus......

D’habitude j’adore Paris au mois d’août.
Pourtant depuis hier je ne trouve plus aucun charme à Paris. Cela vient sans doute de la lumière, le soleil est pâle.
Cela vient surtout de ce départ. Je le vis comme une fuite. De quelle fuite s’agit-il ? Impossible de le savoir.
Je me suis fait des listes, histoire de ne rien oublier.
Je bâcle. Je sens que je bâcle. Je n’aime pas ça.
Les rues sont vides. Une chaleur lourde, humide. J’ai cette sensation de fuite, et je n’arrive pas à savoir si c’est bien ou non.
Il faut quitter les lieux. Toujours. Avant qu’ils ne nous quittent.

Paris m’a quitté. Je ne m’en suis pas aperçu….
Je n’ai pas de regret et pas de joie… Seulement quelque chose à l’intérieur qui se tord. Un peu.
Un peu plus.

Franck.

16 août 2005

Chante ma douce......

Cette semaine sera un peu agitée. Aujourd’hui je remonte à Paris préparer mon déménagement. Depuis ma naissance c’est mon dix-huitième. Instable ? Non, pourtant. Certains jours je rêve d’une grande lande de bruyère battue par les vents. Une lande de mystères et de brumes violacées. Et d’orages claquants. Une terre d’hostilités. Une terre inhospitalière. Certains autres jours, je rêve, d’un paysage méditerranéen. La mer bleue, des calcaires blancs, un soleil brûlant et aveuglant. Une île. J’ai l’âme îlienne. Impossible sérénité d’exilé. Toujours dans un retour ou un départ. Des joies courtes, si courtes, et des langueurs si vastes, si profondes, si nostalgiques, comme la mer qui berce mes rêves, comme la mère qui blanchie sous la terre. Les vagabonds ne sont pas d’une géographie terrestre, ils sont d’un lieu du cœur. D’un espace troué du cœur. Ils habitent partout, et ne sont jamais chez eux. De toutes les façons, mon pays, ce sont ses yeux et ses lèvres qui murmurent une vieille chanson :" sensuale… invisibile… teorico… ", je ne me souviens plus de la mélodie. Mais j’appartiens à ce rêve. Je ne suis que de ce rêve…. Impossible et si vrai, si lointain et si présent. Inutile et si nécessaire. Que serait la terre sans un lieu qui appelle, que serait le cœur sans une âme qui l’invite. Et qui chante dans le vent : " sensuale… Invisible…. "

Aujourd’hui, je prends le train. Et je vais retrouver les quelques objets qui désormais me suivent. J’en ai si peu. Cela faisait cinq ans que j’étais dans ce petit appartement parisien. Cinq ans, à plier, empaqueter, ce n’est pas grand chose. Ce n’est rien même. A la fin de la semaine je serais installé en Dordogne. Provisoirement.

J’aurais sans doute du mal à venir écrire ici cette semaine. Je ne sais pas. On verra bien. J’en profiterais pour réfléchir à tout ce qui c’est passé ici ces derniers temps. Car ce qui compte ce n’est pas moi. Ce n’est pas ma vie que je raconte. Vous avez bien compris qu’il s’agit d’autre chose. Mon histoire a très peut d’intérêt. Même s’il est parfois nécessaire de l’user un peu plus ici. Vous comprenez bien, que moi, en tant que tel, n’a aucun intérêt ; c’est l’autre qui compte. Puisque " je, est un autre ". Cet autre du texte qui cherche son air. Au bord de l’asphyxie. Ecrire, aimer c’est d’abord se perdre. Mais c’est terrible, je vous l’assure de se perdre. Car si vous êtes à peu près sûr de la présence de l’ogre, vous n’êtes absolument pas certains que vos petits cailloux serviront à vous sauver. Chaque jour on joue un peu plus avec la mort. Ecrire, aimer c’est le même voyage, c’est la même mer, c’est la même tempête, et c’est la même espérance. Insensée. Désespérante. Eclatante. Foudroyante. Ecrire ne soigne pas puisque c’est ça la maladie, aimer ne guérit pas puis que c’est ça la maladie. Ce qui compte c’est d’écrire assez vrai, d’aimer assez juste, pour inventer un temps supplémentaire. Un sursis. Un surcroît. Ou un reste. Une mer dans la mer. Ou simplement une île, battue par les vents, écrasée de soleil, et d’orages, où je t’attendrais serein et digne. Puisque je sais déjà ta chanson, je te reconnaîtrais : " sensuale… invisibile… ". Chante ma douce invisible, je n’ai que mes mots pour te donner la vie, chante ma douce sensuelle je n’ai que mon rêve pour te faire un chemin, chante ma douce belle je n’ai que mon âme pour te faire un pays.

Franck

14 août 2005

Que sais-tu de moi que je ne connais pas encore...

Je reviens à ma langue et laisse tomber les derniers textes sur le rien, qui ne furent qu’une pitrerie de mauvais goût, mais j’en avais gros sur le cœur, Alors….. Je le dis souvent les mots se tirent la langue. Ils nous désignent. Moi, comme celui qui lit.

J’y reviens donc, j’y reviendrais toujours, puisqu’au fond, c’est la seule chose qui mérite un peu de notre attention. Que c’est le vrai sujet de toute littérature. Même celle que l’on croit noire. Et puis nous sommes toujours à un temps de l’amour : avant, au début, pendant, à la fin, après. Même le désamour et la haine sont encore le sang troublé de l’amour, comme si l’humus putride était le début le début de la rose. C’est ce temps qui nous rassemble sur cette planète, le reste ne fait qu’occuper notre ennui. Puisque l’amour c’est ce qui n’est pas moi. Puisque c’est l’espace au-delà de moi et des nuages. Puisque c’est le vide dont toute chose à besoin pour vivre et exister. Puis que c’est l’autre qui avance dans mon néant pour l’éclairer. Puisque l’autre me fait l’offrande de moi-même, sans laquelle je ne suis rien. L’autre me révèle à moi-même. Elle me fait roi, je la fais reine, hors de tout royaume, hors de toute terre. Je l’ai déjà dis, l’amour c’est quitter sa maison pour habiter la terre, c’est quitter son propre cœur, et quitter sa peau, et partir user sa chair contre la chair de l’autre.

Elle s’appellerait Sandra. Nous nous parlons ici, de temps à autre. Nous ne sommes pas intimes, pourtant une vraie complicité nous a réunis presque immédiatement.. Nous vouvoyons toujours. Ca c’est à cause de l’âge. Du mien. Dés le début j’ai adoré Sandra. Non, pas comme une madone, mais dans le sens d’une tendre affection. Elle est légère, fraîche, et grave parfois. Quand elle parle on dirait une petite brise d’été. On dirait le froissement des feuilles d’un peuplier au bord d’une eau joyeuse et ricochante. Sandra chante aussi, parce que sa voix est belle. Et surtout, quand elle chante, elle a l’impression de s’alléger un peu plus, comme si le monde ne pouvait plus l’atteindre. Sandra aime se faire prendre en photo. Elle est belle, juste drapée de sa candeur mutine.

Alors j’ai vu ses dernières photos qu’elle m’a fait parvenir. Que vous ne verrez pas. Sandra pose légèrement dénudée, à peine. Si peu, juste de quoi faire rosir les fées.

Alors je me suis laisser porter par ma rêverie. Histoire de retrouver un morceau de ciel éclatant que j’avais perdu hier. Et laisser déborder mes mots en les dédiant à cette ombre claire. Et puis aujourd’hui je voulais simplement que mes mots aillent se perdre, qu’ils retrouvent l’innocence d’un désir blanchit de désirs coquins. Sans autres prétentions. Alors j’ai décidé de l’appeler Sandra. J’aurais pu l’appeler autrement. Mais elle n’aurait pas aimé. Tout se mélange dans ma tête et mon cœur. Alors aujourd’hui son nom c’est Sandra. Disons que dans son nom il y a au moins un " A " et un " N ". Comme Sandra, ou ……..
Votre beauté me touche, Sandra. Je la trouve émouvante. Sensuelle. Elle donne envie de ne plus être un saint. Mais un démon. Que mes mots soient des souffles pour frôler votre corps, ou des mains plumes pour recueillir votre sein.
Il y a des beautés froides, distantes. La votre est chaude, avec cette fraîcheur du cœur qui donne envie d’effleurer vos yeux et de boire sur vos lèvres un poison mortel. Votre ventre semble un long rêve de tendresse, fait pour emporter les âmes au plus loin d'elles-mêmes, vos cuisses sont un large chemin de douceur et de miel, sur lequel le pénitent oublie sa pénitence, sur lequel on voudrait se perde et ne jamais revenir. Et atteindre votre bouche secrète aux mille trésors, votre bouche aux mille lèvres humides, cette bouche qui recouvre votre diamant le plus pur, pour y déposer un baiser de brûlure, un baiser de foudre et d’orage. Vous avez un corps fait de la chair même de l'amour, et pourtant vous gardez ce voile de pudeur magique qui fait de vous un temple que l'on n'ose profaner. Temple d'amour pour des prières d'amour incendiées.

Oui, je voudrais que mes mots soient de douces caresses posées sur le bout de votre âme, sur le bout de vos seins, sur le creux de votre ventre, au cœur de votre cœur, oui, je voudrais que mes mots couvrent votre nudité offerte, ou la révèle plus lumineuse encore, comme une vague mourante sur une plage étincelante.
Il faut me pardonner d'avoir oser tous ses mots, je ne suis que de chair et de sang. Et devant votre beauté, je maudis le temps qui m'a fait si vieux, devant tant de trésors.
Je vous embrasse, sur votre corps, pour boire cette chaleur, et un peu de votre jeunesse, un peu de votre éternité.
Je vous embrasse, sur vos yeux, sur votre bouche, au creux de votre cou, et dans ce coin de l'âme qui fait de vous une fleur si belle, si parfaite au parfum si mortel.

Nous avons tous nos mots pour parler de l’amour. Et tous, notre histoire. C’est avec l’astrologie que j’ai compris, à la fois, l’universalité de cette chose que nous appelons amour, et son infinie diversité. Nous ne parlons jamais de la même chose et pourtant, c’est toujours la même chose.
Attention, quand je parle d’astrologie il faut admettre que je le fais avec beaucoup de distance. Je m’en sers comme un moyen de réflexion, ou de méditation.

La première chose que l’astrologie nous lègue, c’est la tolérance. Et la deuxième, que nous n’avons pas à juger. Jamais. Jamais.

De quel amour je suis ? L’astrologue regarde en priorité la position de Vénus dans le thème. Dans quel signe (douze). Puis dans quelle Maison (douze), puis les aspects avec les autres planètes (neuf autres planètes et cinq aspects majeurs), tout cela nous donne le " poids " de la planète, et permet de nuancer les interprétations. Il y a donc une multitude de Vénus. Pour être précis, une multitude d’expressions de Vénus. Et par voix de conséquence une multitude de paroles disant l’amour. Et pourtant c’est dans diversité qu’il faut chercher la seule Vénus. Car au fond, toutes convergent vers un point du ciel, un point du cœur, ou de l’âme. La diversité devant nous renvoyer aux autres et non à nous-même. Puis que dans toutes les expressions il existe une voie qui mène à toute les autres. On est seul, mais innombrables.

