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J'irai marcher par-delà les nuages
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4 novembre 2006

Le silence des amants...

Il y avait ces instants où nous restions silencieux. Dans cette petite maison. L’hiver. Avec simplement le feu qui crépite. Je me souviens. Les lentes après-midi. Patientes. Sereine. Chacun en soi et en l’autre. En même temps. Avec parfois un regard vers l’autre pour s’assurer de l’épaisseur du temps. Eprouver la présence. L’éclat de son œil. Son sourire. Nos gestes se ralentissaient. S’adoucissaient. Les moindres mouvements devenaient concentrés, appliqués. La lecture du livre s’approfondissait. Et le feu accompagnait nos présences. Andante. Les heures se lovaient dans de grands coquillages moelleux. Interminables spirales de ces instants où nous restions silencieux. Instants de velours pourpres. Lents affaissement. Avec seulement la respiration de nos regard. Infiniment proches. Infiniment seuls. Infiniment souverains. Deux îles d’un même océan. Même dérive dans la saison des lenteurs et des ombres amicales. Instants défaits de toute attente, dénoués de toute fièvre, déliés de tout enjeu. Le fil de soie des siècles brodait des heures lumineuses sur la dentelle de nos mystères. Je me souviens de cet hiver d’avant la fin, d’avant la neige, je me souviens de ces instants où nous restions silencieux, de sa peau blanche et de ses yeux baissé sur son livre de poésie, de la lenteur de ses gestes pour tourner les pages, du froissement de tulle de son visage lorsque sa rêverie trébuchait et qu’elle la relançait un peu plus loin, un peu plus fort. Transparence vacillante de la lumière d’hiver, souffle lent d’un voyage à travers nos temps mélangés. Hors de soi, loin de soi, et en soi pourtant. Sans langage pour le dire. Sans langage pour nous dire. Uniquement nos respirations pour le vivre. Le prolonger. Temps débordé de nous-même. Offert. Accueilli. Temps des marges, en dehors de nos chronologies. Et nous étions comme survivants de nous-mêmes. Eternels dans ce temps suspendu, à l’arrière des mondes connus, devant nos vies décomposées. Ignorants de tout sauf de ce temps incrusté dans le silence. Instants sans mémoires, dépourvus de tout. Même de l’écho. Même de la menace. Même de nos chairs. Même de nos sexes.

Instants tenus dans l’équilibre d’un songe. Tendus entre les rives d’un océan étrange, à la fois immense et tellement étroit. Familier. Bienveillant. Chaud.

Fragile.

Il y a un moment où le silence se nourrit de lui-même, il s’encourage. Il vit. Et il veut vivre plus. Il s’additionne. Alors il appuie un peu plus fort sur les yeux, sur les poumons. Il se recroqueville au fond de la gorge. Il se met à vibrer pour éprouver nos faiblesses, nos chemins, nos désirs, notre jouissance. Temps du silence où la mort est douce. Parce que nous avons quittés les lieux, le temps des horloges, quittés les malentendus. Car le silence n’est pas l’absence de bruit, ou de mots, le silence est un surcroît, la saturation de l’existence singulière, l’extrême tension de la signification. C’est entrer dans une cathédrale.

Le silence à deux c’est comme un livre aux pages blanches qu’on lirait à deux. Et au fur et à mesure des pages, le texte s’écrirait. L’histoire du monde ou des amants des neiges, texte océan, texte aux lenteurs cruelles et belles, texte étrange sans rimes ni contours, sans ponctuation, une interminable litanie aux dialogues entrelacés, aux souffles entremêlés.

Il y a dans ce silence partagé, ce silence à deux, comme l’augmentation d’une danse. Car le silence possède sa propre grâce, une élégance particulière qui appelle la miséricorde. Il vient pas à pas de l’arrière de nos vies pour nous débarrasser du poids de nos chairs et préciser l’exacte définition de notre présence ici. C’est pour cela que le silence est parfois douloureux. Comme l’amour, comme l’extase. L’extrême nudité de la parole. L’extrême passion du don, comme une épiphanie des amants.

Franck.

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12 mars 2006

Où vont nos mots.....

Où vont nos mots une fois qu’ils sont prononcés ? Où vont tous ses mots écrits ? Y a t il un fleuve qui les récupère et les charrie ? Y a-t-il une mer qui les attend ? Continuent-ils à vivre ? Est-ce que des choses de nous y demeurent accrochées ? Où va cette chair arrachée ? C’est quoi leur destin ? C’est quoi leur chemin ? Font-ils l’humus de la terre pour nourrir les chênes à venir ? Font-ils le poids des épis chargés de grains, l’été ? Deviennent-ils les nuages, les orages ? Sont-ils le vent, les tempêtes ? Est-ce eux qui peuplent les déserts ? Est-ce que les poèmes deviennent des étoiles ? Ou bien les rimes s’enrouent-elles aux vagues de l’océan ? Font-ils la glace de la banquise ? Est-ce nos mots défunts qui suspendent, un instant, le jeu d’un enfant rêveur ?

Où vont nos mots ?  Où vont nos paroles et nos pleurs ? Où allons nous avec ces mots qui meurent ? Est-ce qu’ils meurent vraiment ? Est-ce qu’ils souffrent en mourant ? Et qui les accompagne lorsqu’ils s’épuisent ainsi ? C’est quoi le dernier souffle d’un mot qui meurt ? Y a t il un paradis des mots, ou un enfer ? Y a t il un grand lieu du ciel qui sert de bibliothèque aux anges ? Sont-ils poussière ? Sable ? Sont-ils invisibles ? Est-ce que les oiseaux les picorent pour en faire leurs chants ? Est-ce qu’ils sont la couleur des peintres ?

Ou ne sont-ils, rien ? Rien, que des restes absents et désormais silencieux de notre vanité.

S’éteignent-ils comme des flammes trop vite consumées ?
Est-ce leur seul avenir que de n’être plus, sitôt après avoir été ? Moins qu’une rose, moins qu’un papillon. Rien, à peine une trace, presque moins qu’un souvenir. Moins qu’une bulle de savon, bien moins que la fumée d’une cigarette.
Sans doute est-ce mieux ainsi. Tous ne sont pas grands. Tous ne son pas beaux. Souvent le mensonge et la trahison les accompagnent. Et même si les prières en font naître quelques uns d’invincibles, la haine et la bêtise en profèrent bien davantage.
En fait, nos mots résident dans le prochain qui n’est pas encore là. Celui qu’on dit s’éclipse et meurt pour faire la place au suivant. Ecrire c’est se donner la chance de l’après, de l’encore, du prochain. Du toujours. Et cette vacuité appelle l’infini. Ecrire anticipe l’espace et le temps. En inventant le lieu de nos prochains pas. Ils sont le pas avant le pas. L’acte avant l’acte. Les mots, nos mots, créent du vide, du rien. Et c’est là qu’on habite, et c’est là notre plus belle demeure.

Mon dieu donner-moi la force d’agrandir ce rien si essentiel à mon air, si essentiel à mon chant. Et mon chant n’est rien, mais il supporte l’incommensurable de ma vie. Ce vide n’est rien mais il a la puissance des siècles.
Nos mots appellent, crient, mais s’oblitèrent dans l’instant de l’appel ou du cri, ils n’ont eut que le temps de pactiser avec la lumière du jour pour nous permettre d’attendre le soir. Nos mots sont crépuscule, mais nous en sommes l’aube, et toujours... et toujours... et toujours... comme un début d’éternité.

Franck

12 août 2006

Bleu sang faille......

Les mots tombent sur la tranche. En tombant ils coupent la lumière. D’un coté l’ombre, de l’autre le silence.

Et chaque mot est voué à cette violence, à la coupure, à la faille. Ils sont là pour blesser, tuer.

Tuer quelque chose en nous. Le mot qui n’arrache rien ne devrait pas être écrit. Tuer la certitude, l’arrogance. Et la blessure est le rappel constant de notre précarité. Et c’est une douleur. Mais une douleur supportable puisque nous tenons à elle. Notre surabondance de vie est une profusion douloureuse supportable. On voudrait ne pas la connaître et pourtant on s’y vautre. Ce n’est pas sensuel. Et pourtant il y a de la jouissance.

Chaque mot est voué à la violence et à la mort. Là où il tombe le réel se brise. Là où il tombe se crée une béance. Et c’est l’œil qui nous regarde.

Les textes et les images rebondissent. Je sais que je continue. La parole, ma parole, m’a assigné une place. Est-ce vraiment une place ? Un devoir ? Une volonté ? Non, rien de tout ça. La voix quand elle s’élance affirme tout d’abord une exigence. Une exigence sans objet. Une exigence nue, primitive, élémentaire. Une extension. Si l’exigence n’est pas assez puissante, assez purifiée, la parole tombe. Je sens la chute de ces cailloux à l’intérieur. Tout dans le geste devient lourd, épais, pénible. Je sens la douleur diffuse, ce mal de l’intérieur. Entretenir un élan exigeant. La parole assigne, d’ailleurs elle me regarde. Je sais son regard, son regard de silence. Ce palais de nuages bordé de ciel. Je sais l’œil à travers la béance.

En ce moment j’ai des couleurs qui m’accompagnent. En fait, ce sont des sensations de couleurs. Je ne les vois pas vraiment, mais elles sont là. Des couleurs franches. Nettes. Du bleu. Souvent j’ai cette impression de bleu puissant. Et le rouge aussi. Et l’or solaire parfois. Je ne sais quoi faire de ces couleurs, je n’en connais pas le sens, ni la destination. Mais elles sont là.

Le bleu, je crois savoir. La mer, le mouvement, le ciel. C’est le cœur de mon imaginaire. J’ai dans l’œil de ma chair toutes les nuances de bleu. Jusqu’à la violine des ecchymoses. Jusqu’à ce qui ne soit plus bleu. Mais surtout le bleu translucide et profond de la mer. Un bleu blanchi d’écume, ourlé de semence. Je n’ai qu’à fermer les yeux et le bleu monte comme une marée. C’est une impression ni agréable, ni désagréable. C’est comme ça. Comme si mon cerveau appelait ce flottement de bleu.

Avec les lumières dans la vague.

Il y a quelque chose à l’intérieur qui cherche sa place, qui cherche son accroissement, il y a quelque chose qui s’affranchi de ma raison et qui veut déborder. C’est une sensation. Toujours. Je ne peux pas la nommer. Je ne peux pas l’expliquer. Je peux simplement dire un mouvement lent de couleur bleu. Et l’horizon. Ces heures d’enfance à regarder l’horion à la césure de la mer et du ciel. Les yeux fixés sur cette ligne propre, pure. Regard immobilisé, fasciné, envahi. Ligne de fuite. J’ai toujours eut le pressentiment diffus d’appartenir à ce lieu irréconciliable de la mer et du ciel où l’on ne saurait dire s’il y a mariage ou divorce. Des heures passées, sans pensée, sans envie. Simplement le bleu et la cicatrice du temps et de l’espace. Sans désir sinon celui de résister à l’écrasement du silence.

