dimanche 12 août 2007
Ma perdue.....
Nous sommes faits de morceaux qui ne tiennent pas entre eux. Ils ne vivent aux mêmes heures. A la jointure, il y a des plaies, des cicatrices qui suintent. La douleur se fait sentir à l’aube. Chaque aube aggrave la substance de l’imprononçable.
Mon absente, mon égarée, ma perdue.
J’essaye de prendre appui sur la feuille blanche et je me perds dans cette apocalypse de blanc. Le blanc de la page recèle des pièges comme des crevasses sous les grands champs de neige. Avancer dans le blanc c’est à coup sûr aller à sa perte. La chute. L’inévitable avalanche. Chaque aube grince des illusions à venir. Et puis tous ces morceaux de vie qui ne tiennent pas entre eux.
Les dieux avaient dit : « …c’était elle, c’était lui… ». Et ils pleuraient, les dieux. Les dieux pleurent toujours lorsque quelque chose des humains leur échappent. Et puis ils ont arrêté de pleurer. Ils sont désormais rassurés. L’ordre du monde et des constellations est sauvegardé.
Mon absente, mon égarée, ma perdue.
Nous resterons sur les rives opposées du fleuve. Et nos regards ne feront pas l’arche de lumière. Tu étais faite d’océan, et j’étais fait de landes, de bruyère et de vent. A nous deux nous faisions un monde. Et aujourd’hui la ligne de nos retrouvailles est envahie par les grandes marées. Et la ligne de nos paroles s’efface dans l’immobilité crasseuse du soleil. Et même les ombres s’essoufflent.
Mon absente, mon égarée, ma perdue.
La ligne de nos corps, elle aussi, s’efface dans une effrayante oscillation frémissante. On ne vit pas impunément à l’aplomb du soleil. Et sur nos plages interrompues le texte demeure introuvable. Le temps décortique l’espérance, en suce la moelle et l’os, et c’est une litanie agenouillée, pantelante. Quelle est ma langue sans ta parole ? Que sont mes chuchotements sans tes murmures ?
Mon absente, mon égarée, ma perdue.
Que valent ces draps blancs, insolemment blancs, sans ta nudité pour en apaiser la violence de l’éclat. Ce matin la source dégorge des cris, ce n’est plus une eau, mais un ravage, un débordement lourd et carmin. Un cratère saccagé d’incertitude.
Alors, qu’importe, et que mes mots aillent se faire pendre aux crochets des étoiles, moi je n’en ai plus la force.
Et puis morceaux de vie qui ne s’accrochent pas entre eux.
Mon absente, mon égarée, ma perdue.
Franck.
Commentaires
Quels beaux textes!
Je découvre celui là ça me donne envie de lire les autres.
je reviendrais !
Au plaisir..
Là bas, je ne sais où, je ne sais quand, à l'aube le ciel souriait aux dieux ....
Lire tes textes est toujours un plaisir éternellement recommencé. Pourquoi certains m'interpellent-ils plus que d'autres, me prennent la main, modifient mon regard et me traversent la peau ? Mystère des mots qui jouent parfois de drôles de partitions sur la crête de nos sentiments.
Et toujours, après te lire, cette envie d'écrire ...
Parfois on aime tout seul dans le secret de son coeur parce qu'il n'y a pas/plus/jamais d'écho. Ou que celui-ci parait/est impossible.Parce que l'autre ne "vit pas aux mêmes heures", qu'on est en haut quand il est en bas, ou vice versa. Pourtant on continue à aimer dans le secret de son coeur, de toute l'ampleur de son âme.C'est extrêmement con, c'est merveilleusement vain. C'est profondément humain.
Et on continue d'aimer doux, puis sans désespoir. Caché.
Nous sommes faits de morceaux qui poursuivent à notre insu leur voyage étrange. Parfois ils se rejoignent, coïncident de l'un à l'autre, comme si cela était leur destination, parfois à travers deux corps éloignés. Le plus souvent ce qu'on appelle la vie évite le voyage "à l'aplomb du soleil"
Très beaux textes Franck. Fulgurantes formules.
Perdre .... c'est avant tout .... "avoir trouvé"
La plus grande douleur du corps et de l’esprit, c’est l’absence de frontières en l’Âmour.
Un écrit digne des plus belles tristesses… celles d’aimer.
Comme le dit si bien Ex Nihilo :
"Et toujours, après vous lire, cette envie d'écrire ... "
Merci pour ce partage.
Excellente semaine à vous
Cat
la déchirure
je ne trouve pas les mots mais j'entends l'écho, je le sens, le ressens et j'aime d'autant plus ces mots qui pendent, accrochés aux étoiles... puissent-ils nous inspirer et nous sauver peut-être...
me dis pas que t'as trouvé (!!!!) avant d'avoir perdu ! enfin qqun avec qui rendre les draps vivants !!!
un baiser, tres doux teste malgré mes railleries
tiens tu m as otée de tes liens et as remis angeline ou lique...