La première, Vénus en Bélier est une Vénus passionnée, qui brûle instantanément. Qui s’enflamme d’un seul coup. Le corps et le cœur s’embrasent. Il y a de la fulgurance, mais aussi de l’aveuglement. Après la passion s’ouvre une longue lande mystérieuse et inconnue. C’est la vénus de l’élan primordial, du sexe, de l’initiale pulsion, elle se vit dans l’acte. Vénus en Taureau est plus calme. Elle peut être passionnée aussi, mais d’une passion plus introvertie. En Taureau vénus devient sensuelle, moins sexuelle, elle est lascive, tactile, gourmande, possessive. Elle aime la chair et accueillir la chair. Vénus en Gémeaux est quant à elle légère, presque instable, légèrement libertine et un peu égoïste. C’est l’amour dans le marivaudage, dans le badinage, le flirt, la séduction des mots. Pas toujours fidèle, mais toujours séduisante. La Vénus du Cancer, est une Vénus tout en tendresse, son rêve est de fusionner, de ne plus faire qu’un, c’est une Vénus fragile, pleine de douceur et d’imagination, l’amour se vit dans la douceur de la nuit, entre rêve et réalité. La Vénus du Lion est la plus claire expression de l’amour, une chaleur généreuse, il arrive parfois qu’elle oublie l’autre, à force de vouloir être, elle brûle au lieu de chauffer. C’est un amour conscient lucide, une fois débarrassé des pesanteurs de l’égo. La vénus de la vierge, est toute en attention, et en tension, inquiète de nature, elle est de préférence sage, timide, fidèle, elle aime la vérité, même si cela la blesse ou la déçois, elle sais aussi s’oublier au profit de l’autre, sa sexualité n’est pas débordante même si dans cette position il existe aussi des vénus-vierge un peu plus folles. La Vénus de la Balance semble faite pour l’amour, des gens, des formes, des ambiances, elle est sensible autant que sensuelle, douce et pacifique, et attachante, et convaincante. C’est une Vénus de la séduction. Avec la Vénus du Scorpion on change de registre. C’est une Vénus plus sexuelle, possessive. Envoûtante et mystérieuse. Passionnée froide, introvertie. Silencieuse. Son enjeu c’est le pouvoir, et son objectif par-delà le bien et le mal. Fascinante, elle attire. Sulfureuse, elle brûle. Vénus en Sagittaire, les choses sont plus normales, plus établies, plus conventionnelles. On peut dire que c’est une passionnée raisonnable. Généreuse, altruiste. Légèrement exhibitionniste.
La Vénus du Capricorne est tout en rétraction, en pudeur, elle est peu expressive, timide, presque froide. Elle est fidèle, mais autoritaire. C’est une Vénus ambitieuse, qui sait compter, qui sait où se trouve son intérêt. La Vénus du Verseau pourrait être une vénus militante, en tous les cas, singulière. Elle n’aime pas les conventions, les traditions, elle choque parfois et provoque souvent. C’est une Vénus tout en rythme, en scansion. Pour finir, la Vénus des Poissons, là on touche à l’infini de l’amour, on ne discerne plus l’autre de soi-même. C’est un rêve d’éternité douloureux parfois, confusant souvent. L’idéal semble difficile à atteindre. C’est une vénus, douce, sensible et lascive, perdue dans un rêve débordant et mystérieux. Dans le meilleur des cas c’est une sainte, mais à coup sûr une vagabonde une errante, a travers la chair c’est l’humanité entière qui est aimée, mais c’est un amour qui peut facilement se désincarner.

Voilà, tout cela pour dire les multiples façons de vivre, de dire l’amour. Et là j’ai fait court.

Hier elle me disait, avant, tous les débordement ici. Les violences.

" Mais je me rends compte que c'est violent d'un premier abord. Comme toi, c'est doux sur la surface mais ça brûle en dessous. Moi c'est rugueux en surface, sanglant, moche, mais en dessous c'est pas la passion, c'est un peu de désarroi, et de douceur : dans mes jugements, en fait, j'annule même le terme de jugement. "

Et puis :

" Je crois que pour aimer quelqu'un il faut s'aimer soi-même. C'est bête mais c'est vrai. Et demander à l'autre : que sais-tu de moi que je ne connais pas encore ? C'est ça la littérature. " C’est une des plus jolie phrase sur l’amour et la littérature, que j’ai entendu. C’est normal, c’est un Ange qui parle, et on le sait bien les Anges n’existent pas.

Franck

13 août 2005

Rien de Rien......

(Il faut reconnaître que dans mon dernier texte je n’y ai pas été de main morte. Mais je crois que les vérités primordiales doivent se dire le plus brutalement possible, sans fioriture. Crûment. Dans le dénuement du mot, qui s’efface en se disant

Aujourd’hui, je dois aller plus loin. Encore.

Âmes sensibles s’abstenir.)

RIEN de RIEN

(Je le reconnais, c’est violent. A la limite du supportable. On assiste à une sorte de mise en abîme du Rien. Du rien en miroir. Ou rien ne se reflète. Jamais. L’impossible du Rien. Son effondrement. Certains remarqueront l’aspect érotique du Rien de Rien. Une copulation indécente de néant. Cela en devient presque pornographique. Ce sexe dressé de Rien devant (ou derrière, qui peux le savoir ?) cette vulve ouverte (ou fermée qui peut le savoir)de Rien. On sent bien ce va et vient, (pardon, ce va et Rien) dans les chairs vacantes du vide. Des sexes d’ailleurs interchangeables, et inversement. Des éjaculations de Rien, bavant des semences de Rien. Comme une affirmation de l’avènement des âges nouveaux. On craint pour leur progéniture. Mais cette lecture, il faut l’avouer, est superficielle. Car derrière ces bacchanales, ou saturnales, bref, cette coucherie, c’est bien de Dieu dont il est question. Un Dieu ramené à sa plus simple expression. Mais qui est sans conteste la plus belle. La plus définitive. Un dieu presque humain, et qui rend à chacun sa part d’innocente et de résurrection.)

Franck.

11 août 2005

De sa seule tremblance.....

Et puis il y a ces amours qui se disent dans la possession. Tu es à moi. Je suis à toi.
J’ai posé sur la fenêtre les restes de ce bouquet et j’ai vu les pétales en deuil dans une lueur cassante, humide encore d’un sursaut de nuit.
Ou sous d’autres formes. Tu es faite pour moi, et moi pour toi.
La prunelle du jour est encore pleine d’effroi et ses paupières de brumes pleines de poussière.
Des mots qui veulent dire la certitude à la place de la peur, l’assurance à la place de l’offrande.
Les restes d’une extase sanglante, d’un désastre brutal.
Ne me quitte pas, parce que tu es ma vie, mon sang, mon air, donne-moi ton sein, encore et encore, ne me laisse pas dans l’appétit du lait, dans l’appétit de ta chair.
Les deuils vont en cortèges et les défunts s’abreuvent aux fontaines glaciaires expirant chaque jour un peu plus.
Un amour à la seule dimension supposée de l’autre. Un amour sans espace.
Tu es à moi. Non. Non, il faut dire : tu es à toi, immense et brûlante comme un astre.
Je suis à toi. Non, il faut dire : je suis à moi dans la plénitude de ma solitude,
dont je te fais l’offrande. Unique et innombrable.
J’effeuille les heures minérales, laissant l’emprunte de mes os dans les cratères du temps.

Je ne suis pas fait pour toi, tu n’es pas faite pour moi, c’est pour cela que notre amour est sans borne et sans limites, sans lien. Comment pourrais-je aimer une âme qui ne serait pas libre. Et libre de moi.

Les étincelles lointaines accompagnent les ruines majestueuses des amours mortes ou oubliées dans quelques buissons qui n’avaient d’ardent que les caillots de colères suintant des yeux.

Il faut dire : je ne soignerais pas tes crimes avec les miens. Nous ne rajouterons pas du noir au noir. Seulement des silences sur des arcs-en-ciel.
Il faut dire : quitte moi si c'est là ta vérité.

L’offrande nous condense et nous révèle dans un mouvement d’abandon qu’est cet élan vidé de sa force cruelle et véhémente, mais chargé de sa seule tremblance.

Franck.

10 août 2005

Une étoile vaut un ciel entier...

Hier je travaillais sur un thème astrologique. A chaque fois je suis envahi par les mêmes questions. De quelle personne parle-t-on ? Et qu’est-ce qui va être entendu ? Du temps où je faisais des consultations, plus fréquentes qu’en ce moment, j’ai toujours été étonné de ce que la personne en face de moi retenait de mon discourt. J’en suis même arrivé à penser que l’astrologie n’existait pas vraiment. Qu’elle était un pur moment de création entre deux personnes. Quelle se faisait dans l’instant où on la disait.

Je ne suis pas peintre, pourtant j’ai souvent comparé la consultation à l’élaboration d’un tableau. D’abord, on procède par grandes esquisses, un peu générale, qui dégage quelques formes, ensuite on applique des grands aplats de couleurs, lesquels nous donnent les premières grandes tendances. Les couleurs commencent à se mélanger, faisant apparaître, d’autres teintes, d’autres nuances. Une cette première étape franchie, on change de pinceau, on en prend un plus fin, et on commence à révéler les détails. On part d’un endroit, jamais le même, et on cherche la forme qui nous appelle. Et de détails en détails on s’étend sur la toile, recouvrant les premières formes, les premières couleurs.

Tout cela se passe dans l’instant de la parole. De l’échange. La consultation est interactive. C’est un tableau à deux. Il arrive, que la personne en face de vous, ne veule rien dire, elle vous regarde, elle vous met à l’épreuve de votre parole. Ces consultations sont les plus éprouvantes, mais pas les moins intéressantes. Pourtant, dans ces cas là, les mots ne sont pas les mêmes. Au bout du compte, je sens bien que quelque chose se perd, mais est-ce si important ?

Le vrai défi c’est d’être entendu. Combien de fois au début, ma langue ne s’accordait pas à l’autre. Terrible. C’est là que j’ai commencé à penser que l’astrologie était un langage. Simplement un langage. Qui venait signifier à l’endroit du signifiant de l’autre. Quelques mots à l’endroit du manque. Pour venir boucher la fuite, l’hémorragie, à l’endroit de la blessure.

Mais la question, c’est de qu’elle personne parle-t-on ? A l’adulte, en face de soi ? A l’enfant qu’elle a pu être ? A la personne sociale ? A la personne intime ? Parle-t-on à son cœur ? Ou essayons-nous d’atteindre l’âme de cette personne ? Est-ce que notre parole s’adresse à la conscience ? Ou a L’inconscient ? Répondons-nous à la question posée ? Ou bien à celle latente qui est souvent la vraie question ? Comment faisons-nous avec la résistance de l’autre ? Et nous, où en sommes nous avec nos névroses, nos démons ?
Quelle est notre intention d’astrologue ? Et notre intention, là, dans cette consultation ?

J’ai rencontré beaucoup d’astrologues à une certaine époque. Et ces questions ne semblaient pas les préoccuper.

Souvent, en consultation, j’essayais de raconter une histoire, l’histoire de la personne, je faisais portrait imagé, où j’appelais à mon aide, toutes les symboliques que me proposait le thème. La mer l’eau, le feu, les mythes aussi. L’idée était de trouver, la brèche, la faille. Quelque fois un mot suffisait. Le prononcer permettait d’avancer dans la consultation, et faisait tomber les résistances.

L’autre écueil, c’est la prévision. Comment rester utile sans jouer les apprentis sorciers ? Comment ouvrir, la voie sans être prédictif, ou fataliste ? Comment donner un espace de liberté plus grand, sans jamais appauvrir la parole, ou la rendre manipulable ?

Et puis c’est quoi un événement ? Si l’on regarde bien, nous en vivons assez peu dans une existence. Si l’on enlève tout ce qui nous arrive qui a été initié volontairement ou involontairement par nos actes, qu’est-ce qui reste ?