Plus tard j’ai pu mettre de la musique sur ce bleu. Mais plus tard. Chopin par exemple. Je ne sais pourquoi Chopin est bleu, peut être à cause de l’eau. Immanquablement quand j’entend Chopin j’ai une sensation d’eau : en gouttes, en ruisseau, en torrent en tempêtes, et cette montée de bleu fluide en moi. Quand je déborde c’est bleu. C’est toujours bleu. Le bleu appelle en moi le surcroît, l’excès. L’ivresse. Je crois que mes ivresses d’alcoolique étaient bleues. Ce qui est immense en moi est bleu. Ce qui veut survivre en moi est bleu. Sans doute ce qui veut aimer en moi est bleu. Même mes douleurs chéries sont bleues, mes tristesses, mes chagrins, ces déferlement de trains bleus. Certains auteurs sont bleus. Neruda ou d’autres. Mais lui surtout. Quelque soit le poème j’ai d’abord cette forte impression de bleu. Comme lorsque je regarde le visage de certaines femmes. Les beautés les plus évidentes sont bleues, la peau, les yeux, les lèvres, le sexe. Oui, des peaux céruléennes, et des sexes intenses et profond comme du bleu de four.

Ecrire est la chose la plus bleue que je fais. Même lorsque mon imaginaire est envahi de rouge, le mouvement reste bleu. On ne peut pas décrire vraiment. Ca se passe au niveau de la chimie. Au niveau où les molécules exhalent leurs derniers souffles. Il n’y a pas d’intelligence là. Rien n’est construit. A bout d’organisation la chimie des molécules se mue en un immense chaos. Tant de matière structurée pour fabriquer un si fatal désordre. Et ce sont de grands à-plats d’émotions colorées. Je ne vois pas la couleur, mais je sais que c’est bleu dans le mouvement. C’est l’évidence. Le bleu c’est ce qui résiste à la mort. Au rouge. L’autre couleur.

Souvent quand plus rien n’est bleu, c’est rouge. La brûlure qui invite la fin. Souvent au bout du bleu le rouge commence. Souvent quand tout a tellement débordé, quand l’effondrement est là puisque rien ne peut être tenu indéfiniment, la force du bleu s’épuise. Quand l’excès, à force d’excès m’écrase, alors le rouge apparaît comme une stridence. Un son vrillé. Perçant. Le rouge est mon pays de misère. De reniement. De violences. De rages obscures. L’incendie dans l’azur. J’ai des orages rouges au bout de mon impatience.

Alors l’écriture c’est bien cette sensation de bleu au cœur sanglant du rouge.

Vivre est la chose la plus rouge que je fais.

Ecrire est la chose la plus bleue que je fais.

Et ma rêverie a la couleur d’or d’un soleil à l’aube.

Et ma mémoire est blanche, aussi blanche qu’un grand champ de neige.

Et mon enfance reste désespérément grise.

Franck.

12 août 2005

Lettre à la tristesse......

Pourtant elle était pudique. Timide. Un rien la faisait rosir. Quand je suis rentré il y avait ce petit mot : je suis à la rivière. Elle avait posé à coté du papier, un de ses petits bouquets dont elle avait le secret. Trois, quatre fleurs des champs minuscules liées par un brin d’herbe. J’ai dis ici combien ces bouquets étaient émouvants. Elle n’aimait pas les grandes fleurs prétentieuses des fleuristes. Elle, elle disait que les petites, les fragiles, celles que personne ne voulait, étaient encore plus jolie. Justement parce que personne n’en voulait. Elle me disait, regarde celle-ci, la jaune, regarde là, comme elle petite, fine, regarde tous les détails, sa tige, ses feuilles si petite. Et bien, tu vois, elle contient autant d’amour qu’une grosse. Je suis à la rivière. Elle avait rajouté : je t’aime et signé : Isabelle.
Derrière notre petite maison il y avait un grand champ d’herbe à fourrage. Au bout, la rivière, la Creuse, et quelques arbres. C’était l’été. Le début de l’été. Les premières grosses chaleurs. L’herbe du champ n’était pas trop haute. J’ai vu la trace de son passage, comme une sorte de coulée ombreuse et légère, qui avait juste froissé la prairie. J’ai préféré la rejoindre en passant derrière la haie, pour lui faire la surprise. Doucement, pour lui faire la surprise. Souvent elle me laissait des petits mots. Je suis passée voir untel ou unetelle…elle avait ses œuvres, les gens seuls. Ces vieux seuls. Qui épuise leurs derniers souffles dans une solitude écrasante. Nos campagnes en regorgent. Nos villes aussi. Elle, elle passait de temps à autre visiter celles qu’elle connaissait. J’ai été porter une part de gâteau à madame machin. Parfois sur le mot je lisais : je suis dans le salon, je t’attends, chut ! La misère lui perçait le cœur. Tu sais, ça fait deux ans que personne n’est venu la voir, même le boulanger ne passe plus pour lui amener du pain. Quand elle revenait, je voyais bien qu’elle avait pleuré. Alors elle se serrait contre moi, comme un oiseau blessé. Elle de disait rien. Je la sentais frémir, presque trembler. La misère lui perçait le cœur, la tendresse le lui faisait battre, la lumière éclairait ses yeux.
Ce n’était pas une sainte. Elle n’aimait pas cette idée. D’ailleurs les idées en générale, elle ne les aimait pas. Elle était toute en vibrations, en vacillements. Elle préférait les petits bouquets, et les part de gâteaux qu’elle offrait.
Pourtant elle était pudique. Il faisait derrière cette haie. J’avançais en faisant attention aux vipères, qui adoraient ces endroits. Elle ne pouvait pas me voir arriver.

Et puis, je l’ai aperçu. De loin. Je me suis arrêté. Mon cœur battait fort. Elle était dans la rivière. De l’eau jusqu’aux mollets. Nue. Entièrement nue. D’abord cette nudité, dans ce paysage m’est apparue incongrue. Je n’ai pas bougé. Je l’ai regardé. Comme un voleur. Comme une extase. Comme une offrande. Elle était dans un mélange d’ombres et de clartés. Elle semblait ne se soucier de rien. Elle se penchait de temps en temps pour s’asperger d’eau, qu’elle étalait avec douceur sur tout son corps. Tout son corps. Son corps si blanc dans cette verdure et cette eau d’ocre brun. Même lorsqu’elle passait ses mains sur ses seins, ses gestes gardaient leur innocence, même lorsqu’elle caressait ses cuisses. Peu à peu elle avançait dans le courant. Je pouvais voir les faibles remous autour de ses cuisses. Et puis elle s’est allonger entièrement dans l’eau. Elle se laissait porter par le courrant. Et puis elle s’est assise sur un rocher. L’eau venait s’écraser en douceur sur son ventre. Elle avait écarté les jambes comme si elle voulait que la rivière la pénètre, de sa vigueur fraîche. Elle était étonnante. Dans ces attitudes que je ne lui connaissais pas. Elle débordait d’une sensualité inconnue, nouvelle. Dans cette eau tendre, elle avait une grâce étincelante. Elle est sortie. S’est essuyé avec sa robe. Et s’est allongée au soleil. Elle passait ses mains sur sa poitrine. Elle caressait son ventre.. Elle s’attardait sur sa toison, la peignant de ses doigts légers. Rien ne pouvait l’atteindre. Il émanait d’elle une sérénité absolue. Même nue, au bout de ce champ, elle restait pudique. Même avec ses mains qui frôlaient son entrecuisse, elle restait pudique. Elle a fermé les yeux. Elle, s’est assoupie.

J’ai appelé, elle s’est lever. Elle n’a même pas essayé de cacher sa nudité. Elle m’a fait un signe de la main.
Tu sais, je t’ai vu dans la rivière. Elle a rougi. Tu étais si belle. Je ne pouvais pas rompre le charme. Alors, vient retournons-y ! Attends ! J’ai posé ma tête sur son ventre. Il était chaud. Vivant. Comme si jamais je n’avais senti quelque chose d’aussi vivant. Elle m’a dit : chut, pas ici, pas maintenant, tout à l’heure, chez-nous. Comme si mon désir était impudique. Oui, elle savait ces choses d’instinct.

Voilà, c’est tout ce que j’ai pu dire sur la tristesse. Tout à l’heure avant de commencer à écrire, nous parlions en messages instantanés. Je n’aime pas trop les messages instantanés. J’écris trop lentement pour ce truc. Un doigt. Un doigt, borgne qui plus est. Plus les touches de mon ordinateur qui répondent de plus en plus mal à mes sollicitations, plus ma dyslexie, plus ma dysorthographie (je cumul, oui). Et puis ma pensée se condense mal. Mais, bon… c’est mieux que rien. On parlait, je lui disais que je me sentais mal avec mon écriture, que souvent, trop souvent je n’étais pas entendu, dans ce que je disais. Et que cela me rendait triste.

Elle, l’Ange :" C'est ce que j'essaie de faire. En fait, c'est quelqu'un qui prend la parole, les autres ont horreur de quelqu'un qui prend LEUR parole. "

Et puis avant de partir elle me dit : " Et attend que la tristesse sorte. A moi de lui faire un sourire : l'accepter c'est mieux que de faire comme si on ne l'entendait pas. Et en tant qu'artiste, tu peux l'écrire, tu as le droit d'être TOUT dedans. L'écriture. Tu devrais lui écrire une lettre, à la tristesse. Peu de gens le font réellement. "

Alors voilà je devais faire une lettre à la tristesse. Et voilà ce que j’ai écrit. Ce souvenir de lumière et de sensualité douce, tendre, sucrés, délicieuse. C’est peut-être ça écrire à la tristesse, c’est lui dire la beauté des éclats du soleil sur un corps qui s’offre à lui. C’est l’eau d’une rivière sur les seins d’une Ophélie improvisée. Ecrire à la tristesse, c’est fermer les yeux et essayer de se souvenir de l’odeur de ce corps, de cette peau, de cette chair de poule, quand mon souffle l’effleurait. C’est cette poitrine large aux pointes durcies, ces fesses tendue vers ma main qui les frôle, et ce sexe broussailleux dévoilé à la bouche qui le boit. Ecrire à la tristesse…. C’est lui dire, aujourd’hui tu ne peux pas m’atteindre, parce que mon ange me protège, et que ma mémoire possède encore des coins d’ illuminations fulgurantes. Faits d’odeurs, de couleurs, de rivières et de chairs offertes sans l’ombre d’une impudeur. Comme un cadeau oublié sur le rebord d’une journée. Non, tu ne peux pas m’atteindre puisque dans mon âme gît une espérance irrésistible. Ecrire à la tristesse, c’est lui dire qu’elle ne peut pas tout broyer, puisque j’ai mes mots, comme des oriflammes. Et des rêves pour deux.
Mon Ange, aujourd’hui tu m’as fait à nouveau un présent, comme souvent. Cette tristesse flamboyante, qui ne peut plus se dire vraiment, puis que les mots même la trahisse. Et puisque je ne savais plus si je parlais d’elle ou de toi.

Alors oui, TOUT peut se dire, ici. Parce qu’on a ce pouvoir de dire, même la joie pour la tristesse. Oui, je suis triste, mon Ange, mais quelle joie de l’être si près de toi.

Franck.

12 janvier 2006

Du verre brisé.......après le déluge.....