Il n'y a pas de liens de cause à effets à cela Lunar.... mais tu avais disparu, tu n'écrivais plus, tu ne répondais pas aux messages, alors.....
J'aime particulièrement le refrain :"mon absente, mon égarée, ma perdue".
Difficle de repondre à chacun en restant subtile et pertinant... alors, simplement, merci à ceux qui sont passés par là pour laisser une petite trace...
Savoir que je participe un tant soit peu au désir d'écrire de certains est un contentement, comme si la boucle se bouclait.....
Sans vouloir plaisanter Franck, en était tout à fait sérieux à cent pour cent, il y a manipulation, si tu as enlevé le lien de Lunar et remis le lien. Tout est truqué évidemment.
D'accord je sais, c'était dispensable mais drôle.
Pour en revenir (sérieusement cette fois) à ton texte, c'est très vrai, quand tu parles des Dieux qui pleurent. Celui de la Bible par exemple explique même qu'il a eu mal dans son coeur et qu'après la rebellion d'Adam et Eve (et celle du Diable, dans une autre mesure), il a regretté d'avoir fait les humains.
Incroyable dans la bouche d'un être qui est l'infini, non ?
Moi je regrette de faire le Diable tous les jours et puis après ça passe.
"il a regretté d'avoir fait les humains."
Non, pas tous....
Dans sa position, et avec son ambition, en regretter seulement un, c'est comme avoir un regret pour tous. La perfection ne se divise pas...
Comme d'habitude je suis sans voix et sans mots. C'est douloureux et c'est très beau.
Ce n'est peut etre pas sur la perfection, que la chimère adule.
Tout se passe sur la corde....
"il a regretté d'avoir fait les humains."
Non, pas tous....
Au moins Adam et Eve à l'époque il me semble (hum).
Je suis bien contente de pas avoir écrit la Bible au cas où elle dirait la vérité.
Mais c'est certain qu'on ne peut pas aduler sans une vision d'ensemble et la vision d'ensemble depuis longtemps nous est interdite. Nous (enfin, eux), ils adulent dans le noir total et ça provoque leur arrogance. Mais avec la nouvelle religion du vingtième siècle, la science, peut-être qu'on va trouver la preuve de notre spécificité. Quoi, c'est déjà fait ? Peut-être qu'elle suffira pas.
http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/archive/2007/08/24/mon-absente-mon-egaree-ma-perdue.html#comments
Un poème est né grâce à ce vers.
Ce texte est superbe...comme tant d'autres et je reste sans voix ...mais le coeur battant d'amour de tes mots ..."qui se pendent au crochet des étoiles"...les plus brillantes...
et c'est ce texte que je choisis (en te remerciant de ton autorisation) pour le mettre sur mon blog.
Faire partager ce que j'aime est aussi un très grand bonheur que je te dois...MERCI mille fois.
Je t'embrasse bien affectueusement
Je suis très content Enriquetta, que ces quelques mots aient pu trouver un prolongement chez toi...
J'y suis passé.... et j'en ai été très ému...
Merci
J'aimerais bien qu'un jour tu me fasses l'honneur de laisser un commentaire sur mon blog.
Oups...J'ai oublié de te remercier pour ton commentaire. Merci.
Quelle belle lettre à l'absente, qui est perdu, elle ou lui, ou les deux. Vraiment un texte magnifique !
L'être invisible
L'être invisible
Je suis en silence de toi
Les parcs sont en feuilles
Don Juan
et il pleut... et il pleut...
Des éclats de pluie hors de mon lit...
Il y a un panneau de signalisation
Une flèche
C'est marqué: Destin
Me voilà Rue du Cul!
Je pense trop fort...
Dieu c'est dérangeant
Me voilà Rue des Putes!
Ça c'est fort!!
Je n'en demandais pas autant...
Bonjour...
Ici la rue St Laurent...
Non! non! ... je ne m'appelles pas Bertrand!!!
Il y a des parfums qui sentent
comme l'eau salée
Il y a des parapluies qui courent
Incognito
Des lumières roulent
Des manteaux se rencontrent
Il n'y a personne
Si!
T'es là... dans ma tête à moi!
Il y a ce goût de toi sans corps en moi
Tu es si doux... si tu savais....
Je me mange une lèvre
Comme si c'était toi
Je me dis des Je t'aime
Ça reste en moi
Il y a de l'amour dans ma tête
Le coeur m'apprend à penser
Les amoureux se tiennent par les fesses
Marcheurs à deux
C'est meilleur s'il pleut
Ça fait le bonheur des parapluies
Si tu voyais
Mais tu peux pas
Tu es juste ... en moi...
Mon tendre solitaire
Mais à deux, tu sais
On s'ennuit pas
Tous mes secrets
Dans mon oreiller
Ma dernière poupée
Tu te rappelles nos rires
et nos découpages de vies en papier...
mOTSaRT
http://lactionpoetique.aceboard.fr/
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