Alors, je restais le plus souvent, dans une généralité " acceptable ". C’est à dire, pouvant être utile, au consultant. J’évitais les trop grandes précisions. Car on s’aperçoit que la vie est toujours plus inventive, que l’astrologue.

Hier, je travaillais, donc, sur un thème, avec toutes ses questions en tête. C’est sans doute pour cela que j’ai pris beaucoup de distance avec l’astrologie.
C’est un peu comme l’écriture. C’est dire une vérité. Ou, c’est être a l’endroit d’une vérité, sans jamais en avoir la certitude. Plus on essaye de cerner plus cela nous échappe. L’astrologie dit toujours plus sur l’astrologue, que l’astrologue lui-même pourrait dire.
Alors j’ai préféré l’écriture. Qui est la même chose, les masques en moins.

Chaque thème recèle un point focal. J’appelle cela l’âme du thème. On a l’impression que c’est par-là que circulent toutes les énergies. Comme si la personne s’était construite autour de ce seul point. C’est parfois un point de force, mais c’est souvent un point de faiblesse, puisque de nombreux aspect de la personnalité ne sont exploités. Quand c’est une force, ce point entraîne tout, balaye tout, réalise tout. Quand c’est une faiblesse, il noie tout, absorbe tout.
L’astrologue est très souvent impuissant en face de ces personnalités.

Chaque thème est une mine d’or. Et pourtant tant de vies se déroulent dans les ténèbres. L’astrologue peut parfois envoyer un tout petit éclairage, dans une âme. Un tout petit. Mais parfois c’est suffisant.

Parfois, simplement dire, vous êtes immenses. Mais, beaucoup n’aime pas entendre cela. Il préfère, vous êtes petits et votre souffrance est insupportable. Moi, hier j’ai dit à quelqu’un, vous êtes immense ; ce n’était pas pour le rassurer, c’était parce que c’était vrai. Il faut une grande âme pour entendre : vous êtes immense. Il faut vouloir brûler la vie, pour entendre ça. Parce que c’est impossible à entendre. Parce que dans immense il y a l’infini liberté des jours, et l’affirmation sans cesse renouvelée que la mort peut se vaincre, que la douleur peut se vaincre. Il faut du courage, pour vivre immense.

Mais tout le monde est immense, et si peu veulent l’entendre.

En astrologie, il n’y a pas de criminel, pourtant il y a un enfer, et un paradis. Un enfer et un paradis intérieur, qui n’a rien avoir avec le jugement social. Pour le paradis il faut accepter de prendre en main ses étoiles, de vouloir être à leur hauteur. D’être ambitieux pour soi-même, et d’être généreux pour les autres. Toutes choses qui ne sont que bon sens. Et qui n’ont pas besoin de l’astrologie pour être dites.

Après chaque consultation, je suis épuisé. Mais brûlé par une joie extrême. A ce moment là précis, j’ai un amour débordant pour l’humanité. Je sais, cela paraît ridicule de le dire comme ça, pourtant, c’est ainsi. Je touche quelque chose d’indéfinissable. Chaque thème a une issue. Chaque thème à un escalier de gloire. Chaque être est incommensurable. Pour peu, qu’il veuille accepter d’être au plus près de lui, la seule façon d’être au plus près des autres. Dire sa vérité, vivre sa vérité, c’est rendre hommage à tous. C’est ça être immense et innombrable.

Hier, en envoyant mes paroles d’astrologue, j’ai eu le sentiment d’avoir allumé une étoile. Bien sûr pas en vrai. Plus qu’en vrai, puisque je la sentais en moi. Et une étoile vaut un ciel entier.

Vole belle étoile, vole……

Franck

9 août 2005

Les ans de l'ange......

Certains jours les mots sont encore dans un plus grand dénuement. Aujourd’hui tu as vingt-quatre ans. Auront-ils la force de soutenir cette année qui s’en va ? Auront-ils assez de souffle, assez de fièvre pour encourager celle qui commence ? Il n’y a pas de fête l’été, hormis la chair des souvenirs et la cendre amère des jours. Vingt-quatre. Est-ce qu’un anniversaire éloigne les démons ou bien est-ce qu’il les rapproche ? Est-ce qu’il retient ou rappelle ? Est-ce qu’il dit l’ancien ou le nouveau, le passé ou l’avenir. Du temps sur du temps. L’anniversaire ne dit jamais le présent. Est-ce décent de fêter les anniversaires ? Et est-ce que les années se noient toujours dans l’eau des rivières comme de longs chagrins vermeils ?

Je sais, il ne faudrait rien dire et seulement se faufiler entre les mailles des heures. Parce que l’été tombe comme un voile, un suaire suant le sang des fantômes. Les années passent, certaines ont le poids de la miséricorde, d’autres celui du salut, d’autres encore ajoutent de l’ombre à l’ombre et d’autres meurent lentement comme une vague fatiguée de se casser en mille écumes sur les mêmes rochers.

Je sais, il faudrait se taire. Uniquement. Et se laisser glisser furtivement jusqu’au bout de ce temps d’été. Entre glace et feu, entre cri et murmure.
Alors pardonne-moi de marquer ce jour. Parler est dérisoire, mais se taire impossible. Et prends ces mots comme vingt-quatre bouquets de pluie fraîche.

Aujourd’hui j’ai parlé aux étoiles. Il arrive qu’elles m’entendent. Regarde-les ce soir, elles brilleront un peu plus fort. Elles seront parées de leur plus intense scintillement. J’ai suggéré à la nouvelle Lune qu’elle s’habille de perles fines et de pierres d’opale, j’ai demandé à Vénus qu’elle se drape ce soir de sa grande cape de soie blanche et argentée, et qu’elle vienne te chuchoter ses plus beaux chants et ses histoires les plus douces. J’ai demandé à Mercure qu’il sonne le rappel de toutes les sentinelles du ciel, de tous les anges, il les connaît tous par leur nom, il les tutoie, tu sais comment il est, Mercure, insaisissable et facétieux. Mars m’a promis qu’il viendrait, tête nue, déposer à tes pieds ses armes, ses boucliers, ses vains trophées. Jupiter, du haut de sa gloire, ordonnera aux dieux, aux titans, à tous les animaux, à toutes les plantes et à toutes les fleurs de faire pour toi un vœux secret. Saturne, ce soir t’enverras ses anneaux pour sacrer ton front et parfaire ta beauté. Uranus prendra la forme d’un aigle royal revêtu d’éclairs pour illuminer ta nuit, comme un feu d’artifice. Neptune suppliera les marées de tous les océans de pousser un si profond soupir que les prières du jour seront toutes exaucées. Et Pluton le grincheux t’offrira son casque sacré aux mille pouvoirs secrets. Oui, regarde le ciel ce soir. Ecouté cette rumeur, ce chant qui vient de si loin.
" Est-ce un cri qui éclate là-bas ? "
" Non, c’est une Reine qui naît "
" Est-ce le canon qui tonne là-bas ? "
" Non, c’est un Roi qui se meurt. "
" Est-ce l’orage qui éclate là-bas ? "
" Non, c’est l’aube chargée de roses qui appelle. "
" Est-ce le glas qui sonne là-bas ? "
" Non, c’est l’amour qui avance à grands pas. "

Franck.

6 août 2005

Forcément je reviendrais.....

La première fois que j’ai découvert cet endroit ce fut pour l’enterrement de maman. C’est l’endroit du monde le plus oublié que je connaisse. Souvent nous y sommes revenus avec Isabelle. St Médard. Dans la creuse. Il faut se perdre pour y arriver. Cela ressemble à un bout du monde. A une fin. C’est sur une colline. Une colline qui domine la vallée de la Creuse. Une petite route, qui serpente à travers bois, quelques lacets serres en haut elle contourne quelques maisons et brusquement elle monte à nouveau pour terminer sa course auprès d’une petite église. J’ai toujours aimé cette église, plantée sur cette colline. La dernière maison avant le ciel. Oui, elle est petite cette église, trapue et pourtant avec un joli clocher élancé. La première fois que je l’ai vue c’était en plein hiver. Le sept janvier. Il fait froid en Creuse l’hiver. Ce jour-là il faisait très froid. Le ciel était gris et bas. Un vent glacial soufflait. Moins quatorze à dit le terrassier. La haut nous étions dans un camaïeu de gris. De gel et de gris. A ce moment précis nous étions au-delà des nuages. Pris dans le gris et la pierre. Dans le froid et le ciel si bas. Dans les cendres des cieux. Et l’épaisseur du gel. Même les ombres avaient disparues, elles crissaient sous nos pas lourds. Lent. Portant j’ai aimé cette église sur-le-champ. Elle semblait s’accorder à l’instant et au froid de l’instant. Une dernière halte avant le néant. Un dernier sursaut avant le dernier saut. Il y avait beaucoup de fleurs. Les hommes en noirs ont commencé à les disposer au pied des murs de l’église. Comme une guirlande d’arc-en-ciel. Comme une frise improbable. Et puis très vite le froid a saisi les couleurs, les pétales. Un a un. Qui cassaient. Un à un.

A l’intérieur, des dizaines de cierges. Avec leurs lumières tremblantes. Qui léchaient les parois de pierres froides. Avec nos silhouettes obscures qui tremblaient derrière les petites flammes rouges et jaunes, rouges blanches, rouges et noires. Des tressaillements d’âme. Ou de silence. Les bouches fumaient. Les yeux cassaient sous le froid. Et l’absence impossible. Des yeux envahis de gris et de lucioles. Comme après la mort. Comme ce seul vitrail rond au-dessus de l’autel qui n’avait plus de transparence. L’œil de la mort. Couleurs refroidies. Cassées. Ou usées. Par les larmes.

Il fallut se serrer, les uns contre les autres. Parce qu’elle était petite cette église. Et faire, en plus, de la place à la parole vaine du prêtre, dont les mots se cassaient les un après les autres dans le froid et le tremblement des flammes. Les mots se défaisaient et tombaient sur le sol gelé, sur les pierres usées par les prières des siècles passés. Usée par les pas des pénitents. Par les pas des morts. Comme si les morts s’enterraient eux-mêmes. Ne peut-on pas aller en terre en silence ? Le crucifié baissait la tête. Lui aussi avait froid. Et honte. Depuis des siècles il a froid, et honte. Et les cierges n’arrivent pas à guérir ses engelures. Ni la honte. Dans ce froid personne ne pense à le couvrir d’un manteau. Alors il saigne. Et il a honte d’être si nu.

Même la musique de l’harmonium hésitait. Dans cet hiver les notes se brisaient, elles tombaient de la portée, comme les pétales des fleurs, qui tombaient de leur tige, avec le même tintement légèrement sourd. Comme une fin. Comme une mort. Comme la morte, là, froide elle aussi.

C’est une petite église égarée entre le ciel et la terre de Creuse. La dernière étape avant les étoiles.
Nous habitions dans la vallée avec Isabelle. De chez nous nous apercevions le clocher élancé de cette petite église. Drôle de hasard qui nous a fait habiter là. Docteur Freud aurait aimé la coïncidence. Souvent nous montions là-haut. L’été. Isabelle aimait la fraîcheur des murs, et la lumière sombre, et les petites statues des saintes, et les yeux perdus de la vierge, de la mère. Elle aimait allumer un cierge, là, dans cette petite église. Elle aimait lire le petit livre d’or à l’entrée.
Quand nous fûmes séparés, je suis venu laisser quelques mots sur ce livre.
" Toi petite église, tu sais tout de moi et de mes êtres qui sont partis, tu as cette beauté étrange qu’a la mort quand elle s’appelle amour. J’ai connu dans ton ventre le froid et la lumière, et les couleurs du ciel quand on a l’espérance. Toi petite église recueille mes prières, protège mon absence. Je reviendrais, tu sais. Un jour ou l’autre je reviendrais. Forcément, je reviendrais. "

Franck

31 juillet 2005

Absolue.....