La fin a toujours le même goût. La même forme. Presque les mêmes mots. On est dans le mouvement de la fin, dans le repli. Une éclosion à rebours. Un rétrécissement. Chaque heure est une ride de plus au jour. Dans la fin, il y a quelque chose de métallique, cela ressemble à un cuivre usé, sali, verdi par des moisissures qui remontent des chairs. Jusqu’au fond de la bouche. Une éclosion à rebours. Comme la mer qui ravale ses vagues une à une pour les enfermer dans l’immense coquillage du temps. Tout s’absorbe. Avec lenteur. Avec certitude. Avec entêtement. Presque avec acharnement. Comme si pour atteindre la mort il y avait des peaux à enlever, des écorces à briser. Déciller le rêve.

Hier, j’ai retrouvé des morceaux de notes prises ils y a quelques jours, quelques siècles…  « …donne une flèche à ta cible, donne une tige à ta fleur, donne de la chair à ta chair, donne ta coupe à mes lèvres, donne mes mains à ta prière. Oui, prends mon souffle, prends ma voix, prends mes jours. C’est le temps où l’acte s’invente à nouveau, comme une première fois, ou comme la seule fois. Soit là, sans passé et sans nom. Simplement là, couverte de ton plus beau frisson. Et que nos cris fleurissent, eux qui n’articulent plus la langue, puisque rien ne pourra plus se dire, puisque tout est advenu. Maintenant. »

Dérision des paroles. Les mots dansent la carmagnole sur nos cercueils.

Je tombe à l’intérieur de mon corps. Lente chute. Comme une extase. Noire. Infiniment noire. Faire taire pour ne plus s’entendre. Je sais ces océans vides. Glacés de silences obscurs. Un infini vidé de son élan, de son mouvement et qui n’offre pas même, un pli pour cacher ma propre honte. Un infini bordé de tessons de bouteille. Il y avait un fleuve, il y avait la mer, à la place la peau craquelée du songe et cette entaille brune et ocre qui remonte la large cicatrice de nos terres désertées.

Dérision des paroles. Verre brisé. Verre pilé. Crissant à chaque souvenir. Il y avait un fleuve. Il n’en reste qu’un rêve ténébreux. Une trace rougie de silences.

Je sais des voix peintes au minium pour cacher la rouille qui les ronge. Je sais ces corps qui ont soif à la place du cœur. Je sais ces chairs qui aiment se monter et s’ouvrir dans le jus de leurs désirs. J’ai eu le temps de connaître la bas, le vil, le monstrueux. Tous les chemins de croix se ressemblent, tous ne permettent pas de ressusciter. Dérision des paroles quand les actes les maudissent. Dérision de la vie quand la mort la maudit. Oui, je sais tous ces mots qui tissent des chaînes. A chaque maillon un mépris de plus, et même dans leurs silences la violence continue à se dire. Surtout dans leurs silences. Lourde chaîne qui pèse sur la langue de celui-là ou de celle-là.

Chaque mot est l’image d’un spectre.
Chaque phrase un marais bourbeux.
Comme si les mots excusaient les actes.
Il faut beaucoup de mots pour faire taire les silences honteux.
Il faut beaucoup dire autour, pour avoir l’illusion d’effacer le centre.
Le centre.
D’où la voix s’échappe.
Et qui dit nos intentions plus que nos tristes vérités. Malgré nous.
Puisque les vérités du jour sont les mensonges de demain.
Souvent on est venu me reprocher ici, une certaine lumière, comme si cette lumière leur faisait de l’ombre à leur ombre. Comme si le seul combat digne ou légitime à mener se trouvait là. Comme si le mal absolu commençait là. Triste alibi philosophique, qui consiste à dire : c’est avec vos bons sentiments que le mal existe et se répand. Quand tout sera éteint, il faudra bien continuer à avancer.  Avec qui ? Il restera ceux qu’on n’a pas fait taire. Et seuls les morts voient la nuit. Il restera les crieurs, les aboyeurs. Triste alibi philosophique qui cache mal les excuses faites, par avance, à leurs propres complaisances d’eux-mêmes. Juges qui condamnent les juges, juges plus féroces que les juges. L’éternel recommencement du même. Puisqu’au fond c’est là, la sécurité. Puisque là, il n’y a rien à inventer. Il suffit de rajouter un peu de confusion, et quelques couches de noir sur un tableau déjà très sombre et de prendre l’envers du décor et le tour et joué. Même derrière, on est encore dans le tableau. Phaéton à laissé son char s’emballé.

Deucalion, par contre,  à construit une barque assez grande pour y loger ses rêves, ses espérances, assez grande pour que tout y loge. Même toi, même moi.

Franck

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24 juin 2005

Merci Chris.....

Cette nouvelle bannière je la dois à Chris. Elle a laissé courir son imagination… et voilà….. Elle a tous les talents, l’écriture, la peinture, les enfants et ces choses rares faites de tendresses, de délicatesses… Il faut comprendre, son amour est généreux, et j’aime qu’elle vienne en déposer un peu ici. Merci mille fois Chris. Tu fais de belles choses parce que tu es belle, dans ta vie, tes élans, tes offrandes. Sans connaître ton regard je sais qu’il est beau, parce qu’il donne aux êtres qu’il touche la couleur fragile de l’espérance.

Merci Chris…. Merci Chris….
Tendresses

Franck

17 juin 2005

Le plus court chemin pour le mot....

Je n’ai jamais rien lu d’aussi proche de ce que je ressens et de l’idée que je me fais de la poésie. Tout y est. Tout ce que je pourrais écrire tentera de redire en plus gauche, en plus maladroit, ces paroles lumineuses. Parfois un artiste, un poète un écrivain atteint une sorte de grâce. Brusquement tout se condense en même temps, les mots ruissellent comme une pluie généreuse laissant apparaître un arc-en-ciel. On pourra faire toutes les exégèses possibles, cette parole de Bobin reste pour moi la plus claire sensation de la poésie.

La poésie on l’attrape avec les yeux et elle passe tout de suite dans le sang, elle inonde d’abord le cœur et la chair et bien plus tard elle monte au cerveau, d’ailleurs pas toujours, ce n’est pas obligatoire. Le cerveau. Dès que le cerveau s’en mêle, la poésie s’assèche, se désincarne, elle se vide de ses sucs, de ses odeurs, de ses nuances, et perdant ses larmes, sa nostalgie, elle s’éloigne et ses mots deviennent prétentieux, comme s’ils voulaient exister pour eux-mêmes. Les troubadours ne faisaient pas d’art, ils chantaient seulement, ils parlaient uniquement de cette délicieuse douleur d’amour, ils voulaient toucher la paupière des princesses ou leurs lèvres, ou leur peau, ou simplement leurs solitudes, leurs chagrins. Et ils ont inventé le souffle et le silence qui le dit. Ils enlevaient patiemment des siècles d’amures brutales. C’est eux qui ont blanchi la langue la première fois, à force de l’user sur des chemins de solitudes. Et à force d’user la langue ils ont trouvé de cœur des mots. Combien fallait-il en briser, des mots, pour obtenir une seule fois un cristal brûlant de tendresse ! Rejoindre un cœur est un voyage impossible. Alors chaque chant fut un chemin, chaque poèmes une étoile pour guider, et chaque mot un baiser. Rejoindre un cœur est une vraie folie, parce que les mots tombent, ils vous échappent et se brisent aussi facilement qu’un souvenir, ils ont besoins de toute votre attention pour rejoindre à force de couleur une parole juste et attendue. L’amour court sur la lame d’un sabre, un mot trop lourd, trop pesant et c’est la blessure, la rosée qui l’abreuvait, le nourrissait, se transforme en sang, c’est ce qu’on appelle le sang du poète.
Le plus court chemin pour le mot c’est le baiser.

Franck.

Ce qui suit est de C. Bobin, je n’ai pas les références du livre avec moi.

" La parole poétique est une parole nue, sans appui. Elle se dissout dans l’air qui la porte. Elle s’efface dans la voix qui l’énonce. Ce n’est pas une parole intelligente. Elle n’est pas plus intelligente qu’elle n’est bête. C’est une parole délivrée du langage. C’est une parole détachée de tout – et même de soi. Elle ne propose aucun sens. Elle ne dit rien qu’elle-même. C’est une parole offerte. C’est une parole ouverte à l’offrande infinie. C’est l’offrande lumineuse d’une solitude à une autre. Elle rend la terre à la terre. Elle redonne notre vie à la vie. Elle redonne à l’éternel son goût de périssable. La parole poétique est une parole amoureuse. Elle invente – dans le temps de la dire et dans celui de l’entendre – une communauté invisible, une fraternité silencieuse. Dans le monde, à qui demande du pain, on donne une pierre. Dans l’amour, à qui n’ose demander, on donne l’eau fraîche d’une parole. " (Bobin)

16 juin 2005

Etoile filante....

Elle était une étoile miraculeuse et scintillante
Dans l’opacité de mon ciel sombre
…et l’étoile est passée
…et mon firmament retourne à ses nuits ténébreuses
…maintenant crépusculaires
Etoile filante, comète à longue traîne, à peine entrevue, déjà disparue…
Pourtant le ciel est débordant d’étoiles…..

Franck

1 mai 2005

....ce qui aura été écrit sera chanté.

Ecrire conjure le vide.

 

Ce sont les premiers mots que je lui ai envoyés. Le début de nos échanges. A cet instant je ne n’imaginais pas quel bouleversement allait s’en suivre. Mon Ange.

A vous lire j'ai vu trembler la lumière. Je ne vous ferais pas l'injure d'être compatissant, vous êtes forte et nous nous connaissons pas, cela n'aurait pas de sens. Alors je vous dis simplement que je vous lis, que votre histoire est rentrée dans ma vie et que j'entends vos mots.
Quand je vous lis j'entends parfois le flux et le reflux de la mer dans l'infini des cieux… une mer d'acier, une mer défaite par l'ardeur d'un feu intérieur, une mer bouillonnante mue par un brasier invisible, un gigantesque chaudron dans lequel la blancheur et le feu s'unissent dans une sauvagerie désespérée. C'est l'enfer qui rend l'âme. C'est un fracas rugissant nourrit par l'agonie de bêtes féroces, l'agitation est sans fin et la peau de l'océan est hérissé de crêtes blanches aussi coupantes qu'une armée de lances acérées.

Peut-on être foudroyé par une écriture ?

Ecrire conjure le vide.

Je ne savais pas décrire… mais je croyais entendre une musique. Derrière les phrases… une musique lente, grave. Derrière les mots brutaux, crus, provocants, parfois injustes, derrière des mots brûlés jetés pour blesser un papier trop pur, une musique et des fulgurances, et puis l'odeur acre du sang qui s'écaille, comme un chant qui se coagule dans l'âpreté d'un rire qui se fige.

Ecrire conjure le vide.

C'est la tentative d'un dialogue avec sa part la plus irréductible, sans doute la plus douloureuse.
Il s'agit de côtoyer les ombres de les frôler, de les désigner de les ressusciter. Il faut rajouter quelque chose au vivre, soit pour le parfaire soit pour le refaire pour lui donner sa dimension de silence. De fièvre.
En fait, écrire nous dit l'ombre de nos actes, de nos paroles et le trou décelé dans l'écorce crevassée de nos vies démembrées.
Ecrire touche à la substance même de ce que nous ignorons.
Ce qui fut ignoré sera écrit
Ce qui n'a put être dit sera écrit
Ce qui n'a put être écouté sera écrit
Ce qui a été refusé sera écrit
Ce qui a été perdu sera écrit
Ce qui a été espéré sera écrit
Ce qui a été pleuré sera écrit
Ce qui a été sali sera écrit
Alors, alors seulement, ce qui aura été écrit sera chanté.

