Mon Amour,

Il y a des lieux, des géographies. Des destinations. Plus tard, bien plus tard, il a des achèvements.
La pensée, le rêve, se nourrissent d’espace large, d’illimité, de démesuré. Mais l’intime s’édifie dans le grave. Dans les lieux clos du grave. Les îles. Les oasis. Les feux de bois. Les éclairages tremblants. Les chandelles vacillantes.
Lieux du grave, de l’intime. Du début, et de la fin.
L’espace intime fait un trou dans le réel. Comme si la continuité du temps s’effaçait soudain. Un trou. Une crevasse. Une blessure délicieuse. Un chavirement.
L’intime. Ce n’est pas le rapprochement de deux êtres. L’intime c’est bien la disparition de deux astres dans un trou du temps et de l’espace. L’intime. Le réel se détache, s’arrache.

Ce dimanche-là, tu le portais en toi, et tu me l’as offert. L’intime. Simplement. Car je sais que je l’avais toujours désiré ainsi. Homme en guerre, tu me tendais la paix. Je la voulais  tant cette paix. Face à face, dans un autre monde.
L’intime est une disparition.
Alors tu m’as guidé dans ce lieu de la terre, unique, terrible, et béni. Liturgique. Un vortex de l’âme. La disparation des écorces. Le lieu du sang aux tempes. Du battement lent du cœur. De la respiration commune. Il existe d’étranges magies. De fabuleuses géographies.
Nos visages se sont penchés. Nos visages ont dessiné un pays, nos voix en furent la première tribu. Tu fabriquais du secret, juste pour me le dévoiler. Tu inventais du mystère, juste pour le bonheur de me le révéler. Comme si l’aveu était la chose la plus douce.
L’intime est le lieu des enfants et des mourants, c’est pour cela que les amoureux s’y glissent avec tant de jubilation. Ils en ont la clé. Ils en ont l’instinct. Lieu des débuts, et lieu des fins. L’intime est une île dans une mer intérieure. Un silence au centre de l’océan. Une folie convoitée.
Comme si l’espace s’agrandissait de notre seule disparition, de notre abandon, de cette divagation somptueuse.
L’intime se pose sur l’ombre de la voix pour parler une langue inconnue. Ainsi les mots de l’intime n’ont pas de sens, ils n’ont qu’une lumière fragile à transmettre. Le murmure balbutie d’étranges litanies. Alors ta voix se faufile dans les couloirs sombres du temps.
L’intime ce n’est pas le contact. Ce n’est pas la peau sur la peau. L’intime c’est un vide magnifique qui absorbe en un instant toutes nos défaites. C’est la distance la plus petite dans l’étendue la plus vaste. Un infini décomposé sur la bouche du temps.
L’intime c’est nos deux corps l’un vers l’autre, avec cette chaleur d’été au cœur du printemps. Cette vie qui suinte à la suture du jour, avec tes lèvres posées sur la couture de nos heures partagées.
Et cette trace rouge et bleue et blanche…
Ce tremblement de nos chairs…

Franck.