Parce qu’elle écrit. Vous savez de qui je veux parler. Tout le monde le sait qu’elle écrit. Un jour la terre entière le saura. Ce qu’elle écrit n’a jamais été écrit. Il faut inventer les yeux pour la lire, inventer la langue pour la dire. Alors ce que je vais dire est forcément mal dit, forcément faux.

Et puis un jour on est pris dans son texte. On est écrit avec les mots d’une littérature. Vous lisez avec votre œil, parce que vous êtes borgne, Et vous ne savez plus quel est l’œil qui lit. Celui qui voit ou celui qui ne voit pas. Vous voyez bien que c’est vous. Vous et pas vous en même temps. Une excroissance de vous. C’est une littérature. Quelque chose de nouveau. Une littérature avec un surcroît de vie. Votre parole est prise dans un texte. Vous aussi vous êtes un élément du texte. Pas un personnage. Parce que les personnages n’existent pas. Jamais. On est un vivant dans le vivant de l’écriture. C’est à la fois vous et pas vous. Quelque chose de soi existe en dehors de soi, en plus de soi. Un soi sans égo. Dépouillé de l’égo. En fait c’est comme un surcroît de vie.

Son écriture vient redonner une place à la parole. Une parole dénudée. Le texte et la parole s’échangent. L’un approfondit l’autre, le complète, le répète autrement. La parole est prise dans une autre parole. Comme les poupées russe. L’une englobe l’autre et l’amplifie et ainsi de suite. Toujours plus grand, toujours plus large.

On est devant un texte qui nous parle. Mais pas à nous seulement. Il nous désigne. Mais pas nous seulement. Alors on comprend que la littérature n’est plus tout à fait à l’endroit où l’on pensait la trouver. Juste décalée. Juste après le vrillement de l’espace, du temps, et d’un égo mort. Plus dans l’égo, mais avec toujours ce surcroît de vie.

Du vivant se crée. Et il n’y a pas de maîtrise. Sauf l’auteur. Parce qu’elle est auteur. Mais un auteur arraché. Elle choisit. Elle choisit dans le noir de la vie, ce qui doit être dit. Mais ce n’est pas dieu. Ni satan. Elle est déjà plus loin. Dans l’invention de la vie elle choisit et elle dit.

Elle dit le vrai. L’inaudible. Elle dit juste ce qui ne se dit jamais. Ce qui reste dans l’obscure de nos égo. Mais, là dans son écriture, il n’y a pas d’égo. Juste un peu de soi. L’égo est toujours faux. Tout le monde le sait. Et tout le monde fait semblant de ne plus s’en souvenir. Il faut comprendre c’est nouveau. C’est interactif dans un sens inhabituel. Parce que le texte crée une coupure entre vous et le vous du texte. Et dans cette coupure, si vous regardez bien, il y a du vrai pur. C’est bien là dans ce vide crée, que lecteur, si son âme est ferme, peut créer lui aussi de la vie. Dans la faille du texte, parce que le texte n’est pas plein. Il est en ellipses, en trous, en crevasses. Et là, brille de la vérité absolue. Absolue.

Franck.

29 juillet 2005

La chute....

Il y a toujours un vide à franchir. Un pas à faire. Et une chute.
Et dans la chute toujours quelque chose d’incompréhensible pour l’esprit. La chute n’est pas naturelle, ni le vide. On est fait pour être dans le plein. En fait on croit qu’on est fait pour être dans le plein. Lui tous les samedi il était plein. Et il me racontait sa guerre. Tous les samedi. J’étais obligé d’écouter et de faire le plein avec lui. Il parait que c’est comme ça qu’on devient un homme. On parle de la guerre, on boit, on fume. Lui il est parti en Indochine faire sa guerre. Et tous les samedi il me racontait. Encore aujourd’hui j’ai l’impression de connaître cette région du monde. Saïgon, la rue Catinat, la cathédrale au bout, l’hôtel, le Continental je crois, et puis bateau qui amenait les troupes, le ¨Pasteur. Les rizières, les buffles.

Je ne l’aimais pas, pourtant le " lien " a été tressé. Oui, le lien. Je crois que j’en ai parlé ici. C’est un truc terrible. C’est l’image du plein entre deux personnes. Une relation sans espace. Sans vide. Tout est occupé.
A Quinze ans je voulais être capitaine. Capitaine aux frontières de l’Empire. A Quinze ans on très bête. Plus tard, aussi. J’avais des rêves de frontières. Je n’avais pas encore lu Buzzati. Je voulais être sentinelle perdue. A la frontière, comme si je me doutais que l’essentiel se trouvait au-delà des nuages. Déjà.
J’écoutais sa guerre. Un peu pourrie sa guerre. Mais a quinze ans j’écoutais. Et je voulais être capitaine. Le " lien " est une chose terrible. Ma seule façon d’exister était de faire comme lui. J’ai donc tout dupliqué, mais plus vite que lui. Parce que s’était un vrai jeu de con. Mais à cette époque je ne le savais pas.
Il fallait que je finisse sa vie au plus vite. Que je meurs pour renaître.
Dans la vraie vie, les choses ne sont jamais aussi claires que cela. Il est parti en Indochine, je suis parti en Afrique. Il a commencé sa carrière comme manutentionnaire dans une grande société. J’ai commencé comme manutentionnaire dans la même société. Il s’est marié avec une esthéticienne, je me suis marié à une esthéticienne. Il était alcoolique, je suis devenu alcoolique.
Il y avait là une sorte de marche de fou. Être le même pour mieux s’en séparer, pour mieux le nier. Echouer, s’était le faire échouer. Lui est mort, moi je renaîs. Sans cesse.
Alors c’était normal. Je voulais être capitaine aux frontières de l’empire. Dans mes rêveries j’étais un soldat perdu, oublié. Le dernier soldat, sur la dernière frontière.

Quand il fallut faire l’armée, j’ai choisi. Je serais parachutiste. Parce que lui, ne l’avait pas été. Et le lien derrière qui se nouait. Toujours un peu plus fort, un peu plus serré. C’est comme cela que j’ai fait mes premiers pas dans le vide. Huit jours après mon incorporation je savais que ce monde n’était pas le mien. Mais j’y étais pour un an. Mes rêves de capitaine se sont évanouis presque instantanément. Ma mythologie s’est effondrée comme un piteux château de cartes. Alors, un an avec les hommes, les vrais, les durs, les tatoués, les fortes têtes. Mais s’était la dîme à verser au " lien ".
Il a fallut sauter. Bien sûr. En tout je l’ai fait quinze fois. Quinze fois avec la même peur. Mais j’ai appris une chose : que je n’avais pas peur de ma peur.
Le saut militaire n’a rien à voir avec les sauts du dimanche. Les ordres, les cris des largueurs, la sonnerie stridente, d’autres cris et puis la porte… on est aspiré dehors pris dans le vent des hélices et brusquement saisi par le calme. La chute. Courte. Nous avons une sangle qui tire le sac à parachute. Le premier saut, je suis trop près de celui qui me précède. Le largueur veut me retenir. Je suis emporté, mais la prise du largueur me plaque contre la carlingue. Mon casque cogne. Les courroies du casque cassent. Mon casque tombe. Le vide, sur la tête nue. La parachute s’ouvre. Je suis suspendu. Là, il y a un instant magique. Impossible à décrire. La chute lente, vers le sol. Le silence. La peur terrible se dissipe en une fraction de seconde. Seulement une chute lente. Un jour, je suis sorti de l’avion, et j’ai été pris dans un courant ascendant. Les autres étaient déjà au sol moi je restais suspendu. Je l’ai entendais crier. Là aussi se fut magique.
C’est après mon deuxième saut que j’ai compris que j’aurais toujours du mal avec mes congénères. Le gars, devant moi fait un refus de saut. Il se cabre, bloque ses bras à la porte. Hurle. C’est difficile un homme qui hurle comme ça, dans sa peur effroyable, dans le bruit des moteurs, et de la sonnerie stridente. Les largueurs s’acharnent. Ils poussent, ils tapent sur les bras. Rien n’y fait. C’est un instant de violence absolu. Cinq, six seconde, peut-être dix. Le temps presse dans l’avion, il faut continuer le largage. Alors on le tire en arrière et le jette au fond de l’avion. Tans bien que mal je repars. L’air aspire. Le vide à nouveau. Le silence. Le gars à refusé de sauté. Je me sens proche de lui. Cela aurait pu être moi. Je sais qu’il est entré dans une saison de douleur pour un homme. Il est resté dans l’avion. Il a atterri avec l’avion. Ils l’ont raccompagné au casernement, ils lui ont demandé de préparer son paquetage. Et d’attendre, là, devant. J’ai failli vomir. Une glaire de bile a brusquement remonté. Un goût amer, dans la bouche, dans tout le corps. Ils nous ont obligés à défiler devant lui, le refus de saut. Parce qu’il fallait l’humilier. Autour de moi, les insultes, que les autres lui jettent à la face, toute la peur jetée à la face de l’autre, comme s’ils lui reprochaient leur propre peur. Je ne sais plus quoi faire. J’ai honte ? Honte pour eus, pour lui. Je voudrais vomir. Pleurer. Je voudrais le serrer contre moi. Et puis, je ne fais rien. Je me tais. Ce jour là, je me tais, et je les ai haï, les hommes, les durs, les vrais, les tatoués. J’avais eu le courage physique de sauter de l’avion, et pas le courage de sortir du rang dire ma révolte, mon écœurement. J’étais lâche, dans mon silence, et dans ma honte et dans la sienne qui devenait la mienne. Longtemps, cette image m’a hanté. Pourtant elle m’a libérée aussi. Ce jour là j’ai su de quel coté j’étais. Même mal, je l’ai su. Même lâche on sait.

Je hais les foules, les groupes, les pensées de groupe, les pensées de foule. Sans le savoir j’avais fait mon premier pas dans l’errance. Mais il faudrait détruire le " lien ". Le lien c’est le plein. Et je venais de faire l’expérience du vide. La plus facile.
Plus tard, je saurais que le vrai vide est ailleurs. Dans les mots souvent, dans l’espace entre les mots, dans les silences. Et pour cela il ne faut pas être plein. Ecrire, s’est être dans le vide. Dans la solitude et dans le vide. Le contraire de sauter d’un avion.

Souvent j’ai pensé à toi, le refus de saut, et j’ai voulu croire que ce qui t’était arrivé ce jour là t’avait sauvé. Sauvé des gueules rasées, des torses bombés. Quand je vois le temps que cela m’a pris… Souvent j’ai marché à coté de ma vie. Même aujourd’hui. Je ne sais pas. Je ne saute plus des avions, mais le vide est plus profond.

Franck

28 juillet 2005

J'ai des trous dans la mémoire des mains....