Elle fait partie de ces êtres insensés. C’est une femme insensée, comme ces femmes perdues, qui ont une manière bien particulière de traverser les jours, les heures, en les faisant frémir, en les faisant trembler.
Les insensées ne reçoivent pas la lumière, au contraire elle la donne c'est pour ça qu'elles brûlent. On en voit passer certaines les bras chargés de rêves inépuisables ou de poèmes, d'autres sont envahis de fleurs ou d'enfants, absentes et présentes à la fois. Elles parlent beaucoup et se taisent souvent, elles connaissent les hommes puisqu'elles les aiment, et elles pleurent infiniment puisqu'elles les aiment. Elles sont multiples, graves et joyeuses, elles connaissent toutes les langues et les mélangent parfois, elles savent les contes pour enfants et les sentiers des bois. Elles parlent aux étoiles pour les consoler, parce que les étoiles sont tristes et parce qu'elles sont tristes aussi….

Et chaque jour elle gratte un peu plus l’os de sa vie.

Alors, alors seulement, ce qui aura été écrit sera chanté.

Franck

16 juin 2005

Je déborde dans le désordre.....

Là au moment où je suis en train de taper sur le clavier je n’ai pas envie d’écrire. Je me sens vidé. Pourtant je me dis que c’est maintenant que je dois insister.
Ecrire….un mot plus loin, plus haut, une note de plus dans l’arpège…
Sans jamais trouver une réponse sereine.

J’ai longtemps cherché mon style d'écriture, celui qui me correspondrait, celui avec lequel je me sentirai à l’aise, et ce que j’ai trouvé est un peu particulier, souvent cela me donne la sensation d’appartenir à mon style et non l’inverse.

Avant le blog, l'acte d'écrire pour moi est un acte grave. Je l'ai sans doute trop sacralisé, ce qui m'empêchait d'avoir vis-à-vis de lui une attitude simple, légère, naturelle, évidente. D'ailleurs, il en va de même pour beaucoup de chose, entre autre pour mes relations avec les autres, ou mes relations avec le monde. Je n'aborde rien de façon simple, apaisé.
Je suis un être douloureux, sensible, trop sensible. Mon écriture n'est pas une écriture d'histoires, de scénario, c'est une écriture d'émotions.
Mon rêve serait de transmettre avec des mots une émotion la plus pure possible.
Mais quand on y réfléchis, les émotions qui me stimulent sont peu nombreuses : le chagrin, la tristesse, le désespoir, l'amour et plus généralement tous ces instants où l'âme est "effondrée". J'aime cette idée d'effondrement. Elle me parle. Je la ressens très fort.
Écrire pour moi c'est atteindre un monde particulier, ces couches obscures qui gisent en nous, ces sensations souvent contradictoires qui nous bousculent. Le monde de l’autre coté des paroles, de l’autre coté de la vie, un monde fait de choses sans importances, comme les prières, les chants, les murmures, les silences, les larmes, les dons, le dépouillement, toutes ces choses gratuites, qui ne servent à rien et qui pourtant nous sauvent.
Exprimer l'inexprimable, se situer sur les bords de l'indicible.

Je n'ai pas d'inspiration au sens où on l'entend généralement. Les choses arrivent (quand elles arrivent) souvent pas surprise. J'attends qu'un rythme vienne, une sorte de musique (j’en ai déjà un peu parlé), pas une musique normale, mais une espèce de hômmmmm, qui se module, et qui peu à peu raisonne en moi ; puis il y a des sensation de lumières, plus ou moins claires, alors des mots viennent, comme si je mettais des notes sur une portée de couleurs(l'image n'est pas tout à fait juste, mais elle se rapproche de ce que je sens). J'ai l'impression de descendre en moi. C'est profond, c'est au fond. Quand parfois une association de mots, une image, la rencontre de deux sons ou la collision de plusieurs sens touchent au plus précis de mes os, j'ai une bouffée émotionnelle qui m'envahis et les larmes me montent aux yeux. C'est une expérience bizarre, exaltante et douloureuse. Mais une expérience forte, que je ne peux pas renouveler à la demande.
Il y a une pente et je m'y laisse entraîner, avec un sentiment de vertige, d'ivresse, c'est ça que j'appelle l'effondrement.
Il me semble que ce que j'écris s'adresse à l'âme. C'est-à-dire à cette partie centrale et profonde de l’être. Pour moi, l'âme n'a rien à voir avec la religion (catholiques, chrétiens, juifs, musulmans...), mais avec le sentiment religieux, avec la spiritualité ; cette sensation qui nous pousse à nous relier à l'humanité, et même, au-delà de l'humanité. On a quelque chose en nous qui résiste à tout et sur laquelle on s'appui sans le savoir. C'est la partie incorruptible de nous-même. Elle nous fragilise et nous rend fort dans le même mouvement.
C'est de "là" et pour "ça" que j'écris.
.........
Bref, tout ça pour dire que pour moi ce n'est pas si simple. Je pense même que je me crée de façon inconsciente des conditions d'impossibilités, ou pour le moins de difficultés, comme en amour d'ailleurs. Je suis le spécialiste des amours impossibles, douloureux, mais c’est une autre histoire.

J'ai l'impression d'être dans une solitude absolue (ce qui n'est pas toujours vrai), de ne pas être à ma place, nulle part.

Ne pas parler, ne rien dire à personne, ne pas être de ce monde... Bien sûr, c'est artificiel, mais je le ressens très fort, comme une source qui n'a pas trouvé son ruisseau, je déborde dans le désordre en pure perte.

Franck

15 juin 2005

Les mots croisés de Scipion....

Nous avons passé les derniers mois de sa vie ensemble. Un hasard. J’aurais du être loin. Mais j’étais là, un petit appartement pas très éloigné du sien. Je prenais mes repas avec lui. Le midi et le soir. En silence les repas. Le plus souvent. Dans sa cuisine, chacun à un bout de la table. Lui et moi, face à face. Jean et Franck. Le père et le fils. Deux miroirs face à face. Deux images irréelles. Il parait que nous nous ressemblions, physiquement. C’était vrai. Un jour on l’a pris pour mon frère, ce genre de remarque le flattait. Moi, cette ressemblance me donnait la nausée. Au moment où l’on se retrouve, comme ça, face à face, on ne sait pas que ce sont les derniers mois de sa vie. Lui, devait s’en douter. Enfin, je crois. Entre nous, le silence, plein, compact, il n’existe aucun espace. On s’est déjà tout dit, plusieurs fois. Et puis, je n’ai plus envie de lui parler. De toutes les façons, les mots n’arriveraient pas à traverse ce silence trop écrasant, trop épais, trop dense, trop solide. On était au bout de la route. On avait tout épuisé, seul le silence avait résisté. Ses journées étaient vides, sauf son verre qui lui était plein. Et le soir, c’est lui qui était plein. Histoire de vases communicants. Chez lui il n’y avait plus que les vases qui communiquaient. Les vases. La vase. La boue. La haine. La rancœur. Je voyais tout ça dans ses yeux, ses gestes, la crispation du visage, cette rigidité du corps. Soixante douze ans, pas très vieux pour notre époque, et encore bien conservé. L’alcool conserve. La haine aussi. Comme la rancune et la colère. L’alcool et la haine c’est la même chose, c’est le même mot. Au départ on se hait soi-même, après on hait les autres. On est en face l’un de l’autre. Il ne mange pratiquement plus rien. Plus d’appétit. Tu m’étonne, avec ce que tu bois. Avec ce que tu ressasses toute la journée toutes ces détestations, ça nourrit. Je ne t’aime pas, je ne te maudis pas, je suis simplement prisonnier d’un lien. Être, ta mère ça a été un long apprentissage du désespoir, être ta femme un long apprentissage d’avoir été méprisé et de la peur, être ta sœur un long apprentissage de la trahison, être ton fil… qu’ai-je bien pu apprendre avec toi ? J’ai envie de répondre : rien. Mais en fait c’est la colère qui parlerait à ma place. Chez nous ce n’est pas les Ténardiers . Chez eux les choses étaient claires. Sordides, mais claires. Chez les choses étaient discrètes. Invisible pour l’extérieur. Ton truc à toi, c’était le pouvoir. Posséder les gens. Tu cherchais les faiblesses et tu appuyais dessus. Au départ tu appuyais un peu, après tu appuyais très fort. Mais c’était trop tard. Tu aimais être fort en humiliant les autres. Comme tu étais intelligent et patient tu arrivais toujours à tes fins. Dans la cuisine désormais il n’y avait plus que nous deux. Janine ta dernière compagne, ne mangeait jamais avec nous. Elle t’allait bien celle-là. Pourtant comme les autres tu la méprisais, tu disais en parlant d’elle : " Janine , c’est un insecte…. ".
Tu écoutais la radio. France-inter. Et tu faisais des mots croisés. Et là, tu m’épatais toujours. Même bourré, tu y arrivais. Ceux de Scipion dans Paris-Match. Non, au départ ce n’était pas les Ténardiers. Tu étais ce qu’on appelle un père sévère, parfois tu avais la main lourde. Mais rien de plus que dans beaucoup de foyers. Trois ou quatre fois tu as frappé maman. Mais ce n’était pas tous les jours. Ta violence à toi était d’une autre nature : tu taisais les gens. Tu te mettais à ne plus leur parler. Une fois, j’avais dix ans, non, onze tu ne m’as plus parlé pendant deux mois. Pas un seul mot. C’était un jeu pour toi. Mais je peux te garantir que là, il y avait une vraie violence. Tu faisais du dressage. Tu n’étais pas un frustre, pourtant, jamais un geste d’affection, jamais un mot d’encouragement. Sur toutes les vieilles photos, pas une seule fois où l’on est tous les trois, toi, maman et moi, comme une famille normale.