En ce moment je lis des textes, ici ou là. Des textes souvent durs. Il faut des mémoires en béton armé pour supporter des souvenirs comme ça. Moi je suis dans l’errance, enfin je crois. On n’est jamais sûr de rien. C’est comme l’amour, on ne sait jamais le définir. Alors on enroule nos mots comme autour d’un coquillage. Mais on ne dit jamais la vérité de l’amour. Parce qu’on ne la connaît pas. Dans mon errance je traverse ma mémoire.
Il a y des souvenirs qui ont une couleurs, vous les avez apprivoisés, vous pouvez en parler, vous savez qu’ils veulent dire quelque chose en regard de votre vie, ou de l’idée que vous vous en faites. Et puis, il y en a que vous ne savez pas dire. Ils n’ont pas leur place, parfois ils sont troués, incomplets. Ils ne disent rien, ou alors des choses obscures, ils sont en morceaux. Vous revoyez la scène, quelques lumières, quelques gestes, et puis il y a des trous. Les vides autour.

Quand elle est morte elle avait quarante deux ans. J’ai dons la chance de l’avoir toujours connue jeune et belle, ma mère. Parce qu’elle était belle. Tout le monde le disait. J’ai retrouvé une photo : elle est à Royan, sur la plage. Une photo noir et blanc. Elle porte un maillot une pièce à fleurs. Elle sourit à l’objectif. Elle a de larges lunettes de soleil.

J’ai habité Paris jusqu’à l’âge de sept ans, puis nous avons déménagé pour Marseille. Avant Marseille je n’ai pratiquement aucun souvenir.
En arrivant à Marseille elle a trente deux ans. Lui, mon père, est dans son ascension sociale. A paris mon lit d’enfant était dans leur chambre. Pendant sept ans j’ai été sourd. Mon sommeil fut de plomb. Aucun geste entre eux. Aucun soupir, aucun gémissement. Quand on veux pas entendre on entend pas. A Marseille j’ai ma chambre. Un soir j’ai entendu. D’abord des cris. Ma mère, lui. La dispute est violente. Toujours des cris. Je suis réveillé. J’ai peur. Je me lève. La porte de leur chambre est ouverte. Il la secoue. Elle est nue. C’est la première fois que je me rends compte que ma mère peut être nue. Il frappe. Elle crie. Il la jette sur le lit. Elle se débat. J’ai peur. Je repars dans ma chambre me cacher. Le temps passe. Des bruits à nouveau, des gémissements. Je ne sais plus ce que c’est. C’est plus le même danger. Je me dirige une nouvelle fois vers leur chambre. La porte est toujours ouverte. Lui il est couché sur elle. Entre ses cuisses. Elle le serre. C’est plus le même danger. Je ne comprends rien. Après je m’endors.

Il n’y avait pas d’affection visible. Lui, il ne me touchait pas. Jamais. Sauf pour les raclées. Il n’y avait pas de gestes entre eux. Pas de mots. Jamais devant moi. Pas la main sur l’épaule. Ou le regard dans regard de l’autre. Pas de noms rigolos. Rien.
On est dans la petite cuisine, ma mère s’occupe à nous servir. Il fait nuit dehors. Elle est face à l’évier. Il ricane. Je me souviens du ricanement. Il a toujours ricané. Même plus tard. Il avance sa chaise vers elle. Il peut la toucher. Je suis là je vois. Je mange. Mais je vois, je suis là. Là, papa ! Je suis là !Il soulève sa robe. Ils sont à deux mètres de moi. Elle cri. Pas très fort. " Le petit, Jean ! " Je vois ses cuisses. D’un geste rapide. Enfin je crois. Je ne suis plus très sûr de la rapidité du geste. D’un geste rapide il baisse sa culotte et glisse une main entre ses fesses. Je suis là. Alors je peux voir. Je ne comprends pas. Lui, il ricane. Elle se dégage. Je crois qu’elle rit. Je n’en suis pas sûr. Peut-être qu’elle rit. Je ne comprends pas ces gestes. Il y a en moi deux éclairs qui me traversent. Un blanc, un noir. J’ai mal au ventre. Je me souviens. J’ai mal au ventre. J’ai vu le geste. Je sais qu’il n’y a pas de douceur. Je sais qu’il n’y a pas d’amour, là, dans ce geste. Ce n’est pas un geste pour toucher, mais pour prendre. Je le sais, ça, d’instinct.

Et puis un jour j’ai dix ans. A peu près. C’est un dimanche puisqu’il est là. C’est l’après midi. Il fait chaud. Lui est en short. Ma mère a encore son peignoir. Il veut lui ouvrir son peignoir. Il ricane. Moi je suis assis sur la banquette. A chaque fois qu’elle passe, il veut lui ouvrir son peignoir. Je vois. Elle évite. Mais je vois ses jambes, ses cuisses. Je suis là. Ils ne se disputent pas. C’est un jeu. Je comprends que s’est un jeu. Et puis, je veux défendre ma mère. Je saute sur lui. Pour s’amuser. Et puis il y a une mêlée. On est tous les trois, dans une bagarre de jeux. Enfin, je croyais. Je m’acharne contre lui. Lui, il ricane. On est sur le tapis devant la banquette. Elle rit. Là j’en suis sûr. Lui il essaye d’ouvrir son peignoir. Elle secoue les jambes en l’air. Je vois. Entre ses cuisses des poils noirs. Beaucoup de poils noirs. Je ne comprends pas. Lui, il se défait de mes prises, et me pousse vers elle. Je me souviens le peignoir est complètement ouvert. Je me souviens, je veux que tout s’arrête, et je veux que tout continue. Il lui enlève son peignoir. Et il ricane. Elle rit. Elle gigote dans tous les sens. On est emmêlé. Moi aussi je gigote, je veux la défendre. Lui, il a mis sa main entre ses cuisses, là où il y a tous les poils noirs. Elle cri. Mais elle rit. Ma tête tourne. J’ai mal au ventre. Non plus bas. Dans mon pyjama, mon sexe, me fait mal. C’est ça. Le sexe. Il nous retourne dans tous les sens. Il est fort. Elle n’a plus rien sur elle. Ses seins, ses fesses, ses poils noirs. Dans la bagarre ma main touche son corps nu. Non, je ne peux pas, je ne veux pas. Non elle ne touche rien, ma main. Non, je ne touche pas ses seins. J’ai du rouge dans les yeux. Je ne vois plus rien. La rage. Je ne sais plus. Lui il s’amuse. C’est un jeu, il ricane. Il est essoufflé, et il ricane. Il me pousse toujours sur elle qui se débat. Il lui écarte les cuisses. Non, elle crie plus fort. Elle ne joue plus. Non, ma main ne la touche pas. Elle s’en souviendrait, ma main, si elle l’avait touchée. Elle a pris son peignoir et elle essaye de se couvrir avec. Lui, aussi il ne joue plus. Il est essoufflé. Je vois ses yeux. Je suis là, c’est pour ça que je peux voir ses yeux. Elle se relève. Le jeu est fini. J’ai dix ans. Je suis dans ma chambre. J’ai l’impression d’être troué. Je ne sais pas ce qui vient de ce passé. Lui, il jouait. Elle, aussi je crois. Moi, je ne jouais pas.

Je n’ai jamais rien compris aux jeux des adultes. Maintenant encore. Lui je ne l’aimais pas. Je l’ai su plus tard. Bien plus tard. Elle ? Je ne sais pas. Je n’ai jamais su sa connivence. Mais je crois qu’à partir de ce jour je ne l’ai jamais regardé comme avant. Ma mère. J’ai l’impression que toute une partie de mon enfance est partie, là, ce jour là. C’est un peu exagéré. Mais quelque chose c’est cassé ce jour là. Il m’a semblé que j’étais à coté de l’histoire, et pourtant en son centre en même temps. Il y a quelque chose de l’intime qui s’est passé. Que je n’ai pas compris. Que je ne pouvais pas comprendre. Souvent cette image de ma mère, nue, riant, s’agitant en tous sens s’est imposée à ma mémoire. Quelque chose de mon désir c’est joué ce dimanche. Tu comprends papa, je suis là, alors je vois, c’est obligé. Je suis là. Mais toi, tu ne vois pas que je vois. Et tu t’en fous. C’est impossible à voir. Tu ricane. Tes gestes sont laids, papa. Laid. On ne touche pas comme ça. On ne touche personne comme ça. On tend les mains, papa. On les tend, et un jour, une joue se pose dans leur creux. Un jour des lèvres les effleurent. C’est tout papa. On ne touche pas comme ça.

Franck

26 juillet 2005

...Tout ton silence.....

Elle m’a dit la colère est mauvaise conseillère il faut en faire quelque chose. Elle a dit cela dans sa saison d’avance et dans sa bienveillance d’avance. Tout le monde cherche quelqu’un et personne ne trouve personne.
On voit souvent cela dans les films, des personnages perdus dans leur vie qui se cherchent. A la fin ils se trouvent. Parfois, ils se frôlent mais ne se trouvent pas.
Chez Dhôtel on peut lire des histoires de ce genre. Au début ils sont là, mais ils ne se voient pas, ils ne se connaissent pas, ils ne se reconnaissent pas, alors ils partent aux quatre coins de leur vie, ils traversent la terre, ou simplement leur jardin. Il arrive que ça prenne toute une vie de traverser un jardin. On est distrait, par les oiseaux, les fleurs, on est occupé par le quotidien, les nouvelles à la radio, à la télévision. Et puis un jour, très longtemps après, au détour d’une phrase, ou parce que la lumière du soleil se prend à dessiner les contours d’un visage tout revient dans une immense marée à l’envers.

Dans nos vies nous parlons à contre courant de nos mots, de nos vérités. Souvent. Un peu comme dans Narcisse. Il veut se rejoindre dans l’eau, et il se noie dans son reflet, et la petite nymphe Echo appelle, et c’est sa voix qui lui revient. Personne ne voit personne. Personne n’entend personne. Des reflets, des échos. Chez Dhôtel les histoires se finissent bien, parce que tous les deux ils se retrouvent. Ils ont traversé le livre dans l’ignorance d’eux-mêmes, et à la fin ils trouvent des éclats lumineux dans le regard de l’autre. Dans la vie, les histoires ne finissent pas toujours bien. Elles bégaient, les histoires, elles hoquettent, et nous trébuchons sur nos valises trop lourdes de souvenirs. Les trains se croisent et ne s’arrêtent pas. Ou trop tôt. Ou trop tard.

On est simplement dans le fatras de nos vies. On voudrais dire  " je t’aime " et au moment de parler il nous manque les lettres pour le dire, et on en prend d’autres au hasard de la langue. Tout le monde voudrait dire " je t’aime ", et que tout s’arrête là, dans l’instant, comme dans les contes ou les mythes. Il y a jamais d’histoires, ou de vie après " je t’aime ", dans les contes ; tout reste suspendu. Personne ne sait dire la vie après. Tout le monde veut rester dans l’éternité de ce seul instant. Et un train passe, deux, trois…on est à coté de nos mots, être dedans serait insoutenable.

On est dans la chambre. Nous sommes assis en tailleur sur le lit. L’un en face de l’autre. Nue. Je l’ai toujours trouvée belle, nue. Ses épaules, sa poitrine juste assez lourde pour qu’on ressente le poids sans la toucher. Isabelle me dit : " Chut !… ne dis rien… laisse le silence… laisse le silence et la pénombre. N’use pas les mots… les silences ne s’usent jamais. " Je dis : " Pourtant il y a certains mots qui s’usent si l’on ne s’en sert pas. " Elle sourit. J’adorais son sourire. " Non, même les plus rares, même les plus précieux, s’usent. Surtout les plus tendres. Donne-moi ton silence, tout ton silence…. "
Elle savait des choses divines, elle parlait à Marie et à son fils, mais là, dans cette chambre, dans cette pénombre, elle n’attendait qu’un silence. Qu’un silence plein. Je voyais son corps, ses épaules immobiles, sa poitrine qui se gonflait lentement. Son ventre. Ses mains dans mes mains.
Et puis ses yeux dans mes yeux.
Et puis ses larmes douces, des larmes de silence, si douce, si douce, si douce….

Franck

25 juillet 2005

Alors j'écris..... j'écris.......

Depuis ce matin je suis passé par toutes les couleurs des émotions. Et là, à l’heure où j’écris, je ne sais plus très bien où j’en suis. L’errance c’est aussi ça, ne pas savoir où l’on en est, ni qui l’on est, ni qui sont les autres. C’est traverser. Traverser une nouvelle fois sa chair et son sang. Elle m’avait prévenu : les morts sont bruyants. Et elle avait raison. Parce qu’elle a une saison d’avance, une couleur d’avance, une bienveillance d’avance. Parfois même, elle a un silence d’avance.

Ce matin c’est vite devenu irrespirable. Pour moi. Moi. Parce que j’existe aussi. Encore. Ce matin c’est devenu irrespirable. Inaudible. Brouhaha égotique.

Elle m’avait dit : tu devrais faire un blog, parce que quand tu écris, il y a un peu de lumière. Ce n’est pas tout à fait ses mots, mais ça voulait dire à peu près cela.
Alors j’ai écris. Parce que , elle, je la crois. Elle vient d’un endroit où la langue est de la fine porcelaine immaculée et où les mots sont en cristal. Donc, je la crois. Alors j’ai écrit. Bien, mal, j’ai écrit. Tous les jours j’ai appris franchir le fleuve de la parole.

Je vais vous dire, certains jour j’en chiale. Je ne chiale pas sur ma mémoire, sur mes souvenirs, ou sur ma vie qui part en quenouille. Je chiale parce que c’est dur, dur d’écrire, parce que je n’y arrive pas, parce qu’on à beau curer la chair jusqu’à l’os, il reste toujours les même ténèbres à affronter. Et c’est comme ça.
Alors comprenez-moi bien, si vous ne voulez plus me parler, tant pis, si vous ne voulez plus venir me voir, tant pis, allez-vous en ! quittez ma maison ! Arrêtez de rentrer ici, et de mettre vos pieds sur la table. Ca fait dix jours que je n’entends que des gens qui veulent me quitter. Alors, je vous en supplie partez ! partez tous et laissez-moi. Ici, ce n’est pas un terrain de jeux, ni de " je ". Vous comprenez, ici, je voulais toucher au plus près de mon cœur, au plus près de ce qu’il y a de vivant en moi, l’impossibilité de dire l’amour et la lumière. Je voulais qu’ici, à mon infime niveau, puisse couler quelque goûtes de lumière pure. Vous comprenez moi je ne suis pas intelligent, j’essaye seulement de survivre. Et je vous garantis que ça fait mal parfois de vouloir survivre. Vous comprenez, moi je n’écris pas avec ma tête, j’écris avec ce qui me reste de vie. Alors vous comprenez aujourd’hui, j’ai mal, j’ai mal au monde, j’ai mal à vous, j’ai mal dans mes mots, j’ai mal dans mes silences, dans les vôtres, dans les siens.
Elle m’avait dit : tu verras, ils ne savent pas lire, ou quelque chose d’approchant. Et elle avait raison. C’est pour cela qu’il faut toujours réécrire la même choses, c’est pour cela que c’est épuisant. Et ils n’entendent pas. Comme l’autre de Judée " Père, ils ne savent pas ce qu’ils font ".

Alors, partez ! partez tous ! allez-vous-en de chez moi ! Aujourd’hui je me sens un peu plus seul qu’avant. Certains dirons que c’est bien, que je suis en train de grandir. Je m’en fous de grandir. Ce qui m’intéresse c’est le rêve. Puisque votre monde est mort. Et aujourd’hui j’ai mal dans mes rêves.
Certains disent qu’il faudrait que je me protège. Me protéger ? Non, jamais. De quelle écriture je serais si je me protégeais, de quelle honte je serais. Je ne pourrais plus la regarder. Je ne pourrais même plus la lire.

Alors faites ce que vous voulez. Venez, ou ne venez pas, parlez, ou ne parlez pas. Vous comprenez ici, avec mes moyens j’essayais de trouver le point ultime sur lequel l’espérance peut s’appuyer, ici je voulais croire que même l’impossible pouvait advenir, et qu’un jour l’indicible montrerait sa face écarlate. Il faut des années, des années de souffrances, d’absence, de renoncement, pour fabriquer un misérable rayon de lumière. Une luciole en forme de mots. Des années. Et une seconde pour que le vent l’emporte. Une seconde pour l’éteindre. Comme les étoiles. Vous savez comment elles s’éteignent les étoiles ?C’est simple, un oubli suffi. Mais on s’en fout des étoiles, il y en a tellement. Un oubli, ou un mot en travers de la langue, ou un relâchement du coeur, ou simplement un geste maladroit. Et elle s’éteint l’étoile, et sa lumière saigne tout au fond de l’âme. Mais on s’en fout, il y en a tellement d’étoiles.

Alors vous comprenez, je ne ferais pas le tri, entre les bons et les mauvais, entre ceux qui lisent et ceux qui ne lisent pas, entre les sourds et les aveugles, je ne suis pas dieu, chez moi il n’y a pas le bon grain et l’ivraie, je ne suis pas dieu. Je suis rien. Mais un rien qui a mal à sa chair aujourd’hui.

Ici, je voulais offrir à ma rose le versant clair de la nuit, je lui dire : c’est possible. Et puis non, rien n’est possible. Les égos, le bruit, l’infini tristesse du monde…Alors j’écris mon Ange, j’écris… j’écris….

Franck

24 juillet 2005

Questions pour un champion.......

La question arrive comme ça, le matin. En plusieurs temps. La question se pose sur le bout d’une tartine de beurre.
" ……mais en même temps n'encercle-t-elle pas (l’écriture) l'écrivant dans un cercle de flamme ?
…..mais la vie n'est-elle pas en dehors du cercle ?
…….N'est-ce pas une illusion que de penser que deux encerclés peuvent se rejoindre ? "

La journée commençait bien. En face de ce type de question j’ai du mal à me positionner. Oui, elle se pose la question. Mais quand je me la pose ce n’est pas dans ces termes.
En fait, lui il écrit un peu. Elle, elle écrit beaucoup. Leurs écritures ne sont pas les mêmes. Pourtant, ils sont souvent sur les deux versants des même mots. Mais de loin les écritures sont très différentes. Mais quelle importance. Tous deux usent inlassablement la langue. De toutes les façons il est question d’amour dans leur écriture. Pour tous les deux. Même s’ils le disent à l’envers l’un de l’autre. Dans l’écriture il est d’abord question d’amour. Sinon, ce sont des essais, de la philosophie, des guides touristiques ou des modes d’emploi d’aspirateur. Même dans Arlequin il est question d’amour. Mais ce n’est d’Arlequin dont il est question.

La question, c’est ; c’est deux là ne sont-ils pas en train de se raconter une belle histoire à mille lieues de la réalité ?
Ou de façon plus précise : est-ce que l’écriture qui semble les rapprocher dans un premier temps, ne rend pas impossible une rencontre véritable ? Véritable, veut dire dans la vraie vie.
Même posée ainsi je ne sais pas vraiment répondre. Parce que mon monde n’est pas fait de certitudes.
Admettons l’image du " cercle de feu " que crée l’écriture autour de " l’écrivant " ; si c’est affirmer l’absolu solitude de cet écrivant. Oui, au même titre que chacun, écrivant ou non. L’écriture ne fait que dire cette vérité universelle. Elle ne l’a crée pas. Sans doute l’écrivant est-il plus centré sur cette solitude. Mais au niveau du sang c’est la même.

Est-ce que la vie est en dehors du cercle de flamme ? Là aussi je n’en sais rien. D’une façon théorique. L’écrivant sincère, touche au plus près sa vie, et la vie du monde. Quand il est penché sur sa feuille ou son clavier, c’est son corps tout entier qui s’arc-boute et s’épuise. C’est de la vraie vie. Bien réelle. Les sentiments qui l’animent, sont de vrais sentiments. Nous parlons des écrivant sincères, évidemment. L’écriture permet de se situer à un endroit de la parole, encore faut-il habiter cette parole. Ecrire ce n’est pas être hors du monde, c’est au contraire être au plus près d’une vérité toujours fuyante. Si je voulais faire une boutade, je dirais que les écrivants créent un monde que les autres habitent. Ils vont planter des formes, des couleurs, des odeurs, des paroles dans les lieux inexistants de la conscience, ils en repoussent les limites, les bornes…ensuite l’humanité s’y engouffre. Autre image : ils inventent du " rien " que d’autres nommeront.

Mais là on s’éloigne. Souvent, enfant, je sortais du sujet, j’avais toujours l’impression que les questions étaient mal posées. Souvent je m’ennuyais dans ces questions, alors je rêvassais sur autre chose.

" Est-ce que deux encerclés peuvent se rejoindre ? " Cela me fait penser à la boutade de Lacan : " l’amour c’est vouloir donner quelque chose qui n’existe pas, à quelqu’un qui n’en veut pas ".
Les deux encerclés ne le sont pas plus que n’importe qui. Tout le monde face à l’autre est un encerclé. L’écrivant n’est qu’une métaphore du monde. (là, il faut que j’arrête, mes deux neurones vont exploser).
L’amour n’a jamais annulé la solitude. Aimer c’est d’abord aimer la solitude de l’autre.  Ta solitude m’est nécessaire puisqu’elle te fait toi, dans la plénitude de ta vie. Ta solitude est un cadeau pour moi puisqu’elle parfait la mienne, et que la mienne illumine la tienne.

Tout le reste n’est qu’une question de respect, d’authenticité, de vérité, d’offrande, d’évidence, toutes ces choses qui ne sont pas l’apanage des écrivants. Mais de tous les êtres.

Plus clairement encore (je fais des efforts) :
Est-ce que Angeline et Franck peuvent se rencontrer : Oui
Est-ce qu’ils peuvent s’aimer :Oui
Est que le fait qu’ils écrivent est un handicap : Non
Est-ce que c’est un avantage : Oui, au début, Non, par la suite
Est-ce que l’écriture est une garantie de bonheur : Non, comme rien, d’ailleurs, ne peut garantir quoi que ce soit.
Est-ce que c’est un handicap au bonheur : Non, l’écriture est neutre dans cette question, elle ne préserve rien, et ne freine rien.
Maintenant dernière question : est-ce qu’ils vont se rencontrer vraiment ? Je n’en sais rien. Entreprendre ne veux pas dire réussir, être en marche ne veux pas dire arriver.

Je ne connais pas la journée de demain, parce que je ne sais pas qui je suis et que j’ignore qui elle est. Et que cette ignorance nous éclaire. Et que j’ai peur, mais que cette peur m’est douce puisque c’est elle qui m’en fait l’offrande.

Franck

23 juillet 2005

L'infini pour toi et pour celle qui viendra...

Difficile de rester centré sur son écriture. De lui donner la consistance voulue. Parfois on passe à coté. Comme hier. Mon texte. Sans doute écrit trop vite. J’étais mal assis dans mes mots. J’avais du mam à suivre la ligne mélodique. En écrivant j’entendais des couacs.
Il arrive qu’on soit trop profond, ou au contraire qu’on soit trop à la surface. En fait, pas à la bonne distance de la langue. Les mots qui viennent sont alors trop épais, ou trop léger. Ils n’ont pas le poids juste. A force de vouloir signifier, ils ne disent rien de l’essentiel.
En réalité hier je voulais parler de Lionel. Dans toute l’histoire c’est lui le plus important. Les mots ont un juste poids. On ne le sait pas assez. Pour le comprendre, il suffit de les lancer au plus loin de soi et de les regarder retomber. Trop lourds, ils se cassent. Trop légers ils se retrouvent dans tous les sens.
Les justes, reste en l’air et s’inscrivent sur la ligne d’horizon. Les mots justes on les aperçoit en transparence dans le soleil levant. Pour écrire juste il faut disposer son âme dans l’alignement du soleil et d’une étoile. Pour écrire juste il faut faire entrer le sens dans le son. Quand sa vibre, c’est bon.