Quand maman est morte, c’est là que nous entré tous les deux dans le face à face. C’est là que j’ai été piégé. Captif de ton regard. Je commençais à te connaître, et à savoir éviter le pire avec toi, mais cela m’obligeait à beaucoup de contorsions. Il y avait le " lien ", un ramassis de sentiments atrophiés, pervertis, il m’aura fallu quatre ans d’analyse à raison de trois séances par semaine pour m’en défaire.
Ce que tu aimais en moi c’était toi. Tout ce qui te rappelait toi. Tu écoutais la radio, le soir l’alcool aidant, tu parlais un peu, tu commentais les nouvelles. Tu étais devenu lepéniste et j’étais obligé d’entendre tes conneries et les siennes. J’aurais pu partir, mais dans la vraie vie ce n’est pas comme ça que ça se passe. On reste. Tu étais devenu raciste, et tu me parlais de la race supérieur. Pour le coup c’est moi qui te taisais, mais je restais. Tes yeux étaient rouges d’alcool et de colère, et de hargne, et le soir tu titubais et ta haine sortait dans tes mots. Je mangeais, je te regardais, et je me taisais.
Nous étions arrivés au bout du chemin, pourtant je n’avais oublié aucune de tes insultes, quant à bout d’argument tu cherchais à blesser l’autre au plus profond du cœur ; dans le fond tu me méprisais aussi. Mais toi aussi tu étais prisonnier du lien. D’ailleurs pour te faire perdre, pour te faire échouer j’ai du échoué moi-même. Il a fallu que je me perde, pour te faire perdre. L’âme humaine est complexe. Rien n’a résisté à ton désir de détruire ceux qui t’entouraient. A la fin, nous nous sommes retrouvé face à face, avec l’insecte à coté.
Plusieurs fois tu as dépassé les bornes, plusieurs fois nous nous sommes battus, physiquement. Je me souviens, tu bavais des injures sur moi sur ma femme, c’était insupportable. Je ne le supportais plus.
Chez nous il n’y avait pas de brutalités quotidiennes, il n’y avait pas de misère, il n’y avait pas de choses sexuelles, mais il y avait cette tension insidieuse permanente. Ce rapport de force constant.
Et puis il fallait que tu salisses tout, quand maman est morte, quinze jour avant tu es venu la voir. Déjà elle n’avait plus de force, plus de respiration. Tu es resté trois jours. Pour Noël. Le jour de l’enterrement, tout le monde était effondré. Et toi tu la ramenais plus haut que tout le monde. Tu voulais absolument souffrir le plus fort. Je me souviens de ta phrase : " Avec Suzette, on s’est bien battu, mais on s’est bien aimé, d’ailleurs quand je suis venu à Noël, je lui ai fait l’amour… " Qu’est-ce que tu voulais prouver, pauvre fou ? Crois-tu que j’avais besoin d’entendre ça ? Crois-tu que sa mère, à elle, Simone, avait besoin de ce genre de détail, un jour pareil ? Ne crois-tu pas que tu as atteins un sommet de vulgarité ce jour là ? Je me suis levé. C’est ta sœur qui m’a arrêté.
Donc, à la fin, nous sommes tous les deux. La boucle est en train de se boucler. Tes journées sont les mêmes. Radio, mots croisée, et la valses des verres : après ton café, tu commence à la bière, la bière ça compte pas, deux, trois, quatre ; midi, porto une bouteille tous les trois jours, du vin quand même pour faire passer tes deux sardines. Sieste. Puis, bière, une, deux, puis un porto pour faire passer le goût de la bière. Puis à dix-huit précise la soirée commence. Ricard. Mais pas des Ricard de fainéants. Tu appelais ça des " soupes ". Un, deux, trois… Et chaque jour la même choses.

C’est en allant chercher ton ravitaillement que c’est arrivé. Dans tes sacs, que du liquide, Tu étais trop pressé ce jour là. La soif, qu’est-ce que ça fait faire ! C’était un lundi. Tu as fait un léger malaise dans la rue. Samu, hôpital. Je suis là quelques instants après ton arrivé. Tout semble aller bien. Sauf, cette petite toux. Mardi la toux s’aggrave. Je m’inquiète au près de l’interne, la veille j’avais signalé sa dépendance à l’alcool et à la cigarette. A vingt heure quand je pars, il est mal. Déjà intubé. A une heure du matin l’hôpital m’appelle. C’est fini.
J’ai fais ce tu m’avais dit de faire dans ce cas là. Le feu. Et tes cendre dans la baie de St Raphaël. Et puis j’ai désobéi. La moitié seulement. L’autre moitié je l’ai amenée en Creuse, là où est maman. Je me suis dit qu’elle avait deux trois trucs à te dire, et que vous n’aurez pas assez de l’éternité pour vous expliquer.

Le lien était coupé. Non, pas vraiment. Le lien ne se coupe jamais totalement. Je continue de l’user. Là encore, en écrivant ces mots.
Je crois que je ne t’aime pas papa. Même avec le temps je n’y arrive pas. S’il y avait quelque chose à te pardonner je le ferais, mais je ne trouve rien. Alors on en restera là. Je n’ai pas de haine, pas d’indifférence, pas de sentiment. Quand je regarde en arrière pour considérer mon enfance. Je ne vois rien. Un long tunnel noir et gris. Pratiquement aucun souvenirs. Un long ennui. Une longue solitude impartageable. Et cette difficulté à rencontrer les autres. Mais je me soigne papa, j’écris des trucs, c’est pas terrible, mais cela met un peu de lumière sur les choses et le monde. Tu vois papa, j’ai quarante neuf ans et je me sens intact. Il y a des jours où au détour d’un mot je me sens heureux. Je ne suis pas celui que tu aurais voulu que je sois, mais ça cela me rassure un peu. Je vais te dire, je ne suis rien, mais mon cœur bat, et chaque jour j’ajoute un pétale de plus à la fleur de mon âme. Tu ne m’as pas appris l’amour, mais ne t’inquiète pas, pour cela il n’y a pas besoin de professeur, il suffit de se dépouiller un peu et de s’offrir au vent, à l’orage, et chaque jour j’aime un peu plus, c’est parfois troublant, désarmant, même douloureux à certain moment, mais plus le temps passe plus je suis léger. Parce que ce que tu ne savais pas, papa, c’est que j’étais un ange. Et que j’ai besoin du ciel et des étoiles. Tu m’as vendu un monde irrespirable. Et sur bien des aspects tu étais dans le vrai, mais le mien de monde, est un vitrail ruisselant, une source d’eau fraîche, il est fait de quelques prières qu’on jète en l’air pour fabriquer des étoiles, il est fait de rien mon monde, il n’a pas d’épaisseur, pourtant le sang qui le traverse est rouge comme un feu de St Jean. Je ne te dois rien, puisque la vie qui me reste j’ai du la réinventer. A part les mots croisées de Scipion. Que je fais de temps en temps avec rage. Rien, puis que je suis mort une fois, et que là c’est du rab. A part les mots croisés de Scipion. Le reste du temps je les décroise les mots, je rajoute un peu de lumière, quelques notes de musique et je les laisse s’envoler. Pas besoin de grille pour les tenir en respect, pas besoin de définition pour les dire ou les trouver, tu comprends, mes mots sont libres, certains s’envolent, d’autres flottent, ils sont ni horizontaux, ni verticaux, ils sont dans tous les sens, dans les yeux, la bouche, les doigts, les oreilles, et chacun d’eux chante chaque jour un peu plus l’amour, et les plus beau sont les plus silencieux, on ne les prononce pas, on les murmure à peine, on les laisse courir comme une longue caresse qui chercherait la peau d’une amoureuse. Mes mots ne sont pas les tiens, même s’ils saignent c’est leur propre sang qu’ils offrent ; les tiens provoquaient des blessures et les miens sortent de celles que tu as faites. Tu t’appelais Jean, et comme lui au début c’était le verbe, et comme lui à la fin c’était l’apocalypse. Moi je n’ai plus de nom. Et certains jours je les ai tous. Et tout va bien. Je ne suis plus de toi. Je suis d’une errance.

Franck

7 juin 2005

L'eau et la littérature.... (2)(Fin)

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Après des luttes acharnées l’âme peu arriver aux abords des eaux des Poissons. C’est l’ultime étape. Il nous faut dépasser nos propres limites, pour approfondir notre méditation. L’horizon s’élargit et l’on se sent envahi d’un vertige de brume et le cœur se rempli d’une désespérante joie et l’on prie pour que l’ineffable advienne. La mer est devant nous, immense, infinie, c’est l’image même de la divinité. Avec l’eau des Poissons nous sommes dans la pure communion. L’eau des Poissons c’est l’Océan, et c’est aux rythmes de la vague et des marées que les Poissons s’expriment. C’est une eau parfois douloureuse, parce que c’est eau compatissante. Aux Poissons on souffre du monde, on a mal aux autres. C’est la dernière étape, l’étape du pardon et de la miséricorde. Aux poissons il nous est demandé d’être nu comme au premier jour, il faut s’être départi de tout, avoir rompu toutes nos attaches, être dépossédé de tous les biens, être même dépossédé de soi. Alors le voyage est possible. Il faut écouter Mallarmé (Poissons du mois de Mars) :

" La Chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mers trempe
O nuit ! Ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirais ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un ennui, désolé pars les crues espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrage
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots.
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots. "

L’eau de la mer invite aux voyages. Et surtout aux derniers voyages. L’ultime fusion, la dernière union, le dernier souffle.

Et c’est donc au rythme lancinant des marées que les Poissons chantent leurs mélopées. On a une bonne idée de ce qu’est l’eau et une marée Poissons, avec le Boléro de Ravel ( Soleil, lune et Mercure en Poissons). Une musique en spirale, à chaque tour une vague de plus, une note de plus, un instrument de plus, ça pourrait durer à l’infini. Vague après vague Ravel monte sa marée jusqu’à l’acmé finale. L’eau des Poissons est une eau qui s’augmente. Il lui faut du temps, parce que la marée est longue à venir et c’est le ciel qu’elle tire.

Victor Hugo, Poissons s’il en fut, retrouve souvent le souffle de la vague dans ses poèmes, la mer peu y être inquiétante, profonde :

" Où sont-ils les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots, que vous avez de lugubres histoires !
Flots profonds, redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous ! "

Les marées de Hugo sont des marées universelles, pleines de douleurs et de craintes, au contraire avec l’eau De Ramakrishna ( avec Uranus, Lune, et l’Ascendant dans le signe des poissons) l’âme peut s’abandonner :

" Il était une fois une poupée de sel qui descendit vers la mer dans l’intention d’en mesurer la profondeur. Elle tenait à la main une sonde. Arrivée au bord de l’eau, elle contempla le puissant océan, jusqu’à ce point elle continua à être la poupée de sel, mais elle n’eut point plutôt fait un pas en avant et mis le pied dans l’eau qu’elle devint une avec l’océan et se perdit entièrement. Le sel qui la composait était venu de l’océan et voici qu’il était revenu à l’océan. La poupée de sel ne peut retourner vers nous, pour nous parler de la profondeur de l’océan. "
Il en est ainsi de dieu.
Et pour finir avec Ramakrishna et l’eau des poissons.

" Un jour, j’étais en proie à une intolérable angoisse, il me semblait qu’on me tordait le cœur comme un linge mouillé, la souffrance me déchirait, à l’idée que je n’aurais pas dans ma vie la bénédiction de la vision divine. Une frénésie terrible me saisit, je pensais si cela doit être ainsi assez de cette vie ! La grande épée pendait dans le sanctuaire de Kali, mon regard tomba sur elle, et j’eus le cerveau traversé d’un éclair : elle, elle m’aidera à mettre fin. Je me précipitais. Je l’empoigne comme un fou et voici : la pièce avec toute ses portes est ses fenêtres, le temple, tout s’évanouit, il me sembla que plus rien n’existait et à la place je perçu un océan d’esprit sans limite, éblouissant, de quelques parts que je tournasse les yeux, aussi loin que je regardais, je voyais arriver d’énormes vagues de cet océan luisant, au dedans de moi roulait un océan de joie ineffable. "

J’ai souvent l’impression qu’un créateur, qu’un artiste, s’appuie sur un des quatre éléments pour donner forme à son imagination.
A chaque fois qu’il le retrouve son art se purifie, il est au centre de lui-même.

Bien sûr, ce que je dis n’est une preuve de rien. Certainement les contres exemples existent. Qu’importe. L’important c’est d’être saisi par quelque chose. La sensation d’une révélation.