Mais c’est Lionel qui est important. C’est quoi le courage Lionel ? Tu n’en sais rien ? Tu as raison… Toi tu étais une étoile brûlée tombée sur une terre d’absence. J’ai lu ta mort dans le journal. Au téléphone ta femme m’a dit : " Ca faisait huit jours que je lui disais : appelle Franck. " Elle pleurait ta femme.
Tu savais que tu étais arrivé au bout, alors tu n’as pas appelé. Pour dire quoi. Que tu étais au bout.
On avait la même chambre. C’est là qu’on s’est connu. En l’espace de deux jours on a fait rentrer le soleil dans cette chambre. Le courant est passé. On a commencé à rire. A rire de nous. Les infirmières aimaient venir dans notre chambre. Nous étions les enfants terribles du pavillon. On nous appelait les intellectuels. Cela devait être à cause de toi. Toi tu étais docteur. Un vrai docteur. Pas comme Clooney dans Urgence. Un vrai docteur alcoolique. C’était ta troisième cure. Le courant est passé tout de suite. On riait. On parlait beaucoup. Un peu de l’alcool. Très peu, question de pudeur. On peut être alcoolique et avoir de la pudeur. Parfois elles étaient trois dans la chambre, même la "chef" venait ; avec toi elles parlaient médecine, avec moi astrologie.
Tu t’en souviens, nous faisions de longues promenades dans le parc. Tu parlais des livres que tu aimais, Tolkien, avant que tout le monde en parle. Le seigneur des anneaux c’était toi. Nous parlions même du Petit Prince. C’était moi le petit Prince. Parce qu’il faut dire que tu étais un surdoué. Un vrai. A plus de cent soixante de QI, tu avais fait médecine, parce qu’il fallait faire quelque chose. Toi tu aimais le rêve. Ta passion c’était la photo. Marcher dans la nature et surprendre un trou de lumière, la forme d’un ange. Et puis tes filles. Adorable. Tu te souviens quand elles sont venues te voir. Deux têtes blondes papillonnant dans la chambre. Tu peux dire qu’elles l’aimaient leur papa alcoolique. Toi aussi tu les aimais, tu m’en parlais souvent. Ta femme, plus tard me racontera quand tu tombais dans l’escalier devant elles. Et qu’elles de soignaient comme deux petits infirmières dévoué. Dans nos promenades on ne parlait que du beau, que des choses que l’on aime, tu adorais que je te parle d’astrologie. Tu étais scientifique, mais tu aimais cette façon que j’avais de mettre du rêve un peu partout. Et de raconter des histoires de la mythologie. Tu étais Poisson, et je te parlais de la mer et de son mouvement. Et de l’infini. Je connais deux être pour qui l’infini n’est pas un mot creux, pour qui l’infini veut réellement dire " infini ". Toi et Celle qui viendra. Alors dans le monde tu étouffais. Le monde te faisait souffrir. Une souffrance qui s’apaisait qu’avec de l’alcool. On se ressemblait, nous partagions une douleur indicible. Mais nous n'en parlions pas. A cause de la pudeur. Les autres qui t’avaient dénoncé au Conseil de l’ordre, disaient que s’était une honte, un docteur, vous comprenez, un docteur. Il a tout pour être heureux, une si gentille femme, et des petites si mignonnes. Alors on riait, tous les deux, comme des enfants turbulents.

A la sortie nous avons décidé de suivre ensemble des séances de gestalt-thérapie. Là nous avons appris à nous connaître de l’intérieur. Des séances difficiles. Souvent on finit en larmes. Parce qu’on visite des endroits sordides de la mémoire. Quand on parlait, je te disais comment se passait ma psychanalyse. Ma jubilation à rentrer dans les mécanismes du néant. Toi, tu ne pouvais pas. Tu as arrêté toutes les analyses que tu as commencées. Dans ta vie il y avait des choses qui ne pouvaient pas se dire. A l’intérieur tu saignais. C’est tout. Alors on riait parfois. Et parfois on était en silence. Ta femme était autour de toi, avec un désespoir aussi grand que l’espoir. Elle t’aimait ta femme. Je peux te le dire. Je l’ai vu après. Comment elle a fait face, aux paroles de fiel qui on accompagné ton cercueil. Vous étiez rencontré en Inde, parce que tu faisais ce que les gens appellent de l’Humanitaire, elle, elle était infirmière. Après vous êtes rentés en France. Tu es devenu un grand spécialiste. Angiologue. Avec tes cent soixante et plus, s’était facile pour toi. Tu avais déjà appris à lire tout seul. Mais sans le montrer, tu imaginais que tes parents ne comprendraient pas. Et tu avais raison. Ils n’ont jamais rien compris. Une fois par an, tu allais a Paris pour des congrès, c’est toi qui parlais, et ils venaient des amériques pour t’écouter. Mais toi, ça te faisait rire tout ça. Le social, la reconnaissance. Toi ce qui t’intéressait c’était la photographie. Les ciels, les fleurs, tu cherchais toujours des formes à l’intérieur d’autres forme, des lumières à l’intérieur de la lumière. Alors les congrès. Un jour tu as même était leur parler bourré. Mais bien bourré. Tu riais en me le racontant. Le monde n’était pas fait pour toi. Tu t’y ennuyais. Et puis cette douleur qui ne passait pas. L’indicible. L’impossible a dire. Un jour on en a parler de l’indicible. Parce que le paradoxe, moi, je ne t’ai jamais vu ivre. Donc on parlait de l’intime de nos vies. Pas souvent. Tu m’as dis que le jour où c’est arrivé s’était une belle journée. Tu traversait les champs pour aller à la pêche. Tu étais dans l’insouciance de tes huit ans. Culottes courte et canne à pêche sur l’épaule. Et puis le ciel s’est assombri pour toujours. L’homme t’a attrapé, il t’a déshabillé et il ta violé. Là, dans le champs. Huit ans. A un age où l’on sait pas ces choses là. Par derrière, il t’a fait mal. Si mal que ça résonne encore. Le temps à blanchi d’un seul coup. Il était dedans. Dedans toi. Il n’y a pas de mot pour le dire. Alors tu ne l’as pas dit. Quitte à être rempli, tu t’es bourré. Tu sais comme font les psy avec les mots. Tu étais devenu le saigneur de l’anneau. Tu comprends, Lionel, j’aimais lorsque nous marchions ensemble. Je te parlais poésie, astrologie et toi tu me disais la lumière, le ciel, les étoiles. Et les anges. Souvent on aurait dit que tu les voyais, les anges.

Tu es mort à ton bureau. Une nuit. Le sang saturé d’alcool. J’ai écris à ta femme pour lui dire de quoi il était saturé ton sang, ton vrai sang. Je lui ai parlé de ton rêve prométhéen, celui de libérer les anges du ciel pour en peupler la terre. Je lui ai dit que tu étais mon ami. Non, pas à cause de l’alcool, mais à cause de la lumière et des anges. Tout le monde t’a rejeté : tes parents, tes collègues, tes amis… jamais ta femme n’a dit un mot qui aurait pu froisser tes ailes de géant. Et tes filles elles étaient la lumière que tu cherchais. Les cheveux couleur de sable et des rires plein la gorge.

Tu vois Lionel, il m’arrive de penser à toi. Et ce qui me revient en premier c’est nos fous rires dans la chambre d’hôpital.

Dans cette histoire qui n’a rien à voir avec une histoire d’alcool, il faut retenir, les promenades, les rires, et les anges qui se cachent dans les replis de la lumière, ou qui jouent à saute mouton sur le bord des nuages. Le reste n’a aucune importance.

Franck

22 juillet 2005

....Notre marche est ferme et dans la lumière..

Drôle ce qui se passe ici parfois. Avant la prière, des gens font du mal comme pour s’excuser qu’ils prient. A ceux là je dis que la prière ne lave rien. Il faut d’abord enlever tous les masques. Avant de s’adresse au ciel, ou aux Anges, ou a l’Ange.
Bref, quelle importance, ces gens…..

Toi qui viendras, tu sais lire les mots, et juste derrière, ce qu’ils cachent. Tu sais les retourner comme un gant mal ajusté.
Tu as raison, il y a un temps, pour les mots et leurs couleurs, et un temps de silence et de vérité crue. Celui qui viendra, n’aime pas le bruit, le vacarme social. Il a déjà survécu à des choses tristes. Il fallut qu’il renaisse. Celle qui viendra, je sais d'où elle vient, je sais ses cauchemars, je sais ses peurs parfois, ses larmes aussi, je sais les nerfs qui se vrillent dans la tête. Mais je sais tellement d'autres choses.
Je sais que mes couleurs, quelques soient leurs brillances, ne changent, ni ne changeront le monde, oui je le sais.
Celle qui viendra a connu les endroits sordides, les échanges de sexe, les souillures. Celle qui viendra aura mal à sa mémoire, mal dans ses rêves.... et je ne suis pas magicien.
Je ne prétends rien.... la seule chose que je sais c'est que son passé vaux le mien.