Pour finir et faire plaisir à une lectrice Taureau, je fais un crocher par un signe de Terre. Le taureau, se pose toujours la question de la forme, de la consistance. Ils sont sensuels, tactiles, même légers ils sont dans l’épaisseur de la matière, ils tirent, ils portent, ils soutiennent, ils aiment les joies simples et naturelles. Giono est un magnifique représentant de l’écriture Taureau ( Avec L’ascendant, la Lune et Vénus dans le signe ). Il termine Regain de la façon suivante

" C’est une joie dont il veut mâcher toute l’odeur et saliver longtemps le jus comme un mouton qui mange la saladelle du soir sur les collines. Il va, comme ça, jusqu’au moment où le beau silence s’est épaissit en lui et autour de lui comme un pré.
Il est devant ses champs. Il s’est arrêté devant eux. Il se baisse. Il prend une poignée de cette terre grasse, pleine d’air et qui porte la graine. C’est une terre de beaucoup de bonne volonté.
Il en tâte, entre ces doigts, toute la bonne volonté.
(…)
Il est debout devant ses champs. Il a ses grands pantalons de velours brun, à côtes ; il semble vêtu avec un morceau de ses labours. Les bras le long du corps, il ne bouge pas. Il à gagné ; c’est fini.
Il est solidement enfoncé dans la terre comme une colonne. "

Tout le signe du Taureau est là. Mieux raconté que dans n’importe quel discours astrologique.

Les choses sont parfois moins évidentes. Par exemple avec St Exupéry, (Cancer) un signe d’Eau donc. Or il fut aviateur. Bizarre. C’est dans ses écrits qu’il retrouve son élément naturel : l’eau. A la fin de Vol de Nuit, l’avion est perdu dans l’orage, c’est l’instant ultime. C’est à ce moment précis que St Ex fait appel aux images aquatiques, l’avion devient un bateau, l’orage est une mer déchaînée. St Ex à écrit les déserts aussi, les lieux sans eaux, ou plutôt, les endroits où l’eau avait de l’importance. Chez lui un désert abrite toujours un puits. Et marcher dans les sables c’est marcher vers une eau pure. Une eau salvatrice. C’est la source qui fait le désert et non l’inverse. L’homme est un vaste désert dont il faut découvrir la source. Et le désert est beau de la source qui s’y cache.

………….

Seigneur je ne suis rien, sinon cette eau aimante….
Cette eau oubliée, simple et désolée, qui attend en silence les lèvres assoiffées qui la feront chanter.

Franck

17 mai 2005

Conquérir l'âme du monde...

Car il nous faut conquérir l’âme du monde pour l’accomplir ou le brûler. Pour l’accomplir en le brûlant.

La puissance n’est rien s’il n’y a pas l’abandon et l’abandon pure folie s’il n’y a pas l’offrande.L’amour véritable c’est peut-être cela, la puissance et l’offrande qui passent ensembles sous la même arche, la puissance qui s’exalte de sa disparition, saisie d’un trouble, d’une douleur sublime pour ouvrir le ciel, éclabousser la nuit.

Alors, il faut y aller d’une parole vraie et folle, d’une parole défaite. Défaite parce qu’en équilibre sur le fil coupant de l’âme, parce que sans cesse inachevée. Inachevable. Y aller d’une parole vraie parce qu’indéchiffrable, puisque qu’elle dit l’impossible de nos existences. La vérité n’est pas donnée, elle est un surcroît, ou un reste plutôt. Il faut user nos vies pour la faire apparaître. C’est pour cela qu’elle fait mal, c’est d’ailleurs comme ça que nous la reconnaissons : parce qu’elle fait mal.

La vérité du mot c’est le silence qui le suit, la vérité de l’amour c’est le silence qui le précède.

La vérité, et la folie pour atteindre une parcelle de pureté. Car la pureté ce n’est pas un état donné, une chose acquise pour l’éternité, la pureté ce n’est pas la blancheur naïve, la candeur intouchable, non, rien de tout cela. La pureté est douloureuse, aussi, parce qu’elle brûle, c’est une marche épuisante vers la dépossession, vers l’abandon ; la pureté c’est arracher de soi des lambeaux de mémoire, arracher la chair des ses souvenirs, c’est enflammer son sang, c’est être dans le jour et inventer la nuit, c’est être dans la nuit et accueillir chaque mot comme des lucioles, c’est savoir que les paroles du soir sont souvent encombrées et qu’il faut avant de s’en servir les blanchir dans un grand bain de silence, c’est savoir que les paroles du matin n’effacent jamais totalement la nuit parce que dans la rosée des mots on décèle toujours quelques chagrins inconsolés, c’est faire rentrer le soleil dans la maison des mots et c’est jeter au vent des poèmes oubliés.

Alors il faut traverser la lumière à son endroit le plus fragile, là où les ombres laissent passer les anges, là où nous déposons nos prières, nos chagrins là où l’aube cache encore quelques astres égarés. Il faut chercher ces instants fugaces du jour où les lueurs s'accordent à nos coeurs, ces instants qui esquivent le temps qui passe, ces petits instants fragiles qui offrent un bout d'éternité à qui sait les voir, comme lorsque nous respirons une rose en fermant les yeux et en oubliant nos larmes ou en nous y abandonnant.

La vérité du mot c’est le silence qui le suit, la vérité de l’amour c’est le silence qui le précède. Car il nous faut conquérir l’âme du monde pour l’accomplir ou le brûler. Pour l’accomplir en le brûlant.

Franck.

9 mai 2005

L'entre-deux.....

Elle a dit qu’elle aurait aimé m’appeler. Hier, mon Ange battait un peu de l’aile. Elle sentait le manque en elle. Pas de la souffrance, mais pas vraiment de la joie non plus. Le sang est juste troublé. Elle voulait m’appeler. Elle n’a pas osé. Jamais elle n’ose. Ce n’est pas parce qu’elle manque de courage, car c’est la personne la plus courageuse que je connaisse. Par pudeur. Parce que c’est la personne la plus pudique que je connaisse. Quand on la lit, on s’y trompe souvent, personne ne pense à retourner ses mots et à les regarder dans la transparence du jour. C’est la personne la plus pure que je connaisse. Digne. C’est le mot qui m’est venu quand nous nous sommes rencontré. Digne, dru, intense, arraché. Là, elle est amoureuse et son écriture la fait souffrir. Il faut à nouveau qu’elle invente tout. Abandonner l’écriture du désastre. Non, pas abandonner, la retourner comme un gant, comme la peau d’un lapin dépecé. Chaque jour elle se bat, pour faire apparaître de nouveaux sens aux mots. Elle est entêtée. Soldat courageux. Soldats des mots, de la littérature. Souvent on l’aime pas. Chaque phrase est un bras, une main qui vous saisit là où vous êtes le plus faible pour vous dire que là, précisément là que vous devez être le plus fort. Parce que c’est la personne la plus généreuse que je connaisse. On s’y trompe souvent. Elle essaye l’écriture du bonheur, de la joie. Et c’est dur, mais elle sait que c’est la qu’elle doit réussir, il le faut. Il est urgent de réussir l’écriture du bonheur, c’est question de vie ou de mort. L’écriture du désastre n’a de sens que lorsqu’on la retourne. Elle voulait m’appeler. Elle ne l’a pas fait. Sans doute ne le fera-t-elle jamais. Alors je lui ai envoyé un petit mot.  " Tu vois, ce qui me dérange le plus c’est que tu n’oses pas m’appeler. Je ne peux pas t’obliger, bien sûr. Et si tu ne le fais pas, c’est sans doute que tu ne le sens pas. Assez. Je te l’ai déjà dit, tu peux m’appeler. Quand tu veux. Je sais bien que ton cœur est dans le cœur de D., et que le sien est dans ton cœur. Je sais bien que toutes tes secondes sont à lui, et c’est bien comme ça. Mais nous avons déjà fait une longue route ensemble, une route semée de mots, de silences, de regards échangés à travers un clavier… alors, cela serait triste, si je ne pouvais pas t’apporter un peu du réconfort de ma voix, quand le doute ou le manque te traverse. Je sais Angéline que tu vis le plus grand des paradoxes, car tu es de plus en plus forte et en même temps tu dois te sentir de plus en plus fragile. C’est à ça qu’on reconnaît l’amour. Des bonheurs dévastateurs et des abattements fulgurants. La joie et la peur qui se bouscule pour passer ensemble le pas de la porte….Alors je suis là Angeline, même dans ces moments. Surtout dans ces moments. Tu sais qu’avec moi, il n’y aura pas jouer, tu pourras rire, parler, pleurer, douter, t’exalter, tu pourras être de l’humeur de la Lune ou du Soleil, tu sais bien que je ne suis pas dans le jugement…Alors ne me laisse pas dans le virtuel, il y fait froid parfois. Souvent. " Drôle cette vie dans le virtuel. Dans cet entre-deux de la vie. Hier j’étais dans l’entre-deux des mots. Aujourd’hui dans l’entre-deux de la vie. Drôle.

Voilà, l’entre-deux, c’est l’errance…. Peut-être le lieu de l’écriture. Ou peut-être le lieu du rien…. Je ne sais pas….

Franck

8 mai 2005

...Le silence qui les séparent....

Dimanche. Il fait beau sur Paris. Il fait fade dans mon sang, dans mes humeurs. Toujours cette impression de n’être ni vivant, ni mort. Uniquement dans l’entre deux des mots. Et toujours les mêmes questions, à quoi sert ce blog ? Au début j’avais dit que cela ressemblait à une errance. Je ne me doutais pas à quel point. Au début, naïvement, je me disais qu’il s’agissait d’amorcer la pompe et que le reste suivrait, je me disais : il y aura des réactions, cela m’aidera à continuer. Je pourrais m’appuyer sur des commentaires et rebondir dessus. En fait, je suis peu lu. Quelques égarés du net, qui tombent par hasard, quelques silencieux… Sauf Coumarine, qui est fidèle, sans doute la seule. En tout cas la seule qui m’encourage. Elle aussi, elle doute, pendant quelques jours elle a déposé ses bagages, elle ne voulait plus avancer, et puis elle est repartie. Elle s’est allégée, a fait le ménage dans sa tête, et elle est repartie.

Tous les jours je me dis : j’arrête.

Mon Ange, en ce moment, est ailleurs. Elle visite toutes les étoiles, elle fait le plus beau des voyages, quelque chose la porte, la transporte, la transforme. Elle est entrée dans sa métamorphose. Chaque jour elle s’étonne de voir ses ailes s’agrandir, se colorer, chaque jour elle se sent de plus en plus légère et chaque heure la rapproche un peu plus de son envol final, du grand saut dans le vide. Elle est de plus en plus belle. L’amour lui va si bien. On s’aperçoit, maintenant de quelle lumière ses mots brillaient. Parce qu’elle est allée les chercher un par un, dans des endroits impossibles, elle a tout arraché centimètre par centimètre, ronce par ronce. Elle à prit chaque mot l’a mâché, l’a vomis, l’a cassé et l’a jeté, avec rage parfois, chaque mot elle l’a nettoyé, poli, poncé, récuré avec ses larmes, son chagrin et aujourd’hui on voit toute leur beauté, leur clarté, leur fulgurance, leur flamme. Elle est de plus en plus belle. L’amour lui va si bien.

Tous les jours je me dis : j’arrête.

Je me rends compte ici, de toutes les paroles inutiles que l’on prononce, chaque jour. Tout le vacarme inutile de nos mots. Je me rends compte de toutes les complaisances que l’on à envers nous-même. Tous nos renoncements.

Juste après avoir commencé ce blog j’ai écrit un texte long, infiniment long. Un texte complaisant, il y avait un peu de sexe dans les mots, dans la situation, mais que de longueurs ! En fait je n’avais fait ce texte que pour pouvoir écrire quelques phrases. Elles seules m’importaient. Pourquoi a-t-il fallut que je mette toute cette histoire autour ? Complaisance.

J’imaginais une femme dans la joie de l’amour s’adressant à son jeune amant…

" Je vais t’offrir le plus beau des cadeaux, la plus belle des fleurs, la source la plus miraculeuse, tu vas toucher la vie au plus près du sang, tu vas découvrir ce qu’est l’amour quand il devient ta peau, quand il devient ta main, tes doigts, tes yeux. Tu vas savoir ce qu’est l’orage en plein soleil et le désir quand il devient ruisseau et fleuve et océan. Je t’offre mon corps pour que tu apprennes comment la douleur d’un espoir se transforme en extase et comment le don succède à la perte, tu sauras que la vraie puissance n’est pas le pouvoir et que la fragilité de ton cœur vaut mieux que tous les serments. Aujourd’hui tu ne prendras pas mon corps puisque je te l’offre, il te faut seulement être le vent pour pouvoir l’accueillir, être lumière pour pouvoir l’honorer, être musique pour le faire chanter. Aujourd’hui tu apprendras que le poids n’est pas lourdeur et que la grâce se tient dans ton souffle. Alors petit bonhomme je te fais l’offrande de mes cris quand ils sortent de ma chair et de mes soupirs quand ils sont miséricorde, tu seras la vague et serais le sable, tu seras la vague j’en serais l’écume, viens transpirer sur ma joie, viens échanger nos ventres, viens nourrir notre ivresse, viens t'effondrer dans mon âme. "

J’aurais du me contenter de ça. Ecrire des mots qu’on a jamais entendus et qu’on entendra jamais. Ecrire ça sert à aussi à cela. N’écrire que ces mots…

J’imaginais un Ange dans la joie de l’abandon, à l’heure où les corps ne souffre plus de l’apesanteur, je voulais entendre ses mots.

Alors je les ai écrit…

" Je veux sentir tes doigts sur chaque partie de mon corps,
je veux que tu en découvre toutes les formes, toutes les couleurs, tous les velours, toutes les soies,
je veux que tu ailles dans tous ses mystères, que tu fouilles tous ses secrets,
je veux que tu l’ouvres, que tu déplies ses fleurs,
je veux sentir l’éclat de ton souffle à l’intérieur de mes chairs et tes baisers humides brûler mes tremblements,
je veux te voir vibrer dans mes moiteurs secrètes et te perdre dans mes broussailles fourmillantes,
je veux te donner ma source, mes liqueurs odorantes, te donner mes plus beaux orages, t’emporter dans un tourbillon d’ivresse,
je veux ta tempête pour me sentir mourir et renaître dix fois,
je veux crier ton nom pour oublier le mien, être indécente et dévastée,
je veux que tu me perdes pour me redécouvrir,
je veux sentir en moi la vigueur de ta chair, la chaleur de ton fleuve,
je veux sentir ta force déchirer mon désir pour me noyer enfin dans l’onde du plaisir,
je veux que tu épuise toute mes forces, tous mes cris, tous mes blasphèmes, prends mon corps, prends mon âme, prends ma vie, prends ce que tu veux, vole-moi, détruit-moi,
aime-moi. "

Voilà pourquoi je suis dans l’entre deux des mots.

Dans le silence qui les sépare.

Franck

5 mai 2005

Bon Anniversaire Sandra....

Pour rien au monde je n’aurais raté votre anniversaire. Alors bon anniversaire Sandra. Vous êtes encore à l’âge où les années ne forment pas des rides mais seulement des colliers de pierres précieuses. Une année de plus c’est une couleur de plus au fond de vos yeux, c’est quelques fleurs des champs en corolle autour de votre âme, c’est une eau neuve et lustrale sur votre peau blanche. Une année de plus c’est des frissons inconnus, des tremblements de lèvres sur les bords de la vie, des souffles transformés en soupirs et des soupirs transformés en baisers. Vous êtes à l’âge où le temps vous fait la cour, où le temps se fait petit, où il se fait oublier. Vous êtes à l’âge où dans un éclat de rire les plus grandes misères s’effacent, où pour un air fredonné le soleil se dévoile un peu plus, où l’ombre de vos seins fait rougir les étoiles. Vous êtes à l’âge où la chair fascine toujours les désirs, où les anges se réjouissent de votre nudité et où le sang palpite à chaque printemps. Bon anniversaire Sandra, que cette année soit pour vous un chemin de lumière, que la terre protège vos pieds de sa plus pure poudre d’or, et que l’écume des mers vous tisse la plus délicate et fragile dentelle pour voiler votre corps et vous faire traverser sans encombre les heures, les jours, les siècles. Bon anniversaire Sandra, soyez une aurore gorgée de promesses comme le fruit offert au caravanier au sortir du désert, soyez conquérante pour secourir les cœurs, soyez guerrière pour donner votre amour, soyez la plus sainte pour offrir vos suppliques, soyez la plus pure pour mériter vos larmes, soyez la plus humble pour accueillir les rosées du matin. Bon anniversaire Sandra, ne craignez pas le vent, ni l’orage, ni la nuit, ne craignez pas de faiblir, soyez aussi légère qu’une aile ou qu’un rêve et s’il le faut, devenez musique, devenez cantique, devenez prière, appelez le silence pour en couvrir vos yeux, pour en sentir le souffle au plus profond du ventre. Bon anniversaire Sandra, que mes mots soient autant de pétales pour adoucir les bords anguleux des jours de pluie, qu’ils soient comme des baisers murmurés, ou comme une caresse cristalline sur vos lèvres entrouvertes.

Bon anniversaire Sandra.

Bon anniversaire Sandra………

Franck.

4 mai 2005

Le début de la folie....

Chaque jour je lui parlais, j’essayais de rejoindre l’émotion qui me faisait frémir quand je lisais ses textes.

Les mots n’ont pas besoin de nous pour se retrouver. Les mots parlent aux mots. Nous, nous sommes sourds, aveugles.

Chaque jour je l’imaginais en train d’écrire. Penchée sur son clavier.

Alors je luis parlais.Vous habitez le pays d'Orphée et votre regard ne tremble pas, il vous guide dans les méandres d'un labyrinthe d'épreuves, hors des ténèbres, sur des chemins sacrés.
Maintenant vous êtes devant votre écran…
Le monde est effacé… il n'en reste que le souffle, le silence ou l'appel d'un loup, il n'en reste rien ou si peu. Pourtant tout est là sur l'écran dans la profusion de la vie qui commence et continue à la fois, dans l'exubérance d'une douleur nouvelle, immaculée, dans la majesté d'un dépouillement.
Vous êtes à l'écran, je lis la simplicité d'une émotion qui se dénude, je lis les nerfs qui se vrillent, quelques notes sur une portée, des silences, des soupirs, juste de quoi accrocher une larme.

Le temps passait. Et plus il passait plus je la sentais proche. Mon imaginaire devenait envahissant. Je ne la connais pas, enfin pas de façon classique, je ne l’ai jamais vu, enfin pas de façon classique et pourtant j’étais submergé d’images. D’où viennent ses images ? D’où vient cette vie hors de la vie ?

Je la voyais. J’en était sûr.

Ce matin je t'ai vu dans les replis d'un nuage froissé par la brise
Ce matin un soleil effrayé éparpille sa lumière dans l'ombre agitée et inquiète des saules. Je t'ai vu.
Ce matin, le matin se souvient d'une lune de sang sur la peau blême de la mémoire, et des rossignols de feu répercutent les plaintes de la nuit qui s'afflige.
Ce matin je t'ai vu.
Au hasard d'une aurore dérivante, je t'ai vu.
La cruauté du jour fige un vertige,
la vie manque à la vie,
ton jour manque à mon jour.
Sur les mots alignés du poème, sur le noir des silences un voile de rosée limpide est tombé.
Ce matin je t'ai vu comme un Ange aux pétales chiffonnés par une Vénus fière, et triste.
Je t'ai vu comme un Ange qui se balance dans les couleurs blessées du jour, grand lys blanc qui effleure ma phrase d'un souffle frais.
Ce matin je t'ai vu dans les reflets bleutés d'un papillon crucifié par l'éclat noir des restes de cette nuit.
Une nuit d'encre amère et monotone.
Je t'ai vu dans ce rêve lancinant princesse inassouvie, fulgurante, ardente, prête à t'envoler sur l'aile d'un soupir.
Je t'ai vu, et j'ai senti en moi une barque chavirante alourdie de trop de chair morte.
Je suis comme un dieu taciturne et sombre sur le seuil du jour, immobile, délabré par cette indéchiffrable écorchure cristalline.
Suture obscure.
Et toi Ange d'organdi nacrée, divine souveraine tu flottes irréelle et pure au plus haut d'une forteresse crénelée.
Future brûlure.
De la cassure du jour suinte une sorte de rosée, une pluie et quelques mots et une belle présence.
Ce matin je t'ai vu et j'aurais voulu briser les rayons de ce soleil impudique.
Je regarde le lit défait des mots où le corps de la parole épuisée par trop de lassitude déborde d'un songe défiguré.
Avec obstination j'invente ton visage. C'est une folie muette.
Infinie.
Perpétuelle insomnie.
Ce matin je t'ai vu au milieu des draps pourpres de la nuit déshabillée.

L'étreinte comme la forme accomplie du silence.
L'absence de l'étreinte comme la forme accomplie du dénuement.
La puissance d'un désir abandonné.

C’est sans doute cela le début de la folie.

Franck

2 juin 2013

Vrac.....

Nous écrivons toujours sur une page de nuit. Une page entièrement noire. Parfois nous grattons assez fort le noir pour faire apparaitre le blanc de la langue. Parfois, aussi, nous grattons trop fort. La page se déchire, la nuit saigne, la parole meurt avant que d’être dite.

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Ici, le « je », le « on », le « nous », s’entremêle en permanence. Ils sont là, pour dire l’indifférenciation, le « non-lieu » de la langue. Sa défaite. La défaite de celui qui la déplie.
Ici, le « je » ne fait pas de portrait. Il n’y a pas de psychologie. Il profère le récit de la légende. Il est juste un point imaginaire où vient s’accrocher le réel.
Le « on », c’est l’impossibilité du lieu.
Le « nous », tente comme un geste désespéré, de désigner une humanité incertaine, une fraternité dans l’ordre du temps et du destin. Il protège le geste d’écrire d’une trop grande complaisance.

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L’écriture est trouée, parce que la langue est trouée.
Lorsque la phrase se déploie, puis se ferme, et se clôt, elle dessine un trou. Les écritures non trouées, ne disent rien. Il nous faut sentir ce trou, le vertige qui l’accompagne, sans doute la peur, celle des grandes tragédies. Lorsque l’on va, par folie, chercher la langue gisante entre l’os et la chair, lorsqu’on la tire, souvent dans un déchirement, pour la faire surgir, elle a la forme du trou qui nous habite, ce trou qui nous fait, ce vide qui nous révèle, qui  nous construit.
Je suis un précipice.
Le vide hante nos vies.
Et vivre c’est chuter, sans fin. Le reste n’est qu’illusion ou divertissement.