Tu connais mon passé. Du moins la part légèrement caché.
Je ne la cache pas, mais je ne la dis pas. Avec un père comme ça s’était inévitable. Au départ on en sourit. Cela s’appelle de l’alcoolisme mondain. Au départ j’ai quinze ans et le samedi soir mon père parfait mon éducation. Pour cela il lui faut de la bière. Beaucoup de bière. Je suis autorisé à l’accompagner. Ce sont les rites de passage. Après je n’ai plus besoin de lui. Ca prends des années. Rien ne se voit au départ. Mais très vite c’est tous les jours. Un peu tous les jours. Après c’est plus. Enfin c’est beaucoup tous les jours. Oh, certes. Je n’ai pas été un alcoolique violent. J’étais un doux, un parlatif, un explicatif. Socialement personne n’a jamais rien remarqué. Avec Sandrine nous nous sommes séparés. Pas à cause de l’alcool, mais je crois que ça ne m’a pas aidé à être lucide. Lentement, mais sûrement les doses augmentent. Dés le matin pour lancer la machine il faut du carburant, et ça dure toute la journée, le soir on se couche épuisé. Et le lendemain cela recommence…. Il parait que c’est une maladie. Mais c’est une maladie honteuse. On la tait. Les jours et la vie se construisent autour de l’alcool. D’abord le manque, puis la chaleurs des premières gorgées, puis le début de l’ivresse, et cet instant magique où l’on se sent un roi, puis la légère dépression où la tristesse s’insinue, puis la marée de désespoir. Chaque jour pareil. Sauf que c’est n’est pas pareil, mais vous ne le savait pas. C’est chaque jour un peu plus. Un peu plus de tout. Plus d’alcool, plus de tristesse, plus de désespoir. Un désespoir dont vous ne savez pas d’où il peu venir. La douleur de ce désespoir est violente, elle est dans tout le corps. Pour l’apaiser il faut continuer à boire. Et puis un jour les choses basculent. Au fond de vous vous savez que vous avez un problème, mais vous vous le taisez. Parce que vous n’y pouvez déjà plus rien. Vous ne pouvez plus décider d’arrêter. Alors vous continuez. Et un jour, cela bascule. Les doses augmentent brusquement. Quelque chose est cassé à l’intérieur. Ce n’est plus mondain, c’est compulsif. Vous voulez en finir. Vite. Alors les doses sont impressionnantes. Un litre de Gin, deux litres, ou de whisky. Certains jours c’est trois. Vous avez la tête fracassée. Vous n’êtes rien. Plus rien. Sinon cette douleur incommensurable. Ce désespoir. Vous êtes proche de votre tante. Elle supporte les deux ou trois litres. Et puis un jour vous êtes hospitalisé. On vous dit que vous êtes alcoolique, on vous dit qu’il faut arrêter, et qu’il faudra ne jamais plus boire d’alcool. Vous écoutez, mais vous ne croyez pas ce que l’on vous dit. C’est impossible à entendre. On ne croit pas ces paroles. Vous restez trois semaines. Première cure. A la fin de la cure ils vous font le test de dégoût. Trois fois. Il vous donne un comprimé d’Espéral, et ils vous servent votre alcool préféré. Et pendant cinq ou six heures vous allez agoniser sur votre lit, le cœur battant à cent trente, les boyaux qui se tordent à l’intérieur, les vertiges. Trois fois, histoire de vous faire comprendre. Après vous sortez. Et c’est là que tout commence. Rechute, plus grave encore. Comme si la mort m’appelait pour me rejeter, pour me narguer. J’apprends à gérer le temps. S’arrêter un jour, deux jour, trois jour, ….. A chaque rechute, gagner un peu plus de temps. Le temps : le pire ennemi et le meilleur ami de l’alcoolique. A chaque fois que vous rechutez vous êtes submergé par un océan de culpabilité noire. Vous êtes sans issue. Sans avenir. Vous ne pouvez pas admettre une vie sans alcool, vous transigez, vous dites que dans quelques temps vous pourrez recommencer, de temps en temps…. Non. Jamais plus. Plus une seule goûte. C’est toujours impossible à entendre. Un jour, je suis allongé sur un lit, j’ai une perfusion dans le bras. Je sens que la vie s’en va. J’ai la certitude absolue que si je ferme les yeux je ne pourrais plus les ouvrir. Tout reflue à l’intérieur, je n’ai plus de force, plus de désir, plus rien. Je ne veux plus rien, j’ai envie de fermer les yeux. Pourtant non. Ils restent ouvert. Une après-midi entière à être dans cet état d’absence absolue. Peu à peu le sang est revenu. Avec un peu de vie autour. Autre hospitalisation. C’est là que je rencontrerais Lionel. Un compagnon d’infortune. Mon ami Lionel. Il est mort quelque mois après. J’en parlerais un jour de Lionel. De sa lumière.

Voilà mon passé. Cela fait treize ans. Je suis toujours alcoolique puisqu’on le reste toute sa vie. Mais je ne bois plus d’alcool. Treize ans que je suis sevré. Treize ans de lucidité absolue. Et je peux dire que depuis treize ans pas un seul jour où une pensée mauvaise ne m’a pas traversé la tête. C’est un combat jamais fini. Chaque jour il faut refaire un serment. Dire oui, a la vie. Dire non, au verre qui vous nargue. Aujourd’hui c’est un combat facile. Mais il a fallut le mener jour après jour, certaine fois heure après heure. Avec des encouragements tel que : qui a bu boira.

Alors, à celle qui viendra je peux dire : je ne sais pas ce que c'est que le bonheur, mais je crois aux êtres qui se veulent du bien, aux êtres qui s'offrent mutuellement, sans masque, je crois qu'entre les êtres qui s'aiment s'invente chaque jour un printemps et que les blés repoussent d'autant mieux qu'on a trempé la terre aride de nos larmes.
Celui qui vient ne peut pas faire de promesses, car il croit que souvent elle sont stupides, et n'engagent comme dit l'autre que ceux qui les écoutent. Non, pas de promesses "bourgeoises", sauf celle d'être avec toi, à coté de toi, au plus près de toi.

Je connais Princesse les monstres qui marchent avec toi, et ceux-là ne me font pas peur. J'ai vaincu les miens, on vaincra les tiens.
C'est le regard que tu pourrais poser sur moi qui m'effraie. J'ai peur de ne pas être digne, ou a la hauteur. Notre route est singulière, très peu la fréquente, elle n'est pas balisée, elle est pleine de fourrés, de ronciers, mais notre marche est ferme et dans la lumière.

Franck

21 juillet 2005

Celle qui viendra....

Celle qui viendra sera montée sur les chevaux d’argent de l’aurore, elle aura l’élégance des brume matinale et la grâce des rosées de printemps. Elle sera dans le galop de sa parole d’or et d’orage et portera haut l’oriflamme de ses souvenirs blanchis par le feu des enfers.
Elle aura dans sa chevelure les couleurs de la nuit, et quelques restes d’étoiles et sur son front large seront visibles les constellations lointaines. Elle aura dans ses yeux l’histoire des folies humaines et sur ses lèvres le goût des oranges amères. Sur son cou elle aura la trace des ruisseaux et dans sa voix le murmure des sources profondes. Sur ses bras s’enrouleront les rosiers du désir et ses mains porterons des bijoux de coquillages nacrés.
Celle qui viendra chevauchera le jour en tirant avec elle, le soleil et sa traîne, et ses feux, et ses flammes, et ses corolles aussi.
Ses courbes diront la ligne de nos vies, la ligne de nos fugues, la ligne des symphonies, la ligne des infinis. Elle aura sur les plis de sa peau, calligraphiés les poèmes les plus rares, avec l’encre la plus douce. Elle aura sur ses seins la place de ma bouche et sur son ventre l’emprunte de mon ventre, et sur ses cuisses le dessin de mes mains et dans ses chairs secrètes frémira déjà l’intime de nos nuits, mêlé de liqueurs d’hydromel et d’ambroisie sauvage. Celle qui viendra aura dans ses reins la vigueur des lionnes, la fureur des foudres, et sur son dos coulera les sueurs de l’amour. Elle aura dans ses cris la force des prières et son offrande aura l’orgueil des dieux et l’abandon des reines.

Celle qui viendra s’est déjà mise en route j’ai aperçu de loin le cortège qui l’annonce et les trompettes s’honorent de son arrivée prochaine et son nom s’est inscrit dans chair des étoiles. Qu’elle vienne des enfers ou qu’elle vienne d’ailleurs mon âme est assez grande pour y rêver à deux et si les mots sont trop lourds il restera le silence qu’on partage encore mieux quand on est enlacé.
Et quand elle sera là, celle qui viendra, je recueillerai le parfum de son cœur dans les boucles du temps, et l’âme de ses mots, et son sourire doré et sa main qui se tend sur l’ombre de ma main, et les feux qu’elle charrie, et sa tendresse obscure, et son amour tremblant sur mon amour tremblant.

Franck.

20 juillet 2005

Etape de transition.....

Il s’est passé plein de choses sur ce blog, ces derniers jours. La porte est ouverte et le vent s’engouffre. A l’intérieur se sont les courants d’air. Les rideaux volent, les fenêtres claquent. C’est un grand vent. C’est un peu comme l’amour quand il entre dans un cœur. Il y a tellement de vent qu’on est obligé de sortir de la maison de l’âme. Et puis le vent s’effiloche dans les feuilles des peupliers, et maison retrouve son calme. On est riche souvent de ce qui ne nous appartient pas. Comme aujourd’hui où je me sens riche de ne rien posséder.

Alors prendre un baluchon avec quelques mots à l’intérieur, quelques souvenirs, un morceau d’arc-en-ciel, trois notes de musique et s’en aller dans le bas de la page. Il y a toujours un espace dans le bas des pages, un espace où le ciel apparaît.

Il faut se remettre en route de l’écriture. Et consentir à l’âpreté d’un chemin difficile. Un chemin sans fin. Aujourd’hui j’aurais voulu m’asseoir sur le bas coté, j’aurais voulu m’allonger dans un grand champ de blé, reposer mon âme, et perdre mon regard dans le bleu du ciel. Et puis le chemin est là.
Ceux qui marchent vers Compostelle donnent une direction à leurs pas. Moi je suis dans l’errance, nul lieu ne m’attend. C’est normal, je suis un peu perdu parfois. Souvent.

J’ai regardé mes étoiles ce matin. En principe je les connais. Mais j’aime voir bouger les planètes autour du zodiaque. Bon, la nouveauté c’est que Saturne quitte le Cancer. C’est une bonne nouvelle. L’étau de desserre. Plus de deux années de lourdeur de pesanteur. Saturne est toujours le lieu d’une épreuve. Le lieu d’un défi. J’ai une longue histoire avec lui, nous nous connaissons bien. Souvent il s’attaque à ce que vous avez de plus cher. Saturne prend, dévore, arrache, ce n’est pas la mort, c’est le trépas. C’est la planète des sages. Quand il eut accepté de rendre ses enfants, quand Jupiter fut installé sur le trône, advint l’Age d’Or de Saturne. Il la maison de Saturne c’est le Capricorne, la petite chèvre Amalthée. Amalthée et sa corne d’abondance. J’adore cette petite chèvre. Sans doute, parce que j’ai affaire avec Saturne. Bref, je l’adore. Si fragile, si têtue, si généreuse. Et sa corne d’une infinie richesse. Donc Saturne quitte mon signe. La pleine Lune de demain me promet une journée électrique et quelques surprises ; nous verrons bien. Tout cela n’a pas beaucoup d’importance. De toutes les façons, je lis très mal mon thème ; l’histoire du cordonnier mal chaussé. Et c’est mieux ainsi.

Il faut se remettre en route et consentir. Ne rien retenir. Ne pas succomber à la tentation de fermer les mains.

Quand maman est morte, je suis revenue à la pension. Autour de moi il y avait un silence respectueux. Le soir de mon retour les pères oblats, ont organisé une messe en l’honneur de ma mère. Dans la chapelle. Une courte bénédiction. Puis ils ont fait passer le requiem de Mozart. Classique. Des camarades se trouvaient derrière l’autel, et suivaient la musique avec les lumières. La chapelle s’embrasait, puis s’assombrissait. Je crois que c’est là que j’ai compris. Avec cette musique et ces lumières. Là, et seulement là.

Je ne sais pas pourquoi ces souvenirs me reviennent aujourd’hui. A cet instant précis.

" C’est quoi le bonheur ?….. " Il avait une quarantaine d’année. C’est lui qui s’occupait de la division des premières à laquelle j’appartenais. Une grande gueule. Mais je l’aimais bien. C’était le moins pire. A dix sept ans on pose toujours des questions stupides. " C’est quoi le bonheur ?… "
" Dites donc, Nicolas, vous avez de drôles de questions !… Laissez-moi un peu de temps !… " Le lendemain il est venu vers moi. " Ecoutez, Nicolas vous m’emmerdez avec vos conneries !….. " Et puis la voix s’est adoucie, il a enlevé ses lunettes, il a regardé haut dans le ciel. Je revois sa tête. Et il a commencé à se parler à lui-même. " …Et si le bonheur était cette main tendue….alors je parcourrais le chemin terrestre avec joie… "
Merci monsieur Carano, vous étiez un type bien. Peut-être que c’est ça le bonheur : tendre la main.

Mais s’est difficile monsieur, au bout des doigts j’ai mis mes yeux et mon cœur. Quoi y mettre, sinon son cœur et ses yeux. Un jour elle m’a dit " touche les mains avant les yeux ". C’est difficile, mais chaque jour j’essaye.

Franck

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J'irai marcher par-delà les nuages
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