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Ecrire, c’est maintenir l’écart.
Tout tient dans ce pas de côté. Passer du « contre » la mort, au « avec » la mort.
L’écart est le lieu de notre solitude.

 

Franck

3 mars 2013

Frontière......

Ainsi de la frontière. Nous sommes des êtres de frontières. Sur la ligne. Comme l’écriture. Nous sommes sans pays, seulement de passage. Il y aurait deux parts, comme deux pays, et nous n’habiterions ni l’un ni l’autre. Entre les deux, seulement entre les deux. Sans véritable lieu. L’écriture se fait sur la ligne, à la jointure, c’est l’extension invisible, invivable, de deux mondes qui s’affrontent. Comme dans les guerres, et l’éternelle menace, avec la tentation d’abolir le trait qui sépare, mais de le creuser toujours plus profond.Sur la ligne se joue la peur séculaire, là où l’on sait que tout peut s’effondrer, c’est pour cela qu’on écrit, pour se délivrer de cette peur, ou pour seulement l’apprivoiser.
Ainsi de la frontière, car c’est mot qu’on a inventé, on aurait pu dire l’écriture, l’entre-deux monde, le lieu sans épaisseur de la déchirure, le lieu vide de la douleur. On a dit la frontière et on la tracée. Brûlante, définitive, absolue. Alors on écrit sur cette brulure.
Tout nous sépare depuis le premier jour, nous venons d’un ventre, et d’une tristesse, nous sommes d’un passage étroit et d’un monde que l’on quitte, et d’un autre qu’on n’atteindra jamais. C’est pour cela que nous crions, à cause de cette traversée insensée, de cet effroi.
Et le cri sera l’écho du monde.
Tout nous sépare, l’intérieur, l’extérieur, le jour, la nuit, l’avant, l’après, et vivre c’est tenter d’abolir ces cassures, ces séparations…. aimer, écrire, c’est l’espoir fou d’effacer un cri, ou d’en faire un chant.

Nous ne respirons que dans les passages, l’entre-deux, nous ne vivions qu’à l’approche du crépuscule ou de l’aurore, dans ces temps défaits, et dans l’attente des franchissements.
Ecrire c’est être sur la ligne de faille, toujours au bord d’une invocation, toujours sous la menace d’une imprécation. Nous sommes maudits, et nous le savons, et nous puisons là toute notre bonté, toute notre joie. Nous sommes maudits et l’écrire allume un ciel étoilé.
Ecrire invente un langage où il n’y plus de lieu, où il n’existe que la peur, l’effroi, l’inconcevable, mais d’où jailli le feu et la lumière.
Ecrire c’est tracer une peau dans l’entre-deux inhabitable, et ce qui nous sauve, c’est l’oubli… alors nous recommençons, toujours naissant…. Toujours naissant…. Infiniment….toujours aimant….

 

Franck

9 juin 2013

L'innocence...

L’innocence ne cesse de nous rappeler son effacement.
Je suis sans savoir. Le geste se déploie, je ne sais rien de lui, je me suis défait des raisons, des causes, des paroles ou des pensée inutiles. Je me défais de moi, de mes histoires, de mes intrigues, de mes doutes, de mes certitudes. J’avance dans un geste dépouillé, nu, incompréhensible. Seulement la phrase, les mots, les sons, la cadence, le surgissement, et toute cette folie d’écrire.
Il y a dans toute innocence la puissance d’un diable qui veille.
L'innocence est peut-être cette marche infinie, vers un lieu jamais atteint, un long chemin de purification, chaotique et dangereux, une longue mise à nu, jamais achevée, une tentation, plus qu'une tentative.
Nous n'écrivons que pour cela, pour cette folie qui nous fait croire que dans l'oubli de soi, dans la déraison, dans cette soif de l'impossible, dans le renoncement, une once de pureté nous serait rendue, qu’une once d'innocence pourrait être cueillie, nous ne sommes jamais assez fou pour être vraiment innocent.
L’innocence n’est pas un pays perdu, c’est un pays imaginaire, en contre point du réel.
Ecrire en est la trace oubliée, ou le point de fuite.
L’innocence ne cesse de nous rappeler son effacement. Sans doute la raison pour laquelle écrire s’obstine pour en revivre le souvenir. Un souvenir absent, son absence même, donnant au geste d’écrire son sens de pureté déchue.
Il y a dans toute innocence la puissance d’un diable qui veille.

 

Franck.

21 avril 2013

Danse....

Avant la parole il y a la danse. Au bout de l’écriture il y a la danse. De la danse, à la danse. Entre les deux, la chute dans le verbe. Ecrire c’est épuiser l’immobilité. Lentement. Après l’épuisement le corps peut se met en mouvement. La langue du corps tente un au-delà des mots, ceux-ci  ont toujours raté leur cible. Au bout du silence il y a la danse. La vie renaît d’un mouvement inapproprié, mais vital, qui poursuit une parole mourante qui s’efforce dans le silence. La danse parle lorsqu’il n’y a plus de mot. Elle est la dérision de la langue. Sa survie. Sa trace. Sa trace intraduisible.
Avant l’amour il y a la danse. Après l’amour il y a l’écriture, et son écroulement. L’immobilité de la langue, le rêve et son mouvement impossible. Après l’écriture….

Franck

1 avril 2013

La Voix....

Il y a une voix qui vit dans écrire, on reconnait écrire à cette voix singulière, étrange. Lorsque nous lisons nous entendons parfois cette voix. Elle n’a rien à voir avec l’oralité. C’est une voix. Elle semble sortir d’un feu obscur, d’un feu sans âge. Ecrire c’est faire parler cette voix en nous, ou par nous, sans savoir si elle nous appartient, ou si elle vient d’un ailleurs mystérieux. Elle semble précéder le texte, sans jamais être tout à fait le texte. C’est dans cet à peu près, que la stridence se fait…alors le poème peut naître…
Au moment de l’écrire, c’est elle qu’on appelle dans le dédale des souvenirs, des mots, des sonorités. Elle habite en nous, comme la trace d’un passé lointain, comme le témoignage d’une humanité révolue, ou d’une autre à venir….La voix en nous qui se fraye un souffle dans le chant du texte, nous inscrit dans l’ordre des générations, c’est l’humanité entière condensé dans un murmure immémorial.
Toutes les scansions, les ruptures, les silences, tout ce qui ponctue, tout ce qui fait rythme, et couleur, n’est que la danse rituelle pour inviter la voix …. Dans écrire il y a le partage d’un feu et d’une peur, et d’un chant pour apaiser la peur… dans écrire il y une offrande….
Avant le livre, avant l’écrire, d’où venait la voix ? où se cachait-elle ? Ecrire c’est retrouver le chant du monde, la première grotte, le premier feu, les premiers tremblements, les premières prières…
La voix qui parle en nous ne nous appartient pas, elle nous traverse, et nous devons la faire passer, la transmettre, comme un feu sacré…
Elle ne dit rien, que la mémoire des siècles….
Elle ne dit rien, que mon dénuement et mon déchirement…

 

Franck

10 février 2013

La langue de l'errance.....

« Qu’ai-je quitté ? Qu’ai-je retrouvé ? Qu’ai-je quitté, que j’ai retrouvé ? Qu’ai-je quitté que je n’ai pas retrouvé ? Qu’ai-je quitté, que j’aurais voulu ne pas retrouver ? Qu’ai-je retrouvé, que je n’avais pas quitté ?
Ce qu’on croit quitter ne nous quitte pas. On ne quitte pas : on s’éloigne. »
Louis CALAFERTE : Rosa Mystica.

L’errance est une langue, on sait en dire les mots, mais le sens nous en reste caché, alors on se met en route pour découvrir leurs significations. On ne quitte pas, on ne fait que marcher, on ne part pas, on ne fait que consentir à l’exil, à la solitude, à l’abandon.
On ne connait jamais le sens de nos actes, ils nous apparaissent souvent comme ceux d’un fou, rien ne les tient entre eux, que le fil ténu de l’exil, que cet inachevé qui nous ronge, que cet inachevable qui nous terrifie, alors on écrit pour dire cette folie, et que l’errance n’est pas le résultat de la seule ignorance, qu’on a pitié de nous-même, par lâcheté, parfois par miséricorde.
Et si l’on tend l’oreille, si on la colle au plus près de notre langue, alors on peut  entendre, tapis au fond des chairs, un enfant perdu, c’est le chant de la langue, le lieu de notre exil…
Alors on va vers cet enfant, on écrit pour qu’il vive... encore un peu.

Franck.

16 février 2013

L'effacement.....

Il faudrait imaginer l’écriture qui s’effacerait juste après avoir été écrite, de même que la lecture du livre emporterait les mots au fil des yeux, et blanchirait les pages. A la fin tout serait blanc, comme un paysage de neige. Comme en hiver lorsque tout est blanc.
Ce qui tient, ne tient que dans l’instant. Tout s’efface, c’est pour cela que nous recommençons.
Ainsi les traces de nos pas qui s’effaceraient au fur et à mesure, comme une apparition, comme une disparition, comme une naissance toujours renouvelé, comme une mort toujours imminente, c’est pour cela que nous continuons.
Nous venons de cet effacement.
L’écriture est un lieu impossible, sans cesse contredit.
Au fond de chaque nuit il existe une nuit encore plus profonde, qu’aucune aurore ne couronnera.
Il existe un hiver qu’aucun printemps ne délivrera.

Ainsi nous allons… ainsi nous devons aller…. avec le vent qui efface nos traces et fait trembler les blés…
De l’hiver à l’hiver, du noir, au plus noir encore, du plus seul au plus désolé, du murmure au silence…
Aller, aller sans cesse…
Ecrire dit seulement ce mouvement, et la neige, et le vent dans les blés…

 

Franck

7 avril 2013

Déluge.....

Il y a toujours eu la mer, et le mouvement, et le souffle, et le regard qui s’abîme. Dans la contemplation des flots il y a le souvenir d’un déluge, d’un engloutissement, d’une catastrophe incommensurable.
La mer nous menace toujours d’un trop long silence, d’une trop longue absence, et d’une mémoire tragique.
Quand elle monte ses marées, quand elle revient vers nous, c’est pour nous désigner, c’est nos plaintes qu’on entend, dans les vagues qui meurent à nos pieds, elles redisent sans cesse le châtiment toujours possible, et que les dieux ne sont pas indulgents.
Puis, lorsque la mer reflux, elle emporte avec elle nos lambeaux de vie défaite. Nos paroles s’ensevelissent, nos rêves se décomposent, il nous reste alors l’oubli comme seule  innocence, et l’ennui comme seule liturgie. Avec le reflux revient la nuit.

Nous n’écrivons jamais nos pensées, il y a si peu d’idées, si peu de pensées… nous écrivons nos peurs, et cette mémoire, et ce déluge d’avant.
Ecrire c’est faire pénitence d’un drame crépusculaire qui nous a précédé, et dont nous ne savons rien.
Ecrire c’est entendre l’océan traverser nos âmes, et unir un cri au lent mouvement des flots qui agitent nos chairs inquiètes.
La mémoire de l’écrire nous menace toujours d’un trop long silence, d’une trop longue absence, et d’un déluge, d’un engloutissement, d’une catastrophe incommensurable.
Ecrire, c’est dire l’exil qui nous guette, et les tempêtes, et les vagues, et les cieux qui s’y noient…..

 

Franck

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